- il y a 3 ans
Avec Latifa Ibn Ziaten, présidente de l’association Imad pour la jeunesse et la paix fondée en 2012 après l’assassinat de son fils par le terroriste Mohammed Merah.
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NewsTranscription
00:00 Latifa Ibn Ziyadain est avec nous, bonjour.
00:02 - Bonjour.
00:02 - Je rappelle Latifa, nous nous connaissons depuis maintenant longtemps,
00:05 malheureusement nous nous sommes connus après le drame que vous avez vécu,
00:09 la mort de votre fils, Imad, assassiné par Mohamed Merah, c'était en 2012.
00:15 Et à la suite de ce drame, vous avez dit "je ne peux pas, il faut que je porte une parole".
00:22 Une parole de justice, une parole d'équité, une parole de compassion.
00:28 Et il faut que je sois écouté, notamment dans les quartiers difficiles, dits difficiles.
00:35 Vous avez créé l'association Imad pour la jeunesse et la paix, je dis bien la paix, Latifa Ibn Ziyadain.
00:42 Inlassablement, inlassablement, vous allez dans les écoles,
00:46 inlassablement vous rencontrez des jeunes, des parents, des élus, des responsables d'associations,
00:54 et inlassablement vous essayez de prêcher une parole de paix et de justice.
01:00 C'est bien cela, j'ai bien résumé votre action ?
01:03 - Tout à fait, pour la jeunesse et la paix, et le respect, les valeurs, c'est très important.
01:12 - Ça c'est essentiel. Nous allons parler du respect et des valeurs.
01:15 Mais Latifa Ibn Ziyadain, vous étiez hier à la marche à la mémoire de Nahel.
01:21 Vous teniez à y aller à la mémoire de Nahel. On est bien d'accord.
01:26 - Tout à fait, je voulais participer à cette marche, apaiser aussi la douleur de cette maman,
01:32 parce que je sais où je suis passée.
01:34 Une mère, quand elle perd un fils, c'est moitié d'elle qui part.
01:40 Et ce que j'ai senti moi, j'ai dit ma place est à cette marche, je dois être là, à côté.
01:47 Il y a eu deux gens, ils m'ont dit "il ne faut pas y aller, ce sera dangereux".
01:50 Mais je n'ai pas peur, vous voyez, je suis allée, c'est vrai qu'il y avait un danger,
01:54 c'est vrai que j'étais en danger, mais c'était important d'être là.
01:59 - Voilà, vous espériez, quelque part, ramener un peu de calme, d'apaisement,
02:06 j'aime préférer encore ce mot, d'apaisement dans les esprits.
02:10 - Oui, parce que si j'étais là, c'est pour apaiser la douleur de cette mère,
02:15 et en même temps d'apaiser cette colère de cette jeunesse.
02:18 Parce que si jeûne, c'est sûr, il y a une colère, mais je ne suis pas d'accord avec eux.
02:25 La colère, ça ne se présente pas par la violence.
02:28 Vous savez, il faut avoir confiance à la justice.
02:31 Certains jeunes, j'ai attrapé même un jeune hier, qui était complètement dépassé,
02:38 la colère, ça se voyait dans ses yeux, dans ses mots,
02:41 et je lui ai dit, jeune homme, moi il y avait un monsieur qui était avec moi,
02:45 je lui ai dit, jeune homme, calme-toi, ce n'est pas par la violence qu'on va gagner,
02:48 ni toi, ni moi, ni personne.
02:50 La haine, ça ne gagnera rien, ça quitte la souffrance.
02:54 Croyez-moi, je suis sur le terrain, je suis dans les maisons d'arrêt,
02:57 je vois ce qu'il se passe, alors arrêtez.
03:00 Et il m'a dit, madame, ils nous ont retiré beaucoup de choses,
03:05 on n'est plus rien, et maintenant ils nous tuent.
03:09 Alors je pense qu'il faut me lâcher, madame.
