- il y a 2 jours
La Comédie, Les Femmes Savantes ! (2026)
Pour la 5ème fois, Benoît Lambert monte un Molière, son avant-dernière pièce Les Femmes Savantes, cinq actes en alexandrin avec une équipe de dix comédiens, ses fidèles et sept issus de l’Ecole de la Comédie. La pièce - souvent en duo - se joue devant une bibliothèque qui va tournoyer sur elle même, laisser les Savantes se laisser envoûter par leur plaisir des mots et les strophes de Tricotin, les hommes de la famille rappelant non sans colère ou méchanceté que leur place n’est pas là. Et c’est un mariage qui va tisser le fil des cinq actes. Quelques explications de Benoît Lambert, quelques alexandrins punchlines objets. La cassette est là ? Peut être, mais surtout l’accumulation, la retenue. Ces codes posés, Benoit Lambert nous régale d’un Harpagon allégé, avare mais pas avaricieux, hagard plutôt que gueulard, ce qui interroge d’autant sur la place de l’argent et de ses pouvoirs dans ses relations aux autres. Un Avare neuf qui fait surgir l’insaisissable vide du personnage. Explications avec Benoît Lambert et quelques extraits (courts) d’une pièce abondante.
Réalisation Chantale Joassard
Pour la 5ème fois, Benoît Lambert monte un Molière, son avant-dernière pièce Les Femmes Savantes, cinq actes en alexandrin avec une équipe de dix comédiens, ses fidèles et sept issus de l’Ecole de la Comédie. La pièce - souvent en duo - se joue devant une bibliothèque qui va tournoyer sur elle même, laisser les Savantes se laisser envoûter par leur plaisir des mots et les strophes de Tricotin, les hommes de la famille rappelant non sans colère ou méchanceté que leur place n’est pas là. Et c’est un mariage qui va tisser le fil des cinq actes. Quelques explications de Benoît Lambert, quelques alexandrins punchlines objets. La cassette est là ? Peut être, mais surtout l’accumulation, la retenue. Ces codes posés, Benoit Lambert nous régale d’un Harpagon allégé, avare mais pas avaricieux, hagard plutôt que gueulard, ce qui interroge d’autant sur la place de l’argent et de ses pouvoirs dans ses relations aux autres. Un Avare neuf qui fait surgir l’insaisissable vide du personnage. Explications avec Benoît Lambert et quelques extraits (courts) d’une pièce abondante.
Réalisation Chantale Joassard
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00:01Et bonjour, bonsoir, bienvenue à la comédie pour la création des femmes savantes, ce texte explosif de Molière, pour ne pas dire champ de bataille, on va s'opposer à l'occasion d'un mariage, les femmes de la maison éprises de science et de poésie, les savantes et le mari, pleutre, mais gardien de l'ordre social et moral, patriarcat, matriarcat, lutte des femmes, pour ce cinquième Molière, Benoît Lombert s'empare des personnages, les adosse à un mur bibliothèque, sobriété élégante, un resserrement
00:29de la pièce, car c'est ce mur de savoir qui va prendre tous les éclats de ces fractures familiales, des femmes qui s'instruisent, des hommes qui font mine de se soumettre avant d'éclater de colère, conflit, amoureux, conflit intime, classe des femmes, querelle des femmes, trouble prétendant, d'acte en acte, on suit le parcours de la pièce, c'est parti, et sans surprise, on découvre Benoît Lombert, votre amour de Molière.
00:54Les femmes savantes, c'est, bonjour Benoît, c'est pas ton premier Molière.
00:59Benoît Lombert, en tout cas, oui, c'est un auteur que je fréquente avec un peu d'assiduité, oui, donc non, effectivement, ça doit être la cinquième pièce de Molière que je monte.
01:08Comédie en alexandrin, c'est la deuxième, puisque j'ai monté, la troisième, j'ai monté Tartuffe, j'ai monté le Misanthrope, et là, donc, les femmes savantes.
01:15C'est une de ces dernières pièces, c'est l'avant-dernière, c'est même la dernière grande comédie, parce qu'ensuite c'est le mal d'imaginaire qui est une comédie balai.
