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00:00Un prêtre catholique qui fait carrière dans le monde sulfureux de l'opéra.
00:13Un musicien de génie qui bâtit un empire à Venise, le Las Vegas de l'époque.
00:20Un violoniste virtuose attisant rumeurs et convoitises, surveillé par les espions du pouvoir.
00:27Le prêtre roux, comme on l'appelait, dont l'amitié avec sa muse fit jaser, Antonio Vivaldi.
00:34C'est une musique extrêmement passionnée, pleine de joie, de vivre et de couleurs. De poésie aussi.
00:43Rome sera le point culminant de sa vie dramatique.
00:50On pourrait peut-être le comparer à Madonna ou Lady Gaga.
00:54C'était une star, une vraie popstar.
01:00Mais après sa mort, le prêtre roux tombe dans l'oubli.
01:05Victime d'une cabale de l'église, la redécouverte de Vivaldi a été l'un des plus grands événements de l'histoire de la musique.
01:13Aujourd'hui, Vivaldi est considéré comme le compositeur classique par excellence.
01:17Venise, à la fin du XVIIe siècle, épicentre culturel du monde occidental.
01:30Dans la cité des Doges, un petit être singulier voit le jour et va marquer l'histoire de la musique.
01:35Mais l'œuvre de Vivaldi a bien failli ne jamais exister.
01:46Dès sa naissance, il frôle la mort.
01:49Le nouveau-né est chétif.
01:52La sage-femme redoute le pire.
01:53Et à défaut de baptême, pratique l'ondo-amant.
01:58Un rituel courant à l'époque qui permettait aux enfants non baptisés et sur le point de mourir, de monter au ciel.
02:09Les parents d'Antonio sont désespérés.
02:12Ils ont déjà perdu un premier enfant.
02:14Le garçon survit, mais souffre d'un mal qui infléchira le cours de sa vie.
02:24Le registre paroissial de l'église San Giovanni in Paragora indique que le petit Antonio Lucio est officiellement baptisé par l'église deux mois après sa naissance.
02:36Il a échappé à la mort.
02:38Mais pour le petit Vénitien, l'avenir est tout sauf radieux.
02:46Sa ville natale connaît des heures difficiles.
02:50Jadis prospère, Venise a perdu de son importance dans le commerce international.
02:55La découverte de l'Amérique a rebattu les cartes de l'économie mondiale.
03:02Mais la cité des Doges se réinvente.
03:05Elle devient capitale culturelle de l'Europe.
03:09La haute société s'amuse au gré de balles et de régates somptueuses.
03:14Des touristes venus de toute l'Europe visitent la Sérénissime, la majestueuse République de Venise.
03:23La mode est au ridotti, les salons de jeux privés.
03:27Une source de revenus non négligeable pour les habitants.
03:35On y mise des fortunes et on échange les derniers potins.
03:40Mais l'on y croise aussi les courtisanes vénitiennes, réputées dans toute l'Europe.
03:46Les casinos de l'actuelle Las Vegas descendent en droite ligne des ridotti vénitiens.
03:53Les activités douteuses des salles de jeux sont surveillées par les Signori di Notte,
03:58les seigneurs de la nuit,
03:59à savoir le service secret de la cité des Doges.
04:05Les habitants de la République de Venise jouissaient de grandes libertés personnelles,
04:10tout en étant soumis à des lois très strictes.
04:13Le crime était durement réprimé.
04:17Le Doge était le premier magistrat,
04:19mais le pouvoir législatif était entre les mains du Grand Conseil,
04:22où siégeaient les patriciens de la cité.
04:24Il y avait aussi divers organes judiciaires.
04:30Le Conseil des dix, les inquisiteurs d'État,
04:33les seigneurs de la nuit,
04:35qui combattaient le crime, l'immoralité, le blasphème et les conspirations.
04:39Mais les limites de l'immoralité varient de saison en saison.
04:47Ce qui est permis peut rapidement être interdit.
04:50Des boîtes aux lettres d'apparence effrayante reçoivent des dénonciations anonymes.
04:57Les suspects sont présentés à un inquisiteur qui statue sur leur sort.
05:02Les peines vont de simple amende à la mort.
05:04Venise n'en continue pas moins d'attirer les amateurs de divertissement
05:09venus de toute l'Europe, dont elle est la capitale musicale.
05:16Bien sûr, les artistes venaient aussi à Venise pour y travailler.
05:20Ils savaient qu'ils y bénéficieraient de conditions financières idéales.
05:24L'aristocratie n'investissait pas seulement dans les beaux-arts,
05:26elle aimait aussi s'attacher les services de musiciens.
05:28Au XVIe siècle, se constitue à Venise la dite école vénitienne,
05:37où se rassemblent de nombreux compositeurs.
05:43Saint-Marc, le chœur de Venise jusqu'à nos jours,
05:47est le centre musical de la ville.
05:49De célèbres musiciens d'église comme Monteverdi
05:52officient la basilique donnant sur la place.
05:56Et le père de Vivaldi y est violoniste.
05:58Le père de Vivaldi était barbier, mais aussi musicien à Saint-Marc.
06:05Il jouait du violon et enseignait l'instrument à son fils.
06:09Vivaldi a baigné dans un environnement musical.
06:12Ce n'est pas un génie sorti de nulle part.
06:15Il a grandi dans l'ombre des plus grands musiciens vénitiens.
06:18Dans cette société très hiérarchisée,
06:29il est courant que le fils soit destiné à exercer la même profession que son père.
06:33Antonio a 8 ans quand il reçoit son premier violon des mains de son père,
06:41Giambattista Vivaldi.