03:12 Je lui ai dit, je ne peux pas te lâcher, s'il te plaît.
03:14 Et il m'a serré dans ses bras, il m'a dit, vous ne pouvez rien faire,
03:18 partez d'ici, maman, comme ça qu'il m'a appelé,
03:21 partez d'ici, parce que ça va éclater en bout de deux heures.
03:25 Et je ne voyais même pas, quelques secondes, ça tourner en vinaigre, il n'y a pas d'autre mot.
03:31 - Oui, en vinaigre, vous étiez là, vous avez eu ce dialogue, d'autres dialogues,
03:35 et puis tout à coup, vous avez senti que vous n'étiez plus à être là,
03:40 qu'on vous chassait de ce cortège, de ce rassemblement.
03:44 - J'ai couru, j'ai reçu...
03:46 - Vous sentiez qu'on voulait s'en prendre à vous ?
03:51 - C'est-à-dire pas à moi spécialement, mais tu reçois les cailloux, tu reçois...
03:56 J'ai couru, même pour aller me protéger à la préfecture,
04:00 c'était impossible, toutes les portes étaient fermées.
04:03 Alors j'ai couru avec les gens, et j'ai trouvé un homme,
04:07 je ne peux pas citer son nom, parce qu'il était sur le lieu de travail,
04:12 et il était avec moi jusqu'au bout, il m'a même ramené dans sa voiture,
04:15 jusqu'à ce que j'aille dans ma voiture, pour récupérer ma voiture.
04:18 C'était vraiment...
04:20 - Cette marche blanche, qui était une marche d'apaisement, a dégénéré ?
04:23 - A dégénéré, vraiment horrible, on dirait qu'on est en guerre.
04:28 C'est ce que j'ai vu, moi.
04:30 Tous ces jeunes, tout âge, jeunes et moins jeunes,
04:33 c'est pour ça que je dis, et je répète,
04:36 aussi à une responsabilité de l'État, une responsabilité des parents,
04:41 parce que les parents doivent parler avec leurs enfants.
04:44 Parce qu'on ne peut pas gagner, M. Bourdin,
04:47 de cette casse, de cette brûlure, tout ce qu'on voit aujourd'hui,
04:51 c'est pas comme ça, on doit raisonner nos enfants,
04:55 on doit parler sur les valeurs, sur le respect,
04:58 et on peut manifester, on peut manifester dans la rue,
05:01 en silence, on peut écrire, on peut aller appeler la justice,
05:06 on peut appeler à l'État, mais on ne peut pas faire autant de mal.
05:10 Aujourd'hui, c'est les gens qui travaillent, qui combrent leurs voitures,
05:13 c'est de casser des magasins, c'est les gens qui vivent
05:16 avec leurs moyens de travailler, leurs transports,
05:21 tout ce qu'on voit aujourd'hui, ça bloque tous ces gens-là.
05:25 Pourquoi générer le drame ?
05:28 Certes, c'est grave ce qui est arrivé, c'est choquant,
05:32 mais la justice, elle est là pour ça, il y a une justice.
05:36 On ne peut pas faire la justice nous-mêmes.
05:38 - Oui, Latifa, j'ai trouvé même parfois que...
05:42 Je comprends évidemment la douleur de la mère,
05:46 mais même, j'ai trouvé que c'était aller un peu loin,
05:49 dans la manifestation, même de la part de la famille,
05:53 même de la part de la famille, je ne veux pas juger la famille,
05:57 mais quand même, mais quand même.
05:59 - On ne peut pas juger la famille, mais la seule chose que je trouvais,
06:02 cette marche, elle était trop tôt.
06:04 - Oui, bien sûr.
06:06 - Il fallait attendre au moins qu'il enterre son enfant,
06:10 et après il pourra faire cette marche.
06:12 C'était un peu trop tôt, et je pense que c'est une femme,
06:15 elle est complètement perdue.
06:17 J'ai senti hier, elle était sur le choc.
