- il y a 3 ans
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00:00 Bonjour à tous, bonjour à toutes, bonjour Laurie Caillouet.
00:05 Vous êtes titulaire d'un doctorat en hydrologie et d'un diplôme
00:09 d'ingénieur en génie de l'environnement et informatique.
00:11 Vos expériences vous ont permis de toucher au domaine de l'hydrologie,
00:16 de la climatologie, du traitement de l'eau.
00:18 Et donc, dans cette dynamique, vous avez lancé l'association
00:22 Odyssée pour sensibiliser tout type de public aux enjeux de l'eau via
00:26 notamment la fresque de l'eau qui ressemble, on va en parler longuement,
00:31 à la fresque du climat et à d'autres fresques.
00:33 Merci Laurie d'avoir accepté notre invitation, c'est vraiment sympa à vous.
00:36 Question toute simple pour commencer, Laurie, pourquoi avoir créé
00:40 la fresque de l'eau ?
00:40 Merci Pascal de m'avoir invitée déjà.
00:44 Donc la fresque de l'eau, c'est le deuxième bébé, on va dire,
00:50 le premier, c'est l'association Odyssée.
00:51 Donc en fait, il y a deux ans, j'ai choisi de créer l'association
00:56 Odyssée parce que j'ai travaillé un moment dans le domaine de l'eau
01:01 et notamment dans la recherche.
01:02 Et je trouvais que l'eau était une thématique très importante avec
01:07 beaucoup d'enjeux et de problématiques qui étaient comprises et étudiées
01:12 dans la recherche, mais qui étaient peu mises en avant auprès du grand public.
01:18 Et l'idée de l'association Odyssée, c'était donc de prendre toutes
01:21 ces connaissances qui existent et qui étaient déjà là sur l'eau et
01:25 d'arriver à les vulgariser et à les mettre à disposition de tout le monde
01:29 pour que tout le monde ait conscience qu'en fait, il y a des problèmes,
01:32 il y a des enjeux liés à l'eau.
01:33 Et ce n'est pas parce qu'elle coule abondamment au robinet qu'elle est
01:37 forcément illimitée et disponible.
01:38 D'accord.
01:40 Et c'est vrai que pour le prochain numéro de K-ISEN, nous préparons
01:43 un dossier sur l'eau.
01:44 Donc c'est vrai que c'est un enjeu à la fois complexe et vital,
01:46 mais on s'est rendu compte aussi que ce n'était pas facile d'avoir
01:49 accès à toute la compréhension.
01:50 Est-ce que pour vous, les Français ont une bonne connaissance de l'eau
01:54 et notamment de ce qu'on appelle les cycles de l'eau ?
01:56 Alors, je ne sais pas si c'est les Français, mais on va dire que quand
02:02 on est à l'école en primaire, au collège, etc., on voit le cycle de l'eau.
02:07 Ce n'est pas du tout inconnu, mais un peu comme tout le reste,
02:11 on voit quelque chose à l'école et après, on n'y revient pas forcément, etc.
02:15 Et c'est vrai que 10, 15 ans plus tard, quand on joue les jeux de la fresque
02:19 de l'eau avec justement le grand public et qu'on revoit ces cycles,
02:23 eh bien, on apprend des choses, des choses qu'on n'avait pas vues,
02:26 on n'avait pas retenues, etc.
02:28 Et le cycle de l'eau, en fait, c'est vraiment quelque chose qui nous
02:32 permet d'avoir de l'eau.
02:33 Et on va dire que les Français, mais en fait, de manière générale,
02:36 quand on est adulte, on n'a plus cette connaissance parce que quand
02:40 on ne travaille pas dedans, on ne voit pas tous les jours ce que
02:43 c'est une nappe, quel est le rôle du sol dans le cycle de l'eau,
02:47 pourquoi il y a de la pluie là, pourquoi il n'y en a pas là, etc.
02:51 Et c'est vrai qu'on a voulu apporter cette connaissance avec notamment
02:55 l'atelier de la fresque de l'eau, qui est un des ateliers de l'association,
02:57 pour rappeler, en fait, donner des rappels et se dire ah oui,
03:01 c'est vrai, j'avais vu que mon eau du robinet, elle venait de là.
03:04 D'accord, ça vient d'ici, etc.
03:06 Donc oui, il y a eu une sorte d'oubli de cette connaissance en grandissant
03:10 et on espère pouvoir la remettre en avant avec l'association et les ateliers.
03:14 Et alors, on le dit souvent, on protège mieux ce qu'on connaît.
03:18 Donc, vous pouvez nous rappeler brièvement les cycles de l'eau,
03:21 puisque il y en a en gros deux, mais on pourra peut-être entrer
03:24 dans le détail après.
03:25 Oui, alors il y a plein de noms sur ces cycles.
03:29 On va dire il y a le grand cycle de l'eau, ou aussi ce qu'on appelle
03:32 le cycle naturel de l'eau.
03:33 C'est qu'est-ce qui se passe naturellement ?
03:35 L'eau, elle est dans l'atmosphère, sous une certaine forme,
03:38 la vapeur d'eau, en fait.
03:39 Il y a des conditions qui font que l'eau se condense,
03:43 ça tombe ensuite sous forme de précipitation.
03:46 Donc, soit liquide, c'est la pluie, soit solide, c'est la neige.
03:49 Par la suite, l'eau qui tombe va soit aller dans les cours d'eau,
03:54 dans les lacs, les fleuves, les rivières ou sur le sol.
03:57 Une fois sur ce sol, ça va ensuite soit s'infiltrer et aller
04:01 alimenter les nappes phréatiques, donc les roches en sous-sol,
04:05 ou alors ruisseler, couler le long du sol pour finir dans une rivière
04:09 qui va ensuite retourner dans un fleuve, puis à l'océan.
04:12 Et de manière générale, il y a aussi le processus d'évaporation
04:15 qui fait que cette eau, qu'elle vienne de l'océan, du sol ou des
04:18 cours d'eau, elle s'évapore et elle retombe dans l'atmosphère.
04:20 Donc, ça, c'est le grand cycle de l'eau, le cycle de l'eau naturelle
04:23 qui se passe partout.
04:25 Donc, il est plus ou moins...
04:26 Les précipitations sont plus ou moins fréquentes, l'évaporation est
04:30 plus ou moins fréquente selon où on se place sur le globe et les
04:33 dynamiques climatiques un peu locales.
04:35 Et après, le deuxième cycle, c'est ce qu'on appelle le petit cycle
04:39 de l'eau ou le cycle anthropique.
04:40 C'est celui qui est influencé par l'homme, c'est-à-dire que l'homme
04:44 utilise de l'eau, va aller capter de l'eau dans des grands réservoirs.
04:48 On va appeler ça, ça peut être l'océan, ça peut être les rivières,
04:51 ça peut être les nappes.
