00:00On est avec Sophie Blondel, bonjour, vous êtes la directrice générale et cofondatrice de Fox Bio.
00:05Vous avez un parcours super intéressant, vous êtes docteur en pharmacie et en biologie moléculaire.
00:09Vous avez travaillé pendant deux ans et demi à Nice pour une biotech américaine sur des thérapies cellulaires
00:14capables d'apprendre au système immunitaire à se guérir lui-même.
00:17Vous allez nous expliquer ça dans un instant, mais ça n'intéressait plus les Américains.
00:20Ils ont laissé tomber, vous avez repris les brevets, vous, pour développer votre boîte qui s'appelle Fox Bio.
00:26Et vous êtes en train de lever 44 millions d'euros. C'est très bien engagé aujourd'hui. Est-ce
00:30que j'ai tout bien résumé ?
00:31Absolument, vous avez tout compris. Donc Fox Bio, on a créé la société l'année dernière sur la base d
00:37'une reprise d'actifs d'une société
00:38qui arrêtait les développements pour des raisons économiques, mais pas du tout pour des raisons d'efficacité.
00:43Les médicaments fonctionnaient très, très bien. Et nous, sur cette base-là, on s'est dit qu'on reprend ces
00:47actifs
00:47pour développer des médicaments qui traitent l'inflammation et plus spécifiquement les maladies inflammatoires chroniques.
00:54Mais si eux, ils n'ont pas réussi à lever des fonds, vous vous êtes dit « moi, je vais
00:56y arriver ».
00:57En fait, ils avaient une stratégie complètement différente de la nôtre.
01:00C'était une très grosse société pharmaceutique qui développait plus d'une quinzaine de médicaments en parallèle
01:05avec des technologies différentes qui nécessitaient des installations différentes.
01:10Nous, on se refocalise sur une seule et unique molécule qu'on va développer nous-mêmes, en effet.
01:17Alors cette technologie ?
01:17Alors c'est ça, la cible, c'est la maladie de Crohn principalement.
01:20C'est ça, donc les maladies inflammatoires. Et si je résume, mais vous allez mieux l'expliquer que moi,
01:25jusqu'ici, on utilise des traitements qui vont essayer de calmer l'inflammation,
01:28donc éteindre l'incendie un petit peu.
01:30Et vous, vous avez un traitement qui va apprendre au corps, en fait, à se réparer, à se guérir.
01:35C'est ça le principe ?
01:35Absolument. En fait, on a une approche qui est beaucoup plus naturelle.
01:38C'est-à-dire que le patient va venir, on va lui faire une prise de sang un petit peu
01:42plus longue que d'habitude.
01:43On va prélever ses globules blancs.
01:44Les globules blancs, c'est les policiers de l'organisme qui nous défendent contre les bactéries, contre les virus.
01:50Et dans ces globules blancs, on va prendre une sous-population de cellules qu'on appelle des lymphocytes t-régulateurs.
01:55Et ces cellules, on va les modifier génétiquement, les augmenter, leur donner une sorte de super-pouvoir.
02:01C'est une antenne GPS qu'on leur met à la surface et on les réinjecte dans l'organisme.
02:05Et naturellement, ces cellules vont aller migrer vers le site inflammatoire
02:09et aller discuter avec toutes les cellules de l'immunité pour stopper l'inflammation.
02:15Ah oui, donc en plus, c'est hyper localisé parce que les anti-inflammatoires, sinon, ça agit sur tout le
02:18corps, en fait.
02:18L'avantage, c'est que là, c'est très très précis.
02:21C'est un médicament qui est personnalisé, qui est ciblé et qui nécessite une seule et unique injection.
02:26C'est là le différentiel par rapport à tout ce qu'on voit sur le marché.
02:29Habituellement, les malades qui souffrent de la maladie de Crohn ou de la polyarthrite rhumatoïde,
02:33du lupus, la spondylarthrite ankylosante, ce genre de maladies,
02:38c'est un traitement quotidien ou alors une injection toutes les 6 à 8 semaines.
02:41Nous, on arrive avec un traitement où c'est une seule et unique injection.
02:44Et parce qu'après, votre corps va refaire les bons globules blancs qui vont continuer de cibler ?
02:49C'est-à-dire qu'après, ils travaillent tout seuls ?
02:50C'est un peu ça.
02:51En réalité, on a fait un premier essai clinique qui a montré un peu le mécanisme d'action.
02:54En tout cas, on a des premiers éléments qui nous permettent de comprendre
02:57comment se comportent les cellules une fois qu'on les injecte.
03:00En fait, une fois qu'elles arrivent au site inflammatoire,
03:02elles vont recruter d'autres cellules de l'organisme,
03:05donc d'autres lymphocytes T régulateurs,
03:07qui vont venir soutenir les cellules médicaments qu'on injecte.
03:10C'est vraiment un recrutement.
03:12En fait, elles sécrètent des chimioquines, des molécules chimiques
03:15qui vont les appeler, elles vont arriver,
03:17et du coup, elles vont diminuer l'inflammation.
03:19Voilà, la promesse, elle est géniale,
03:20surtout que la maladie de Crohn, c'est quand même très, très handicapant.
03:23Et donc, je pense que ceux qui nous écoutent et qui en souffrent,
03:25forcément, ça doit les intéresser.
03:27La mise sur le marché potentiel, c'est quand on en est où ?
03:30Est-ce qu'on a commencé les essais cliniques
03:31ou on est vraiment dans la deep, deep tech ?
