00:00L'invité de ce Smart Impact c'est Marie Agnier, bonjour, heureux de vous retrouver,
00:11vous êtes la directrice du département économie technique et informatique de l'interprofession
00:16des vins de Loire, Interloire, puisque Bsmart, Fortune et Interloire sont partenaires pour
00:21éditer une série de podcasts d'ailleurs que vous avez peut-être déjà vu, animé
00:25par Sibyl Aoudjan, alors vous nous avez présenté dans une autre émission cette ambition de réemployer
00:33les millions de bouteilles à terme avec les viticulteurs, les négociants de la région
00:41que vous représentez, peut-être pour ceux qui débarquent, qui n'ont pas vu la première
00:46intervention, cette filière d'interloire ça représente quoi aujourd'hui ?
00:52Alors le vignoble du Val-de-Loire représente 2500 vignerons, négociants et caves coopératives,
00:59de Nantes à Bois pour 34 appellations et une IGP, l'IGP Val-de-Loire, de Nantes à l'Allier,
01:05c'est le deuxième vignoble français en termes de fine bulle, après la Champagne, le premier
01:08vignoble de blanc d'appellation et le deuxième vignoble de vin rosé d'appellation également.
01:14Oui, effectivement, avec, on va parler évidemment au-delà du réemploi des bouteilles, on pourra
01:18en redire un mot, mais du plan général qui a été mis en place par la filière pour
01:23réduire son impact, un plan intitulé filière vin de Loire 2030, quand et puis surtout pourquoi
01:30il a été mis en place ce plan ?
01:32Alors la filière des vins de Loire, en 2019, s'est réunie pour construire sa feuille de
01:38route.
01:38C'est tous les acteurs, tous les visages de la filière, les viticulteurs bio, les
01:42viticulteurs coopérateurs, les viticulteurs indépendants, les maisons de négoces, les
01:45caves coopératives, mais également tous nos partenaires que sont l'Institut français
01:50de la vignée du vin, les chambres d'agriculture, la filière pépinière, la recherche et l'enseignement.
01:55Nous avons co-construit notre plan de filière, le cap que nous voulions donner à la
01:59filière en 2030, avec des objectifs très clairs et quantifiés sur un objectif qui était
02:05la création de valeur, que notre filière soit présente demain, robuste économiquement,
02:09mais également dans trois engagements.
02:11Donc un objectif et trois engagements, l'engagement environnemental sur lequel le réemploi s'inscrit
02:16pleinement, mais également un engagement social sur tout ce qui va être la formation,
02:21la transmission des domaines, et un troisième engagement qui est un engagement sociétal
02:25sur la consommation responsable, la consommation des vins avec modération.
02:30Alors justement, sur la consommation des vins, chiffre donné par la coordination rurale,
02:35en 2023, la consommation de vins en France avait chuté, si on regarde sur deux décennies,
02:40de 32% en 20 ans, avec une production nationale qui atteint environ 45 millions d'hectolitres
02:49et des stocks qui parfois peinent à s'écouler.
02:51Est-ce que ça veut dire, dans votre région, mais pas seulement, qu'il y a une sorte d'obligation
02:57à se réinventer ?
02:59Alors la consommation de vins en France, elle évolue structurellement depuis les années 50.
03:03Les Français ne consomment plus du tout comme auparavant.
03:06Par contre, cette évolution de consommation, elle s'est accélérée depuis 4-5 ans.
03:10Donc la filière vins, lorsqu'on plante une vigne, on la plante pour 40-50 ans.
03:14On a vraiment un enjeu de projection, de prospective.
03:18Et nous devons aujourd'hui être très en phase avec les attentes consommateurs.
03:23Et les jeunes générations aujourd'hui ne consomment pas du tout comme moi,
03:26lorsque j'avais 20 ans, ou la génération de mes parents.
03:29Ces jeunes générations consomment plus de vins blancs, plus de vins effervescents.
03:33Donc on a vraiment une réflexion sur l'adaptation de notre production
03:37aux nouvelles consommations plus occasionnelles, sur des profils de vins différents.
03:42Est-ce que finalement, les vins de Loire, cette région,
03:48elle a des atouts pour devenir le grand vignoble de demain ?
03:51Parce qu'aujourd'hui, vous êtes en troisième position.
03:52Enfin, ça dépend des vins, vous nous l'avez dit,
03:54mais c'est un peu la troisième région viticole de France.