04:52 Il faut savoir qu'en France, par exemple, deux tiers de notre eau
04:54 potable provient des nappes en sous-sol et va donc faire une sorte
04:59 de cycle de l'eau, c'est-à-dire qu'il va prendre cette eau dans
05:02 ses différents réservoirs.
05:03 On va la potabiliser, on va l'utiliser, que ce soit à la maison,
05:08 à l'agriculture, en industrie, pour produire de l'électricité.
05:12 Ensuite, on va la traiter et on va la remettre dans ses réservoirs.
05:16 Ça, c'est le petit cycle de l'eau.
05:17 Et donc, on l'a bien compris, les deux sont très interconnectés.
05:22 Et donc, c'est important d'avoir connaissance ou un rappel du grand
05:26 cycle de l'eau pour se rappeler que l'eau ne coule pas sans effet
05:29 sur la nature quand on ouvre le robinet.
05:31 Oui, tout à fait.
05:33 En fait, se rappeler qu'il existe un grand cycle de l'eau, c'est-à-dire
05:38 que si à un moment donné, il y a une interférence qui fait
05:41 qu'on a un problème au niveau de l'eau dans les rivières,
05:44 de la pluie ou de l'eau dans les nappes.
05:46 On parle beaucoup de l'eau dans les nappes.
05:47 La première étape du petit cycle de l'eau, qui est le prélèvement,
05:51 ne va plus forcément marcher, puisque si on n'a pas d'eau dans nos
05:55 réservoirs, on ne peut pas l'utiliser et le petit cycle de l'eau ne
05:59 peut pas se réaliser.
06:03 Mais il n'y a pas que le problème de la quantité, il y a aussi le problème
06:05 de la qualité parce qu'une eau abondante, la qualité, on va dire,
06:10 ne revient pas vraiment dans le cycle de l'eau, mais une eau abondante
06:13 dans nos rivières ou dans nos nappes, mais de très faible qualité ou
06:15 polluée, ça met aussi en danger notre utilisation de l'eau derrière,
06:20 puisqu'on a besoin d'une eau potable pour de nombreux usages.
06:23 D'accord.
06:25 Alors, une question qui n'est peut-être pas claire pour le grand public,
06:28 c'est l'eau qui est utilisée par les agriculteurs.
06:30 Est-elle la même eau qu'utilisent les citoyens, c'est-à-dire qu'elle
06:35 est induite dans le petit cycle de l'eau ou c'est une eau en un cycle différent ?
06:39 Quand on parle du petit cycle de l'eau, on parle vraiment de l'eau qui
06:42 est prélevée dans les rivières pour les différents usages.
06:45 Par contre, là où il peut y avoir une différence, c'est que pour certains
06:47 usages, l'eau n'est pas potabilisée.
06:49 Donc, typiquement, il y a des agriculteurs qui vont être proches
06:53 de cours d'eau et qui vont avoir le droit d'aller directement avoir
06:57 de pomper dans la nappe ou dans les cours d'eau sans passer par l'étape
07:00 réseau de canalisation des collectivités, potabilisation, etc.
07:05 Aussi, l'eau qui est utilisée pour refroidir les centrales thermiques,
07:08 les centrales nucléaires en France, elle n'est pas potabilisée.
07:11 Elle est prise dans la rivière, elle est utilisée pour refroidir
07:14 les réacteurs et elle est remise dans la rivière derrière.
07:18 Donc, quand on parle de petit cycle de l'eau, on ne parle pas du tout
07:21 seulement de l'eau qui est utilisée à la maison, mais on parle aussi,
07:25 bien évidemment, de l'eau qui est utilisée pour les agriculteurs,
07:28 pour les industriels et pour la production d'électricité.
07:32 D'accord.
07:34 Sans rentrer peut-être dans une bataille de chiffres,
07:37 on connaît la différence entre les différents usages,
07:41 entre l'agriculture, l'industrie et les ménages ?
07:46 Oui, on les connaît.
07:48 Ils ont été remis à jour par le gouvernement il y a quelques mois.
07:52 Donc, je vais faire des arrondis, mais à peu près 60 % de l'eau
07:57 est prélevée pour la production d'électricité en France,
07:59 pour refroidir les centrales thermiques.
08:01 Donc, c'est un gros volume.
08:04 Et en fait, l'agriculture ne prélève qu'en moyenne à l'année 11 % de l'eau
08:08 en France, là où derrière, les usages domestiques,
08:13 c'est entre 20 et 25 %, et l'industrie, c'est assez peu,
08:16 c'est moins de 10 %.
08:17 Donc, les usages domestiques, la maison, c'est à peu près un quart.
08:20 Mais par contre, quand on parle de prélèvement,
08:22 il ne faut jamais différencier avec la notion de consommation.
08:25 En fait, il faut savoir que quand on prélève de l'eau pour refroidir
08:28 une centrale thermique, on la remet tout de suite dans la rivière
08:32 une fois qu'elle est utilisée, même si elle est remise plus chaude.
08:34 Par contre, quand on utilise de l'eau pour aller arroser un champ,
08:38 par exemple, l'eau, elle ne va pas retourner dans la rivière
08:40 où elle a été prélevée, c'est-à-dire qu'elle va ensuite être utilisée,
08:43 elle va être dans le sol, elle va s'infiltrer ou s'évaporer
08:47 ou être utilisée par la plante.
08:48 C'est-à-dire qu'il y a une modification du cycle de l'eau
08:51 puisqu'on a pris de l'eau dans la rivière pour ensuite en faire un usage,
08:54 en l'utiliser, et derrière, elle ne retourne pas dans cette rivière
08:58 sur des laps de temps assez courts.
09:00 Et là, par contre, si on regarde la consommation de l'eau,
09:02 les chiffres sont un peu différents, c'est-à-dire que l'agriculture compte
09:05 pour, si je me souviens bien, c'est plus de 50 % de la consommation
09:13 de l'eau en France, là où, pour le coup, les centrales thermiques
09:17 vont compter pour entre 10 et 15 % de la consommation.
09:20 C'est la partie qui s'évapore, en fait.
09:22 Lorsqu'on refroidit les réacteurs, il y a une partie qui s'évapore
09:25 et qui ne peut donc pas retourner dans la rivière.
09:28 Merci, Laurie, pour ces précisions intéressantes et importantes.
09:31 Moi, ce qui m'a plu dans la fresque de l'eau, c'est que vous mettez
09:36 en avant la notion d'empreinte hydrique, qui est peut-être moins connue
09:39 que la notion d'empreinte carbone.
09:41 Pouvez-vous nous préciser ce concept d'empreinte hydrique,
09:44 Laurie, s'il vous plaît ?
09:45 Oui.
