00:00Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris se terminent sur des bilans sportifs et sociétaux qui sont très positifs.
00:14Il y avait un autre enjeu affiché par les organisateurs, faire baisser l'impact carbone de Paris 2024.
00:20On en parle avec Guillaume Kerlero de Rosbeau.
00:23Bonjour.
00:23Bonjour.
00:24Vous êtes le cofondateur du collectif Éclaircie et vous êtes également directeur des études écologiques à l'Institut Rousseau.
00:30À vos côtés, Vincent Rimbaud.
00:31Bonjour.
00:32Bonjour.
00:32Et bienvenue à vous.
00:33Vous êtes le fondateur de la start-up MUTO qui agit pour le réemploi dans le secteur de l'événementiel.
00:38On est dans le macro et dans le micro avec vous et vous êtes parfaitement complémentaire.
00:44Vous avez publié, je crois que c'était au printemps dernier, un rapport d'évaluation de la stratégie climat et communication des Jeux.
00:52Peut-être qu'on peut rappeler pour commencer quel a été l'objectif des organisateurs.
00:55Ils s'étaient donné une sorte de budget carbone, c'est ça ?
00:58C'est ça exactement et c'est un des gros points positifs déjà de ces JO, c'est qu'ils se sont donné un budget carbone a priori.
01:04Ils se sont dit on va travailler sous contrainte et on va essayer de diviser par deux les émissions de nos JO
01:11par rapport aux deux éditions précédentes de Rio et de Londres.
01:14On laisse de côté Tokyo parce que c'était pendant la pandémie.
01:17Oui, donc il n'y avait quasiment pas de spectateurs donc ce n'était pas comparable.
01:20Donc de tout faire dans un budget de 1,5 million de tonnes de CO2,
01:25ce qui est à peu près le budget carbone du Tchad globalement quand même.
01:29Oui, intéressant.
01:31Mais c'est toujours deux fois moins que les éditions précédentes.
01:33C'était ça l'enjeu.
01:34C'est trop tôt pour dire si l'objectif a été tenu ou on peut déjà imaginer ?
01:38C'est un peu tôt pour dire.
01:39En vrai, en vérité, là on va surtout peut-être parler des objectifs qui s'étaient fixés.
01:45Pour savoir si réellement ces objectifs auront été atteints, il va falloir attendre les bilans post-JO.
01:51Ça nous permet de faire de la pédagogie.
01:53Il y a une info qui semble assez évidente mais en fait ce qui pèse le plus c'est les spectateurs.
01:58On en parlait, c'est le déplacement des spectateurs ?
02:01Oui, en gros le bilan carbone des JO c'est 40% les transports.
02:05Et donc là-dedans il y a essentiellement effectivement le transport des spectateurs.
02:0930% tout ce qui est bâtiment et construction.
02:12Et donc là on va beaucoup parler de réemploi.
02:14Et 30% sur tout ce qui est sur place.
02:18Donc les achats, le mobilier, l'alimentation, etc.
02:24Alors on va démarrer justement sur, on reviendra au déplacement et au transport.
02:29Mais sur ces enjeux de construction, le principe déjà c'était de limiter les nouvelles infrastructures.
02:36Alors on pourrait aller encore plus loin et ne pas en construire du tout mais c'était déjà un bon principe de départ ?
02:42Oui, tout à fait. C'est un des gros points forts aussi là que je voudrais souligner.
02:45C'est le fait que 70% des bâtiments et des infrastructures sportives étaient déjà existantes.
02:53A peu près 25%, donc c'est les 7 sites du Trocadéro, du Champ de Mars, etc.
02:59étaient des infrastructures temporaires.
03:02Et en fait du coup il ne reste que 5% à peu près de bâtiments neufs.
03:06Donc le centre aquatique, le village des médias, le village des athlètes.
03:12Alors justement on va parler de ce village des athlètes et je me tourne vers vous.
03:18Peut-être présentez-nous MUTO en quelques mots pour commencer ?
03:21Alors MUTO récupère en fait tous les résidus d'aménagement éphémère, donc particulièrement événementiel.
03:27Qu'il s'agisse de salons, de festivals, de conventions professionnelles, de défilés de mode.
03:31Pour les donner à des associations et projets à impact social positif.
03:37Donc là en l'occurrence les Jeux Olympiques ont fait en sorte de récupérer tout ce qui ne va pas pouvoir être réemployé.
03:45Du mobilier, de la matière première, des équipements divers.
03:48Et faire en sorte de les donner à des personnes qui en ont le plus besoin, qui vont raconter des belles histoires aussi.
03:52Et alors ça veut dire que vous êtes en lien avec l'organisation, avec le COJO, avec l'organisation de ces Jeux Olympiques et Paralympiques.
03:59Vous savez déjà ce que vous allez récupérer ?
04:01Alors ça fait plus d'un an qu'ils sont sur les inventaires.
04:05Nous on a été engagés sur le projet il y a six mois.
04:08Donc oui on travaille activement sur l'identification de ce qui va pouvoir ou pas avoir une seconde vie.
