00:01Bonjour, bonsoir, bienvenue dans Côté Seine, que nous allons consacrer à Philippe Favier, l'artiste né à Saint-Etienne, décédé
00:08le 7 mars 2026 dernier dans un accident de voiture.
00:12Nous allons le réentendre à l'occasion de cette exposition de sa ville natale après 30 ans d'absence.
00:18C'était en juin 2023, une exposition loin d'une image rétrospective, loin des 4000 pièces, tableaux, gravures qu'il
00:26a créées.
00:27Ce retour dans sa ville natale n'est pas un all-over sur sa carrière, comme c'était le cas
00:31à Valence.
00:32Au contraire, il s'agit de nouvelles séries sous le titre Swash Zone, cette zone de sable léchée par les
00:39vagues.
00:39Et ici, il nous donne à entendre ce ressac nouveau, déroutant.
00:43On partagera aussi avec une petite équipée de journalistes d'ici le clapotis du souvenir.
00:49Voilà, on retrouve Philippe Favier, son tablier d'atelier, encore noué autour de la taille.
00:55Oui, oui. C'est pour faire un concours de tablier avec les gens du restaurant.
01:01Non, c'est parce qu'on est en plein fignolage et rafistolage.
01:05Alors vous revenez après un temps infiniment long, 30 ans ?
01:09Oui, ça doit faire plus d'une trentaine d'années puisque c'était en 1996 au musée.
01:15Et c'est le musée d'art moderne de Saint-Etienne où tout a démarré pour vous, avec Bernard Sesson.
01:20Vous n'étiez pas à la galerie à ce moment-là ?
01:22Au sein de la galerie Sesson, non. Je suis en fait au sein de la galerie Sesson depuis l'exposition
01:26du Luxembourg il y a deux ans.
01:29Mais je pense qu'en tout cas dans mon cœur, les Sessons sont là depuis pratiquement, pas depuis pratiquement,
01:35depuis 1980, date de la première exposition que Bernard Sesson m'a proposée.
01:39Alors que j'étais encore étudiant au Beaux-Arts, c'est un rêve quand on y songe,
01:43il m'a proposé une exposition personnelle au musée en 1981.
01:46Donc depuis 1981, je pense qu'il y a des choses qui se sont liées entre nous,
01:50qui font que nous sommes encore ensemble depuis toutes ces années.
01:54Dans votre parcours, il y a aussi ce premier départ d'ici, une résidence à la Villa Médicis que vous
02:00avez écourtée.
02:01Je n'y suis pas resté parce que j'avais peur de perdre l'inspiration,
02:04pensant qu'elle venait du sol un peu granitique et charbonneux de Saint-Etienne.
02:09Sans parler de cette chose un peu anecdotique, mais qui est une blague,
02:13je pensais vraiment à une petite superstition, que c'était à Saint-Etienne que je créerais le mieux.
02:17Et ayant passé à peu près 17 mois à Lyon dans le musée du MAM, donc le musée d'art
02:24contemporain,
02:24je me suis aperçu que j'arrivais quand même à créer un petit peu, voire même beaucoup,
02:28et même de façon plus sereine d'une certaine manière.
02:31Et après ça, chose que je ne faisais plus jamais depuis la Villa Médicis,
02:35j'ai commencé à accepter des résidences, et j'ai accepté une résidence dans le sud de la France,
02:39au château de Villeneuve, et là aussi, ce n'était plus le sol qui me manquait de Saint-Etienne,
02:46c'était le beau temps qui allait me manquer de cette région.
02:49Donc quand les gens de Vence disaient qu'on n'a pas vu passer l'hiver,
02:54moi je n'avais pas vu partir l'été, donc je me suis dit que c'est peut-être une
02:58région qui sera accueillante en hiver.
03:00Et donc je suis parti m'installer en hiver, en tout cas, dans le sud.
03:04Je n'ai plus jamais revenu à Saint-Etienne, et après je me suis arrêté à mi-chemin.
03:08Alors Saint-Etienne, vous êtes revenu avec cette nouvelle exposition autour de ces chemins de croix, notamment.
