00:00L'invité de ce Smart Impact, c'est Céline Degraff.
00:09Bonjour.
00:10Bonjour.
00:11Bienvenue.
00:12Vous êtes la directrice de Terra Institute, l'école des métiers du développement durable
00:14qui a été créée en 2010.
00:16En 2010, on peut dire que vous étiez des pionniers, des pionnières.
00:20Vous avez été beaucoup copiée, j'imagine, depuis.
00:22Alors effectivement, 2010, c'était le début de l'émergence des métiers de la durabilité,
00:28des métiers de la RSE.
00:29Et effectivement, en cela, l'école a été pionnière.
00:31On a été tranquille un certain nombre d'années.
00:34De trop longues années.
00:35De trop longues années où on a demandé globalement au directeur du développement
00:39durable d'organiser la semaine du développement durable et le tri des déchets dans les bureaux.
00:43Depuis cinq ans, ça s'accélère très fortement.
00:47Il y a eu quelques étapes réglementaires.
00:49Il y a eu la crise du Covid aussi.
00:51Et effectivement, aujourd'hui, il y a un certain nombre d'établissements, que ce
00:53soit des établissements de l'enseignement supérieur privé.
00:56Terra Institute est un établissement de l'enseignement supérieur privé.
00:59Mais également des institutions publiques qui se sont positionnées sur cette thématique,
01:03sur ces formations.
01:04Et j'ai tendance à dire, heureusement.
01:05Oui, heureusement, il était temps.
01:07Combien d'étudiants formés en une quinzaine d'années ?
01:11Alors, avec la promo qui termine à la fin de la semaine, on sera environ 1150.
01:17D'accord.
01:18Qui ont essaimé dans toutes sortes d'entreprises.
01:20Ils vont dans des grands groupes ou ils vont plutôt, ils essayent de créer leur entreprise.
01:25On est sur quel profil ?
01:26Alors, c'est une très bonne question.
01:28Je pense que majoritairement, on reste sur des salariés de grands groupes ou d'entreprises
01:34de toutes formes.
01:35On a une petite proportion qui s'est lancée dans l'entrepreneuriat.
01:39Mais ça reste quand même essentiellement des salariés de grands groupes qui sont d'ailleurs
01:45des partenaires de la première heure puisque c'est eux qui se sont quand même emparés
01:49les premiers de ces sujets.
01:50Vous lancez avec l'université Panthéon à Sass un diplôme intitulé « Nouveau modèle
01:55d'affaires et organisations durables ». Quand sera lancée la première proportion ? Et
02:02puis surtout, quel est votre objectif ?
02:03Alors, la première rentrée aura lieu en janvier.
02:06On attend 20, 25, peut-être 30 apprenants.
02:11Cette formation s'adresse aux professionnels en poste, cadres, managers, dirigeants qui
02:18ont entre leurs mains la direction d'un département ou d'une entreprise.
02:22Parce que là, on parle de modèle d'affaires.
02:24Donc, on vient vraiment frapper au cœur de la stratégie de l'organisation et du management
02:29de l'entreprise.
02:30Et globalement, aujourd'hui, il y a beaucoup de choses à faire et il faut se former pour
02:34être capable de mener la transition de A à Z de manière opérationnelle.
02:39Comment ça s'est passé ? C'est l'université Panthéon à Sass qui est venue vous chercher,
02:42qui est venue chercher votre expertise ? C'est vous qui leur avez dit « il y a un besoin
02:45là ». Comment ça s'est passé ?
02:46Alors, c'est souvent une histoire de rencontres et il s'avère qu'à la naissance d'Eutera
02:50en 2010, il y avait une personne qui s'appelle Sylvie Faucheux, qui travaillait à l'époque
02:55à l'université de Saint-Quentin-en-Yvelines, qui était le premier partenariat universitaire
02:59d'Eutera et qui, quelques années plus tard, travaille sur la prospective pour Paris Panthéon
03:05à Sass et se dit « on a besoin sur ces sujets d'aller chercher des partenaires qui ont
03:11un minimum d'expertise et d'expérience et que, par ailleurs, elles connaissent très
03:15bien ». Et donc, on a organisé l'année dernière ensemble un séminaire d'introduction
03:21pour nos étudiants et elle nous a dit « nous, on cherche des partenaires, est-ce que vous
03:25voulez qu'on réfléchisse à quelque chose ? »
03:26Alors, on va rentrer un peu dans le détail de ces apprentissages. Je vais citer ce que
03:31vous annoncez « intégrer des pratiques managériales innovantes au cœur des modèles d'affaires
03:35». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le management actuel, il n'est pas forcément
03:39adapté à ces nouveaux défis, aux défis de la transformation ?