06:43Ses parents auront en tout 9 enfants.
06:51Les musiciens professionnels gagnent mal leur vie.
06:54Et on espère que l'aîné pourra bientôt aider son père à subvenir aux besoins de la famille.
06:59A la grande joie de ses parents,
07:06Antonio fait montre d'un talent exceptionnel.
07:11Pourtant, Giambattista et Camilla Vivaldi le destinent à la prêtrise.
07:16Pour un enfant de musicien,
07:18c'est une possibilité de carrière qui n'exige que peu de sacrifices personnels,
07:22car à Venise, le clergé mène une vie relativement libre.
07:30Devenir prêtre au XVIIIe siècle,
07:33c'était accéder à un statut social
07:34et avoir un avenir tout tracé.
07:40Grâce aux sacerdotes de leurs enfants,
07:42les familles qui n'étaient pas nobles
07:44avaient l'assurance qu'ils les aideraient à manger à leur faim
07:46ou tout du moins d'avoir une bouche en moins à nourrir.
07:52Le jeune Vivaldi est ordonné prêtre à l'âge de 25 ans,
07:59puis engagé à l'Hospédale de la Pieta,
08:01non loin de la place Saint-Marc.
08:04Ce qui reste de l'édifice abrite aujourd'hui l'Hôtel Métropole.
08:08La Pieta est l'un des quatre orphelinats et pensionnats de jeunes filles
08:11dirigés par des religieuses à Venise.
08:15La passion de Vivaldi reste la musique.
08:17Au lieu de s'intéresser à la carrière ecclésiastique,
08:20il se donne entièrement à son rôle de maître de musique.
08:24À l'hospice de la Pieta,
08:26les jeunes filles les plus talentueuses
08:28reçoivent une éducation musicale poussée
08:30pour pouvoir plus tard se produire dans des concerts d'église,
08:33voire parfois dans l'un des nombreux opéras de la Sérénissime.
08:38Vivaldi est un professeur très apprécié.
08:41Mais comme c'est un homme au milieu d'une assemblée féminine,
08:44son enseignement fait l'objet d'une étroite surveillance.
08:46La Pieta est un institut où les familles pauvres confiaient leurs enfants à la Pieta
08:54pour que l'État subvienne à leurs besoins par l'intermédiaire de l'église.
09:05La Pieta recueille aussi des nourrissons.
09:08Le couvent comporte un dispositif prévu à cet effet.
09:11Les femmes peuvent y déposer leurs enfants illégitimes
09:14et les familles indigentes leurs rejetons.
09:18Les bébés abandonnés portent souvent un signe de reconnaissance
09:21comme une image coupée en deux ou une pièce de monnaie.
09:25Car beaucoup espèrent reprendre leurs enfants
09:27quand leur situation se sera améliorée.
09:31Tous ces signes de reconnaissance
09:33sont soigneusement conservés au couvent.
09:35Certains y sont encore exposés de nos jours.
09:39Mais à l'époque,
09:40il est rare que les parents reviennent chercher leurs enfants.
09:43La plupart des jeunes filles
09:44ne retourneront jamais dans leur famille.
09:49Ces pensionnaires ont malgré tout
09:50de la chance dans leur malheur.
09:52Celles qui sont admises dans la classe de Vivaldi
09:54apprennent la musique et le chant.
09:56Venise présentait un atout exceptionnel.
10:20Ces écoles dispensaient à leurs élèves
10:22un enseignement qui leur permettait
10:23de devenir indépendantes par la suite.
10:26A la Pieta, on leur apprenait la musique.
10:31Ailleurs, c'était la dentelle,
10:33une autre grande spécialité vénitienne
10:34dont elle pouvait ensuite tirer des revenus.
10:47A la Pieta, on chante des compositions à quatre voix,
10:51ténor et basse inclus.
10:54Les musicologues se sont longtemps demandés
10:56si l'on engageait des hommes pour les concerts.
10:59Aujourd'hui, on a la certitude
11:01que toutes les parties étaient chantées par des femmes.
11:04A la Pieta, comme dans les autres auspices féminins,
11:09la musique vocale écrite pour quatre voix,
11:11soprano, alto, ténor, basse,
11:13était chantée uniquement par des femmes.
11:16Elles tenaient non seulement les pupitres de soprano et d'alto,
11:19mais aussi les parties de ténor,
11:20confiées à des femmes aux voix particulièrement graves.
11:22Chez Vivaldi, les parties de ténor ne descendent jamais très bas
11:28pour être adaptées aux voix féminines.
11:32Enfin, les parties de bas s'étaient transposées à l'octave supérieure.
11:36Toutes les voix pouvaient donc être chantées par un chœur de femme.
11:39Le premier orchestre de jeunes filles au monde
11:45fait la fierté de la Pieta.
11:48Les concerts publics donnés les dimanches et jours fériés
11:50attirent non seulement les fidèles vénitiens,
11:53mais aussi des voyageurs venus de toute l'Europe.
12:00Les musiciennes sont séparées du public,
12:03mais exposées au regard.
12:05Le tout sous la houlette de l'Église.
12:09Il n'est pas rare que des hommes de la bonne société vénitienne
12:13assistent aux concerts pour rencontrer les chanteuses
12:16et parfois les épouser.
12:33Par leur éducation musicale,
12:36les jeunes filles de la Pieta
12:37avaient une certaine sécurité quant à leur avenir.
12:42Elles n'étaient pas obligées de prendre le voile,
12:44mais pouvaient quitter l'institution
12:45et gagner leur vie comme musiciennes.
12:55Vivaldi n'est pas seulement un maître de musique
12:57très apprécié à l'Ospédale della Pieta,
13:00il est également prêtre officiant
13:02jusqu'au jour où tout bascule.