03:14Ça faisait des années que j'avais ces chemins de croix, et je n'avais pas trop quoi en faire,
03:18j'avais fait plusieurs expériences qui n'étaient pas abouties,
03:20et puis soudainement, un jour, j'ai eu l'idée de reprendre la peinture sur verre,
03:25que je n'avais pas utilisée depuis pas mal d'années,
03:27et j'ai commencé avec quelques petites gouttes de rouge, comme ça, comme des gouttes un peu de sang, malheureusement.
03:31Et c'est un peu inexplicable à dire, mais c'est comme ça.
03:35Et ces quatre petites gouttes, parce que les tout premières,
03:39elles n'étaient pas là, ces quatre, cinq petites gouttes ont enclenché toute cette série.
03:43Et ça, réellement, quand on commence ça, on ne sait pas que ça va aboutir à ça, en fait.
03:48Et ça, c'est très plaisant, en tout cas, rétrospectivement, de voir le cheminement de tout ça.
03:55Et là, je me suis dit que je pouvais commencer à refaire mes armes à Saint-Etienne.
03:58En fait, c'est des stations, c'est trois stations du chemin de croix.
04:02Et c'est par ce travail-là que cette série a démarré, en fait.
04:08Je suis comme ça, tout, très, très spontanément.
04:11Je balance quatre, cinq gouttes, elles ne sont pas là, je les ai gardées précieusement.
04:15Quatre, cinq gouttes de cette peinture rouge sur ce petit bout de verre.
04:19Je laisse sécher, comme je disais tout à l'heure.
04:21Au bout de deux jours, le noir est sec, tout est sec.
04:23Je mets là-dedans, et illumination.
04:26Mais un coup de Christus, mais pas du tout religieux, mais vraiment, j'avais la solution, en fait.
04:33Je suis touché par l'exemple.
04:35Et donc, je suis parti dans des formes qui étaient totalement inhabituelles.
04:39Après, si on fait une transcription un peu sur l'idée de signe, de graphe, etc.,
04:43on est encore dans quelque chose d'assez un peu japonisant,
04:47de signe un peu, comme ça, hiéroglyphique ou japonisant.
04:50Donc voilà, on est encore dans le signe, parce que j'ai du mal à m'en éloigner totalement
04:55de cet attachement au symbole et au signe, pas au symbolique, mais au symbole.
05:02Et la technique, ce jeté de gouttes de peinture est à l'opposé de votre geste habituel.
05:08Ici, les gouttes tombent mollement dans la peinture noire.
05:12Exactement.
05:12Disons que, pour reprendre votre expression, l'outil mou que j'ai utilisé, c'est moi, en fait.
05:17Parce que je suis juste face à ma peinture, face à mon pot de peinture,
05:22et je suis sans outils, autre que mon corps, et voilà.
05:27Et donc, c'est moi qui fais le pinceau, si j'ose dire.
05:31Après avoir fait le malin, je fais le pinceau maintenant.
05:34Donc, c'est assez nouveau pour moi, parce que cette distance-là de travail,
05:38un peu comme Pollock, c'est très très nouveau, puisque je suis plutôt scribe,
05:43moi, je suis plutôt à ma table, en train de faire des graphèmes et des choses comme ça.
05:48Non, non, là, c'est très nouveau et très très plaisant à faire, à jongler avec ces tâches.
05:55J'en fous de partout, j'en rate beaucoup, mais c'est, voilà, c'est un nouveau principe.
05:59Donc, je suis un débutant, d'une certaine manière, dans cette technique-là.
06:05Ah, super !
06:08Mais en fait, quand les choses sont faciles à faire, elles sont aussi faciles à rater.
06:12Donc, pour produire cette chose-là, il faut en produire beaucoup.
06:15En priorité, on nettoie le verre, bien propre.
06:19Ensuite, on balance ces petites chapelures de peinture.
06:24On laisse sécher très longtemps, pour que ça ne fasse pas des grumelots et des trucs.
