00:00 Bonjour Grégoire Guiraudin, bienvenue. Merci de me recevoir.
00:09 Vous êtes donc le co-fondateur de Rivers, créé il y a deux ans avec Ludovic Chatou et Clément Georget.
00:14 Votre objectif, je le disais en titre, c'est la décarbonation industrielle. Avec quels outils ? Expliquez-nous.
00:19 Donc concrètement, Rivers, c'est un standard d'émission de crédit carbone pour les green tech en Europe.
00:24 Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? On permet à des PME industriels qui développent des solutions de décarbonation
00:30 de mesurer, vérifier et monétiser leur impact pour se déployer.
00:34 Et ce financement est permis par, de l'autre côté, des entreprises françaises, généralement européennes,
00:40 qui ont avancé dans leur stratégie de décarbonation et sur leurs émissions résiduelles, soit acheté des crédits carbone.
00:45 Et elles donc, avec ces crédits carbone, vont financer des projets proches de leur chaîne de valeur
00:50 et généralement des projets d'économie circulaire.
00:52 C'est quoi ? C'est un logiciel, en fait ? Comment ça fonctionne ? Et puis peut-être, quels avantages par rapport à ce qui existe ou existait auparavant ?
01:01 Donc il y a deux aspects dans ce qu'on propose. Un, il y a une plateforme de mesure, de reporting,
01:06 puisqu'il faut collecter des sources pour avoir accès au marché du crédit carbone, et de vérification des données.
01:11 Donc ça, c'est une plateforme, un logiciel qu'on a développé. Et de l'autre, on a développé ce qu'on appelle un protocole,
01:16 ce qui est spécifique au marché du crédit carbone. Le marché du crédit carbone volontaire,
01:19 c'est guidé par des normes internationales, et donc on a expliqué les critères,
01:24 et donc on permet à ces projets d'appliquer les méthodologies.
01:26 Quels sont les avantages, et en quoi on a été innovants là-dessus ?
01:30 Le marché du crédit carbone, initialement, il vient du protocole de Kyoto.
01:33 C'est quelque chose d'assez vieux, et en fait, il a été réformé lors des accords de Paris en 2015.
01:37 Nous, on a deux spécialités. La première, c'est qu'on est spécialisé sur des projets européens,
01:41 ce qui n'était pas le cas avant, car essentiellement, c'était pour financer des projets en Afrique, en Amérique latine et en Asie.
01:47 Désormais, c'est ouvert au marché européen. Et deuxièmement, c'est qu'on est focalisé sur l'économie circulaire.
01:52 Aujourd'hui, c'était plutôt des projets forestiers ou d'agroécologie ou d'énergie renouvelable.
01:56 Et donc nous, on permet à des projets de recyclage, de reconditionnement, de matériaux biosourcés, d'accéder à ce financement.
02:01 Et troisièmement, c'est que je pense qu'on a une approche assez innovante et digitalisée.
02:06 On cherche à automatiser certains process chronophages pour faciliter l'accès au marché du crédit carbone.
02:11 Est-ce que c'est encore un marché un peu opaque, le marché des crédits carbone ?
02:15 C'est un marché très opaque et qui, en fait, est assez naissant.
02:18 D'une certaine manière, il a eu deux phases. Il y a eu une première phase avec le protocole de Kyoto.
02:22 Donc ça, c'était un marché qui était sous l'égide de l'ONU, qui faisait très bien les choses, mais c'était extrêmement bureaucratique.
02:27 En fait, depuis 2015, ce protocole de Kyoto a, d'une certaine manière, tourné la page.
02:31 Il est sur les accords de Paris. Et de fait, en fait, les entreprises qui peuvent acheter des crédits carbone,
02:36 elles doivent d'abord faire leur bilan carbone, leur trajectoire et leur réduction. Et après, elles achètent des crédits carbone.
02:40 Donc c'est un marché naissant et qui nécessite grandement d'être... La transparence doit être apportée pour en faciliter l'apportation.
02:47 Là, il y a une marge de progrès. On a bien compris.
02:50 Ma première réaction, il y a plusieurs années, quand j'entendais crédit carbone, c'était « permis de polluer ».
02:55 Est-ce que c'est encore quelque chose, un argument qu'on vous oppose ?
03:00 C'est une excellente question. Je pense que je réponds à cette question à peu près tous les deux jours.
03:04 Déjà, il faut différencier. Il y a deux marchés. Il y a les quotas carbone de l'Union européenne.
03:08 Ce sont une sorte de droit à polluer puisqu'on donne des quotas d'émission à des gros pollueurs.
03:13 Même si c'est une formulation un peu maladroite, car ça reste un système extrêmement efficace, ce n'est pas celui sur lequel on est.