03:43Oui, alors peut-être pour revenir sur les nouveaux modèles d'affaires. En fait, les
03:47nouveaux modèles d'affaires apparaissent dans des périodes de grands bouleversements.
03:50On est dans une période de grands bouleversements. Le contexte dans lequel travaillent les entreprises
03:56se dégrade, les risques climatiques, la pénurie de ressources qui entraîne le renchérissement.
04:01Donc, tout ça met à mal les modèles économiques, la réglementation qui se durcit, le facteur
04:06humain aussi avec les risques sur la santé des salariés ou la réputation. Et donc, il
04:12y a un certain nombre et un nombre croissant d'entreprises qui se posent la question,
04:15plutôt qu'ils arrivent au constat, si je ne change pas radicalement ma stratégie,
04:20à court terme, pas en 2100, dans 5 ans ou 10 ans, je n'existe plus. Donc, je dois me
04:25poser une question fondamentale qui est comment je crée de la valeur autrement ? Et donc,
04:29les changements sont tellement profonds que non seulement il faut avoir la vision stratégique,
04:33mais il faut ensuite mettre en œuvre tout ça. Et en fait, il est bien connu que les
04:38solutions, ce sont les collaborateurs qui les ont. Et donc, on a besoin de ramener
04:42de la responsabilité, de l'autonomie, de la prise de décision au niveau des collaborateurs.
04:47Et clairement, le modèle pyramidal, qui est quand même le modèle de management largement
04:51répandu, ne répond pas tout à fait à ces obligations.
04:54Avec un défi quand même compliqué, parce que ça fait quoi, des siècles, mais plus
05:00que ça qu'on est dans ce fonctionnement pyramidal dans les entreprises, sauf quelques
05:03cas particuliers d'entreprises qui ont déjà testé des modèles plus horizontaux. Et d'ailleurs,
05:08vous voyez ce que je veux dire ? Il va falloir contrer des générations d'habitude.
05:13Exactement. Et c'est pour ça qu'en parallèle, et c'est aussi un des sujets d'enseignement
05:18clé chez Terra Institute, on travaille aussi sur les nouveaux récits, les nouveaux imaginaires.
05:24Quel discours il faut mener pour amener à ce changement qui, oui, bouleverse pas seulement
05:29les organisations d'entreprises, un paradigme de société en quoi nous consommateurs, on donne
05:36de la valeur à telle ou telle chose quand on dépense de l'argent. Donc oui, c'est assez
05:40vertigineux. Maintenant, il faut prendre les choses de manière pragmatique. C'est un peu
05:44notre signature, on dit rêver grand, commencer petit, agir maintenant. Il faut que ça bouge,
05:49il faut y aller maintenant. Et il faut agir maintenant. Et donc, il y a par contre dans
05:59les grands changements, les grandes transitions, il y a aussi des courbes qu'on observe de manière
06:04assez systématique. Et c'est les 15 premiers pourcents de personnes à convaincre et à faire
06:09pivoter qui sont les plus durs à atteindre. Une fois qu'on a passé ce seuil, ça accélère.
06:13Vous parlez du récit, ça veut dire qu'il y a aussi le rôle des médias, notre rôle à nous
06:17journalistes ? Exactement. Vous questionnez dans cette formation ? En fait, on a quand même,
06:21il faut le dire, aujourd'hui une image de l'écologie qui est celle un peu de la punition.
06:25Il faut arrêter de faire ça, il faut renoncer à ça, c'est pas bien ce que vous faites. Et donc,
06:29c'est humain, personne n'a envie d'y aller. Il faut vraiment qu'on fasse basculer les discours,
06:34en proposant, mettons-nous tous ensemble pour construire un nouveau modèle de société.
