- il y a 3 heures
Exposition de Philippe Favier à la Galerie Ceysson Bénétière en 2023
Après la brutale disparition de l'artiste stéphanois Philippe Favier le 7 mars dernier dans un accident de voiture, nous souhaitions le retrouver lors d'un échange que nous avions eu lors de sa dernière exposition dans sa ville natale après 30 ans d'absence. Philippe Favier exposait des séries intitulées « Swash Zone » en 2023 à la Galerie stéphanoise Ceysson Bénétière. Des séries loin de ses premières expositions débutées ici au Musée, en 1980, alors qu'il n'avait pas terminé son cursus au Beaux-arts. Un artiste dit minimaliste, qui a produit plus de 4000 oeuvres pendant sa carrière, exposé dans des musées prestigieux. Son retour à St-Etienne était murement réfléchi, différent, singulier dans son approche. Nous le retrouvons lors d'un échange à son image, confiant et attachant. Réalisation Chantale Joassard
Après la brutale disparition de l'artiste stéphanois Philippe Favier le 7 mars dernier dans un accident de voiture, nous souhaitions le retrouver lors d'un échange que nous avions eu lors de sa dernière exposition dans sa ville natale après 30 ans d'absence. Philippe Favier exposait des séries intitulées « Swash Zone » en 2023 à la Galerie stéphanoise Ceysson Bénétière. Des séries loin de ses premières expositions débutées ici au Musée, en 1980, alors qu'il n'avait pas terminé son cursus au Beaux-arts. Un artiste dit minimaliste, qui a produit plus de 4000 oeuvres pendant sa carrière, exposé dans des musées prestigieux. Son retour à St-Etienne était murement réfléchi, différent, singulier dans son approche. Nous le retrouvons lors d'un échange à son image, confiant et attachant. Réalisation Chantale Joassard
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00:01Bonjour, bonsoir, bienvenue dans Côté Seine, que nous allons consacrer à Philippe Favier, l'artiste né à Saint-Etienne, décédé
00:08le 7 mars 2026 dernier dans un accident de voiture.
00:12Nous allons le réentendre à l'occasion de cette exposition de sa ville natale après 30 ans d'absence.
00:18C'était en juin 2023, une exposition loin d'une image rétrospective, loin des 4000 pièces, tableaux, gravures qu'il
00:26a créées.
00:27Ce retour dans sa ville natale n'est pas un all-over sur sa carrière, comme c'était le cas
00:31à Valence.
00:32Au contraire, il s'agit de nouvelles séries sous le titre Swash Zone, cette zone de sable léchée par les
00:39vagues.
00:39Et ici, il nous donne à entendre ce ressac nouveau, déroutant.
00:43On partagera aussi avec une petite équipée de journalistes d'ici le clapotis du souvenir.
00:49Voilà, on retrouve Philippe Favier, son tablier d'atelier, encore noué autour de la taille.
00:55Oui, oui. C'est pour faire un concours de tablier avec les gens du restaurant.
01:01Non, c'est parce qu'on est en plein fignolage et rafistolage.
01:05Alors vous revenez après un temps infiniment long, 30 ans ?
01:09Oui, ça doit faire plus d'une trentaine d'années puisque c'était en 1996 au musée.
01:15Et c'est le musée d'art moderne de Saint-Etienne où tout a démarré pour vous, avec Bernard Sesson.
01:20Vous n'étiez pas à la galerie à ce moment-là ?
01:22Au sein de la galerie Sesson, non. Je suis en fait au sein de la galerie Sesson depuis l'exposition
01:26du Luxembourg il y a deux ans.
01:29Mais je pense qu'en tout cas dans mon cœur, les Sessons sont là depuis pratiquement, pas depuis pratiquement,
01:35depuis 1980, date de la première exposition que Bernard Sesson m'a proposée.
01:39Alors que j'étais encore étudiant au Beaux-Arts, c'est un rêve quand on y songe,
01:43il m'a proposé une exposition personnelle au musée en 1981.
01:46Donc depuis 1981, je pense qu'il y a des choses qui se sont liées entre nous,
01:50qui font que nous sommes encore ensemble depuis toutes ces années.
01:54Dans votre parcours, il y a aussi ce premier départ d'ici, une résidence à la Villa Médicis que vous
02:00avez écourtée.
02:01Je n'y suis pas resté parce que j'avais peur de perdre l'inspiration,
02:04pensant qu'elle venait du sol un peu granitique et charbonneux de Saint-Etienne.
02:09Sans parler de cette chose un peu anecdotique, mais qui est une blague,
02:13je pensais vraiment à une petite superstition, que c'était à Saint-Etienne que je créerais le mieux.