09:46 Alors, on appelle ça l'empreinte eau ou l'empreinte l'eau virtuelle,
09:50 également.
09:51 Il y a plusieurs définitions de cette eau virtuelle.
09:54 En fait, le concept de l'eau virtuelle, c'est de se dire, pour fabriquer
09:58 un objet, un bien, un service, il me faut de l'eau.
10:01 Par exemple, si on prend l'exemple du t-shirt, le t-shirt, c'est quoi ?
10:04 Généralement, c'est du coton.
10:06 Donc, pour aller fabriquer mon coton dans mon champ de coton,
10:10 il a fallu que j'irrigue, donc il faut que j'utilise de l'eau.
10:13 Parfois, mes pratiques d'irrigation ne sont pas hyper performantes,
10:16 donc j'utilise beaucoup d'eau par rapport aux besoins de la plante.
10:18 Mais une fois que mon coton, il a poussé, il faut le récolter,
10:22 il faut l'emmener à l'usine textile.
10:25 Ensuite, il faut alimenter en électricité l'usine textile.
10:28 Il faut fabriquer des teintures, il faut diluer ces teintures parce que
10:32 sinon, on ne peut pas rejeter comme ça, ça pollue.
10:34 Il faut fabriquer du plastique pour emballer le t-shirt, du pétrole
10:38 pour faire de l'essence, etc.
10:39 Donc, en fait, on oublie souvent qu'il faut de l'eau pour fabriquer,
10:43 en fait, tout ce qu'on consomme, que ce soit nos textiles,
10:47 notre carburant, notre alimentation, etc.
10:51 Donc, l'empreinte eau, c'est une méthode de calcul pour essayer
10:54 de comptabiliser, de faire une analyse de cycle de vie de ces produits
10:57 et de voir quelle quantité d'eau il peut y avoir derrière chaque produit.
11:02 D'accord.
11:05 Et si ce n'est pas trop technique, vous pouvez nous dire comment
11:07 elle est calculée, cette empreinte ?
11:09 Oui.
11:11 Alors, par rapport aux différentes définitions,
11:13 il y a celle qu'on utilise, nous, c'est celle du Water Footprint Network.
11:19 Donc, c'est une définition qui est très vulgarisée et qui a été
11:24 pas mal étudiée.
11:25 Il y a beaucoup d'exemples de produits qui utilisent cette définition
11:28 et c'est pour ça qu'on l'utilise, elle.
11:31 C'est une division en trois sous-empreintes eau.
11:34 Il y a l'empreinte eau bleue, l'empreinte eau verte et l'empreinte
11:38 eau grise.
11:39 Donc, par exemple, pour produire du coton, on va utiliser de l'eau
11:46 de la rivière.
11:47 Donc, ça, c'est l'empreinte eau bleue.
11:48 C'est la quantité d'eau qu'on va prélever dans la rivière pour arroser
11:50 notre champ de comptant et qui ne va pas revenir à la rivière.
11:55 Ensuite, il y a l'empreinte eau verte.
11:57 C'est l'eau de pluie qui a servi pour arroser mon champ de coton.
12:02 Donc, c'est vraiment la quantité d'eau qui est tombée sur ce champ et qui
12:08 a permis de faire pousser le coton.
12:10 Et enfin, l'eau grise, c'est la quantité d'eau qu'il faut pour
12:16 diluer les polluants émis par la production de mon T-shirt,
12:20 par exemple, ou de mon jean.
12:22 Par exemple, le jean, il faut utiliser des teintures et donc,
12:26 il faut diluer les polluants émis par cette teinture.
12:29 Et ça, c'est la quantité d'eau grise.
12:30 Et donc, on fait l'addition de ces trois empreintes, en fait, c'est ça ?
12:34 Oui, c'est ça.
12:35 L'empreinte eau totale que nous, on utilise du Water-Fluid Network,
12:38 c'est l'addition de l'eau verte, l'eau bleue, l'eau grise.
12:41 Et ça donne donc l'empreinte eau totale.
12:43 Et je ne sais pas si vous pouvez répondre précisément, mais comment
12:48 on fait pour chaque produit pour calculer l'empreinte eau bleue,
12:51 l'empreinte eau verte ?
12:52 J'imagine que c'est très compliqué d'un produit à l'autre en fonction des régions.
12:55 J'imagine qu'entre le café, le coton et d'autres ressources primaires,
13:00 c'est extrêmement compliqué d'avoir ces chiffres ?
13:02 Oui, alors en fait, c'est des études scientifiques.
13:06 Donc, il y a vraiment des publications scientifiques qui ont été utilisées
13:11 et qui ont été validées par Desper.
13:13 Alors là, je vous ai donné la définition, une des définitions,
13:17 un des calculs, mais il y en a d'autres.
13:21 Et en fait, ça va être d'aller regarder, par exemple, sur nos champs de coton,
13:24 quelle est typiquement la méthode d'irrigation utilisée,
13:28 combien d'eau est utilisée en moyenne dans le monde.
13:32 Alors après, on a des empruntes eau par pays.
13:34 Par exemple, le champ de coton en Chine ne va pas avoir la même emprunte eau
13:37 que le champ de coton en France, au Congo, en Amérique, etc.
13:41 Parce que la façon dont on irrigue en Chine ne va pas être la même.
13:44 Ça va plus être de la pluie, par exemple.
13:46 D'autres, ça va être plus du prélèvement, etc.
13:48 C'est d'aller voir de manière un peu macro,
13:51 on ne va pas dans le détail de chaque champ en particulier,
13:53 et bien, en fait, quelles sont les pratiques qui sont mises en place
13:59 et d'aller faire une sorte d'analyse du cycle de vie.
14:03 Le mot que j'ai appelé, c'est donc une ACV,
14:05 du produit pour aller détailler un peu quelles sont les pratiques générales, etc.
14:09 D'accord.
14:11 Et moi, j'étais extrêmement surpris en creusant cette notion d'empreinte
14:15 par les chiffres de quelques produits.
14:17 Est-ce que vous avez quelques exemples,
14:19 soit alimentaires, soit de biens de consommation,
14:22 qui seraient, peut-être parlons aux internautes qui nous regardent
14:26 pendant ce sommet ?
14:27 Oui.
14:28 Alors, ce qui est bien aussi dans ce mode de calcul,
14:31 c'est qu'on peut comparer les différents produits entre eux.
14:33 Donc, si on n'est pas convaincu, par exemple,
14:35 par le fait que dans l'emprunteau, il y a l'eau de pluie,
14:38 parce qu'on peut se dire, tiens, l'eau de pluie,
14:39 elle serait quand même tombée sur mon champ,
14:40 eh bien, on peut comparer les différents produits entre eux.
14:43 Par exemple, avec la méthode du Water-Food-Pluie Network,
14:47 donc celle dont on vient de parler,
14:49 l'emprunteau d'un kilo de viande de bœuf, c'est 15 000 litres.