13:14Le mal dont il souffre depuis toujours,
13:17une oppression de la poitrine comme il l'appelle,
13:20le force à arrêter de dire la messe.
13:23Aujourd'hui, on parlerait sans doute d'asthme.
13:25Est-ce un hasard ou une intervention divine ?
13:32En tout cas,
13:35c'est une chance de développer ses autres talents,
13:38car il a un rêve fou,
13:39se faire une place dans le monde de l'art lyrique.
13:42Au début du XVIIIe siècle,
13:49Venise ne compte pas moins de 20 théâtres,
13:52dont 8 opéras.
13:54Ses hauts lieux de la vie en société
13:55rapportent des millions.
13:59Vivaldi a 28 ans
14:00et il veut en avoir le cœur net.
14:03Il se lance dans un univers totalement nouveau
14:05et en plein essor,
14:07celui de l'opéra.
14:09S'il réussit,
14:09ses œuvres ne seront plus seulement jouées
14:12dans les églises,
14:13mais aussi dans les théâtres de la ville.
14:16Mais dans le monde si lucratif de l'opéra,
14:18règne des mœurs peu recommandables
14:20et il est toujours prêtre,
14:22une fonction peu compatible
14:24avec la scène vénitienne.
14:32Une fois de plus,
14:34son père Giambattista
14:36le soutient dans sa démarche.
14:37Il a depuis longtemps noué des liens
14:40avec des personnalités
14:41de la musique profane à Venise.
14:43Et cela vaut mieux,
14:45car la tâche est immense.
14:47Les maisons d'opéra
14:48sont une attraction majeure
14:49pour les vénitiens
14:50comme pour les visiteurs étrangers
14:52et une vraie mine d'or
14:54pour les impressari
14:55et les propriétaires de théâtre.
14:57Vivaldi rencontre
15:02l'un des plus importants directeurs
15:03d'opéra de la ville,
15:05Francesco Santurini.
15:08L'homme est gérant
15:08du théâtre Sant'Angelo
15:10et vient de renvoyer son impresario
15:12qui a mené le théâtre
15:14au bord de la faillite.
15:20Les Vivaldi devront remettre
15:22son établissement à flots.
15:27Santurini n'ignore pas
15:29qu'il ait risqué
15:29de confier ses affaires
15:30à des néophytes.
15:32Mais il sait aussi
15:33que les Vivaldi,
15:34père et fils,
15:35ont le sens des affaires
15:37et un bon réseau de relations.
15:39Ces deux musiciens
15:40sont bourrés de talent
15:41et d'ambition.
15:44Le défi n'en est pas moins audacieux.
15:46Le jeune prêtre
15:48va devoir montrer
15:49qu'il est capable
15:50d'enthousiasmer
15:50le public vénitien
15:52déjà plus que gâté par ailleurs.
15:56Vivaldi entame
15:57une double vie.
15:58Il est le maestro
15:59reconnu de la Pieta,
16:01membre du clergé
16:02et protégé
16:03de personnalités bien placées.
16:05En parallèle,
16:06il démarre une carrière
16:07dans le demi-monde
16:08du théâtre
16:09où règnent intrigues
16:10et rivalités
16:11entre vedettes.
16:16Il bâtira
16:25un véritable empire musical,
16:28employant parfois
16:29plus de 60 copistes
16:30pour transcrire sa musique
16:32et faisant appel
16:33aux meilleurs solistes
16:34de la ville.
16:36Presque toute la famille
16:37lui prête main forte.
16:39Plusieurs de ses frères et sœurs,
16:41sa mère
16:41et bien sûr son père.
16:44Tous dépendent financièrement
16:45d'Antonio.
16:46de ses engagements,
16:48de son talent d'organisateur,
16:50de sa créativité foisonnante.
16:54Les Vivaldi
16:54prennent de gros risques.
16:56Ils doivent avancer
16:57des sommes considérables
16:58sur leur denier
16:59sans savoir
17:00si l'œuvre aura
17:01le moindre succès.
17:02Il faut louer le théâtre,
17:04engager chanteurs,
17:05musiciens et techniciens,
17:07les payer d'avance,
17:09faire de la publicité.
17:13Les célèbres castras
17:14occupent une place importante
17:16dans le budget des opéras.
17:18Ces étoiles de la Seine
17:19aux voix d'anges
17:20sont adulées du public.
17:22Seule la location des loges,
17:33payable d'avance,
17:35apporte une certaine sécurité.
17:37Elles sont souvent louées
17:38pendant des années,
17:39se transmettent parfois
17:40de génération en génération
17:42et ont une décoration personnalisée.
17:44Les familles riches
17:48paient cher,
17:49très cher
17:50pour ces emplacements privilégiés.
17:53Si elles ne sont pas convaincues
17:54par la programmation
17:55du nouvel Impressario,
17:57c'est la survie même
17:58du théâtre qui est menacée.
18:01Quand Vivaldi débarque
18:02dans le monde de la Seine,
18:04environ dix nouveaux opéras
18:05sont créés chaque année
18:06à Venise.
18:07La concurrence entre les théâtres
18:09fait rage,
18:10un peu comme entre les studios
18:11d'Hollywood de nos jours.
18:13Qui met le plus de moyens ?
18:14Qui signe avec les meilleurs chanteurs ?
18:17Qui offre les mises en scène
18:18les plus grandioses
18:19et les plus spectaculaires ?
18:21Un échec tuerait dans l'œuf
18:22la nouvelle carrière de Vivaldi.
18:24Financièrement,
18:25il ne s'en relèverait pas.