01:22C'est une pièce très chorale, les rôles féminins sont très importants, beaucoup plus importants que dans d'autres pièces de Molière.
01:27Et au fond, il y a un vrai équilibre entre les différentes partitions, ce qui fait qu'on a vraiment une petite communauté, c'est une famille,
01:35mais on a une communauté qui vit avec des parcours de personnages très riches et très variés.
01:41Toute la pièce, elle est, comme souvent dans les grandes comédies de Molière, elle est organisée autour d'un mariage.
01:57Mais il y a bien l'histoire d'un mariage avec deux factions qui s'opposent autour d'Henriette, qui doit se marier, et au fond, il y a deux prétendants.
02:04Il y a celui du père, le prétendant défendu par le père, qui est le jeune Clitendre, un jeune aristocrate, bien-né, un honnête homme, comme on dit.
02:12Et puis le poète et savant Trissotin, qui est le champion de filaments, de la mer.
02:17Elle veut absolument qu'Henriette, qui est une jeune fille qui ne s'intéresse pas aux choses de l'esprit, épouse un homme d'esprit, donc elle veut qu'il épouse Trissotin.
02:24Et toute la pièce, c'est une sorte de course-poursuite qui va s'accélérer d'ailleurs au fur et à mesure que la pièce avance.
02:29Depuis assez longtemps, vous connaissez Clitendre ?
02:32Sans doute, et je le vois qu'il fréquente chez nous.
02:37Je dois voir qu'elle estime un tel homme, qu'elle nous mette au rang des grands et beaux esprits, un beunet dont partout on siffle les écrits, un pédant dont on voit la vie...
02:46Alors cet effet est dû aussi à la forme de ces femmes savantes. Cinq actes, et les personnages arrivent au fur et à mesure, tout ne se joue pas d'emblée.
02:55C'est marrant parce qu'on a l'impression que chaque acte est comme aussi une petite pièce en soi.
02:59Le premier acte, il est autour des amoureux, donc il est autour du triangle amoureux que constituent Henriette, sa sœur Armande et Clitendre.
03:06Puisque Clitendre, après avoir soupiré pendant deux ans quand même pour l'aîné Armande, qui a refusé ses avances au fond, a décidé de se rabattre, ou en tout cas de poursuivre la cadette de ses assiduités.
03:19Pour me tirer d'un doute où me jette ma sœur, entre elle et moi, Clitendre expliquait votre cœur.
03:26Donc le premier acte est autour de ce nœud-là, enfin il présente un peu ce que va être l'argument de la pièce.
03:31Et ensuite, comme ça, d'acte en acte, le deuxième acte est autour des parents, c'est la confrontation de Filaminte et Chrysal.
03:38Vous devriez brûler tout ce meuble inutile et laisser la science aux docteurs de la ville !
03:44Le troisième acte, c'est l'apparition de Trissotin, c'est un grand acte autour de la question des salons, donc du salon poétique et du salon scientifique, et on voit fonctionner le salon.
03:54Vous voyez l'impertinent, c'est que l'on doit chouard !
03:57L'acte 4, c'est la confrontation entre Armand et Clitendre, qui vont venir un peu régler leur compte de leur histoire d'amour pas résolue.
04:04Et puis le cinquième acte est un acte de résolution où on retrouve toutes les figures, toutes les lignes de force et de conflits de la pièce qui viennent se résoudre dans le dernier acte.
04:13Mais chaque acte, comme ça, fonctionne presque comme une petite pièce en soi.
04:16Ça aussi, c'est assez singulier, je trouve, dans l'écriture des pièces de Molière.
04:21Vous triomphez, ma sœur, et faites une mine.
04:24À vous imaginer que cela me chagrine ?
04:26Moi, ma sœur, point du tout.
04:27Je sais que sur vos sangs, les droits de la raison sont toujours tout puissants.
04:32Armand, elle ne veut pas se marier, mais elle ne veut pas que Clitendre épouse sa sœur.
04:37Chrysal, il dit qu'il veut avoir la paix et le repos, mais il n'arrête pas de hurler.
04:40Bon, voilà, donc c'est la vie même, quoi.
04:43Alors, dans votre choix de mise en scène, est-ce que l'on peut parler du décor qui est important ?