14:52 Par exemple, le porc, c'est deux fois moins,
14:55 et le poulet, c'est trois fois moins.
14:56 Donc, on peut, par exemple, comparer les différents types de viande entre eux.
14:59 On va dire qu'un kilo de coton, c'est environ 10 000 litres par kilo.
15:03 Donc, par exemple, un T-shirt, c'est à peu près 2 500 litres,
15:05 et un jean, c'est environ 11 000 litres.
15:07 C'est un peu plus, parce qu'en fait, il y a en plus le procédé
15:09 de processus de teinture, etc.
15:11 Si on sort un peu de tout ce qui est agricole,
15:14 le smartphone, par exemple, c'est environ 12 000 litres d'eau.
15:18 Mais en fait, c'est surtout de l'eau grise.
15:20 C'est parce qu'en fait, l'industrie, justement, numérique et smartphone,
15:24 PC, etc., ça utilise énormément de choses polluantes.
15:28 Ça utilise du mercure, etc.
15:30 Et il faudrait théoriquement des grandes quantités d'eau
15:32 pour diluer ces polluants émis, en fait.
15:34 -Il y a deux empreintes qui m'ont surprise.
15:37 C'est celles concernant le café et le chocolat.
15:39 Vous pouvez nous donner les chiffres et l'explication de ces deux empreintes,
15:42 qui sont quand même assez conséquentes.
15:45 -Oui. Alors en fait, le café, un expresso, c'est 132 litres,
15:48 on estime, environ.
15:49 Donc pourquoi ? C'est parce qu'en fait, le caféier,
15:52 c'est une culture qui demande beaucoup d'eau.
15:55 Tout simplement, c'est pas pour rien que ça pousse dans des pays exotiques.
15:58 C'est parce qu'en fait, ça a besoin d'eau.
16:00 Donc c'est plus de l'eau verte, de l'eau de pluie.
16:03 Mais ça veut pas dire qu'il ne faut pas forcément prendre en compte
16:06 le fait que ce soit de l'eau verte.
16:08 Ça veut juste dire qu'en fait, produire un expresso, c'est 132 litres.
16:11 Donc le jour où on aura des problématiques, parce qu'il pleut moins,
16:15 il pleut plus, etc.,
16:16 il faut se dire que si on veut autant de café,
16:17 il faudra les trouver autre part que de la pluie.
16:19 C'est 132 litres.
16:21 Et le chocolat, malheureusement, c'est assez intense,
16:23 un peu pour les mêmes raisons.
16:25 Un kilo de chocolat, c'est environ 17 000 litres.
16:27 Donc voilà, c'est au-dessus de la viande de bœuf, par exemple,
16:32 où un kilo de viande de bœuf, c'est environ 15 000 litres.
16:34 -D'accord, mais comment on fait quand on est aujourd'hui un consommateur
16:40 qui a envie de s'engager dans la transition ?
16:41 On doit comparer l'empreinte eau, l'empreinte carbone.
16:44 Est-ce qu'il n'y a pas un moment où on se dit
16:47 c'est trop de responsabilité sur nos épaules, en fait ?
16:49 -Oui, alors ce n'est pas forcément facile.
16:52 On aimerait bien avoir une empreinte environnementale un peu magique
16:55 qui nous dit "Tiens, vous faites ça et puis le monde va mieux aller".
16:59 Alors déjà, sur l'empreinte eau, l'eau virtuelle dont on parle,
17:05 ce qu'il faut savoir, c'est que c'est de l'eau délocalisée, entre guillemets.
17:10 C'est-à-dire que, par exemple, notre T-shirt, il est rarement produit en France.
17:13 Beaucoup de notre nourriture est importée aussi.
17:16 Donc, par exemple, quand vous faites des efforts sur l'empreinte eau,
17:18 donc je vais acheter moins de vêtements, je vais acheter plus d'occasion,
17:22 je vais limiter ma consommation de viande ou de chocolat, etc.,
17:26 vous faites des efforts souvent sur de l'eau qui était ailleurs,
17:29 en Inde, en Chine, dans les tropiques, etc.
17:32 Donc, en fait, il ne faut pas prendre l'empreinte eau comme un dogme.
17:36 C'est vraiment une information.
17:39 Alors qu'on doit faire des efforts sur notre empreinte eau,
17:41 donc oui, sur notre consommation un peu quotidienne,
17:44 mais également sur notre eau du robinet.
17:46 Pour donner quelques chiffres,
17:47 l'eau du robinet, c'est environ 150 litres par jour et par personne en France.
17:51 Et l'empreinte eau d'un Français, c'est 4 900 litres par jour et par personne.
17:55 Vraiment beaucoup plus.
17:56 Mais si on ne fait pas attention non plus à notre eau à la maison,
18:02 donc l'eau du robinet,
18:03 ça va être nos nappes qui vont être directement impactées.
18:05 Donc, en fait, l'eau à la maison, c'est vraiment de l'eau locale.
18:08 Donc, il faut aussi faire attention à ça.
18:10 Là où l'empreinte eau, ça va être le cycle de l'eau de manière générale
18:13 et l'eau aussi également dans d'autres pays
18:15 et aussi un peu également, évidemment, avec l'agriculture française.
18:19 Donc, il n'y a pas de score à atteindre
18:21 parce qu'en fait, l'eau est une problématique très locale.
18:23 Vous n'aurez pas les mêmes problèmes d'eau en Inde, en Chine, en Bretagne,
18:29 dans le Var.
18:30 C'est vraiment une problématique très locale,
18:32 c'est-à-dire que les efforts ne doivent pas être mis aux mêmes endroits
18:35 également parce qu'il n'y a pas les mêmes types d'industries,
18:37 il n'y a pas les mêmes types d'agriculture
18:39 selon les différents endroits de France et même du monde.
18:43 Donc, c'est difficile de donner une cible en termes de score,
18:47 de chiffres à atteindre
18:49 parce que l'eau est vraiment une problématique très locale.
18:52 Là où le carbone et le CO2, c'est dans l'atmosphère,
18:54 c'est plutôt une problématique globale.
18:56 Donc, le conseil qu'on peut donner,
18:57 c'est justement à la limite de faire des efforts
19:00 sur ce qu'on voit qui a un maximum d'empreintes eau dans notre consommation
19:03 sur lesquelles on peut limiter, trouver d'autres moyens de consommer, etc.
19:07 Mais également à la maison en trouvant des alternatives à l'utilisation de l'eau.
19:13 À la maison, 40 % de notre eau passe dans les douches
19:16 et 20 % dans les toilettes, par exemple.
19:18 On peut aussi récolter de l'eau de pluie pour la réutiliser dans le jardin,
19:21 la réinfiltrer dans les sols, etc.