06:28Et après, une fois que c'est sec, on recourt au de noir.
06:32Ah, et en fait, c'est derrière qui s'est allé recourir au de noir.
06:34Eh oui !
06:35Eh oui !
06:36On voit, par transparence, l'épaisseur de la couche de couleur et le noir.
06:45C'est une œuvre didactique.
06:47Ici, quand on fait des gestes comme ça, c'est que, parfois, ça ressemble à quelque chose.
06:52Alors que l'idée, à la base, c'est que, non pas que ça ne ressemble en rien,
06:55mais que ça évoque quelque chose d'un ordre plutôt spirituel que figuratif, évidemment.
06:59Parce que, moi, je suis très, très figuratif dans beaucoup de mes travaux.
07:03Mais quand je peux m'échapper un peu de la figuration, c'est des cycles, de toute façon.
07:08Donc, il y a des cycles un peu...
07:10C'est en regardant un peu le découpage de mon travail.
07:13Il y a des cycles.
07:14Après avoir beaucoup, beaucoup bavardé, ce qui s'est passé avec une troisième série
07:18qui est là, dans des boîtes de... des tableaux savoyards qui sont recouverts de boîtes de concernes,
07:23là, c'était très, très fastidieux, très, très impliquant.
07:26Donc, il a fallu que je souffle un petit peu et j'ai soufflé avec ça.
07:31Et ce n'est pas qu'on prémédite quelque chose qu'on veut obtenir,
07:34parce que ce qu'on veut, c'est une surprise.
07:35Mais, en plus, on ne le sait pas immédiatement si c'est réussi.
07:39C'est réussi, peut-être, parfois, très temporairement,
07:42et trois jours après, vous revenez, vous dites que c'est une bouse.
07:46Enfin, appelons ça une...
07:48Ça ne vous convient pas.
07:49Oui, ça ne marche pas.
07:50Ça ne marche pas dans ce que je pensais que la chose devait être.
07:53Mais c'est vous dire précisément, non, on ne sait pas.
07:56Et ça, c'est vraiment un phénomène tout à fait magique
08:01qui concerne la manipulation.
08:02C'est-à-dire que je voulais changer un petit peu du rouge et du jaune.
08:06Donc, j'avais de la peinture blanche.
08:08J'ai pris ma peinture blanche.
08:09J'ai commencé à faire une petite flaque.
08:11Et puis, il se trouvait qu'elle était un peu trop épaisse.
08:13Donc, j'ai commencé à la manipuler pour lui faire faire une forme un peu...
08:17Et elle s'est mise à couler très vite.
08:19Et donc, je voulais la freiner.
08:20Donc, en freinant comme en voiture, j'ai tourné un petit peu.
08:23Et ça leur fait leurs petites pattes.
08:25Et vraiment, ça m'évoquait, vous savez, une foule compacte comme ça,
08:29comme des gens qui manifestent et qui sont à la fois dans la manifestation
08:33et aussi pris dans une gangue comme ça.
08:36Et je trouvais que c'était assez, comment dirais-je, assez opportun
08:39dans l'idée du monde actuel.
08:41C'est-à-dire que dès qu'on dit la chose, c'est pour ça qu'on fait de la
08:43peinture,
08:44parce que dès qu'on la verbalise, elle perd un tout petit peu de son amplitude, je dirais.
08:48Mais il y a ce côté un petit peu aggloméré de la détresse
08:52et des hommes soudés comme ça, qui n'arrivent à rien, sinon à disparaître.
08:57Et qui plus est, quelque chose dont je ne suis absolument pas responsable,
09:00qui est vraiment un phénomène optique,
09:01c'est que c'est que du blanc.
09:04Et en fait, quand on le pose comme ça, il y a un reflet qui se passe.
09:07Il y a une aura grise autour.
09:08Et là, ce n'est pas moi, je n'y suis pas pour rien, vraiment.
09:10Et c'est très beau, en plus.
09:12Donc, c'est pour ça que je n'ai pas passé de noir et je m'en suis arrêté là.