06:20 Et je ne pense même pas qu'elle soit consciente que son fils est mort.
06:24 Vous savez, moi j'ai perdu mon fils,
06:27 et malgré que j'ai pleuré, malgré que j'ai crié,
06:30 au fond de moi, je ne croyais pas que mon fils était mort.
06:33 Je croyais qu'il allait rentrer, qu'il allait revenir.
06:36 Et une mère qui perd son fils...
06:38 - Vous pensiez qu'hier, elle était encore avec son fils, quelque part ?
06:41 - Oui, quelque part, je l'ai sentie, je l'ai touchée,
06:44 j'ai parlé avec elle, j'ai monté avec elle dans le camion.
06:47 Je lui ai dit "je te souhaite beaucoup de courage,
06:50 essaye d'apaiser cette jeunesse,
06:53 essaye de passer un message, parce qu'il y a beaucoup de dégâts".
06:56 Alors, elle ne m'écoutait même pas, parce qu'elle était complètement
07:00 sur l'émotion des gens, les gens qui étaient tout le monde pour elle,
07:04 ils se mettaient debout, et elle était complètement perdue.
07:08 - Elle était emportée par ce mouvement, par les gens qui l'entouraient,
07:13 qui quelque part, un peu l'utilisaient peut-être même,
07:17 utilisaient ce drame, certains, pas tous, mais certains.
07:22 - Moi je dis, c'est dommage de faire tous ces dégâts,
07:26 et de ne pas laisser...
07:29 C'est comme on enlève le drame totalement,
07:34 et on parle aujourd'hui qu'il y a de la violence.
07:36 On a oublié ce drame.
07:38 Au lieu de rester sur le drame et le respect,
07:41 et d'aller sur le minot du silence, de le faire tranquillement,
07:44 d'aller sur le lieu où il était assassiné, la marcher avec paix...
07:48 - Sans un mot, en pensant à Naël, en pensant à la souffrance de la mère,
07:52 d'avancer par milliers...
07:55 D'ailleurs, ça aurait eu beaucoup plus de force entre nous.
07:58 - Bien sûr, c'est pour ça que je disais, mais qu'est-ce qui se passe ?
08:03 Pourquoi autant de...
08:04 Et quand je la voyais partir, je me suis trouvée seule dans ce camion
08:07 avec certains jeunes, ça m'a fait peur.
08:09 Il y a des gens qui m'ont fait descendre,
08:11 et je vous assure, j'ai croyé passer.
08:14 - Vous avez eu peur ?
08:15 - J'ai jamais eu peur, parce que si j'avais eu peur, je ne serais pas allée.
08:19 Mais ça fait vraiment dire qu'est-ce qui se passe.
08:21 On est en France, qu'est-ce qui se passe, pourquoi on est arrivé là ?
08:24 C'est pour ça que quand j'ai entendu ce matin la ministre d'aller voir les voitures brûler,
08:29 je pense que ça place d'aller voir aussi la politique de la ville,
08:32 de voir ce qui se passe.
08:34 C'est parce que c'est eux qui sont sur le terrain.
08:37 C'est important.
08:39 - Oui, bien sûr.
08:40 Quand la foule est en colère, elle n'entend plus rien, c'est ce que vous dites ?
08:43 - Non.
08:44 - C'est ce que vous rappelez ?
08:45 - Non, moi je vous dis, j'ai parlé avec ce jeune homme, il ne m'écoutait même pas.
08:48 Il se battait avec moi, vous voyez, on était deux à le tenir.
08:52 Il se battait, et je lui dis...
08:55 Vous savez, la prison, elle est remplie, ce jeune homme.
08:58 Il m'a dit "je n'ai pas peur, madame, qu'est-ce qui peut me faire la prison ?"
09:01 Déjà je suis en prison, déjà.
09:03 Vous voyez ? Déjà il nous tue.
09:05 Déjà il y a des barrières, déjà on est oublié, on n'existe plus.