18:29Le théâtre Sant'Angelo
18:30est une épreuve décisive pour lui.
18:33Il s'agit d'un des établissements
18:34les plus anciens
18:35et les plus réputés de Venise.
18:38Vivaldi met en scène
18:39l'Orlando Furioso.
18:42Une romance chevaleresque
18:43dont l'action se situe
18:44au temps de Charlemagne.
18:49Les problèmes ne tardent pas
18:51à apparaître.
18:54Un autre impresario
18:55n'entend pas renoncer
18:56à sa tête d'affiche,
18:58le castrat Minelli.
19:00Il accuse Vivaldi
19:01de lui avoir subtilisé le chanteur.
19:04Le compositeur ne cède pas.
19:07Pas question de ce passé de Minelli.
19:09Il compte sur son nom
19:10pour remplir la salle.
19:25Depuis la fin du XVIe siècle,
19:27plusieurs papes ont interdit
19:29aux femmes de se produire sur scène
19:30au nom des bonnes mœurs.
19:32C'est ainsi qu'est née
19:33la vogue des castras,
19:34qui interprète aussi bien
19:35des rôles de femmes
19:36que d'hommes.
19:39Sur le marché de l'opéra,
19:41les meilleurs castras
19:42atteignent des prix
19:43comparables aux stars actuelles
19:44du ballon rond.
19:46Et masculés avant la puberté,
19:48ils ne muent pas.
19:50Nombre de castras
19:51souffrent leur vie entière
19:52des séquelles de ces mutilations,
19:54souvent pratiquées
19:55avec des moyens rudimentaires.
19:56Certains deviennent
19:58de grands artistes
20:00et chantent avec virtuosité
20:01des rôles de divas.
20:03« Vive le petit couteau ! »
20:05clame le public enthousiaste
20:07lors de leurs légendaires concerts.
20:11Dans la lutte implacable
20:12pour emporter les faveurs
20:13du public,
20:14il faut tout miser
20:15sur le spectacle,
20:17ce qui nécessite
20:18une scénographie complexe.
20:19Pour découvrir
20:21une machinerie scénique
20:23de cette époque,
20:24on peut visiter
20:25l'un des plus vieux théâtres baroques
20:26encore conservés de nos jours,
20:29le théâtre Ekoff
20:30du château de Friedenstein
20:31en Thuringe.
20:34En 1681,
20:36le scénographe milanais
20:37Giacomo Torelli
20:38y installe
20:39une invention révolutionnaire.
20:41Un ingénieux système
20:42permettant d'effectuer
20:43des changements à vue.
20:45La mode n'est plus
20:46au décor fixe,
20:47mais aux images mouvantes.
20:49s'y ajoutent
20:53des bruitages étonnants.
20:55Des boules de bois
20:56de différentes essences
20:57imitent les grondements
20:58du tonnerre.
21:03Des rouleaux tendus
21:05de lin
21:05servent de machine à vent.
21:11Il ne faut que quelques secondes
21:13pour faire glisser les panneaux
21:14et changer de décor.
21:20Ce type de scénographie
21:22restera à la pointe
21:23du progrès
21:23pendant deux siècles.
21:259 novembre 1713.
21:42C'est le grand jour.
21:44Peu avant la saison du carnaval,
21:46Vivaldi présente
21:47sa première mise en scène
21:48au public.
21:48Vénitiens et étrangers
21:53se bousculent
21:54pour assister
21:54à l'Orlando Furioso.
21:59Après des mois
22:00de répétition
22:00et de querelles
22:01avec les chanteurs,
22:02les concurrents
22:03et les services secrets
22:04chargés de la censure,
22:06l'heure de vérité est venue.
22:07Souvent,
22:10ce sont les arias
22:11chantées par les solistes
22:12qui font le succès
22:13d'un opéra.
22:15Des airs
22:15qui seront ensuite
22:16repris à pleine voix
22:17dans toutes les rues
22:18de la ville.
22:19Mais il n'est pas rare
22:40que les spectateurs
22:41aient d'autres motivations,
22:42comme le déplore
22:43un contemporain.
22:45De nombreux patriciens
22:46viennent déguiser
22:46à l'opéra
22:47pour pouvoir y amener
22:48librement leur maîtresse.
22:50Ils sont bruyants,
22:51rient, applaudissent
22:52ou sifflent
22:53sans se gêner.
22:55À ce brouhaha
22:56se mêlent éternuement,
22:57quinte de tout
22:58et bavardage.
23:02Certains opéras
23:02ne sont qu'un écrin fastueux
23:04qui accueille
23:05intrigues amoureuses
23:06et potins mondains.
23:08On innoue des relations,
23:09on y parle affaire.
23:11Même les imposants
23:12décors réalisés
23:13par des peintres célèbres,
23:14comme Canaletto,
23:15ne suffisent pas
23:16à captiver l'attention
23:17du public.
23:18Mais la première
23:21de l'Orlando
23:22est un triomphe.
23:24Pour son début
23:25à l'opéra,
23:26Vivaldi récolte
23:27un tonnerre
23:27d'applaudissements.
23:28Il a réussi.
23:30Le nouveau venu
23:31entre en fanfare
23:32dans la cour des grands,
23:33s'imposant
23:34dans le domaine
23:34le plus prisé
23:35de la scène musicale
23:36vénitienne.
23:38Cette reconnaissance
23:38en tant que compositeur
23:39et directeur d'opéra
23:40suscite les jalousies.
23:43Quelques années plus tard,
23:44un virulent pamphlet satirique
23:46le prend pour cible.