09:16Et par rapport à ce que j'expliquais tout à l'heure, au bout de quelques temps,
09:18au début, j'étais surpris, je disais.
09:20Et au bout de quelques temps, c'est des pièces qui, je trouve,
09:22tenaient très, très bien le mur et j'étais ravissé.
09:25C'est une chose, voilà.
09:26Et là, depuis que je sais que je vais exploser dans ce lieu un peu extraordinaire,
09:31extraordinaire, je m'étais promis de ne pas faire une exposition un peu historique
09:35avec des choses que les gens connaîtraient.
09:37Et si possible, essayer de relever le défi de faire quelque chose de tout à fait nouveau.
09:42Donc, ce qu'on a ici, c'est les deux dernières années de travail.
09:46Il y a peut-être deux, trois petites lacrosse-tiches un peu plus anciennes,
09:49mais les 90% des pièces ici, 95% même, sont récentes.
09:54Pour Saint-Etienne, vous avez créé une autre série qui a pour titre
09:58sauf que, et Philippe Favier, c'est le retour de la couleur...
10:01Je reviens, je termine un truc.
10:03...avec la peinture des autres.
10:05Et ça a tombé.
10:07Et ça, ce sont des choses que j'ai achetées dans une brocante à Avignon,
10:12la fameuse brocante professionnelle.
10:13Et ça vient de Feur, dans notre région.
10:17C'est une usine métallurgique qui a fermé.
10:19Et c'était des... On le sent un petit peu, d'ailleurs.
10:21C'était des caissons dans lesquels il y avait des objets métalliques qui étaient réceptionnés.
10:25Ils étaient tout huilés.
10:27Ils m'ont beaucoup séduit dans leur détresse.
10:30Ils étaient empilés sur un truc et j'ai tout acheté.
10:34Voilà.
10:35Ça, c'est le moment où j'ai abandonné.
10:38Parce que les travaux précédents étaient très souvent dans du noir,
10:41mais pas ce noir-là, du noir mat.
10:43J'achetais beaucoup de boîtes que je peignais en noir,
10:45sur lesquelles je redessinais en blanc.
10:46C'était assez lugubre, d'une certaine façon.
10:49Tout le monde compte dans les coloris,
10:50puisqu'il y avait que du noir et du blanc.
10:53Et la couleur commençait à me manquer un tout petit peu.
10:56Donc, je suis passé par cette phase où les coloris sont arrivés.
11:00La peinture, la couleur et un peu plus de joie de vivre, je dirais.
11:05Mais par l'intermédiaire d'autres peintres, en fait.
11:07C'est des tableaux que j'achetais aux puces
11:08ou des boîtes de conserve avec des décorations un peu brillantes
11:12que j'achetais aux puces.
11:13Et j'ai commencé à re-manipuler la couleur
11:15par le biais des tableaux des autres, en fait.
11:18Un peu le côté coucou.
11:19Voilà, oui, oui.
11:21C'est vachement difficile à expliquer.
11:23Et sauf que c'est un peu cette idée-là
11:25que c'est au limite de quelque chose.
11:29Mais ce n'est pas sauf qui peut, ce n'est pas ça.
11:31C'est sauf que, sauf que, voilà.
11:33C'est plutôt le hachement d'épaule, sauf que.
11:36Vous savez, des phrases qui restent en suspens.
11:38Ouais.
11:39Alors, Philippe, à vie et votre atelier,
11:41c'est aussi des objets chinés en brocante.
11:44Beaucoup, comme ce paysage savoyard chiné,
11:46à quelques centimes.
11:49Donc ça, c'est la chose la plus ancienne.
11:52Et c'est le côté un petit peu vraiment très, très fastidieux
11:56de la réalisation de ce truc-là
11:57qui m'a enclenché sur les petites tâches de peinture.
12:01Je pense qu'à l'origine, l'origine,
12:02je pense que c'est des petits formats.
12:04Ils sont les paysans en montagne, en hiver,
12:07quand il y a moins de choses à faire.