02:17Et ayant passé à peu près 17 mois à Lyon dans le musée du MAM, donc le musée d'art
02:24contemporain,
02:24je me suis aperçu que j'arrivais quand même à créer un petit peu, voire même beaucoup,
02:28et même de façon plus sereine d'une certaine manière.
02:31Et après ça, chose que je ne faisais plus jamais depuis la Villa Médicis,
02:35j'ai commencé à accepter des résidences, et j'ai accepté une résidence dans le sud de la France,
02:39au château de Villeneuve, et là aussi, ce n'était plus le sol qui me manquait de Saint-Etienne,
02:46c'était le beau temps qui allait me manquer de cette région.
02:49Donc quand les gens de Vence disaient qu'on n'a pas vu passer l'hiver,
02:54moi je n'avais pas vu partir l'été, donc je me suis dit que c'est peut-être une
02:58région qui sera accueillante en hiver.
03:00Et donc je suis parti m'installer en hiver, en tout cas, dans le sud.
03:04Je n'ai plus jamais revenu à Saint-Etienne, et après je me suis arrêté à mi-chemin.
03:08Alors Saint-Etienne, vous êtes revenu avec cette nouvelle exposition autour de ces chemins de croix, notamment.
03:14Ça faisait des années que j'avais ces chemins de croix, et je n'avais pas trop quoi en faire,
03:18j'avais fait plusieurs expériences qui n'étaient pas abouties,
03:20et puis soudainement, un jour, j'ai eu l'idée de reprendre la peinture sur verre,
03:25que je n'avais pas utilisée depuis pas mal d'années,
03:27et j'ai commencé avec quelques petites gouttes de rouge, comme ça, comme des gouttes un peu de sang, malheureusement.
03:31Et c'est un peu inexplicable à dire, mais c'est comme ça.
03:35Et ces quatre petites gouttes, parce que les tout premières,
03:39elles n'étaient pas là, ces quatre, cinq petites gouttes ont enclenché toute cette série.
03:43Et ça, réellement, quand on commence ça, on ne sait pas que ça va aboutir à ça, en fait.
03:48Et ça, c'est très plaisant, en tout cas, rétrospectivement, de voir le cheminement de tout ça.
03:55Et là, je me suis dit que je pouvais commencer à refaire mes armes à Saint-Etienne.
03:58En fait, c'est des stations, c'est trois stations du chemin de croix.
04:02Et c'est par ce travail-là que cette série a démarré, en fait.
04:08Je suis comme ça, tout, très, très spontanément.
04:11Je balance quatre, cinq gouttes, elles ne sont pas là, je les ai gardées précieusement.
04:15Quatre, cinq gouttes de cette peinture rouge sur ce petit bout de verre.
04:19Je laisse sécher, comme je disais tout à l'heure.
04:21Au bout de deux jours, le noir est sec, tout est sec.
04:23Je mets là-dedans, et illumination.
04:26Mais un coup de Christus, mais pas du tout religieux, mais vraiment, j'avais la solution, en fait.
04:33Je suis touché par l'exemple.
04:35Et donc, je suis parti dans des formes qui étaient totalement inhabituelles.
04:39Après, si on fait une transcription un peu sur l'idée de signe, de graphe, etc.,
04:43on est encore dans quelque chose d'assez un peu japonisant,
04:47de signe un peu, comme ça, hiéroglyphique ou japonisant.
04:50Donc voilà, on est encore dans le signe, parce que j'ai du mal à m'en éloigner totalement
04:55de cet attachement au symbole et au signe, pas au symbolique, mais au symbole.
05:02Et la technique, ce jeté de gouttes de peinture est à l'opposé de votre geste habituel.
05:08Ici, les gouttes tombent mollement dans la peinture noire.
05:12Exactement.
05:12Disons que, pour reprendre votre expression, l'outil mou que j'ai utilisé, c'est moi, en fait.
05:17Parce que je suis juste face à ma peinture, face à mon pot de peinture,
05:22et je suis sans outils, autre que mon corps, et voilà.
05:27Et donc, c'est moi qui fais le pinceau, si j'ose dire.
05:31Après avoir fait le malin, je fais le pinceau maintenant.
05:34Donc, c'est assez nouveau pour moi, parce que cette distance-là de travail,
05:38un peu comme Pollock, c'est très très nouveau, puisque je suis plutôt scribe,
05:43moi, je suis plutôt à ma table, en train de faire des graphèmes et des choses comme ça.
05:48Non, non, là, c'est très nouveau et très très plaisant à faire, à jongler avec ces tâches.
05:55J'en fous de partout, j'en rate beaucoup, mais c'est, voilà, c'est un nouveau principe.