23:49Federico Maria Sardelli,
23:51spécialiste de Vivaldi
23:52et éditeur du catalogue
23:54de l'œuvre du compositeur,
23:56étudie ses représentations
23:57iconographiques.
23:58Il teatro a la moda
24:00est un opuscule satirique
24:02qui se moque
24:03du monde du théâtre
24:03en général
24:04et de Vivaldi
24:05en particulier,
24:07à la fois en tant qu'homme
24:08mais que prêtre.
24:10Il est représenté
24:11en couverture
24:11sous les traits
24:12d'un angelot
24:12coiffé d'un chapeau
24:13de curé
24:14qui joue du violon
24:16perché sur le gouvernail
24:17d'un bateau.
24:19Un tonneau de vin
24:20et des sacs
24:21remplis de victuailles
24:22dénoncent l'ivrognerie
24:24et la débauche
24:24supposée
24:25des gens de théâtre.
24:26On ne sait pas
24:29quel était le vrai visage
24:30de Vivaldi.
24:31On ne lui connaît
24:32que trois portraits
24:33contemporains.
24:37Voici le plus ancien
24:38conservé à Bologne.
24:41Il représente un homme
24:43dont on n'est pas sûr
24:44qu'il s'agisse vraiment
24:44d'Antonio Vivaldi.
24:47Son nom n'est pas écrit
24:48et l'œuvre est anonyme.
24:51En 1723,
24:53Vivaldi s'est rendu à Rome
24:54où vivait le célèbre
24:56peintre et caricaturiste
24:57Pierre Léone Ghezzi
24:59qui croquait
25:00tous les musiciens
25:01de passage dans la ville.
25:04Enfin,
25:05un peu plus tard,
25:05en 1725,
25:07Vivaldi publie à Amsterdam
25:09son célèbre
25:10Opus VIII
25:10dans lequel se trouvent
25:12les quatre saisons
25:13avec une gravure sur cuivre
25:15à son effigie.
25:17Ce portrait nous permet
25:18de dire
25:18que c'est probablement
25:19aussi lui
25:20qu'on voit
25:20sur le tableau de Bologne
25:22car les deux
25:23se ressemblent beaucoup.
25:23Ce sont les trois seuls
25:26portraits d'Antonio Vivaldi
25:27dont on dispose.
25:31Pour Francesco Santorini,
25:33qui a confié à Vivaldi
25:34la direction
25:35du Théatro Sant'Angelo,
25:37la critique de son impresario
25:38n'est pas un problème.
25:40La mauvaise presse
25:41est bonne pour les affaires.
25:44Antonio Vivaldi
25:45réussit à remettre
25:45le théâtre à flot.
25:47Ses bénéfices
25:48et ceux de Santorini
25:49sont considérables.
25:50Vivaldi
25:56n'entend pas
25:56s'arrêter
25:57en si bon chemin.
25:59La proposition
26:00du prince Philippe
26:01de Est-Armstadt
26:02tombe à pic.
26:03Ce gouverneur
26:04du duché de Mantoux
26:05qui appartient
26:06à l'Autriche
26:06cherche un maître
26:08de chapelle.
26:13Pourquoi Vivaldi
26:14quitte-t-il Venise
26:15aux fêtes de sa gloire ?
26:17En tant qu'impresario,
26:19il aurait pu continuer
26:19à encaisser des sommes énormes.
26:22Mais il sait
26:23combien il est important
26:24d'avoir des réseaux
26:24de protecteurs influents.
26:29C'est probablement
26:30à Mantoux
26:31qu'il fait une rencontre
26:32décisive.
26:34Celle d'une jeune femme
26:35à laquelle sa vie
26:36sera désormais
26:37étroitement liée.
26:43Anna Giro
26:44est la fille
26:45d'un barbier
26:45et perruqué français.
26:47Elle possède
26:48d'un vrai talent
26:48pour le chant.
26:50Promise à une grande carrière,
26:52Vivaldi
26:53l'amènera
26:53à la gloire.
26:55Elle deviendra
26:56sa confidente
26:56et s'amuse.
26:58Mais fera aussi
26:59son malheur.
27:04La relation particulière
27:05qu'il entretiendra
27:06avec la cantatrice
27:07alimentera sans cesse
27:09les rumeurs
27:10et entraînera
27:11des conflits
27:11avec l'église.
27:15À Mantoux,
27:16la créativité
27:17de Vivaldi
27:17explose.
27:19La ville
27:20lui inspire
27:20notamment
27:21les premières idées
27:22de ce qui sera
27:23sans doute
27:23la plus célèbre
27:24de ses œuvres,
27:26les quatre saisons.
27:28Les paysages
27:29de la région de Mantoux
27:30sont magnifiques.
27:32Mozart s'y était produit
27:32dans le théâtre
27:33qui venait d'être inauguré.
27:34C'était donc
27:35une ville très riche
27:36sur le plan culturel.
27:38Et l'environnement
27:39a sûrement
27:39beaucoup contribué
27:40à la profusion
27:41de couleurs
27:42qui caractérisent
27:42les quatre saisons.
27:44La nature
27:45a toujours été
27:45une source d'inspiration
27:46pour les compositeurs
27:47jusqu'à aujourd'hui.
27:49Qu'ils choisissent
27:49de la représenter
27:50ou d'en tirer
27:51une interprétation nouvelle.
27:56Vivaldi absorbe tout.
27:58Bruissement,
27:58couleurs,
27:59expérience.
28:01Pour chaque saison,
28:02il écrit un sonnet
28:03qu'il traduit ensuite
28:04sous forme musicale.
28:10On entend par exemple
28:11le coucou.
28:15Ou une tempête.