09:09 Et c'est vrai, ça fait un petit moment que j'ai dit
09:12 "je passe mon message, ouvrez cette cité,
09:15 donnez la chance à cette jeunesse,
09:17 écoute-les, accompagnez-les."
09:20 On revient sur l'arrière d'ouvrir ce service militaire,
09:25 parce qu'il y a un besoin aujourd'hui,
09:27 parce qu'il y a une souffrance énorme,
09:29 il y a des chèques de colère.
09:30 - Je rappelle que votre fils était militaire.
09:31 - Voilà mon fils.
09:32 - Et je sais que vous en parliez avec lui.
09:35 Vous évoquiez tout cela avec lui.
09:37 - Bien sûr, bien sûr.
09:38 Et les services militaires, monsieur Bourdin,
09:40 ça prend à un jeune les valeurs,
09:44 les règles, le respect,
09:46 de sortir un bon citoyen.
09:49 Rien que six mois, c'est important pour un jeune.
09:52 Aujourd'hui il n'y a plus l'armée.
09:54 L'école, aujourd'hui c'est très difficile.
09:57 Il y a certains parents qui accompagnent leurs enfants,
09:59 il y a certains maintenant, aujourd'hui les profs me disent
10:01 "C'est nous qui orientons le jeune,
10:03 parce que les parents ne sont pas présents."
10:05 Vous voyez, il y a des mères qui vivent seules,
10:08 qui souffrent,
10:09 qui ne se rendent pas compte aussi,
10:11 qu'on ne doit pas aller vers eux pour voir ce qui se passe.
10:13 Cette jeunesse, elle est complètement,
10:16 moi je dirais, dans la souffrance.
10:18 Une souffrance, la colère.
10:22 - Et l'espace public lui a été,
10:24 à certains endroits, abandonné.
10:26 C'est-à-dire qu'elle occupe l'espace public,
10:29 aujourd'hui.
10:31 Les services publics sont partis,
10:33 les parents, certains, ont démissionné.
10:35 Mais que font les jeunes de 14, 15, 16 ans,
10:38 quand il fait beau, par exemple,
10:40 que les collèges aient fini,
10:41 que font-ils ?
10:42 Et bien ils sont dans l'espace public.
10:44 Est-ce qu'on ne devrait pas,
10:45 tout à l'heure on en parlait avec mes deux invités,
10:48 je ne sais pas moi, par exemple,
10:50 essayer de reprendre l'espace public,
10:52 peut-être que les adultes,
10:53 là les adultes ont un rôle considérable à jouer.
10:55 Considérable dans les jours qui viennent,
10:57 dans les heures qui viennent,
10:58 dans les jours qui viennent.
10:59 - Vous savez monsieur Bourdin,
11:00 j'y vais quand il y avait le problème de cette...
11:03 quand il y avait le...
11:07 le truc sanitaire.
11:08 - Oui, le Covid.
11:10 - Voilà, le Covid.
11:11 Et beaucoup de jeunes qui ne sont pas retournés à l'école.
11:14 On ne les a pas cherchés.
11:15 - Oui.
11:16 - On ne les a pas cherchés.
11:17 On n'a même pas posé la question
11:19 pourquoi ils ne sont pas venus à l'école.
11:21 Je connais des familles, des familles,
11:23 que des jeunes ils disent
11:24 "mais ça sert à rien madame,
11:25 à quoi sert ?
11:27 De toute façon j'irai, en quelle chance ?"
11:29 C'est pour ça que
11:30 certaines cités, on a laissé ce vide.
11:33 Ce vide énorme.
11:35 Et ce vide est rempli qu'il y a de la haine.
11:37 C'est pour ça que je dis
11:39 tout le monde a une part de responsabilité.
11:41 Les parents, l'école,
11:43 la politique de la ville,
11:44 l'État,
11:45 on a tous une part de responsabilité.
11:47 La société, c'est important.
11:49 Parce qu'aujourd'hui,
11:50 on ne fait pas nécessaire...