04:13Mais moi aussi j'ai un petit bravo à distribuer.
04:17Il y a 90% des équipements JO qui ont déjà une solution de seconde vie qui a été routée d'emblée.
04:24Qui a été anticipée auprès des fournisseurs.
04:27Ils l'ont imaginée pour pouvoir la réutiliser.
04:30C'est très rare en fait.
04:31D'autant plus à cette échelle là.
04:33C'est assez impressionnant.
04:35Et donc nous en fait on travaille finalement que sur les 10% résiduels.
04:38Et potentiellement les quelques trous dans la raquette ici ou là.
04:41Parce qu'un événement de cette ampleur là a forcément quelques failles.
04:44Mais c'est très impressionnant.
04:46Ce village des athlètes, comment il a été conçu ?
04:50En quoi il répondait à des objectifs justement d'impact le plus faible possible.
04:56Et de réemploi d'économie circulaire dont on parle.
04:59Alors peut-être que tu pourras me compléter.
05:01Mais d'une manière générale sur l'ameublement et les équipements.
05:06Il y a eu un vrai questionnement sur le besoin.
05:09Qui vraisemblablement apparemment a permis de réduire déjà de 25% la quantité d'objets.
05:16Qu'il y a dans les différentes infrastructures.
05:18Le village olympique compris mais je parle dans l'ensemble déjà.
05:21Et il y a eu un gros effort de fait sur le fait que les équipements sportifs ne soient pas achetés.
05:28Mais loués ou prêtés par les fédérations sportives.
05:31Et donc de facto ça fait ça de moins aussi dans l'impact matière des DJO.
05:38Pareil pour les tribunes, les tentes.
05:40Tout ça est du matériel globalement loué.
05:43Et donc ça réduit d'autant le bilan.
05:45Et je crois que sur le village olympique il y a eu aussi un gros effort.
05:49Sur typiquement les chambres des athlètes.
05:53Avec des cloisons qui vont être marquées et réutilisées sur d'autres chantiers plus tard.
06:00Et beaucoup d'acteurs de l'économie circulaire qui ont été mis dans la boucle.
06:03Outre Muto.
06:04Je prends l'exemple notamment de Vesto sur les équipements de cuisine professionnels.
06:07Je prends l'exemple de Lyreco sur le mobilier notamment.
06:11Et il y en a plein d'autres comme ça.
06:13Donc c'est vrai qu'il y a vraiment toutes les solutions qui ont été mises en place.
06:16Sur le réemploi des matériaux BTP finalement.
06:20Notamment du village olympique qui vont être déconstruits.
06:22Parce que vous savez qu'il y a une mutation.
06:24Il y a l'après village olympique.
06:26Il y a notamment un groupement autour de l'entreprise Tricycle.
06:28Qui va prendre en main justement la seconde vie de ces éléments là.
06:31Pour faire en sorte que ces matériaux puissent continuer leur existence.
06:36Donc c'est vrai qu'il y a beaucoup de choses qui ont été faites.
06:39Et il y a très peu de zones nombre à ce niveau là.
06:42On peut espérer qu'il y a un effet d'entraînement.
06:47On vient de sortir des jeux paralympiques.
06:50Et on peut espérer que le regard d'une majorité de la société française va changer sur le handicap.
06:56Est-ce qu'en matière d'économie circulaire vous pensez que ces jeux peuvent avoir eu cet impact ?
07:01Ou pas ? Parce que peut-être qu'on n'a pas assez communiqué là-dessus.
07:03Quel est votre avis ?
07:04Alors on a beaucoup communiqué là-dessus.
07:06Notamment par l'intermédiaire des canaux.
07:09Les canaux c'est la structure qui gère la communication de tous les projets de l'économie sociale et solidaire.
07:15Autour de Paris 2024.
07:17Et qui a beaucoup valorisé justement l'engagement de MUTO entre autres.
07:20Et il faut dire qu'au-delà de l'économie circulaire.
07:23Pour ce qui me concerne sur le secteur événementiel.
07:25On pense que c'est un vrai précédent.
07:27Qu'on ne pourra plus faire d'événements sans considérer que c'est possible de le faire.
07:31Puisque les Jeux Olympiques...
07:32On aura prouvé que c'était possible.
07:33Exactement.
07:34Et à des échelles qui sont absolument incroyables.
07:37L'anticipation, l'humain, le budget.
07:39C'est tout ce qu'on n'a pas habituellement quand on organise des événements.
07:42Parce qu'il y a un certain flux, un certain volume.
07:45Là pour le coup c'est ce que Paris 2024 a réussi à mettre sur la table.
07:48Et c'est vrai que du coup c'est très rassurant et ambitieux.
07:51Comment on peut aller plus loin d'après vous ?
07:54Parce que l'essence même de ces événements.
08:00C'est de faire venir du monde entier des millions de spectateurs.
08:05Et moi j'avoue que c'est aussi ce qui rend les Jeux Olympiques aussi beaux.