03:18 Nous, on est sur le crédit carbone volontaire. Donc, ce n'est pas du tout un droit à polluer,
03:22 puisque c'est plutôt un moyen de financer les projets de reconditionnement.
03:26 Et les entreprises qui achètent ces crédits, ce n'est pas parce qu'elles achètent des crédits qu'elles doivent moins réduire.
03:31 C'est en complément de ce qu'elles font. Donc, il y a une confusion, mais ce n'est pas vraiment le cas.
03:35 Justement, on parle de financement de PME industriel. À quel point ça leur permet de grandir ?
03:44 C'est vital. Sur tous les projets d'économie circulaire, on en parle beaucoup, mais c'est assez compliqué à mettre en place
03:50 parce que c'est beaucoup plus coûteux aujourd'hui que les modèles d'économie linéaire.
03:53 Il faut aller collecter les données, les trier, les réparer. C'est d'une certaine manière plus compliqué.
03:58 Pour un projet, aujourd'hui, on voit qu'en moyenne, ça va être entre 30 et 50 % du projet qu'on va pouvoir financer
04:05 grâce à l'apport des crédits carbone volontaires. Donc, c'est absolument vital en développement.
04:09 Dans quel secteur ? Vous nous avez parlé de l'économie circulaire, mais c'est vaste.
04:12 C'est très vaste. Le champ des possibles est énorme, mais on doit s'attaquer par vertical,
04:16 car il y a tout un travail de recherche qu'on doit faire auparavant.
04:19 On a deux gros focus. Le premier, c'est tout ce qui est reconditionnement et recyclage.
04:22 On a ouvert des modèles sur le reconditionnement d'appareils électroniques, de batteries et de matériaux de construction.
04:28 L'autre partie, c'est sur les ressources biosourcées. On va remplacer des ressources fossiles par des ressources naturelles,
04:34 biosourcées d'une certaine manière. On va financer des projets de biogaz développés par des agriculteurs
04:39 et des projets de matériaux biosourcés, notamment dans la construction.
04:42 Vous en êtes où aujourd'hui ? Il y a combien de clients ou de projets certifiés ?
04:46 C'est en projet certifié que vous calculez, j'imagine ?
04:49 Exactement. C'est en projet certifié, en nombre de crédits. Aujourd'hui, on a certifié une dizaine de projets.
04:54 On en est à 20 000 crédits certifiés cette année. Le but, on est en forte expansion d'une certaine manière,
05:00 notamment parce que la demande est forte. Le but cette année, c'est de certifier 40 projets et d'avoir 200 000 crédits certifiés.
05:05 200 000 crédits, ça veut dire 200 000 tonnes qui vont être évitées ou capturées.
05:10 Ces green tech, ces jeunes entreprises, à quel point elles sont en manque de financement ?
05:15 C'est vrai que la manne, c'est un peu tari, mais on a vu des levées de fonds.
05:19 On parlera de la vôtre dans un instant, qui était quand même impressionnante ces cinq dernières années.
05:25 Est-ce qu'elles sont vraiment en manque de financement ? Expliquez-nous ça.
05:29 Un petit point de pression, c'est qu'il y a des jeunes entreprises, mais c'est aussi des entreprises établies
05:33 depuis un certain nombre d'années, mais qui ont besoin de grossir et de se déployer.
05:36 Oui, de passer à l'échelle.
05:37 Exactement. En fait, certes, il y a beaucoup de financements qui sont apportés,
05:40 mais le manque de financement en France, selon l'ADEME, pour réussir à atteindre la trajectoire des accords de Paris,
05:47 c'est 20 à 40 milliards. Donc même quand on fait un fonds France Relance à 20 milliards, 40 milliards sur six ans,
05:53 ça reste ultra minoritaire par rapport aux besoins de financement.
05:56 Donc certes, elles ont des financements et elles ont un accès plus facile à avant,
05:59 parce qu'on est moins sur une logique de rentabilité à 100%, même si c'est entreprésentable,
06:05 mais l'écart entre ce qui est disponible et ce dont elles ont besoin est encore accompli.
06:10 Justement, la rentabilité, c'est un critère qui rentre en ligne de compte, vous,
06:14 dans le choix des entreprises que vous accompagnez ?
06:17 Toujours. Alors évidemment, on ne va soutenir que des projets qui vont être rentables à terme,
06:20 car sinon, ça n'a pas de but. Toutefois, il y a un point très important dans le crédit carbone,
06:24 c'est que l'argent qui est apporté doit permettre au projet de se déployer.