11:52 - Cette jeunesse c'est l'avenir de demain.
11:55 - Oui.
11:56 - Elle a autant de chance que les autres.
11:58 - Les responsables associatifs,
12:00 les responsables religieux,
12:02 les autorités religieuses,
12:03 enfin tout !
12:04 - Bien sûr, les élus...
12:06 - Les autorités religieuses,
12:07 toutes les religions,
12:09 on est bien d'accord.
12:11 - Les religions,
12:13 elles sont là pour passer le message de paix,
12:16 des valeurs, de respect,
12:18 mais tout ce qui est élu,
12:20 tout ce qui est associatif de terrain,
12:23 tous ces gens-là,
12:25 ils doivent jouer un rôle important pour cette jeunesse.
12:27 Parce que de voir ce colère,
12:29 ce que j'ai vu hier, moi,
12:30 ça m'a fait très peur.
12:31 C'est pas pour moi,
12:32 mais j'avais peur pour
12:34 tous ces gens qui reçoivent
12:36 le nom de Mac,
12:37 qui n'a pas de voiture,
12:38 tous ces dégâts, tout ça.
12:40 - Mais Latifa Ibn Jaten,
12:42 vous voyez la situation changer ?
12:44 Les jeunes qui sont dans la rue
12:47 sont plus jeunes qu'avant,
12:49 plus violents aussi qu'avant.
12:51 - Oui.
12:52 Cette génération aujourd'hui,
12:54 comme je vous dis,
12:55 tellement qu'on a laissé le vide,
12:57 tellement qu'on n'a pas
12:59 donné leur chance,
13:01 même vis-à-vis d'école.
13:02 Vous savez, quand vous avez une carte scolaire,
13:04 vous ne pouvez pas y aller dans une autre école,
13:06 c'est une punition, moi j'appelle ça.
13:08 C'est pour ça que je dis, il faut retirer cette carte scolaire,
13:10 laisser la liberté aux gens.
13:12 Laissez, si j'ai les moyens de faire mon fils
13:14 aller dans une autre école,
13:16 que je peux.
13:17 Si j'ai le moyen de transport,
13:19 pourquoi vous m'interdisez ?
13:20 Pourquoi je suis obligée d'aller dans cette école
13:22 où j'habite ?
13:23 - Oui.
13:24 - Il faut laisser la liberté aux gens.
13:25 Et cette liberté aussi,
13:27 je la sens, vis-à-vis des jeunes
13:29 qui ont été moins aidés.
13:31 Je suis obligée d'aller dans cette école,
13:32 je ne l'aime pas, mais je n'ai pas le choix.
13:34 - Oui.
13:35 - Et tout ça, c'est fait politiquement.
13:38 Aujourd'hui, vous savez,
13:40 quand vous passez plus qu'11 ans sur le terrain,
13:42 je vois des choses affreuses.
13:44 Moi, je n'ai jamais cru
13:45 de voir autant de cités aussi tristes,
13:47 aussi abandonnées, qu'aujourd'hui.
13:49 - C'est vrai ?
13:51 - C'est horrible.
13:52 C'est pour ça que je dis
13:54 à tous ces hommes politiques
13:56 qu'ils doivent sortir sur le terrain.
13:58 Qu'ils doivent aller sur le terrain.
14:00 C'est important.
14:01 - Ils doivent aller voir.
14:02 - Bien sûr, ils doivent aller les voir.
14:03 - Et vivre ce que vivent ces habitants-là.
14:05 - De voir, parce que le moment de Covid,
14:07 quand on habite sur un FR3, F5,
14:09 et on est 8, 9, dans le même appartement,
14:11 et qu'on n'a pas le droit de sortir,
14:13 vous savez, c'est très dur.
14:14 Et quand on n'a pas les moyens,
14:16 quand on n'a pas le matériel pour travailler,
14:18 c'est très dur, M. Bourdin.