06:39Ça va être génial, on va le faire ensemble, on va avoir notre pied rapporté à l'édifice. Et ça,
06:43pour le coup, en termes de dynamique et de capacité à y aller, ça change tout. Et oui,
06:47bien sûr, les médias ont un rôle fondamental. Et c'est d'ailleurs un des enseignements du
06:53diplôme universitaire d'Assas, le rôle des médias dans la formation. Oui, je l'ai évalué
06:57de manière critique les informations délivrées par les médias. Oui, parce qu'il faut que les
07:02managers formés dans ce module aient un esprit critique sur ce que les médias peuvent dire,
07:07sur l'entreprise ou d'une manière générale sur la transformation ? D'une manière générale,
07:11on a quand même, alors malheureusement, on en est encore au stade où on questionne les constats
07:17scientifiques. Il peut y avoir certains médias qui questionnent les constats scientifiques. Il
07:22faut avoir suffisamment d'esprit critique pour savoir ce qui est entendable, acceptable,
07:26et ce qui est, est-ce qu'il ne l'est pas, ou ce qui est une position, une vue de l'esprit. Il y a
07:31également beaucoup, beaucoup d'informations auxquelles on a accès. Aujourd'hui, ces informations
07:37doivent être challengées. Est-ce qu'elles sont vraies ? D'où elles viennent ? Quelles sont les
07:42sources ? Quelle est la méthodologie ? Comment on a posé les questions ? Est-ce que c'est biaisé ou
07:46pas biaisé ? Donc c'est tout ça, cette capacité à analyser, à collecter la donnée, qu'on essaye
07:51aussi de transmettre à nos étudiants. Donc vous parlez de nouveaux modèles d'affaires. On va être,
07:57on va se pencher vers l'économie circulaire, vers l'économie sociale et solidaire. C'est aussi
08:03dans cet environnement-là, dans ces modèles-là qui sont en croissance que vous allez puiser les
08:09enseignements ? Tout à fait. Alors quand on dit nouveaux modèles d'affaires, il y en a certains
08:13qui existent depuis plus de dix ans. Et c'est la bonne nouvelle parce qu'en fait, on n'est pas dans
08:19des modèles prospectifs issus d'un roman de fiction ou de projection. On est vraiment dans
08:25des choses qui ont été éprouvées. Oui, on peut s'appuyer sur des bonnes pratiques qui existent,
08:29qui ont fonctionné. Et en fait, dans les nouveaux modèles d'affaires, vous avez trois grandes
08:33catégories. Vous avez effectivement l'économie sociale et solidaire. C'est quand même les
08:36premiers à avoir démontré qu'on pouvait avoir un objectif social et rencontrer une forme de
08:44rentabilité. Combien même elle est limitée, combien même elle est encadrée. Et là, vous avez
08:48plein d'exemples dans tous les secteurs. Je crois que vous avez reçu il y a quelques mois le
08:52fondateur de Tenzing Conseil, le premier cabinet de conseil dans l'économie sociale et solidaire.
08:56Ça, c'est un bon exemple. Vous avez d'autres modèles qui sont plus proches des modèles
09:00capitalistes. Je pense notamment à ce qu'on appelle l'économie de la fonctionnalité, où la bascule
09:05fondamentale, c'est vous arrêter de vendre des produits à des clients qui, au bout d'un certain
09:09nombre d'années, doivent se périmer pour qu'ils en rachètent. Vous, entreprise, vous restez
09:12propriétaire du produit et vous allez louer à plusieurs usagers. Et donc, vous avez tout intérêt
09:17à ce que votre produit soit plus durable. Et donc là, on voit comment on peut reboucler avec
09:22la performance et la rentabilité telle qu'on la connaît. Et vous avez en effet des modèles plus
09:26prospectifs à l'expérimentation, mais déjà avérés chez certaines entreprises. Et là, on va être sur
09:32des terminologies, l'économie régénérative, l'entreprise contributive, la perma-entreprise,
09:38l'économie symbiotique, où globalement, vous êtes sur une pensée globale qui est de penser en système.
09:47Tout est lié. Il faut que l'entreprise ait conscience de sa place dans un écosystème plus
09:51vaste. Et ensuite, l'envie, non pas de respecter la réglementation ou d'atténuer les externalités
09:57négatives, mais d'être vraiment dans un impact positif, de réparer le vivant quelque part.
10:02Merci. Merci beaucoup Céline de Grave et à bientôt sur Be Smart For Change. On passe à
10:08notre débat, comment l'Union européenne compte l'offensive des véhicules électriques chinois.
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