04:49Le décor, c'est un ensemble de bibliothèques, au fond, qui se composent et recomposent des espaces,
04:56enfin, varient comme ça dans le temps de la pièce pour former une suite d'espaces,
05:01et qui racontent à la fois, oui, j'espère, une certaine forme d'opulence, qui est celle de cette famille,
05:07et en même temps, que cette maison entièrement organisée autour de l'accumulation du savoir,
05:12puisque c'est bien ça que font les femmes savantes, c'est-à-dire Philaminte, la mère,
05:17sa belle-sœur Bélise et sa fille Armande, qui ont organisé toute la maison jusqu'au valet de la maison,
05:23ce que va dire Chrysal dans l'acte II, sont organisées entièrement autour de la célébration du savoir.
05:28Et se peut-il qu'un homme ait assez de faiblesse pour laisser à sa femme un pouvoir absolu
05:32et n'oser attaquer ce qu'elle a résolu ?
05:34Mon Dieu, vous en parlez, mon frère, vous n'avez pas l'air !
05:35Alors, sur son évolution, dans le temps de la pièce, je ne vais pas trop en dire,
05:39parce qu'au fond, c'est aussi un désir de voir quelque chose qui bouge,
05:45il y a une chose qui se décompose d'une certaine manière au fur et à mesure,
05:50presque une sorte de désordre croissant qui vient frapper cette famille, cet univers.
05:54Non, non, je ne veux rien entendre davantage !
05:59Dans les pièces de Molière, vous vous intéressez aux figures familiales,
06:03ce rapport qui va exister une fois encore dans cette pièce,
06:06puisqu'il s'agit de mariage, donc de recomposition.
06:09Et là, vous dites, c'est un champ de guerre.
06:12Oui, parce qu'au fond, je pense que les pièces de Molière,
06:17qui sont encore une fois souvent organisées autour d'un mariage à aboutir,
06:21s'organisent autour de deux grands axes, d'une certaine façon.
06:25Il y a l'axe de la guerre des générations, mais aussi un peu la guerre des classes.
06:29Elle a comme un de mal les noms avec les verbes,
06:31et redisent cent fois, ou méchants mots,
06:34que de brûler ma viande, où ça l'est trop mon pot !
06:38J'envie de pas de soupe et non de beau langage !
06:41Bon, je m'apprends pas à bien faire un potage !
06:44Et malherbe et balzac, si savant, en beau mot !
06:47En cuisine, peut-être, aurait été des sceaux !
06:49Je crois qu'on a tout ce qui se compose dans la pièce,
06:51avec une chose particulière dans celle-là,
06:54et après, il faut un peu parler de la place des femmes et de la question du savoir,
06:58mais c'est la première fois qu'on voit un personnage qui est très important dans la pièce,
07:01qui est le personnage de Filaminte, la mère,
07:03une femme d'âge mûr, il y en a assez peu dans les pièces de Molière,
07:06ou alors c'est des personnages un peu secondaires.
07:08Là, on a une femme d'âge mûr qui est le personnage principal de la pièce.
07:11Mais c'est un dragon !
07:13Non, ça c'est ce que dit son mari.
07:15Ça c'est ce que dit son mari.
07:17Son mari dit que c'est un dragon.
07:18C'est une femme qui ne se laisse pas faire par son mari.
07:21C'est une femme qui a décidé qu'elle ne se laissait pas faire par son mari,
07:24et qu'elle ne lui laissait pas la main sur l'organisation de la vie, de la maison.
07:31Elle n'est pas du tout d'accord avec sa vision du monde.
07:34C'est un homme matérialiste, il le dit lui-même.
07:37Elle, elle essaye de faire valoir les valeurs de l'esprit.
07:39Lui, il dit d'elle qu'elle est un dragon, mais la grande scène de colère dans la pièce,
07:44c'est Chrysal qui l'amène.
07:46On en a pour huit jours, d'effroyables tempêtes !
07:49Elle me fait trembler dès qu'elle prend son ton !
07:52Je ne sais où me mettre, c'est un vrai dragon !