03:33Alors, on a commencé un premier essai clinique
03:35avec la société avec laquelle,
03:37là où j'ai récupéré les brevets, en réalité.
03:40Et le premier essai clinique a été réalisé sur plusieurs patients
03:43dans le rejet de greffe rénale.
03:44Et on a montré 80% d'efficacité
03:47et absolument aucun effet indésirable lié au traitement,
03:50puisqu'on part des cellules du patient et on les réinjecte.
03:52Donc, il n'y a pas de risque de rejet associé.
03:54Et l'approche est extrêmement naturelle.
03:57Mais là, c'est autre chose d'avoir le rejet de greffe par rapport à...
04:00Non, c'est le même mécanisme, en fait ?
04:02En fait, le mécanisme,
04:03c'est un mécanisme inflammatoire qui est commun, en fait,
04:06à toutes les maladies inflammatoires que je vous ai citées précédemment.
04:10Donc, en fait, le médicament, il peut être administré, en effet,
04:11dans le rejet de greffe,
04:12mais dans toutes les autres maladies inflammatoires chroniques.
04:15C'est là le gros potentiel que nous, on a vu
04:16quand Sangamo a arrêté le développement de ces médicaments.
04:19On s'est dit qu'il y a un potentiel.
04:21On va se lancer dans la maladie de Crohn
04:22parce qu'il y a un vrai besoin médical non couvert.
04:24Il y a plus de 30% de patients qui ne sont pas adressés.
04:27Et donc, on part avec ce bagage,
04:31ces éléments cliniques qu'on a déjà générés
04:33pour repartir sur un nouvel essai clinique
04:35sur des patients à l'atteinte de maladie de Crohn.
04:37Mais on voit dans l'histoire de votre société
04:39à quel point, quand même,
04:40si vous manquez de fonds, ça s'arrête.
04:43Même si, potentiellement, vous y croyez.
04:45Même si les essais sont concluants.
04:48Là, je le disais, 44 millions d'euros.
04:50Vous avez déjà sécurisé combien ?
04:51Il vous manque combien ?
04:52Vous avez besoin de quoi ?
04:53C'est le bon endroit, là, pour parler de ça.
04:55Alors, en réalité, on monte deux levées de fonds
04:59un peu parallèles.
05:00La première, la série A que vous mentionnez
05:02de 44 millions d'euros.
05:03Donc là, on s'adresse à des venture capital.
05:06On va avoir des grosses banques d'investissement
05:08qui financent le risque, essentiellement aux Etats-Unis.
05:11On a beaucoup, beaucoup d'interactions
05:12avec les banques américaines, un petit peu en Europe.
05:15La BPI aussi, un peu ?
05:16Et la BPI également.
05:17En fait, la BPI soutient énormément
05:20les sociétés de biotechnologie comme les nôtres
05:23et essaye de promouvoir l'innovation
05:25sur le territoire français.
05:26Et nous, on avait vraiment vocation
05:28à se relocaliser en France
05:30pour réactiver l'écosystème,
05:32même la filière industrielle de biotechnologie
05:35qu'il y a sur le territoire.
05:36Et à côté de ça, on lève aussi une petite levée
05:39en BSA, en bon de souscription d'action,
05:41pour que n'importe quel particulier
05:43ou entreprise puisse venir financer notre société
05:46en attendant la fin de la série A
05:47qui prend énormément de temps.
05:49Vous parliez de la filière biotech sur le territoire.
05:51La localisation est intéressante aussi.
05:52Vous êtes à Grasse.
05:54Alors, on a découvert avec...
05:55Grasse Biotech.
05:56Grasse Biotech, c'est ça.
05:57Il y a un pôle d'excellence,
05:58un peu le Boston français,
06:00où Boston, c'est la ville américaine
06:02où toutes les entreprises de santé vont.
06:04Il y a vraiment un pôle d'excellence.
06:05C'est un peu l'équivalent, du coup, en France ?
06:07Exactement.
06:08On a, alors, en plus petite mesure,
06:09parce que le territoire est quand même moins densifié
06:12au niveau des activités de biotech,
06:14mais c'est quelque chose qui est en train
06:15de vraiment de prendre de l'envergure.
06:16Jusqu'à maintenant, on identifiait Grasse
06:18avec le parfum, la cosmétique fine, etc.
06:21Aujourd'hui, ils ont vraiment envie
06:22de dynamiser le territoire
06:23avec des sociétés pharmaceutiques,
06:25des sociétés de biotechnologie
06:26qui développent d'autres technos
06:28qui sont complémentaires.
06:29Et l'idée, c'est vraiment,
06:31là, nous, avec Fox Bio,
06:33de s'implanter sur le territoire
06:34pour développer le laboratoire
06:36et puis ensuite s'étendre
06:38avec probablement une usine de bioproduction, etc.
06:40Et on a un accueil extrêmement chaleureux
06:42de la région PACA
06:43et de la communauté d'agglomération de Grasse.
06:46Merci beaucoup, Sophie Blondel,
06:47d'être venue ce matin dans la matinale
06:49de l'économie directrice générale
06:50et cofondatrice de Fox.
06:51Alors, moi, je dis Fox Bio,
06:52mais vous dites Fox Bio.
06:54C'est comme ça qu'on dit.
06:54Oui, après, on travaille beaucoup à l'international, oui.
06:56C'est pour ça.
06:57Alors que moi, très peu.
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