00:00L'EBITDA, cet acronyme barbare mais incontournable, incarne le mantra dans la finance moderne
00:17pour les investisseurs et les gestionnaires.
00:19Derrière ces six lettres, une promesse, celle de mesurer et comparer la performance réelle
00:28des entreprises en se libérant de certaines contraintes des règles comptables.
00:33Il est notamment utilisé pour déterminer la valeur d'une entreprise.
00:40En fonction de considération des marchés financiers, une entreprise en forte croissance
00:45pourra valoir par exemple 15 à 20 fois son EBITDA, une entreprise au ralenti seulement
00:53cinq ou six fois.
00:54Tout ça se négocie bien sûr.
00:57Mais que cache vraiment cet indicateur ? Est-il vraiment le reflet fidèle de la performance
01:06d'une entreprise ?
01:07L'EBITDA, en anglais Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortization, se traduit
01:16littéralement par Résultats avant Intérêt, Impôt, Dépréciation et Amortissement.
01:23En clair, il s'agit de dévoiler le résultat opérationnel d'une entreprise en excluant
01:31des charges considérées comme non représentatives de son activité courante.
01:35Grâce à des retraitements, de la comptabilité, l'EBITDA met ainsi de côté toute une série
01:43de charges de l'entreprise.
01:45C'est le cas des intérêts financiers liés au coût de la dette, de la fiscalité, des
01:52dotations aux amortissements et des dépréciations.
01:54C'est aussi le cas des charges exceptionnelles qui sont considérées comme exceptionnelles.
02:01Cet indicateur a le mérite de gommer les distorsions que peuvent entraîner des décisions
02:09financières, des choix d'investissement spécifiques à une entreprise, des incidents
02:14de parcours.
02:16Par exemple, deux sociétés opérant dans le même secteur, mais ayant des structures
02:22de financement ou des actifs très différents, verront leurs performances comparées sur
02:27une base plus homogène grâce à l'EBITDA.
02:31Il y a cependant un envers du décor, qui masque des réalités parfois trompeuses.
02:40Par exemple, en écartant les charges d'intérêts, l'EBITDA occulte la gestion de la dette,
02:47un aspect pourtant crucial de la viabilité à long terme d'une entreprise.
02:51De même, en ignorant les impôts, il fait fi des contraintes fiscales.
02:57Quant aux amortissements, ils ne sont pas que des chiffres abstraits, ils représentent
03:04la dégradation inévitable des actifs physiques et incorporels.
03:09Plus grave, il y a le fourre-tout des charges exceptionnelles, qui permet subjectivement
03:17de mettre à l'écart des incidents de parcours.
03:20En outre, l'EBITDA est susceptible d'être manipulée.
03:25En reclassant certaines dépenses ou en étirant les définitions, les entreprises peuvent
03:32gonfler artificiellement cet indicateur.
03:35Ce n'est pas pour rien que certains observateurs le surnomment ironiquement « Earnings before
03:41I trick dumb auditors », traduction en français correct « les bénéfices avant que je ne
03:47roule les auditeurs dans la farine ».
03:49L'EBITDA, c'est donc un indicateur à manier avec beaucoup de précautions.
03:56Cela ne doit être qu'un outil parmi d'autres qui nécessite une solide expertise et une
04:04compréhension approfondie du contexte dans lequel il est utilisé.
04:08Pour évaluer véritablement la santé ou la valeur d'une entreprise, il est indispensable
04:15d'avoir un regard très critique, avec de bons auditeurs qui décortiquent les chiffres
04:22et de replacer l'EBITDA dans une analyse économique et financière plus globale.
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