08:10C'est de voir des tribunes avec toutes les couleurs, toutes les langues qui sont parlées.
08:15Des gens qui éventuellement ont espéré que leur équipe bagagne.
08:18Mais qui malgré tout vont être dans un bon esprit.
08:20Si on garde ça, on a toujours un bilan carbone qui est lourd.
08:23Vous voyez ce que je veux dire ?
08:24Tout à fait.
08:25C'est un peu l'éléphant dans la pièce.
08:26Un peu l'impensé à date de la stratégie carbone des JO.
08:30C'est le transport international.
08:32Ça reste au moins 30% du bilan.
08:36C'est plusieurs millions de personnes qui sont venues en avion des quatre coins du monde.
08:41Et reparties chez eux de la même façon.
08:43Donc le principal levier c'est de réduire ce poste.
08:49Et pour ça, ça passe par les différentes possibilités.
08:52Mais globalement ça passerait par l'idée de faire quelque chose de moins gigantesque, plus local.
08:59Donc des jeux complètement différents ?
09:02Profondément différents.
09:04Dans le modèle, on pourrait imaginer des jeux où au lieu d'avoir tout au même endroit,
09:09avec tout le monde qui vient en avion,
09:11de répartir davantage les épreuves dans différentes villes ou différents pays.
09:15Ce qui permettrait de coupler ça peut-être avec une mesure de type
09:19réserver une partie des places à des gens qui peuvent justifier d'être venus par voie terrestre.
09:24On peut imaginer ça.
09:27Le fait de faire ça dans différents pays, ce n'est pas si éloigné de ce qu'on fait.
09:31On a fait le surf à Tahiti.
09:33On commence déjà à délocaliser des choses.
09:35Et puis ça permettrait aussi à un niveau social d'être plus inclusif.
09:39De donner accès aux jeux à des gens issus potentiellement de villes plus petites.
09:44Parce qu'elles n'auraient qu'une infrastructure au lieu des 25 nécessaires.
09:48Et d'avoir un bassin de personnes qui pourraient avoir accès par voie terrestre, par train à ces JO
09:54qui soient beaucoup plus importantes.
09:56Donc ça, c'est un axe de travail.
09:58Autre chose qu'on pourrait faire, c'est...
10:00Ce ne sont plus les mêmes jeux.
10:01Ce ne sont plus les mêmes jeux.
10:02Pourquoi pas.
10:03J'avoue que ça me fait moins rêver.
10:05Je suis très honnête avec vous.
10:07C'est vraiment un changement d'ADN.
10:09Il y a un enjeu autour de l'imaginaire qu'on projette sur ces jeux.
10:13Il y a une autre mesure qui me plaît bien.
10:16C'est de développer beaucoup plus fortement des zones conviviales
10:21pour assister collectivement à ces jeux.
10:24Des fan zones, on appelle ça généralement.
10:27Avec des grands écrans, etc.
10:29Pour un peu désacraliser le fait que les jeux,
10:33ça ne va être bien que si je fais 10 000 kilomètres en avion
10:36pour être dans la tribune qui est face au terrain.
10:39La plupart des gens ont regardé ça depuis leur télé.
10:43Il y a tout un juste gradient de choses qu'on peut faire
10:47pour aller vers le collectif, vers le convivial, vers le sympa.
10:50Sans forcément avoir à prendre l'avion.
10:53C'est un travail d'imaginaire, de récit.
10:57Mais ce serait plus inclusif.
11:00C'est un défi compliqué.
11:02Un dernier mot sur ce qui va se passer maintenant.
11:05Où est-ce qu'on va pouvoir récupérer
11:08ou finalement se retrouver, sans le savoir peut-être,
11:11avec de la récupération d'objets ou de matériaux des Jeux Olympiques ?
11:15Il y a plusieurs dispositifs qui ont été mis en place.
11:18Il y a notamment une plateforme seconde vie qui a été mise en place par Paris 2024
11:21pour récupérer des objets, divers assets des Jeux Olympiques.
11:25C'est disponible pour tous.
11:28Si vous voulez récupérer des matériaux que MUTO va pouvoir collecter
11:32sur les différents sites olympiques,
11:34il va falloir intégrer notre matériothèque en ligne,
11:37qui s'appelle MUTOOLS.
11:39Il faut aller sur notre site internet
11:41et faire preuve d'un certain nombre d'engagements sociaux et écologiques
11:44puisqu'on ne donne qu'à ces personnes-là.
11:46On est à plaisir dans 1978 et à Genneville en 1992.
11:49Île-de-France, évidemment, on a essayé de router aux plus proches.
11:52On collabore notamment avec les ressources soviétiques culturelles du réseau RESSAC,
11:55en Île-de-France, qui fait un formidable travail de revalorisation
11:58et de redistribution des matériaux.
12:00Ça peut être un moyen hyper original
12:02de prolonger la magie des Jeux Olympiques.
12:05Merci beaucoup à tous les deux d'être venus partager ce bilan des Jeux.
12:09On passe à notre rubrique Start-up tout de suite.
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