06:28 Donc c'est un principe d'additionnalité qui est assez niche, mais qui permet de s'assurer
06:32 que le financement qui est apporté, ce n'est pas une récompense d'une action positive,
06:35 c'est une aide à l'investissement. Donc tous les projets financés ont besoin de cet argent,
06:39 et l'argent alloué va permettre d'augmenter leur impact.
06:42 Alors, vous avez annoncé une levée d'un million cinq cent mille euros.
06:46 Quelle stratégie est associée à cette levée ?
06:49 Il y a trois axes pourquoi on a décidé de faire cette levée de fonds.
06:52 Le premier, c'est que malheureusement, on va certifier 40 projets de Green Tech cette année,
06:57 mais on en refuse près de 5 à 10 par semaine, car on répond à un vrai besoin,
07:02 puisqu'on n'a pas encore développé les modèles.
07:04 Donc le premier, c'est de permettre d'ouvrir des nouvelles verticales
07:06 pour permettre à d'autres types de Green Tech d'accéder au marché du crédit carbone pour se financer.
07:10 Par exemple ?
07:12 On a beaucoup de projets, par exemple, dans l'efficacité énergétique, dans le bâtiment.
07:16 Ça peut être également des projets sur la mobilité électrique.
07:19 Tous ces genres de projets, aujourd'hui, on ne les traite pas, parce qu'on ne sait pas encore le faire.
07:23 Donc le but, c'est de pouvoir progresser là-dessus.
07:26 Ça, c'est le premier point.
07:27 Le deuxième point, c'est qu'il faut encore qu'on digitalise des process qui sont chronophages
07:30 et qui nous font perdre du temps.
07:31 On n'a pas certifié assez de projets encore à date, parce qu'il y a encore trop d'étapes manuelles.
07:35 Et le troisième point, c'est que ce qu'on fait en France,
07:38 et qu'on a commencé à faire en Suisse au Benelux, on doit pouvoir le faire dans d'autres pays d'Europe.
07:41 Et donc le but, c'est aussi qu'on puisse commencer à adresser les mêmes types de projets
07:45 en Allemagne et au Royaume-Uni dans un premier temps.
07:47 Ça veut dire que vous êtes en phase de recrutement, là ?
07:49 En général, c'est ce qui suit le même fond.
07:51 Exactement. On est en phase de recrutement sur trois types de postes.
07:54 Le premier, c'est des experts climat, donc des docteurs en analyse de cycle de vie comparative.
07:59 Désolé pour le barbarisme, mais c'est ceux qui vont faire la mesure carbone
08:01 et qui vont permettre d'avoir une mesure carbone précise, et donc d'ouvrir ces nouvelles verticales.
08:06 Le deuxième point, c'est des développeurs de logiciels pour automatiser une partie.
08:10 Et le troisième point, c'est plus sur la partie business développement,
08:14 d'aller recruter des commerciaux qui vont aider à la fois à aller trouver les meilleurs projets
08:19 et nouer des partenariats sur la vente des crédits.
08:22 Deux dernières questions. Est-ce que c'est une forme de label ?
08:25 Oui, c'est une forme de label.
08:27 Même si on se revendique comme un standard, même si on est standard que quand on est reconnu par ses pairs.
08:31 Effectivement, notre but, c'est de créer une marque de référence
08:35 sur la valorisation de l'impact de l'économie circulaire en Europe,
08:38 à la fois sur le crédit carbone, mais de permettre aussi à ces projets
08:41 de valoriser leur impact de plein d'autres manières, notamment par exemple sur la taxonomie européenne,
08:45 qui est un point très important, ou sur toutes les normes régulatoires qui vont arriver.
08:48 Et pourquoi les PME ? Ça veut dire que les grands groupes n'ont pas besoin de vous
08:51 parce qu'ils ont des équipes pour faire le travail ?
08:55 Généralement, les grands groupes... Alors, il peut y avoir également des grands groupes,
08:58 mais ils doivent respecter un certain nombre de critères, notamment celui de l'additionnalité,
09:01 pourquoi ils ont besoin du financement. Mais par exemple, on pourrait penser
09:04 qu'une grosse usine de recyclage dans une ville qui aurait besoin de financement supplémentaire
09:08 puisse être portée par un grand groupe et financée par les crédits carbone.
09:10 Il se trouve qu'aujourd'hui, on travaille plutôt avec des PME parce qu'elles sont plus agiles et efficaces
09:14 et donc on arrive mieux à interagir avec elles pour le moment, mais on ne se ferme pas de porte.
09:18 Merci beaucoup Grégoire Guiraudin et bon vent à Rivers.
09:21 On passe à notre débat, on va parler, restez là, de lutte contre la pollution marine.
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