03:56Est-ce que quand vous vous projetez, vous vous dites,
03:58mais finalement, vu notre emplacement géographique,
04:00vu les changements de consommation, on est bien placé ?
04:03Alors, dans le contexte du changement climatique,
04:06on connaît aujourd'hui très bien quel sera le contexte climatique de la Loire
04:10en 2050, en 2100, en fonction des différents scénarii du GEC.
04:14Ce sont des outils qui sont en place, qui nous aident à faire le choix de cépage.
04:19Oui, on y reviendra là-dessus.
04:20Mais nous avons surtout la chance en Loire d'avoir un vignoble
04:24qui est porté sur quatre couleurs, sur une grande palette de vins.
04:27Nous faisons beaucoup de vins effervescents, beaucoup de vins blancs,
04:29des vins rouges et des vins rosés.
04:31Nous faisons des vins secs, des vins moelleux, des vins liquoreux.
04:34Donc, nous avons une palette des possibles
04:36qui nous a permis, depuis une quarantaine d'années,
04:39très agiles, très en adaptation avec les consommations
04:41et qui continue à nous adapter sur les consommations.
04:44Mais est-ce que ça veut dire concrètement, pardon d'un temps,
04:47mais que vos viticulteurs vont faire moins de rouge, par exemple ?
04:51Parce que la jeune génération en boit moins.
04:54Alors, probablement que nous ferons peut-être moins de rouge demain
04:58puisque c'est une couleur où la consommation globale en France baisse.
05:02mais les viticulteurs avec qui moi je commençais ma carrière
05:06dans les années 60 étaient très orientés vers une production de chenins.
05:09Donc, on a eu à différentes périodes le poids des différentes couleurs
05:15sur un vignoble qui est stable en surface, qui a vraiment toujours varié.
05:18Et c'est cette agilité qui est une vraie force en Loire
05:20et sur laquelle nous continuons à travailler, à nous projeter.
05:23Oui, et on rappelle qu'évidemment, c'est à consommer avec modération.
05:27Je voudrais qu'on parle de cépage.
05:30Tiens, vous évoquez la question de l'anticipation.
05:32Parce qu'il y a vraiment des régions où il va falloir changer de cépage, tout simplement.
05:37Est-ce que c'est le cas aussi pour les vins de Loire ?
05:39Alors, on innove, on est ouvert à tout.
05:41Il y a vraiment un ADN de pionner dans le village du Val-de-Loire,
05:44donc on ne s'interdit rien.
05:45Donc, on réfléchit à quels pourraient être nos cépages de demain.
05:49Sachant que nous avons, par exemple, des cépages qui ont une vraie agilité.
05:53Par exemple, le chenin, nous sommes allés voir comment se comporte le chenin
05:56dans d'autres contextes climatiques, comme l'Afrique du Sud ou le Portugal.
06:01Et nous avons exploré et collecté toute la diversité génétique, par exemple, des chenins à l'échelle mondiale,
06:08qui est conservé dans des conservatoires pour élargir le champ des possibles,
06:12que les chenins que nous cultivons aujourd'hui, nous aurons toujours du chenin demain,
06:16mais ce sera peut-être d'autres profils de chenin, ceux qui sont, par exemple, plantés en Afrique du Sud,
06:20dans un autre contexte climatique.
06:21D'accord. Est-ce qu'il y a des maladies de la vigne, si on parlait d'anticipation,
06:25qui potentiellement vont apparaître à cause du réchauffement climatique ?
06:32Alors, bien évidemment, le contexte climatique, l'évolution de certaines viroses,
06:37de certains parasites, de certains organismes qui peuvent véhiculer les maladies,
06:42c'est quelque chose qui est énormément suivi à l'échelle nationale, européenne.
06:46C'est l'épidémio-surveillance qui est vraiment suivie de près.
06:50Jusqu'à là, par exemple, la flavescence dorée était une maladie qui était peu présente dans la Loire
06:54et qui arrive progressivement, mais on bénéficie de l'expertise d'autres bassins viticoles
06:58qui nous ont permis de mieux construire la manière dont on la surveille,
07:02poursuivre son évolution et l'enrayer dès qu'elle démarre.
07:05Nous avons également des travaux de recherche à l'échelle nationale pour essayer de comprendre,
07:09par exemple, comment se comportera l'oïdium de la vigne dans le contexte climatique de 2050.
07:13Des travaux à l'échelle nationale qui permettent de comprendre les maladies,
07:19les ravageurs dans un contexte climatique que nous connaissons bien,
07:22qui sera celui des années 50, 2050, 2070.