28:21C'était la toute première musique
28:22à programme
28:23de l'époque baroque.
28:27Les sonnets montrent
28:29avec quelle attention
28:30Vivaldi observe
28:31son environnement.
28:33revêtant le ciel
28:34d'un noir manteau,
28:36arrive éclair et tonnerre
28:37choisi pour l'annoncer.
28:51Et là, c'est la dépression.
28:54La moisson.
28:56La tempête.
28:59Printemps, été, automne et hiver.
29:01Les quatre concertos
29:03pour violon
29:04semblent reproduire
29:05fidèlement
29:05la musique de la nature.
29:08L'automne
29:09raconte une chasse à cour.
29:14Là,
29:15les corps de chasse.
29:21Il a aussi reproduit
29:22les différents sons
29:23de la glace.
29:23un exemple classique de musique à programme en vogue 17e et 18e
29:53siècle composé pour suggérer des images on se sent comme un peintre devant son chevalet avec
30:01les quatre saisons vivaldi nous a fait un immense cadeau cette oeuvre nous offre une multitude de
30:07possibilités d'histoire d'expérience vivante et humaine les compositions de vivaldi ses talents
30:15de violonistes et son cercle toujours plus étendu de mécènes et de protecteurs influents finissent
30:21par lui valoir une audience chez le pape c'est l'un des plus grands moments de sa vie lui qui
30:28est issu d'un milieu modeste raillé et critiqué maintes fois de par sa position de prêtre dans
30:33le monde sulfureux du théâtre accède à présent au plus haut lieu de la chrétienté le saint siège
30:40pour vivaldi l'audience est un accomplissement il entre au panthéon des plus grands musiciens de son temps
30:58pour ce catholique fervent c'est une faveur suprême que d'être reçu par le chef spirituel de
31:16l'église le pape ne reproche pas aux prêtres de ne plus dire la messe pas plus qu'il ne critique ses
31:23liens avec l'opéra tout ce qu'il veut c'est entendre sa musique
31:34vivaldi semble au sommet de la gloire immortel intouchable les jeunes gens de bonne famille qui
31:43voyage pour s'instruire découvre l'architecture la peinture et la musique d'autres pays et rentrent
31:50chez eux riche de ces nouvelles impressions ils font connaître son nom dans toute l'europe
31:57c'est sans doute ainsi que les compositions de vivaldi arrivent à weimar en thuringe
32:02jean-sébastien bas qui est musicien au service du duc
32:08son élève le prince jean ernest de sax weimar rentre d'un grand tour à travers l'europe
32:16il lui rapporte un précieux cadeau des concertos de vivaldi
32:21la première fois que bac a vu des partitions de vivaldi il en a été très ému ça a dû être
32:44bouleversant pour ce grand musicien de découvrir qu'il se trouvait face à une oeuvre aussi magistral
32:49les musicologues allemands ont longtemps considéré bac comme un artiste grave et profond et vivaldi comme
32:58un musicien simple et léger mais bac a beaucoup appris de vivaldi il a étudié sa technique son
33:05instrumentation et son harmonie et s'en est inspiré dans ses compositions la musique de vivaldi est en vogue
33:12dans toute l'europe si bien qu'on essaie d'étudier et de comprendre les caractéristiques de son style
33:18mais bac lui transcrit vivaldi en cherchant à le modifier reproduire sa musique à l'identique ne
33:27l'intéresse pas il veut y ajouter des harmonies des contrepoints et adapte donc vivaldi à sa conception
33:33personnelle de la musique c'est ainsi que bac s'approprie la musique de vivaldi
33:42il s'inspire des changements impétueux de tempo du vénitien et développe des thèmes harmoniques
33:47qui l'enrichit méticuleusement les oeuvres de vivaldi ont ainsi joué un rôle décisif dans
33:54l'évolution du concerto quant au son original de la musique baroque c'est un sujet controversé
34:01chez les musicologues l'église saint maurice de venise abrite l'une des plus importantes collections
34:07d'instruments baroque à l'époque de vivaldi les concerts se déroulaient essentiellement dans des
34:13salons privés les instruments étaient conçus pour avoir un son particulièrement doux il n'avait
34:20pas besoin d'être très sonore c'est ce qui les différencie des instruments actuels le son baroque
34:26est impossible à reconstituer de nos jours quand bien même on reproduirait les instruments à l'identique
34:31notre sensibilité auditive a totalement changé notre oreille n'est plus à même d'apprécier ce
34:36qu'entendait les auditeurs du 17e siècle
34:38vivaldi quittement tout pour venise sa ville natale il redevient maître de musique à la piéta et
34:56directeur d'opéra il fait d'un à giro sa prima donna elle le suit à venise prend des cours de
35:14chant et devient une véritable virtuose grâce au soutien de vivaldi
35:18leur proximité est regardée d'un oeil suspicieux un prêtre et sa protégé on peut tout imaginer
35:30carlo goldoni le plus célèbre écrivain de l'époque dit d'anna giro elle n'était pas
35:44belle mais gracieuse bien faite de sa personne elle avait de beaux yeux et de beaux cheveux peu
35:51de voix mais beaucoup de présence sur scène dès le début ses interprétations passionnées séduisent
36:00le public vénitien
36:01le public afflue au théâtre uniquement pour l'écouter chanter les arias anna accompagnera
36:26vivaldi jusqu'à sa mort c'est pour elle qu'il écrit ses opéras et avec elle qu'il connaît ses plus
36:33grands triomphes
36:39les relations de ce couple de rêves ne posent pas encore de problème
36:42on a beaucoup spéculé sur les liens entre vivaldi et anna giro mais je ne crois pas qu'il