14:20 Il y a des jeunes qui se sont déprimés,
14:22 qui ont beaucoup souffert.
14:23 Tout ça, c'est la colère,
14:25 toute cette colère qui sort aujourd'hui.
14:27 - Avec une colère
14:29 exploitée par certains,
14:31 évidemment, qui en profitent
14:33 pour aller piller, saccager,
14:35 détruire, incendier,
14:37 enfin, etc.
14:39 - Oui, mais ça, c'est impardonnable.
14:41 Moi, j'ai vu un jeune,
14:43 normalement, on doit manifester
14:45 en silence. Vous savez, s'ils se mettent tous d'accord,
14:47 et on sort dans la rue,
14:49 on manifeste qu'on n'est pas contents.
14:51 En silence.
14:53 Toutes les Français,
14:55 que ce soit l'État ou
14:57 n'importe quelle personne,
14:59 considèrent vraiment une
15:01 manifestation
15:03 digne. - Gagner la dignité.
15:05 - Digne, voilà. - Gagner le respect.
15:07 - Digne et avec respect. Mais là,
15:09 de saccager, de faire du mal,
15:11 bien sûr. Moi, je voyais des cailloux.
15:13 Mais je ne sais même pas où ils ont
15:15 cherché ces cailloux. Il y a un caillou qui passait
15:17 entre mes jambes.
15:19 Et un monsieur me disait "courez,
15:21 courez, madame, courez".
15:23 Je dis "mon Dieu, qu'est-ce qui se passe ?"
15:25 - Vous pensiez un jour
15:27 pouvoir être prise à partie, comme ça,
15:29 dans une manifestation ?
15:31 - Je n'ai jamais... - Vous n'avez jamais été...
15:33 - Jamais. Je me rappelle
15:35 quand on a fait la marche à Rouen,
15:37 quand j'ai perdu mon fils,
15:39 et on a fait la marche pour Charlie Hebdo,
15:41 tout ça, et il y avait un couple
15:43 qui était devant moi et ils ont dit
15:45 "mais qu'est-ce qu'il fait cette dame-là devant nous ?"
15:47 C'est la seule que j'ai...
15:49 ça m'a marquée à vie. Et je n'ai pas répondu.
15:51 Après, la dame, elle dit "mais il n'a rien
15:53 à faire là. Il nous tue, puis ils sont là."
15:55 Tout ça parce que je portais mon foulard.
15:57 Et
15:59 là, j'étais choquée.
16:01 Et après, ils m'ont vu le soir
16:03 à la télé. Ils étaient complètement...
16:05 Ils ont essayé de me contacter.
16:07 Et ils ont demandé l'excuse.
16:09 Mais là, ce que j'ai vu hier, c'est différent.
16:11 Hier, c'était une...
16:13 Je plains
16:15 tous ces services de l'ordre.
16:17 C'était dur hier.
16:19 Franchement. C'était dur de voir
16:21 tous ces hommes
16:23 qui ont sauté tous ces cailloux. Je dis "mon Dieu".
16:25 Et même ce...
16:27 C'est assez vrai. Ils me disent
16:29 "courez, madame, courez". Je dis
16:31 "mon Dieu, c'est dingue".
16:33 J'avais des frissons.
16:35 Je vous assure, c'est...
16:37 Je vous tiens à chapeau.
16:39 - Merci, Latifa.
16:41 Merci d'être venue nous voir.
16:43 Ce matin, sur Sud Radio.
16:45 Votre témoignage très fort. - Merci beaucoup.
16:47 - Merci. 12h26.
16:49 Vous nous avez
16:51 accompagné depuis 2 heures.
16:53 Vous avez... Nous avons battu un record d'appels.
16:55 Du nombre d'appels. Vous étiez plus nombreux
16:57 que jamais à écouter, à suivre
16:59 notre émission. Je vous en remercie
17:01 vraiment, de tout cœur. Et puis, nous allons
17:03 poursuivre évidemment dès lundi.
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