07:54C'est assez marrant d'ailleurs, dans l'écriture de la pièce,
07:56de voir un homme qui vient de s'énerver extrêmement fort,
07:59en gros contre sa femme et sa sœur,
08:02de façon assez violente, assez virulente,
08:03et en plus en tenant un discours extrêmement rétrograde sur la place des femmes dans la société.
08:07Et en fait, sa femme ne se laisse pas faire.
08:10Donc elle résiste à cet ordre masculin qu'il essaye d'imposer dans la maison.
08:14C'est peut-être pour ça qu'il dit d'elle qu'elle est un dragon.
08:17C'est peut-être d'abord pour ça.
08:18Après, c'est une femme de tête, c'est une femme qui a des idées assez arrêtées.
08:21C'est une femme assez extravagante d'ailleurs, comme sa sœur,
08:23comme sa belle-sœur, comme sa fille.
08:25C'est des femmes excessives,
08:27mais qui sont portées par un projet que moi je trouve extrêmement enthousiasmant,
08:30extrêmement beau, c'est-à-dire d'abord une foi immense dans le savoir,
08:33dans la poésie, dans l'astronomie.
08:36Enfin, elles sont intéressées par des tas de choses très intéressantes.
08:39Là où elles sont scandaleuses dans la pièce,
08:41notamment pour les hommes de la pièce, qui le disent à plusieurs reprises,
08:44c'est qu'elles ne font pas ce que des femmes sont censées faire.
08:47Alors disons-le, c'est le vrai sujet de la pièce,
08:49la confrontation avec les femmes savantes,
08:51qui sont bien conscientes de ce dans quoi on les enferme.
08:55Je me sens un étrange dépit du tort que l'on nous fait du côté de l'esprit.
09:03Et je veux nous venger toutes tant que nous sommes de cette indigne classe
09:09et nous ranger les hommes.
09:10Alors comment vous les regardez, ces femmes savantes ?
09:13Quel est votre sentiment ?
09:14Moi je les aime beaucoup.
09:16Moi je les aime beaucoup.
09:17Moi je les aime beaucoup.
09:18C'est-à-dire que quand on regarde la famille,
09:19mais après chacun se choisit,
09:21quand on regarde les deux factions de la famille,
09:23moi je sais avec qui j'aurais envie de passer du temps.
09:25Au moins il est ailleurs.
09:27C'est ce que dit Filament à son mari.
09:28Elle lui dit, mais vous ne vous occupez que des intérêts matériels.
09:31La seule chose qui vous intéresse, c'est qu'est-ce qu'on mange,
09:33à quelle heure on mange,
09:34est-ce qu'on a gagné de l'argent, est-ce qu'on n'a pas gagné de l'argent.
09:36A la fin de la pièce, la famille découvre qu'elle est ruinée.
09:41Alors...
09:41Crisa est effondrée,
09:44et Filament s'en fiche et elle le dit,
09:46parfois jusqu'au délire.
09:47On peut dire, mais bon, c'est bien,
09:49mais on doit quand même toucher terre.
09:52Elle plane, quoi, ces femmes.
09:54Mais qu'est-ce que ça fait du bien ?
09:57Néler le beau langage et les hautes sciences.
10:01Découvrir la nature en mille expériences.
10:04Alors dans cette pièce, les femmes savantes
10:07semblent tour à tour accusées par les hommes, ridiculisés.
10:11On parle à la fois de misogynie, de féminisme, d'émancipation des femmes.
10:15Selon vous, quelle est l'attitude de Molière, vraiment ?
10:18J'ai essayé de comprendre pourquoi Molière a l'air de s'en prendre au savoir.
10:24Parce que si on a une lecture un peu rapide de la pièce,
10:26on peut se dire, mais en fait, il s'en prend au savoir, il s'en prend au savant.
10:30Alors c'est toujours pareil, il ne s'en prend pas au savant, il s'en prend au pédant.
10:32C'est-à-dire, il s'en prend au savoir qui fait étalage de lui-même.
10:37Et donc de ce point de vue-là, il se moque des femmes savantes,
10:40il se moque de fil à main parce qu'elles sont victimes ou sensibles à la pédanterie, comme il dit.
10:46J'ai parfois l'impression que ça hantise.
10:49S'il est moraliste, s'il y a une chose qui le hante, c'est les excès.