07:25Un chiffre donné par Greenflex, qui est sur l'impact carbone de la viticulture en France,
07:31génère plus de 4 millions de tonnes de gaz à effet de serre, 0,7% des émissions françaises,
07:38ce qui n'est pas énorme.
07:40Il y a des secteurs qui pèsent beaucoup plus.
07:43On a parlé dans une autre émission des efforts que vous faites là en termes de réemploi,
07:47parce qu'on a vu que les bouteilles, l'usage des bouteilles, c'était une partie importante de ce poids carbone.
07:52Qu'est-ce qu'il y a comme autre levier que vous activez ?
07:56D'une part, on va chercher à activer plein de leviers de réduction de notre émission,
08:01mais également on va travailler des leviers plus longs sur la séquestration carbone dans nos sols.
08:06Mais sur les leviers de réduction de nos émissions,
08:09on va également travailler sur la réduction de nos consommations d'énergie, de carburant,
08:13donc par exemple faire évoluer le parc de matériel vers des parcs qui sont plus électriques par exemple.
08:20Nous pouvons également réfléchir autrement notre fret, la distribution de nos vins en aval,
08:27avec à terme du fret qui soit moins routier, mais du fret plus maritime, fluvial.
08:34Donc il y a des vrais enjeux sur de la structuration de filières à long terme,
08:38et également toutes les approches plus agronomiques comme l'agroforesterie, le vuitipastoralisme,
08:46ou toutes les réflexions que nous avions tout à l'heure sur des nouvelles variétés.
08:49Il y a des variétés qui aujourd'hui sont résistantes au mildiou et à l'oïdium,
08:54qui nous permettent également de travailler autrement.
08:57Quand vous parlez de séquestration carbone, ça rejoint notamment la question de l'agroforesterie,
09:01de planter plus de haies, d'arbres autour et dans les vignes.
09:06C'est ça, également d'améliorer la séquestration du carbone dans les sols agricoles,
09:12donc une manière de travailler nos sols différemment de ce qui pouvait être fait il y a une vingtaine d'années.
09:16Et alors il y a une autre question qui est quand même centrale quand on parle de viticulture,
09:20c'est la question des intrants et notamment des pesticides.
09:25Là aussi, est-ce qu'il y a un plan de réduction, d'optimisation de leur utilisation pour en utiliser moins ?
09:33Alors, dans le cadre du plan de filière, on a tous volé environnemental,
09:36on a beaucoup parlé de l'empreinte carbone, réduire notre empreinte carbone,
09:41mais dans l'embagagement environnemental, il y a énormément de choses.
09:44C'est tout ce qui va être la protection de nos ressources, eau, sol, biodiversité.
09:48Et dans ce cadre-là, l'accompagnement de la transition agroécologique est au plein cœur de nos discussions.
09:53En Loire, aujourd'hui, plus de 85% des surfaces sont bio ou engagées dans une certification environnementale HVE,
10:02donc haute valeur environnementale, ou Terravitis.
10:04Donc c'est quelque chose qui est déjà enclenché, mais sur lequel on continue d'accompagner, de former, de sensibiliser
10:09et d'investir énormément dans la recherche et dans l'expérimentation.
10:12Ça veut dire quoi ? Moins de désherbages chimiques, par exemple ?
10:16C'est ce type de choix qui sont faits et qui ont déjà été faits ?
10:20La restriction de l'usage des désherbants chimiques, elle est inscrite dans la réglementation de certains cahiers des charges
10:26où les usages sont limités, et nous cherchons à vraiment nous engager vers cette transition agroécologique
10:32de manière très opérationnelle sur les vignobles.
10:34Est-ce que, dernier mot, c'est lié aussi à une demande de votre clientèle,
10:40ou est-ce que ce n'est pas quand même le premier argument d'achat d'un vin ?
10:43C'est clairement en phase avec les attentes sociétales, qu'elles soient en France, mais également à l'international.
10:50Au niveau de la Scandinavie, certains marchés sont très très sensibles à cet engagement environnemental,
10:56mais également en Amérique du Nord.
10:59C'est vraiment être en phase avec nos valeurs, nos volontés, mais également être très lié aux attentes de nos consommateurs.
11:04Merci beaucoup Marie-Anier, et à bientôt sur Be Smart for Change.
11:08On passe à la suite de notre émission Bon Retour dans la Loire.
11:11Merci.
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