12:08Ils gravaient des planches de bois
12:10avec des petits chalets, des choses comme ça.
12:11Donc il y a toute une culture de ce type d'objet.
12:14Et puis là, c'est sans doute un des maîtres
12:17de ce genre de choses.
12:20Et j'en ai trouvé un, mais il était un peu abîmé.
12:22Donc je pouvais me permettre de bricoler dessus.
12:25Mais voilà.
12:26Donc c'est un peu dans les camailleux de gris.
12:28C'est assez mignon et touchant.
12:31Et voilà, je suis venu un peu booster tout ça
12:33avec mes petites boîtes de concert.
12:35C'est compliqué d'expliquer
12:36parce que comme je l'expliquais tout à l'heure,
12:38il y a beaucoup, beaucoup de séries différentes
12:39et de techniques et d'objets et de matériaux
12:43et tout différents.
12:44C'est un de mes grands plaisirs,
12:46c'est de changer de temps en temps
12:47parce que je suis quand même le premier spectateur.
12:50Donc si je commence à m'ennuyer,
12:51ça ne va pas faire.
12:52Ce n'est pas que je produis de façon extraordinaire.
12:55Tout n'est pas exceptionnel, loin de là.
12:57Je produis, donc je produis beaucoup.
12:58Et les séries, généralement,
12:59le maximum, elles durent un an.
13:01Donc ça fait beaucoup de séries.
13:02Et parfois, dans une année,
13:03il y a 3-4 séries.
13:04Donc si on veut faire une vraie rétrospective,
13:06il faut que je m'arrête
13:08et qu'on commence tout de suite
13:09pour pouvoir espérer la faire en 2025.
13:12L'idée principale, c'est de...
13:14Parce que quand on est issu d'un endroit
13:17et qu'on connaît un petit peu,
13:19que les gens connaissent un petit peu,
13:20il y a toujours des a priori, en fait.
13:22C'est l'idée de détourner un petit peu
13:24les a priori qui auraient pu s'installer
13:25en mon absence, si j'ose dire.
13:28Et puis aussi de faire un travail
13:31qui, en dehors d'être dans la suite
13:34de quelque chose,
13:35puisse tout naturellement être indépendant.
13:38Et j'ai eu la réponse 2-3 fois
13:40ces jours derniers,
13:41de gens qui ne connaissaient pas du tout
13:42ni mon histoire autour de Saint-Etienne,
13:45ni éventuellement les expos
13:46que j'avais fait au préalable,
13:47et qui arrivaient,
13:48qui étaient un peu troublés
13:49et intéressés par le travail.
13:52Donc ça, c'est un joli calot du hasard.
13:56Oui, oui, c'est une vente un peu comme ça.
13:58C'est bien, mais...
14:00Une expo au musée,
14:01on peut être encore étudiant, c'est sympa.
14:03Non, mais alors,
14:05ça va que je n'ai pas une grosse tête
14:08d'enfance et que ça va,
14:09mais j'avais plein d'occasions
14:10d'être très très fier de ce qui m'arrivait.
14:13Rétrospectivement, maintenant,
14:14je suis en train de préparer une biographie,
14:16donc on est en train de ressourcer tout ça.
14:18C'est vrai que j'aurais pu vraiment me la jouer,
14:20mais j'ai bien fait de ne pas me la jouer
14:21parce que ça ne joue pas tout le temps non plus,
14:23donc c'est bien.
14:25J'ai fait plaisir.
14:25Olivier, vous êtes revenu ici
14:26après 30 ans pour exposer.
14:29Qu'est-ce que vous retenez
14:30de vos années Saint-Etienne ?
14:33Qu'est-ce que vous avez emmené d'ici ?
14:35Ce que j'ai dû emmener
14:37et qu'on garde éternellement
14:39quand on est né stéphanois
14:41et qu'on y vit pendant presque plus de 40 ans,
14:44je pense que c'est un état d'esprit,
14:45c'est une forme de...
14:47comme tel que je me présente à vous,
14:50c'est-à-dire un petit peu de convivialité,
14:52de simplicité,
14:53et mêlée quand même d'un fond
14:55à la fois sensible et culturel.