19:23 C'est très important.
19:24 Donc, il y a des solutions qui peuvent être entreprises par tout le monde.
19:27 Vous faites bien de le dire, Laurie.
19:29 D'ailleurs, nous avons une interview sur les toilettes sèches
19:32 et sur l'eau au jardin.
19:33 Donc, j'invite les internautes qui suivent ce sommet
19:36 à regarder avec attention ces deux vidéos.
19:37 Donc, on comprend bien que contrairement à l'empreinte carbone
19:40 qui est aux alentours de 10 tonnes aujourd'hui
19:42 et dont on doit atteindre les 2 tonnes,
19:43 sur l'eau, il n'y a pas cette notion d'objectif.
19:47 Vous avez expliqué comment être vigilant,
19:49 mais est-ce qu'il y a d'autres points de vigilance sur lequel...
19:51 Est-ce qu'il y a des étiquettes,
19:52 des choses qui permettent de comprendre
19:54 quand j'achète le chocolat, le café, un gin ?
19:56 Ou alors, est-ce que c'est aux internautes
19:58 d'aller fouiller par eux-mêmes l'empreinte eau ?
20:00 Pour l'instant, l'empreinte eau, il n'y a pas d'informations
20:02 directement sur les produits.
20:04 C'est-à-dire que c'est aux internautes, justement, d'aller voir...
20:07 Alors, il y a des sites pour calculer l'empreinte eau individuelle,
20:10 par exemple.
20:11 On peut calculer son empreinte eau individuelle.
20:13 Si on se rend aussi sur le Water Footprint Network,
20:16 il y a une galerie de produits où on peut aller voir,
20:19 justement, les différents postes,
20:21 les plus consommateurs d'eau, etc., selon les produits.
20:23 Donc, c'est plutôt aux consommateurs de s'informer, pour l'instant.
20:27 Et ce n'est pas intégré encore dans le vocabulaire commercial des produits,
20:32 comme le score nutritionnel ou l'empreinte carbone, etc.
20:36 Il faut savoir que l'empreinte eau, il y a aussi une norme iso-européenne
20:41 qui utilise l'empreinte eau, qui peut être utilisée en industrie,
20:46 en fait, dans les entreprises, pour calculer une sorte de bilan hydrique
20:50 des produits et essayer de faire des efforts sur les process industriels.
20:55 Mais cette définition de l'empreinte eau, qui est aussi très pertinente,
20:57 elle est très peu facilement vulgarisable.
20:59 Et c'est pour ça que pour le grand public,
21:01 on préfère plutôt jouer avec l'autre définition.
21:03 D'accord.
21:05 Pour vous, internaute, on mettra en lien sous la vidéo de Laurie
21:08 les deux liens que vient de donner Laurie pour calculer votre empreinte eau.
21:13 On n'a pas abordé, avant de passer à la fresque de l'eau,
21:17 c'est parfois un paradoxe, mais l'eau, finalement,
21:20 qu'on achète en bouteille a une forte empreinte hydrique.
21:22 Vous pouvez nous expliquer pourquoi
21:24 vous avez le score de l'empreinte hydrique de l'eau, s'il vous plaît, Laurie ?
21:29 Alors, l'empreinte hydrique de l'eau en bouteille,
21:33 telle qu'elle est vulgarisée, on va dire, par le Water Food Price Network,
21:38 c'est plutôt l'empreinte de l'emballage.
21:40 C'est-à-dire que sur une bouteille d'eau d'un litre qu'on achète dans le commerce,
21:45 la bouteille, c'est du plastique.
21:47 Pour produire du plastique, il faut de l'eau.
21:49 Il n'en faut pas forcément énormément pour produire le plastique,
21:53 ça émet des polluants, donc il en faut un peu plus pour dépolluer, pour le coup.
21:56 Et l'empreinte d'eau d'une bouteille en plastique d'un litre, c'est 7 litres,
22:00 par exemple, sans compter l'eau qu'il y a dedans.
22:02 Je parle vraiment de la bouteille en plastique vide,
22:04 et c'est surtout de l'eau grise.
22:05 Donc, en fait, il faut se dire que l'eau qu'on achète dans une bouteille,
22:09 enfin, quand on achète une bouteille d'un litre,
22:11 on a 8 litres d'eau virtuel, enfin, 7 litres d'eau virtuelle et 1 litre d'eau dedans.
22:15 Et ça ne prend même pas en compte forcément tout le processus
22:19 qui est d'industrialisation de l'eau pour la mettre en bouteille.
22:23 C'est-à-dire que ça aussi, pour faire tourner une machine, les laver, etc.,
22:26 il faut de l'eau.
22:27 Donc, c'est certainement un peu plus si on considère tout le produit ensemble
22:31 et pas juste l'emballage en plastique.
22:32 - Alors, vous avez bien tout expliqué,
22:35 mais vous avez aussi conclu la phrase précédente
22:37 en disant que c'était un peu complexe pour le grand public,
22:38 raison pour laquelle vous avez créé la Fresque de l'eau.
22:40 Vous pouvez nous expliquer pour les internautes,
22:43 comment fonctionne la fresque, quels en sont les tenants, les aboutissants ?
22:46 S'il vous plaît, Laurie.
22:47 - Oui, bien sûr.
22:48 Alors, la Fresque de l'eau, c'est un atelier qu'on a créé
22:52 avec Sébastien Legrand, qui est aussi hydrologue,
22:55 il y a un peu plus de deux ans, mêmement.
22:58 On l'a créé au sein de l'association Odyssée.
23:01 Et en fait, c'est un atelier de trois heures.
23:03 Pour ceux qui connaissent la Fresque du climat, ça ressemble un petit peu.
23:05 C'est-à-dire que c'est des cartes qui sont à placer les unes par rapport aux autres
23:10 et à relier entre elles.
23:11 Donc, la Fresque de l'eau, en fait, dure trois heures.
23:14 C'est vraiment pour aller à fond sur c'est quoi le cycle de l'eau,
23:17 quels sont les impacts de l'homme sur ce cycle,
23:20 qu'est-ce qui va se passer avec l'eau dans les années à venir, etc.
23:23 Et cette fresque est sous-divisée en quatre jeux.
23:26 Le premier, c'est reconstruire le cycle de l'eau naturelle.
23:29 Donc, on pose les bases de qu'est-ce que le cycle de l'eau naturelle,
23:32 comment ça fonctionne, pourquoi c'est un cycle, où est répartie l'eau, etc.
23:37 Ensuite, on fait un petit focus sur le cycle anthropique,
23:39 donc le petit cycle de l'eau, qui est où est-ce que je prends de l'eau,
23:43 qu'est-ce que je dois faire ensuite pour qu'elle arrive à la maison,
23:45 qu'est-ce qu'on en fait, comment est-ce qu'on l'utilise,
23:47 est-ce que c'est qu'à la maison, est-ce que c'est ailleurs, etc.