10:52Mais je le redis, dans cette pièce, les excès, ils ne sont pas uniquement du côté des femmes savantes.
10:55Chrysal est aussi un personnage plein d'excès.
10:57Ce qu'il attaquerait le plus, d'une certaine manière, c'est le pouvoir religieux.
11:01Je ne sais pas si c'est exact, mais en tout cas, je me dis qu'il y a quelque chose parfois chez les femmes savantes qui confine au fanatisme.
11:07Mais chez Chrysal aussi, je le redis, il y a toujours le spectre du fanatisme.
11:11Alors c'est une hypothèse, ce fanatisme, qui vient en suce des thèses d'une pièce féministe,
11:18qui marque l'émancipation des femmes, une pièce misogyne aussi.
11:21Et ce qu'on retient surtout, c'est cet excès de grotesque.
11:25Est-ce que vous vous êtes retenu de montrer ces femmes savantes, mais ridicules ?
11:30On essaye, j'espère, je ne le dis pas, ce n'est pas une réponse commode.
11:35Mais au contraire, parce qu'elle est mal commode, on essaye de tout faire.
11:38Dans une pièce comme celle-là, il y a des moments de pure comédie, il y a des moments qui sont plutôt du drame.
11:42Ce qui se joue est assez dur, mais en même temps c'est drôle.
11:45Il y a des choses déchirantes et qui en même temps sont tout de suite contredites par le ridicule.
11:52Je vais dire une chose qui est absurde, enfin qui fera peut-être bondir beaucoup de gens.
11:55Mais en travaillant cette pièce, j'ai pensé à Chekhov, ce qui est bizarre.
11:58Parce qu'a priori, ce ne sont pas des auteurs qui ont beaucoup de points communs, Chekhov et Molière.
12:04Mais là, à cause de cette dimension chorale, à cause de ce moment de vie,
12:08Chekhov, on a l'impression qu'on voit comme ça qu'il prend un moment de la vie d'un groupe de gens,
12:12et qu'il le montre, qu'il le met sur scène.
12:15Et d'ailleurs, chez Chekhov, vous vous demandez rarement,
12:17oui, mais quelle est la thèse de Chekhov dans cette pièce ?
12:19Il n'a pas fait une thèse, il a montré des gens qui vivent, quoi.
12:22Il a montré ce que c'était que vivre quand on est des humains.
12:24Cette pièce, elle me fait cet effet-là.
12:27Donc, moi, je n'ai pas prémédité un style particulièrement.
12:30On a essayé d'être rigoureux avec la langue, on a essayé de trouver une forme,
12:33on a essayé de résoudre les questions que les scènes nous posaient.
12:36Mais ça voyage, ça change.
12:39Ce n'est pas une chose seulement, c'est beaucoup, beaucoup de choses.
12:41Que riche appartement est là, joliment dit, et que la métaphore est mise avec esprit.
12:46Faites-la sortir, quoi qu'on dit.
12:50Parce que ce quoi qu'on dit est d'un goût admirable.
12:53C'est, à mon sentiment, un endroit impayable.
12:56Alors, vous venez de l'évoquer, les femmes savantes, c'est une langue riche.
13:00Une pièce écrite sans musique, moi, je l'irais fâcher avec Lully.
13:02Elle est écrite en alexandrin.
13:04Est-ce que ça donne une couleur particulière, une musique particulière ?
13:08Ce qu'on peut dire, c'est que c'est sans doute, dans les pièces de Molière,
13:13c'est sans doute les plus beaux alexandrins.
13:15C'est sans doute celle qui est écrite dans la langue la plus travaillée,
13:19la plus scintillante, la plus lumineuse.
13:23C'est sans doute une pièce où il jette le gant au grand versificateur de son époque,
13:27peut-être même à Racine.
13:28Son acte 4, par exemple, la confrontation entre Clitendre et Armande,
13:33c'est extrêmement beau.
13:34C'est des vers qui sont extrêmement beaux.
13:37Et donc, travailler les vers, ça n'est pas rien,
13:39parce qu'il faut accepter, même se réjouir du fait qu'on ne parle pas une langue ordinaire,
13:43même si le français est une langue qui porte assez bien le rythme de douce syllabe.
