00:00Quand on doit acheter ou vendre une marchandise, on ne peut pas acheter ou vendre sans avoir
00:08fait une vraie analyse de marché. C'est super important parce qu'aujourd'hui, on est complètement
00:12noyé sous l'information, on est en pleine infobésité et c'est ce qui entretient de la
00:18volatilité de court terme. On a besoin d'avoir une vision de plus long terme. Ce qu'on fait en
00:23général, c'est l'étude des bilans entre l'offre et la demande. On travaille beaucoup sur l'offre,
00:27il y a beaucoup d'argent dépensé pour savoir où sont les récoltes. Il faut beaucoup se pencher sur
00:33la demande et là, c'est déjà beaucoup plus compliqué d'avoir des informations. Sur l'offre,
00:37la première des choses, c'est qu'il y a beaucoup de stocks en ferme et de plus en plus. Ça s'est
00:43énormément développé au niveau mondial pour plein de raisons différentes. En France, ça s'est
00:48développé, en Europe, mais aussi d'abord en Argentine, au Brésil, un peu partout aux Etats-Unis.
00:53Ça a d'abord permis aux producteurs de ne pas vendre forcément juste en début de récolte et de
01:00passer par les fourches codines des négociants. Mais c'est surtout qu'on a des pays, par exemple,
01:06où il y a une inflation très forte, comme en Argentine, où le soja est devenu la monnaie
01:10nationale. C'est-à-dire qu'on ne sort sa graine de soja que lorsqu'on a besoin d'acheter et qu'on
01:16a une décharge à payer, des choses comme ça. Je dis souvent que la disponibilité,
01:23c'est pas la même chose que le disponible. C'est-à-dire que sur le papier, vous pouvez
01:26avoir plein de marchandises à disposition qui, pour plein de raisons, ne vont pas être là.
01:29Elle ne va pas être là parce que soit, effectivement, elle va rester dans les
01:31fermes et qu'aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup de pays où on a de bonnes statistiques sur le
01:35stockage à la ferme. Si on parle de la France, aujourd'hui, il n'y a plus vraiment beaucoup
01:40d'enquêtes qui sont faites parce que ça coûte du temps et de l'argent. Or, on s'est aperçu sur la
01:44dernière campagne, par exemple, que puisqu'on ne couvrait pas des coûts de production, il y a
01:48beaucoup d'agriculteurs qui ont joué la montre et qui ont gardé en ferme. Aujourd'hui, c'est
01:52assez compliqué de se dire quelle est la part de ce qui était en ferme, donc la différence entre
01:57la collecte et ce qu'on estime de la production, qui est restée et qui n'est pas utilisée parce
02:02qu'il y a aussi de l'autoconsommation, bien sûr. Il y a de la frinte, etc. Il y a de la semence à
02:06la ferme. Donc, il faut déjà essayer d'imaginer ce qui serait disponible et ce qu'on pourrait
02:11remettre sur le marché. C'est un élément important parce que, des fois, on peut avoir
02:15un marché haussier, par exemple, parce qu'on pense que la récolte diminue. Mais si on a
02:20beaucoup de stocks à sortir, c'est l'offre qui est importante. L'offre, c'est toujours le stock de
02:24départ plus ce qu'on met sur le marché, la collecte. Et si on ne parle que de production,
02:29on a déjà perdu une moitié de l'information. La deuxième chose, c'est les flux qui sont
02:39de plus en plus compliqués parce que, par exemple, sur les céréales ou même les oléagineux, le plus
02:43grand stock est sur la mer. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le stock est flottant. Il y a
02:49pas mal d'entreprises qui sont spécialisées dans le suivi des flux de marchandises. Alors,
02:53pas que les matières premières agricoles, mais le charbon, le pétrole, etc. Or, en fait, la
02:58géopolitique fait qu'on rentre dans un monde de plus en plus opaque où, par exemple, les bateaux
03:04de charbon, de blé, etc. qui sortent de Russie ou de mer Noire en général, aujourd'hui, ne sont
03:08plus traçables. Il y a une partie des bateaux qui éteignent leur transpondeur, donc qui ne
03:15renseignent pas leur position, qui ne renseignent pas où ils vont aller. Globalement, aujourd'hui,
03:20par exemple, la Russie a des accords. Il y a du troc, etc. entre un tas de pays. Par exemple,
03:26sur ce qui va vers l'Iran, il y a pas mal de choses où, en fait, on ne sait pas ce qui se
03:29passe. L'information, c'est quand même le nerf de la guerre. Nous, on aimerait suivre ce que fait
03:39la Russie, puisque la Russie, elle exporte surtout pour financer sa guerre, aujourd'hui. Et il y a
03:45beaucoup de choses qui se passent entre différents pays, notamment les BRICS, qui vont rentrer dans
03:50un monde, effectivement, un entre-soi, qui fait qu'il y a beaucoup d'informations qu'on n'aura pas,
03:54parce qu'ils commercent ensemble, souvent sans passer par le dollar. Et le dollar permet
04:01souvent de suivre, en fait, l'activité au niveau du marché mondial. Donc là, on n'a plus ce cas-là
04:05non plus. Et donc, voilà, c'est compliqué de savoir exactement. Alors bien sûr, on sait quand
04:11même pour une grosse partie, mais dans un bilan, ce qui est souvent important, c'est juste les 2-3
04:16millions de tonnes qui font la différence entre un bilan équilibré et qui ne l'est pas. Et on
04:21s'aperçoit quand même que, mois après mois, on réajuste toujours ou l'offre ou la demande dans
04:27les bilans, très a posteriori, mais la volatilité, elle a fait son effet. Et voilà. Et donc, la
04:34géopolitique, c'est quelque chose qui, dans les années à venir, à mon avis, va continuer à
04:39opacifier pas mal des choses. Après, sur la partie des investisseurs et de ce qu'on appelle
04:51la spéculation des marchés, moi, je pense que c'est un faux sujet, dans le sens où les marchés
04:59à terme, c'est une pièce avec deux côtés. Donc, si on n'a pas d'investisseurs, pour amener cette
05:05volatilité, faire en sorte que, dès que vous voulez vendre, vous avez un acheteur en face ou
05:08vice-versa, ces marchés ne fonctionnent pas. Donc, il y a peut-être des bons investisseurs et des
05:12mauvais investisseurs, mais globalement, c'est quand même des marchés qui sont très renseignés,
05:17là, du coup. Et donc, on peut quand même anticiper les choses.
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