23:50 Où est-ce qu'on la remet derrière ?
23:53 Et une fois qu'on a vu les deux cycles de l'eau, on passe aux impacts.
23:55 Donc, il y a d'abord les impacts humains sur l'eau,
23:59 qui sont, on va dire, hors changement climatique.
24:01 Par exemple, le fait d'urbaniser et de bétonner des sols, par exemple,
24:06 ça va aller augmenter le ruissellement au détriment de l'infiltration de l'eau.
24:10 Par exemple, quand il pleut sur un sol bétonné,
24:13 l'eau ne s'infiltre pas dans le sol et va directement aller ruisseler dans la rivière.
24:16 Donc, ça, c'est un impact direct des activités humaines sur le cycle de l'eau.
24:21 Il y a d'autres types d'impacts, il y a des problèmes de pollution,
24:24 des problèmes de biodiversité, etc.
24:26 Donc, on joue un petit peu avec ça sur qu'est-ce que nous, on fait en tant que humain,
24:30 entre guillemets, qui va aller impacter le cycle de l'eau.
24:32 Et le dernier jeu, c'est un peu plus sur le changement climatique.
24:35 Ça va être concrètement en France, en 2050,
24:38 on sait qu'on va avoir une température moyenne plus importante qu'il y a quelques années.
24:43 Concrètement, d'après vous, qu'est-ce que ça va changer sur le cycle de l'eau en France ?
24:47 Est-ce qu'il va y avoir plus de pluie, moins de pluie ?
24:50 Comment vont être nos nappes ? Comment vont être nos cours d'eau ?
24:52 Donc, on joue là-dessus et on essaie vraiment de donner l'information aux participants
24:57 pour qu'ils repartent un peu avec une vision de globale,
24:59 comment ça fonctionne l'eau et quels sont les problèmes aujourd'hui.
25:02 Et à la fin, on a évidemment un débat.
25:04 On a un petit peu parlé des mesures qu'on appelle des mesures individuelles ensemble
25:08 tout à l'heure, qui sont qu'est-ce que je peux faire moi de mon côté ?
25:11 Mais évidemment, l'eau, ce n'est pas du tout une question purement individuelle.
25:14 Il y a aussi toute la gestion collective.
25:18 Donc, il y a des choses à mettre en place au niveau de la gouvernance,
25:20 au niveau des pratiques agricoles, des procédés industriels,
25:23 de la gestion de l'eau, etc.
25:25 Donc, en fait, on a un débat sur cette thématique,
25:28 sur, d'après vous, quelles sont les solutions pour essayer de limiter
25:31 les différents impacts qu'on a vus ensemble dans la fresque ?
25:33 Alors, en toute sincérité, j'ai suivi une fresque.
25:36 Moi, j'ai trouvé ça hyper pédagogique.
25:38 Pour les gens qui seraient intéressés pour la faire,
25:41 cette fresque, en tout cas, à suivre,
25:43 quelles sont les modalités ?
25:44 Est-ce que c'est disponible partout en France ?
25:46 Est-ce qu'on peut le faire entre amis, en entreprise ?
25:48 Enfin, comment participer à cette fresque ?
25:49 Oui, oui, tout à fait.
25:51 Alors, l'association Odyssée est une association uniquement bénévole,
25:54 qui est gérée par des bénévoles.
25:55 Du coup, l'association propose des sessions grand public.
25:58 Donc, en fait, sur notre site, vous avez l'agenda
26:00 et vous avez toute la liste des sessions grand public
26:02 pour participer à une fresque de l'eau en tant que citoyen.
26:04 Il y en a en ligne, il y en a beaucoup en ligne.
26:07 Il y en a aussi dans différentes villes, là,
26:09 où on a des animateurs qui proposent des fresques de l'eau.
26:11 Et vous pouvez être alerté aussi des nouvelles dates qui vont arriver
26:15 si jamais aucune date ne vous convient.
26:16 Mais on peut aussi...
26:18 Alors, quand vous avez fait une fresque et qu'elle vous plaît,
26:21 vous pouvez vous former à l'animation.
26:22 On propose des formations régulières
26:24 pour qu'ensuite, vous puissiez devenir animateur
26:26 et aller l'animer soit pour l'association,
26:28 soit dans votre entreprise, auprès de vos amis,
26:30 dans votre association, etc.
26:32 Et on a un réseau d'animateurs professionnels
26:36 qui, eux, dispensent la fresque en entreprise
26:38 ou auprès des collectivités, etc.
26:42 L'association peut intervenir ponctuellement aussi
26:45 dans les collectivités et les écoles selon la disponibilité.
26:48 Donc, on essaie vraiment de la diffuser au maximum
26:50 et de faire en sorte aussi que les gens se forment,
26:52 parce qu'il n'est aussi que comme ça que ça pourra vraiment se diffuser largement,
26:55 c'est que les gens se forment et puissent, à leur tour,
26:58 aller animer l'atelier et on les accompagne vraiment dans ce processus.
27:02 D'accord. Ça veut dire que si aujourd'hui,
27:04 il y a des élus ou des fonctionnaires en charge de l'eau qui nous regardent,
27:08 ils peuvent vous contacter pour former leurs agents à la fresque de l'eau,
27:12 en tout cas, se faire suivre une fresque de l'eau ?
27:14 Oui, on en a plusieurs déjà.
27:15 On a plusieurs personnes de syndicats de bassins, par exemple,
27:17 qui ont suivi une fresque de l'eau et qui se sont formés
27:19 et qui l'animent auprès d'élus.
27:21 Donc, il y a le processus où une personne motivée au sein de la structure
27:26 décide de suivre le parcours qu'on appelle grand public,
27:28 qui est de participer à une fresque citoyenne,
27:30 de se former dans son coin et ensuite d'aller la proposer justement
27:34 dans son entreprise ou son syndicat, etc.
27:38 Ou également, soit l'association,
27:41 soit des animateurs professionnels peuvent proposer des prestations
27:46 de fresques de l'eau pour ceux qui préfèrent faire une fresque de l'eau
27:48 vraiment avec les sept collègues, par exemple, sur une session privée
27:53 et même être formés par la suite par un animateur professionnel.
27:57 Vous pensez que ces fresques de l'eau et toutes les autres qui existent
28:01 permettent d'essayer plus vite ces notions d'urgence climatique
28:07 au sens large ?
28:08 On espère.
28:11 Après, c'est un format parmi d'autres,
28:13 c'est-à-dire que le format fresque peut intéresser justement
28:16 les personnes qui ont envie d'aller au bout de ces notions,
28:19 de vraiment comprendre ce qui se passe derrière, etc.