13:49Il suffit pour le vérifier,
13:50chacun peut vérifier que beaucoup de chansons françaises sont écrites en alexandrin.
13:54On ne sait pas, mais énormément de chansons populaires sont écrites en alexandrin.
13:59Donc l'alexandrin est une rythmique assez naturelle par rapport à notre langue.
14:03Mais c'est vrai qu'on est face à une langue ancienne,
14:04on est face à une langue archaïque.
14:06Je crois qu'il ne faut surtout pas faire comme si c'était de la prose.
14:09Donc il faut travailler avec ça, avec cette règle.
14:11C'est une règle de respiration.
14:12En réalité, ça fait un rythme, c'est comme un exercice pneumatique,
14:16c'est un exercice de souffle et de rythme.
14:18Et on l'entend Clitendre, le père fait chanter l'alexandrin.
14:22J'en arrive au dernier point, monter cette pièce avec un effet de trop,
14:28parce qu'il y a énormément d'élèves, d'anciens élèves de la comédie.
14:32Absolument.
14:33Est-ce qu'ils ont un souffle particulier ?
14:36Est-ce que vous avez attendu de réunir une bonne bande, comme ça,
14:40de gens d'ici pour monter cette pièce ?
14:44En tout cas, je l'ai fait avec des élèves qui sont issus de différentes promotions.
14:49Il y en a un certain nombre qui sont issus de la promotion 32,
14:52qui est la première que j'ai recrutée quand je suis arrivé à la tête de cette maison.
14:55Donc là, sur 10 comédiens, comédiennes au plateau,
14:58il y en a 7 qui sont d'anciens élèves, jeunes d'anciens élèves de l'école.
15:03Donc je peux dire que j'ai aussi monté le spectacle avec eux et avec elle, avec eux,
15:07pour elle, pour eux.
15:09Donc oui, bien sûr, il y a l'idée d'une troupe.
15:11Ma foi, je l'ai fait avec en tête le plaisir de me dire qu'un jour, je travaillerai avec mes élèves.
15:17Enfin, on sait bien de ça dont il s'agit, d'avoir un endroit où on est à la fois ici,
15:21dans une école et dans un théâtre, ou dans un théâtre et dans une école.
15:24Donc il y a une continuité qui s'opère, une continuité qui est normale, qui est naturelle,
15:28au fond, d'une certaine manière.
15:29Mais je n'ai pas... J'ai trouvé mon bien assez aisément.
15:32Enfin, il y a quand même beaucoup, beaucoup de très, très bons acteurs, actrices qui sortent de cette école.
15:36Je trouve ça assez joyeux pour la maison, pour le territoire, pour tout ça,
15:40de se dire que l'histoire continue, l'aventure continue.
15:43Avec Molière.
15:44Avec Molière.
15:45Voilà, les femmes savantes de Molière.
15:48Un cinquième Molière créé par Benoît Lambert, le directeur de la comédie,
15:51qui rappellera ce record de Jean Dasté, père de la comédie, qui en monte à 17.
15:56Une pièce, vous l'avez entendu, qui ne manque pas de punchline, de showstrap,
16:00et la souplesse des comédiennes, comédiens, vis-à-vis du douze temps de l'Alexandrin,
16:08quand t'es en deux, là, messieurs, dames.
16:10Voilà une pièce qui donne envie de s'amuser.
16:12Une pièce qui fait que Benoît Lambert, à sa suite,
16:15livre l'intime, les aspirations ou déroutes de chacun des personnages.
16:20C'est du beau langage.
16:22C'est du beau jeu.
16:23Et aliénation et émancipation, de ça, on s'évade, on doute, on joue, quoi.
16:28Une création 2026 de la comédie qui tournera jusqu'en avril,
16:32à voir sur scène, évidemment.
16:33Et sur ce, on se quitte, bien sûr.
16:36Allez dans les théâtres, on vous y invite.
16:38Bye et bonne semaine.
16:40Par un pro désespoir, souvent, on se marie,
16:44qu'on s'en repend après tout le temps de sa vie.
16:47Allons, monsieur, finis l'ordre que j'ai prescrit.
16:56Et faites le contrat ainsi que je l'ai dit.