36:53s'agissait d'une relation amoureuse ni d'une liaison à caractère sexuel bien sûr vivaldi aimait
37:00cette jeune fille il l'a vu évoluer musicalement et l'a accompagné toute sa vie il lui a même acheté
37:08un clave ça ils avaient une relation sentimentale mais ils n'étaient pas amants
37:15les rumeurs au sujet d'antonio et d'anna ne nuisent pas aux affaires du clan vivaldi
37:24la famille est à la tête d'un véritable empire la direction de théâtre à venise une petite
37:32entreprise qui copie les partitions sans oublier les concerts et les opéras qui sont acclamés jusqu'à
37:37rome amsterdam prague et vienne
37:48si vivaldi est connu dans toute l'europe c'est aussi grâce à une nouvelle technique qui révolutionne
37:52l'impression des partitions jusqu'ici les notes étaient copiés à la main puis les éditeurs de
37:59musique surtout vénitien ont développé une technique complexe d'impression à caractère mobile mais les
38:06italiens ont rapidement été distancés par amsterdam et londres dans ces villes les éditeurs
38:12utilisent la gravure sur cuivre les notes sont plus lisibles et la production plus simple et plus
38:18rapide dans toute l'europe les musiciens peuvent obtenir des partitions simplement et rapidement
38:23sur catalogue vivaldi est l'un des premiers italiens à faire éditer ses oeuvres à amsterdam mais en tant
38:32que compositeur cela implique qu'il doit s'adapter au goût des auditeurs d'europe du nord et de l'est
38:37c'est ainsi que se forme un premier style musical européen tout le continent est en proie à une
38:44véritable vivaldi mania le compositeur est au summum de sa gloire en compagnie de son père et souvent
38:53aussi d'anna ils parcourent l'europe entière il rencontre l'empereur charles 6 à trieste
39:02il passe quelques temps à vienne où il renforce ses relations avec la cour impériale ses concerts
39:08l'emmène à prague mantoux véronne florence et rome puis son père meurt son père qui avait été son
39:19professeur son agent et son soutien indéfectible qui avait toujours veillé sur lui un coup du sort
39:27qui ne fait que resserrer le lien entre vivaldi et sa confidente anna giro
39:36ils font désormais ses espoirs en la ville de ferrard qui lui a commandé deux opéras pour la
39:41saison à venir vivaldi prépare tout écrit les rôles engage un ensemble conséquent passe des
39:49contrats avec des chanteurs et des menuisiers à venise les répétitions ont déjà commencé
39:54c'est alors qu'il est appelé à comparaître devant le nonce apostolique l'ambassadeur du saint siège à
40:02venise pendant des années l'église catholique s'est contenté d'observer les activités séculières du prêtre
40:09roux mais voilà qu'à ferrard un religieux zélé arrive au pouvoir le nouvel archevêque est un
40:17rigoriste qui se bat contre la sécularisation du clergé il interdit à vivaldi de monter un opéra à
40:26ferrard il lui reproche de ne pas dire la messe alors qu'il est prêtre et d'entretenir des liens
40:33d'amitié ambiguë avec une chanteuse une véritable déclaration de guerre aux prêtres roux
40:41vivaldi et anna giro ont beaucoup à perdre et ce n'est que le début
40:46peu après un édit détaille ce qui est permis aux membres du clergé mais surtout ce qui leur est
41:06interdit les séjours chez les saltimbank et les charlatans le séjour et la promenade contraire aux
41:13mœurs dans les rues et sur les places la participation à des actes licencieux balle fête et ripaille et
41:21donc à l'opéra il ne peut plus faire d'opéra
41:24vivaldi est désespéré il doit payer les musiciens mais aussi les danseurs les décorateurs car il est
41:39à la fois directeur musical et entrepreneur tous les aspects matériels de la mise en scène reposent
41:45sur ses épaules et cette interdiction est le pire moment de sa carrière pas seulement sur le plan
41:53économique mais aussi parce que pour la première fois il fait l'objet d'une accusation morale
41:58dès lors cette image d'immoralité colle à la peau du compositeur les commandes se font plus
42:13rares il est moins bien payé et ses opéras sont des fiascos en revanche ces concerts avec les jeunes
42:21filles de la piéta demeurent des événements mondains très prisé des visiteurs viennent de toute
42:27l'europe écouter les poutes et d'ivivaldi
42:49à une époque où les femmes commencent tout juste à avoir un rôle dans la musique vivaldi a mis sur
42:55pied un orchestre exclusivement féminin de renommée internationale
43:06pour un compositeur rien n'est plus beau que de pouvoir écrire pour son propre ensemble parce
43:12qu'on compose en fonction des aptitudes et des compétences des musiciens et qu'on les voit évoluer au
43:17fur et à mesure c'est avec vivaldi qu'est née cette culture de l'orchestre à cordes qu'il a fait
43:23prospérer avec les jeunes filles de l'hospice je pense que sa popularité venait aussi du fait
43:29qu'il crée sans cesse de nouvelles oeuvres
43:40mais vivaldi doit sentir que son âge d'or se termine il recentre ses activités par exemple sur la vente de
43:49copie manuscrite de ses oeuvres plus lucratif que le commerce des partitions imprimées
44:01à l'occasion il accepte des élèves connus qui viennent de très loin pour étudier chez lui
44:05le maestro est particulièrement apprécié des musiciens allemands
44:08cela contribuera également à diffuser les compositions et le style de vivaldi en europe du nord