28:21 Ce n'est pas non plus le format qui peut plaire à tout le monde.
28:23 Il y a des gens qui n'ont pas le temps de consacrer trois heures à ça.
28:26 Il y a des personnes qui n'ont pas envie forcément d'aller au fond
28:29 de toutes ces notions techniques, etc.
28:31 Et dans ce cadre-là, nous, on essaye de développer d'autres ateliers.
28:35 On a un autre petit atelier qui s'appelle Origines,
28:37 qui est de donner quelques notions justement sur l'empreinte eau
28:41 et sur les ressources en eau, comment elles sont réparties
28:42 à l'échelle de la Terre, etc.
28:43 Donc ça, par exemple, c'est un atelier qu'on utilise beaucoup
28:46 en stand lors d'événements.
28:47 Donc on est présent à différents événements,
28:48 mais on a vocation aussi à essayer de développer d'autres types d'ateliers
28:52 qui peuvent parler à d'autres personnes, que ce soit des jeux,
28:54 des expositions.
28:55 Il faut dire que la presse de l'eau nous prend beaucoup de temps,
28:58 mais la vocation est un peu plus large parce que je pense qu'il n'y a pas
29:00 qu'un seul format de sensibilisation qui est bon pour tout le monde.
29:03 Vous venez de le dire et puis vous le répétez depuis le début,
29:07 la question de l'eau est une question locale.
29:10 Est-ce que vous pouvez nous indiquer quelles sont les grandes ressources
29:12 au niveau de l'échelle mondiale, justement, sur les pays qui sont
29:16 plus riches ou moins riches en eau et qui risquent d'avoir plus de problèmes
29:20 ou moins de problèmes ?
29:21 Eh bien, par exemple, le Canada est très riche en eau.
29:25 Par exemple, c'est un des pays qui a le plus d'eau.
29:29 En fait, l'hémisphère vraiment nord, là où il y a des glaciers,
29:32 typiquement, il y a pour l'instant pas mal d'eau
29:35 tant qu'il y a des glaciers.
29:38 Ensuite, en France, honnêtement, on a un pays avec un réseau...
29:41 Enfin, on a beaucoup de rivières, on a à la fois des montagnes,
29:45 des glaciers, on a des nappes.
29:46 Donc honnêtement, la France n'est pas mal desservie en eau.
29:50 Par contre, les problèmes vont potentiellement se faire sentir,
29:54 notamment sur l'Asie centrale, l'Inde, le Moyen-Orient,
29:58 qui sont des zones déjà qui ont vocation à devenir encore plus désertiques
30:01 qu'elles ne le sont déjà, avec des fortes problématiques en eau.
30:04 L'Afrique du Nord aussi, également.
30:07 Le Mexique, toute la bande, un petit peu à cette latitude,
30:10 peut avoir des vrais problèmes en eau.
30:12 Mais après, il ne suffit pas d'avoir de l'eau.
30:14 Par exemple, si on a beaucoup d'eau, mais qu'il y a beaucoup de monde
30:17 et qu'il y a beaucoup d'utilisation de l'eau,
30:19 il va y en avoir moins, en fait.
30:21 Donc, en fait, c'est toujours un rapport de ressources disponibles
30:24 versus utilisation de cette ressource.
30:26 Parce qu'on le voit en France, en fait, on n'est vraiment pas un pays
30:29 qui est critique en termes de ressources en eau.
30:31 Mais aujourd'hui, on a des problématiques
30:33 parce que ces ressources sont vraiment sur sollicitées tout le temps.
30:37 Et on est beaucoup, en fait, on est beaucoup plus que, par exemple,
30:41 il y a 50 ou 70 ans.
30:43 Il y a quand même un certain million de personnes en plus,
30:45 plusieurs millions de personnes en plus,
30:47 plus des usages qui se développent.
30:48 Donc, là où à une époque, les ressources en eau étaient suffisantes,
30:51 elles le sont un peu moins maintenant.
30:52 D'accord.
30:54 Ça veut dire que si je comprends bien, les régions françaises vont être
30:57 diversement en difficulté ou armées pour faire face
31:02 aux potentielles sécheresses ou canicules ?
31:04 Ah oui, complètement.
31:05 Alors, sur les projections qui sont faites sur la France,
31:09 en termes de quantité d'eau, on sait que le pourtour méditerranéen,
31:13 en gros, il risque d'y avoir moins d'eau.
31:14 Ça, c'est le pourtour méditerranéen, vraiment en difficulté vis-à-vis de l'eau.
31:19 Et on le voit déjà actuellement, en termes de ressources en eau.
31:23 Sur le reste de la France, ce n'est pas tant qu'il va pleuvoir moins,
31:26 c'est plutôt que ça va se répartir différemment.
31:29 Et on le voit aussi ces dernières années,
31:31 qu'en fait, il y a beaucoup d'eau qui tombe d'un coup quand il pleut.
31:33 Et puis ensuite, pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois,
31:35 il n'y a plus d'eau.
31:36 Et ça, c'est ce qu'on voit un peu dans le jeu du cycle de l'eau.
31:41 Ça pose problème.
31:42 Pourquoi ?
31:43 Parce qu'aujourd'hui, on utilise beaucoup nos nappes pour l'eau potable.
31:46 Donc, deux tiers de l'eau potable vient des nappes.
31:47 Et les nappes, ça se recharge quand ?
31:48 Ça se recharge l'hiver, quand la végétation est en dormance
31:51 et que nos sols sont de bonne qualité et infiltrent de l'eau.
31:54 Donc, aujourd'hui, s'il ne pleut pas l'hiver, nos nappes ne se rechargeront pas.
31:57 Donc, si la pluie tombe le printemps au lieu de l'hiver,
31:59 déjà, on va avoir un problème de recharge de nappes.
32:02 Également, quand il pleut tout d'un coup et qu'il ne pleut plus pendant plusieurs mois,
32:06 il faut un peu se visualiser l'éponge.
32:07 Par exemple, quand vous avez une éponge qui est très, très sèche
32:10 et que vous mettez de grandes quantités d'eau dessus,
32:12 l'éponge ne va rien absorber.
32:15 Elle va mettre beaucoup de temps à se regorger d'eau.
32:18 Donc, imaginez que l'éponge, c'est un sol.
32:19 Là où, en fait, si vous avez une petite pluie qui tombe pendant des semaines
32:23 et des semaines sur mon éponge qui est déjà un peu humide,
32:26 elle se gorge encore plus d'eau petit à petit.
32:28 Ça, c'est nos sols.
32:29 Donc, en fait, aujourd'hui, les sols,
32:31 quand il y a des grosses quantités d'eau qui tombent dessus,
32:33 ils ne sont pas en capacité de tout absorber.
