00:00L'automobile redevient-elle ce qu'elle était à son départ ? Un luxe réservé aux plus favorisés.
00:17Le profit type d'un acheteur d'un véhicule neuf en dit long.
00:20Majoritairement un homme, âgé de plus de 54 ans, cadre, chef d'entreprise,
00:27exerçant une profession libérale ou retraité aisé.
00:30Et parmi les évolutions les plus marquantes depuis les années 90,
00:34l'âge moyen de l'acheteur a progressé de plus de 10 ans.
00:37C'est un premier signe.
00:39Le budget d'un véhicule neuf devient hors de portée pour les plus jeunes,
00:43dont le taux d'équipement recule.
00:45Le véhicule que l'on possède dépend directement de ses ressources.
00:50Plus du quart du choix des 10% les plus riches portent sur des voitures neuves,
00:55contre seulement 4% chez les 10% les plus modestes.
00:59La cause, l'explosion des tarifs.
01:01En 6 ans, le prix moyen d'un véhicule neuf a bondi de 10 000 euros,
01:05passant de 26 000 à 36 000 euros selon une étude de Troisatata.
01:10La flambée des prix est multifactorielle, avec pelle-mêle l'augmentation du coût des matières premières et des composants,
01:17l'inflation réglementaire qui multiplierait les normes et rachèrerait les coûts de production,
01:21la transition vers l'électrique qui alourdit considérablement la facture
01:26et enfin la stratégie des constructeurs qui misent sur le haut de gamme plutôt que sur des modèles abordables,
01:33mis à part certains segments low cost.
01:35C'est à partir d'ici qu'un cercle vicieux s'enclenche.
01:39Les prix s'élèvent, seuls les plus aisés achètent.
01:42La demande se recentre vers le haut de gamme, incitant les constructeurs à délaisser les petits modèles.
01:49Peu à peu, les classes populaires et moyennes sont écartées,
01:53tandis que le marché se tourne toujours plus vers les catégories les plus favorisées, poussant les constructeurs ainsi de suite.
02:00Résultat, 20% des plus riches concentrent 40% des achats des voitures neuves,
02:06tandis que la majorité des Français se contentent de modèles d'occasion vieillissant.
02:11Mais ce repli sur l'occasion a ses limites.
02:14L'atrophie du marché du neuf finira par se répercuter, tout au tard, sur l'offre en seconde main
02:20qui deviendra telle aussi inabordable pour les ménages les plus modestes.
02:23Bref, c'est la fin de la démocratisation de l'automobile.
02:28Parmi les marqueurs de cette fracture sociale, deux sont incontournables.
02:32Il y a d'abord l'âge moyen des véhicules.
02:34Il ne cesse de s'élever.
02:36Il est possible d'y voir les conséquences de l'amélioration de l'entretien du parc.
02:40Passage au contrôle technique oblige.
02:42Cela doit jouer en effet.
02:44Mais c'est bien plus encore le signe de l'impossibilité d'une part croissante de la population à s'orienter vers le neuf.
02:50L'âge du parc diesel, celui des classes populaires vivant en périphérie,
02:55souvent contraint à la multimotorisation, augmente le plus rapidement.
03:00La répartition par critères, c'est-à-dire le niveau de pollution du véhicule,
03:05ces âmes indispensables donnant le droit, ou pas, à circuler dans certaines zones est plus idéfiant encore.
03:12Près d'un véhicule sur deux, détenu par les ménages appartenant aux 3 déciles de niveau de vie les plus bas,
03:19est égal ou supérieur au critère 3 et se retrouve de facto banni de circulation dans les ZFE,
03:27des grands centres urbains relégués aux banques, banlieusards en quelque sorte.
03:31Pour les 10% les plus aisés, cela concerne à peine plus d'un véhicule sur cinq.
03:36Si rien ne change, les riches rouleront en neuf et en électrique.
03:41Les autres s'accrocheront à des modèles d'occasion de plus en plus vétustes
03:46ou devront renoncer à se déplacer, réalisant leurs accès à l'emploi, aux services et à la vie sociale.
03:52La voiture, longtemps symbole de liberté et de progrès, est en passe de devenir un privilège,
03:58une régression brutale qu'il pourrait bien se transformer en bombe sociale.
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