05:59Donc, je suis un débutant, d'une certaine manière, dans cette technique-là.
06:05Ah, super !
06:08Mais en fait, quand les choses sont faciles à faire, elles sont aussi faciles à rater.
06:12Donc, pour produire cette chose-là, il faut en produire beaucoup.
06:15En priorité, on nettoie le verre, bien propre.
06:19Ensuite, on balance ces petites chapelures de peinture.
06:24On laisse sécher très longtemps, pour que ça ne fasse pas des grumelots et des trucs.
06:28Et après, une fois que c'est sec, on recourt au de noir.
06:32Ah, et en fait, c'est derrière qui s'est allé recourir au de noir.
06:34Eh oui !
06:35Eh oui !
06:36On voit, par transparence, l'épaisseur de la couche de couleur et le noir.
06:45C'est une œuvre didactique.
06:47Ici, quand on fait des gestes comme ça, c'est que, parfois, ça ressemble à quelque chose.
06:52Alors que l'idée, à la base, c'est que, non pas que ça ne ressemble en rien,
06:55mais que ça évoque quelque chose d'un ordre plutôt spirituel que figuratif, évidemment.
06:59Parce que, moi, je suis très, très figuratif dans beaucoup de mes travaux.
07:03Mais quand je peux m'échapper un peu de la figuration, c'est des cycles, de toute façon.
07:08Donc, il y a des cycles un peu...
07:10C'est en regardant un peu le découpage de mon travail.
07:13Il y a des cycles.
07:14Après avoir beaucoup, beaucoup bavardé, ce qui s'est passé avec une troisième série
07:18qui est là, dans des boîtes de... des tableaux savoyards qui sont recouverts de boîtes de concernes,
07:23là, c'était très, très fastidieux, très, très impliquant.
07:26Donc, il a fallu que je souffle un petit peu et j'ai soufflé avec ça.
07:31Et ce n'est pas qu'on prémédite quelque chose qu'on veut obtenir,
07:34parce que ce qu'on veut, c'est une surprise.
07:35Mais, en plus, on ne le sait pas immédiatement si c'est réussi.
07:39C'est réussi, peut-être, parfois, très temporairement,
07:42et trois jours après, vous revenez, vous dites que c'est une bouse.
07:46Enfin, appelons ça une...
07:48Ça ne vous convient pas.
07:49Oui, ça ne marche pas.
07:50Ça ne marche pas dans ce que je pensais que la chose devait être.
07:53Mais c'est vous dire précisément, non, on ne sait pas.
07:56Et ça, c'est vraiment un phénomène tout à fait magique
08:01qui concerne la manipulation.
08:02C'est-à-dire que je voulais changer un petit peu du rouge et du jaune.
08:06Donc, j'avais de la peinture blanche.
08:08J'ai pris ma peinture blanche.
08:09J'ai commencé à faire une petite flaque.
08:11Et puis, il se trouvait qu'elle était un peu trop épaisse.
08:13Donc, j'ai commencé à la manipuler pour lui faire faire une forme un peu...
08:17Et elle s'est mise à couler très vite.
08:19Et donc, je voulais la freiner.
08:20Donc, en freinant comme en voiture, j'ai tourné un petit peu.
08:23Et ça leur fait leurs petites pattes.
08:25Et vraiment, ça m'évoquait, vous savez, une foule compacte comme ça,
08:29comme des gens qui manifestent et qui sont à la fois dans la manifestation
08:33et aussi pris dans une gangue comme ça.
08:36Et je trouvais que c'était assez, comment dirais-je, assez opportun
08:39dans l'idée du monde actuel.
08:41C'est-à-dire que dès qu'on dit la chose, c'est pour ça qu'on fait de la
08:43peinture,
08:44parce que dès qu'on la verbalise, elle perd un tout petit peu de son amplitude, je dirais.
08:48Mais il y a ce côté un petit peu aggloméré de la détresse
08:52et des hommes soudés comme ça, qui n'arrivent à rien, sinon à disparaître.
08:57Et qui plus est, quelque chose dont je ne suis absolument pas responsable,
09:00qui est vraiment un phénomène optique,
09:01c'est que c'est que du blanc.
09:04Et en fait, quand on le pose comme ça, il y a un reflet qui se passe.
09:07Il y a une aura grise autour.
09:08Et là, ce n'est pas moi, je n'y suis pas pour rien, vraiment.
09:10Et c'est très beau, en plus.
09:12Donc, c'est pour ça que je n'ai pas passé de noir et je m'en suis arrêté là.
09:16Et par rapport à ce que j'expliquais tout à l'heure, au bout de quelques temps,
09:18au début, j'étais surpris, je disais.