32:36 Alors que quand on a des averses sur plusieurs semaines,
32:39 là, ça peut absorber et recharger les nappes.
32:41 Pourquoi c'est important que les sols absorbent ?
32:43 D'une part, pour recharger les nappes et d'autre part,
32:46 parce que le sol est aussi un réservoir d'eau.
32:48 Et donc, toute l'eau qu'il est capable de conserver et de retenir,
32:52 c'est l'eau qu'il y aura besoin en moins pour arroser justement les champs, etc.
32:56 Donc, oui, on va avoir des problématiques en eau,
32:59 mais pas parce qu'il ne va plus y avoir de pluie,
33:01 mais plutôt parce que la pluie va se répartir différemment
33:04 et que du coup, il va falloir s'adapter justement avec notre utilisation de l'eau,
33:08 qui aujourd'hui est toute l'année la même.
33:10 Aujourd'hui, il ne faut pas se dire,
33:12 "Bah tiens, je vais utiliser moins d'eau l'été parce que, voilà,
33:15 globalement, il y a moins d'eau dans les nappes."
33:16 Il faut aussi faire attention à l'eau l'hiver
33:19 parce que l'eau qu'on ne prend pas dans les nappes l'hiver,
33:21 c'est l'eau qu'on aura en plus en été.
33:23 Les nappes, ça ne se dit pas par magie.
33:25 Donc, voilà, faire attention à l'eau toute l'année, c'est important,
33:28 et pas seulement quand il commence à faire chaud
33:31 et quand on commence à avoir quelques semaines sans pluie.
33:34 D'accord.
33:36 Certains de vos confrères hydrologues commencent à avoir des hypothèses
33:41 que le dérèglement du grand cycle de l'eau
33:43 a des impacts sur le dérèglement climatique.
33:46 Quel est votre regard là-dessus, Laurie ?
33:50 Alors, le dérèglement du grand cycle de l'eau
33:52 a des impacts sur le dérèglement climatique.
33:54 Alors, je ne sais pas si vous parlez de ça,
33:56 mais vous me dites, si je me trompe,
33:58 c'est le fait qu'il y ait plus d'évaporation, par exemple.
34:02 Oui, tout à fait.
34:04 Oui. Donc, le fait qu'il y ait plus d'évaporation,
34:06 en fait, la vapeur d'eau, c'est un gaz à effet de serre.
34:07 Ça veut dire quoi que c'est un gaz à effet de serre ?
34:09 Ça veut dire qu'en fait, l'H2O, donc la vapeur de l'eau,
34:13 le CO2, le méthane, etc.,
34:16 ce sont des gaz dans l'atmosphère
34:18 qui vont exacerber potentiellement la température.
34:22 En fait, il faut savoir que l'atmosphère,
34:25 quand il va faire plus chaud,
34:26 ce qui va, du coup, potentiellement arriver dans les décennies à venir,
34:29 elle va être capable de retenir plus d'eau.
34:31 Donc, il y a une sorte de rétroaction qui fait qu'il fait plus chaud,
34:34 donc l'atmosphère va être capable de retenir plus d'eau,
34:37 donc il va y avoir plus de vapeur d'eau dans l'atmosphère
34:39 et ça risque d'exacerber cet effet de serre et donc ces températures.
34:44 Mais il faut savoir que l'atmosphère,
34:47 elle peut contenir une quantité d'eau limitée.
34:49 C'est-à-dire que si, par exemple, demain,
34:50 on diminue nos émissions de CO2, de méthane, etc.,
34:54 d'autres gaz à effet de serre,
34:55 et que du coup, la température diminue,
34:57 eh bien, la capacité de l'atmosphère à contenir de l'eau va diminuer
35:01 et donc il y aura moins de vapeur d'eau
35:03 et donc cette rétroaction va, du coup, diminuer également.
35:07 Donc, en fait, la vapeur d'eau en tant que gaz à effet de serre,
35:09 on considère qu'elle n'a pas forcément...
35:12 On n'en réfléchit pas comme de l'équivalent CO2.
35:15 C'est juste que tant qu'on augmente, justement,
35:18 la quantité de gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
35:21 cette vapeur d'eau peut jouer un rôle de boucle positive
35:25 en termes de température.
35:27 Et dès qu'on diminuera ces quantités,
35:28 eh bien, cette vapeur d'eau, il y en aura donc moins dans l'atmosphère
35:31 et ça va diminuer son rôle.
35:33 -C'est encore un mauvais jeu de mots, c'est-à-dire que ça ferait un effet loop,
35:36 ces vapeurs d'eau dans l'atmosphère, c'est ça ?
35:38 -Oui, c'est ça, un peu comme tous les autres gaz à effet de serre.
35:41 Mais le travail n'est pas sur mettre moins d'eau dans l'atmosphère,
35:44 ça va vraiment diminuer les autres quantités de gaz à effet de serre.
35:48 Puisque eux, par contre, il n'y a pas de seuil limite
35:51 à leur quantité dans l'atmosphère.
35:53 -Donc on comprend bien qu'on doit avoir une vision globale
35:55 pour avoir des effets positifs sur le dérèglement climatique, en fait.
36:01 -Oui, oui, tout à fait. Tout est lié, en fait.
36:03 Tout est lié.
36:05 Et l'eau, pour le coup, c'est une thématique...
36:10 Enfin, on parle beaucoup du carbone, mais il n'y a pas que l'eau.
36:12 Là, on parle de l'eau,
36:14 il y a aussi plein d'autres thématiques qui sont importantes.
36:16 Et il ne faut pas forcément penser uniquement à un effet
36:20 au détriment des autres, en fait.
36:22 -D'accord.
36:23 Nous arrivons à la fin de notre entretien.
36:24 Laurie, est-ce que vous avez quelque chose à ajouter
36:26 sur le cycle de l'eau ou la fraise qui m'aurait échappée
36:31 pendant cet entretien ?
36:33 -Non, je pense que j'ai déjà donné pas mal d'informations.
36:38 Sur le blog d'Odyssée, on essaie aussi de vulgariser
36:41 des articles scientifiques.
36:44 Donc, s'il y en a qui s'intéressent,
36:45 on a justement écrit un article sur l'empreinte eau
36:48 et sur l'eau en tant que gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
36:51 où on explique un petit peu ça.
36:53 On a vocation à mettre d'autres articles aussi.
36:55 Donc, voilà, on essaie de diffuser un maximum
36:58 sur différents supports pour toucher un peu tout le monde.
37:02 -Merci.
37:03 Merci, Laurie Caillouet, d'avoir participé à ce sommet
37:07 pour l'intelligence de vos réponses.
37:09 Chers internautes, je vous souhaite une belle fin de journée,
37:11 un bon sommet et de bonnes vacances.
37:15 Au revoir. -Au revoir.
37:16 Merci.
37:17 Merci.
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