44:17à venise l'étoile de vivaldi perd de son éclat à vue d'oeil après plus de deux décennies le public de la sérénissime est blasé il s'est lassé des oeuvres du maître
44:35les vénitiens veulent une musique nouvelle de nouvelles vedettes de nouvelles sensations
44:50vivaldi ne s'est pas adapté aux nouvelles tendances le monde de l'opéra a longtemps été dominé par venise
44:56à présent de jeunes talents s'impose et l'opéra s'internationalise
45:01vivaldi n'est plus en vogue les visiteurs se tournent vers de nouveaux compositeurs
45:06qui apportent des thèmes et des mélodies plus modernes dans la cité des doges
45:11une satisfaction tardive pour les envieux et les adversaires du maître
45:19vivaldi a mangé son pain blanc il a accumulé les dettes et n'a plus d'engagement
45:28en mai 1740 il décide de couper les ponts
45:32à 62 ans l'ancien chouchou des vénitiens prend le chemin de l'exil
45:39accompagné d'un à giro il cherche refuge à vienne
45:44il avait probablement été invité par l'empereur lors d'une de leurs rencontres
45:49mais avant leur arrivée dans la capitale du saint empire l'empereur meurt subitement
45:56s'ensuit une année de deuil où toute musique est proscrite
46:01les espoirs de vivaldi se brisent
46:04à vienne anna et antonio attendent des jours meilleurs
46:09mais vivaldi n'a plus de contrat pérenne seule la vente de partition lui permet de garder la tête hors de l'eau
46:17à la fin de son existence vivaldi qui fut le plus riche musicien de son temps
46:23est réduit à solliciter une aide financière et à vivre dans une certaine précarité
46:28selon la vie de décès antonio vivaldi meurt en juillet 1741 d'une inflammation interne
46:36il est discrètement inhumé à vienne au cimetière de l'hôpital armen zunder gottes à coeur
46:43près de l'église saint charles boromé
46:45sa tombe a disparu depuis longtemps
46:49mais que vont devenir ses oeuvres
46:54beaucoup d'entre elles se perdent
46:57les frères et soeurs de vivaldi ainsi qu'anna giro les vendent à des collectionneurs
47:03les compositions disparaissent dans des bibliothèques privées et dans des monastères
47:08elles resteront longtemps inconnues
47:12l'oeuvre et l'influence de vivaldi tombent dans l'oubli pour un temps
47:21après près de trois siècles de silence les manuscrits de vivaldi ont subitement réapparu
47:28toute sa collection privée tout ce qui était resté chez lui a été redécouvert à turin dans les années 1920
47:36grâce à ce musicologue alberto gentili qui a reconnu la musique de vivaldi
47:45par la suite juste après la seconde guerre mondiale
47:49vivaldi devient à nouveau un compositeur populaire
47:52ses partitions sont imprimées et ses oeuvres exécutées dans le monde entier
47:56vivaldi devient une pop star qu'on joue aussi bien en russie qu'à hollywood
48:01c'est à la fin des années 1940 que la musique de vivaldi entame sa marche triumphale
48:12la radio et l'industrie du disque déclenche une vraie vivaldi mania
48:19on entend du vivaldi sur toutes les ondes
48:37je pense que c'est dû à cette énergie à ce rythme emprunté à la danse très présent dans sa musique
48:58presque tous les mouvements rapides des quatre saisons par exemple sont des danses qui nous emportent
49:07qui nous entraînent
49:08cette oeuvre n'est pas seulement élégiac
49:11elle a aussi en elle énormément d'énergie
49:14de joie de vivre et de symétrie
49:17et ça semble correspondre chez nous à un besoin archaïque
49:28c'est une musique que tout le monde peut comprendre
49:30plus encore que la musique romantique
49:34elle nous parle tout simplement
49:36aujourd'hui vivaldi est redevenu une super star comme du temps de sa gloire vénitienne
49:59son oeuvre est omniprésente
50:02elle est jouée dans tous les grands opéras
50:04modernisée adaptée
50:06tant sous forme de concerts et de performances
50:08que dans des bandes sons ou de la musique d'ascenseur
50:17avec beethoven et mozart
50:19vivaldi est l'un des compositeurs classiques les plus joués au monde
50:23car son style est unique en son genre
50:26fougueux virtuose moderne et intemporel
50:31sa musique est un langage universel
50:34et grâce à vivaldi
50:36des jeunes découvrent le répertoire classique
50:38pour lequel il se passionne
50:42les quatre saisons ont été adaptées
50:45pour tous les instruments possibles et imaginables
50:47ça en dit long sur leur richesse
50:50mais aussi sur leur popularité
50:52bien sûr c'est la version originale écrite pour orchestre de chambre
50:57qui est sans doute la plus proche de l'esprit du compositeur
50:59et que je préfère à toutes les autres
51:03mais il est touchant de voir combien d'entre nous
51:05essaie d'entrer dans la légende des quatre saisons
51:08en en donnant une version pour contrebasse
51:10ou pour tuba par exemple
51:12Fils d'un barbier musicien, prêtre, fondateur du premier orchestre féminin au monde, violoniste virtuose, compositeur, directeur d'opéra
51:27à Venise où il fut si longtemps oublié
51:32il est joué partout
51:34Vivaldi est de nouveau célébré dans sa ville natale
51:37et présent dans le monde entier
51:40et présent dans le monde entier
51:42et présent dans le monde entier
51:43et présent dans le monde entier
51:45qu'il y a aussi
51:46le monde entier
51:47pour voir
51:48que même
51:49le monde entier
51:50et présent dans le monde entier
51:51et présent dans le monde,
51:52ce n'est pas
51:54la musique
51:56ouh
51:57ouh
51:58ouh
51:59ouh
51:59ouh
52:00ouh
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