14:58Donc je pense que tout ça,
14:59c'est un vrai héritage stéphanois,
15:01mais très profond, en fait, véritable,
15:03ce que prouve d'ailleurs cette ville
15:05en accueillant des endroits comme celui-ci,
15:07en ayant encore plein de projets à venir
15:10dans cet univers-là culturel.
15:12Donc voilà, j'ai emmené ça de Saint-Etienne.
15:15Et puis le souvenir de gens que j'ai aimés
15:17ou que j'aime encore,
15:18ou qui sont encore vivants,
15:19voilà, bien sûr, bien sûr, bien sûr.
15:21En fait, on ne se reconstitue pas d'autres familles,
15:25en fait, quand on a vécu aussi longtemps dans un endroit,
15:27avec le charme de cet endroit-là,
15:29il est difficile,
15:30que ce soit dans le sud
15:32ou dans le vercord,
15:34de se reconstituer une famille aussi importante.
15:36Il y a des âges pour constituer ces choses-là.
15:39Et on l'a vu tout au cours de cette exposition
15:41et on connaît votre travail.
15:43On vous sait amoureux des objets.
15:45Est-ce que vous avez emmené, je ne sais pas,
15:47un outil, par exemple, de Saint-Etienne ?
15:51Alors, moi, je suis très fétichiste de ce genre d'objet.
15:55Donc, j'ai des outils qui me suivent un peu de partout
15:58et qui ont au cours...
16:01J'ai fait 4 ou 5 ateliers dans Saint-Etienne.
16:03Donc, dans mes 4 ou 5 ateliers,
16:05il y avait ces 3 ou 4 outils.
16:07Et notamment, il y a un petit...
16:08C'est anecdotique,
16:09mais la question m'invite à donner ce détail-là.
16:14Mon premier atelier, c'était 19 rue Saint-Jean.
16:17Et en dessous de cette adresse-là,
16:18il y avait un des derniers graveurs à la main
16:21qui faisait des tampons à la main
16:22et des petits sigles à la main.
16:24Et je lui ai commandé,
16:25puisque mon symbole, à l'époque,
16:28c'était un chou-fleur.
16:29Parce que le premier tableau que j'avais vendu à un musée,
16:32c'était un champ de chou-fleur.
16:33Donc, c'était quelque chose...
16:34J'étais étudiant encore,
16:35donc c'était éblouissant pour moi.
16:37C'était un rêve au-delà de mes rêves d'enfance.
16:40Et donc, je m'étais fait graver ce petit chou-fleur
16:42et il est avec moi partout,
16:44puisque maintenant, je signe mes gravures
16:45ou mes dessins avec ce petit chou-fleur.
16:47Et il est dans ma petite poche avec moi.
16:50Ce n'est pas que je l'ai tout le temps quand je me déplace,
16:52mais là, je vais signer un livre
16:53et donc il sera là aussi.
16:54Et ce petit chou-fleur qui va marquer le papier,
16:57il vient de 19 rue Saint-Jean en 1980.
17:04Philippe Favier qui nous a accordé
17:05cette magnifique conversation en ressac
17:08avec ses pauses, relances,
17:10manière de masterclass.
17:11J'ai partagé cela avec mes camarades journalistes de presse écrite,
17:15Clément Goutel, Daniel Brignon.
17:17Ce moment n'était pas un documentaire à l'atelier
17:20sur ses gestes, à lui, de gaucher,
17:23mais peut-être une parole sur le silence de ce métier,
17:27fabriquer des œuvres, les voir naître.
17:30J'espère qu'ainsi, vous comprenez mieux son travail.
17:34Délicat, poétique, sensible,
17:36à rebours des modes,
17:38plus de 4000 œuvres,
17:39la plupart minuscules,
17:41qui ont la beauté d'être discrète
17:44et immense.
17:47Merci, Philippe Favier.
17:51Sous-titrage Société Radio-Canada
17:51Sous-titrage Société Radio-Canada