09:20Et au bout de quelques temps, c'est des pièces qui, je trouve,
09:22tenaient très, très bien le mur et j'étais ravissé.
09:25C'est une chose, voilà.
09:26Et là, depuis que je sais que je vais exploser dans ce lieu un peu extraordinaire,
09:31extraordinaire, je m'étais promis de ne pas faire une exposition un peu historique
09:35avec des choses que les gens connaîtraient.
09:37Et si possible, essayer de relever le défi de faire quelque chose de tout à fait nouveau.
09:42Donc, ce qu'on a ici, c'est les deux dernières années de travail.
09:46Il y a peut-être deux, trois petites lacrosse-tiches un peu plus anciennes,
09:49mais les 90% des pièces ici, 95% même, sont récentes.
09:54Pour Saint-Etienne, vous avez créé une autre série qui a pour titre
09:58sauf que, et Philippe Favier, c'est le retour de la couleur...
10:01Je reviens, je termine un truc.
10:03...avec la peinture des autres.
10:05Et ça a tombé.
10:07Et ça, ce sont des choses que j'ai achetées dans une brocante à Avignon,
10:12la fameuse brocante professionnelle.
10:13Et ça vient de Feur, dans notre région.
10:17C'est une usine métallurgique qui a fermé.
10:19Et c'était des... On le sent un petit peu, d'ailleurs.
10:21C'était des caissons dans lesquels il y avait des objets métalliques qui étaient réceptionnés.
10:25Ils étaient tout huilés.
10:27Ils m'ont beaucoup séduit dans leur détresse.
10:30Ils étaient empilés sur un truc et j'ai tout acheté.
10:34Voilà.
10:35Ça, c'est le moment où j'ai abandonné.
10:38Parce que les travaux précédents étaient très souvent dans du noir,
10:41mais pas ce noir-là, du noir mat.
10:43J'achetais beaucoup de boîtes que je peignais en noir,
10:45sur lesquelles je redessinais en blanc.
10:46C'était assez lugubre, d'une certaine façon.
10:49Tout le monde compte dans les coloris,
10:50puisqu'il y avait que du noir et du blanc.
10:53Et la couleur commençait à me manquer un tout petit peu.
10:56Donc, je suis passé par cette phase où les coloris sont arrivés.
11:00La peinture, la couleur et un peu plus de joie de vivre, je dirais.
11:05Mais par l'intermédiaire d'autres peintres, en fait.
11:07C'est des tableaux que j'achetais aux puces
11:08ou des boîtes de conserve avec des décorations un peu brillantes
11:12que j'achetais aux puces.
11:13Et j'ai commencé à re-manipuler la couleur
11:15par le biais des tableaux des autres, en fait.
11:18Un peu le côté coucou.
11:19Voilà, oui, oui.
11:21C'est vachement difficile à expliquer.
11:23Et sauf que c'est un peu cette idée-là
11:25que c'est au limite de quelque chose.
11:29Mais ce n'est pas sauf qui peut, ce n'est pas ça.
11:31C'est sauf que, sauf que, voilà.
11:33C'est plutôt le hachement d'épaule, sauf que.
11:36Vous savez, des phrases qui restent en suspens.
11:38Ouais.
11:39Alors, Philippe, à vie et votre atelier,
11:41c'est aussi des objets chinés en brocante.
11:44Beaucoup, comme ce paysage savoyard chiné,
11:46à quelques centimes.
11:49Donc ça, c'est la chose la plus ancienne.
11:52Et c'est le côté un petit peu vraiment très, très fastidieux
11:56de la réalisation de ce truc-là
11:57qui m'a enclenché sur les petites tâches de peinture.
12:01Je pense qu'à l'origine, l'origine,
12:02je pense que c'est des petits formats.
12:04Ils sont les paysans en montagne, en hiver,
12:07quand il y a moins de choses à faire.
12:08Ils gravaient des planches de bois
12:10avec des petits chalets, des choses comme ça.
12:11Donc il y a toute une culture de ce type d'objet.
12:14Et puis là, c'est sans doute un des maîtres
12:17de ce genre de choses.
12:20Et j'en ai trouvé un, mais il était un peu abîmé.
12:22Donc je pouvais me permettre de bricoler dessus.
12:25Mais voilà.
12:26Donc c'est un peu dans les camailleux de gris.
12:28C'est assez mignon et touchant.
12:31Et voilà, je suis venu un peu booster tout ça
12:33avec mes petites boîtes de concert.
12:35C'est compliqué d'expliquer
12:36parce que comme je l'expliquais tout à l'heure,
12:38il y a beaucoup, beaucoup de séries différentes
12:39et de techniques et d'objets et de matériaux
12:43et tout différents.
12:44C'est un de mes grands plaisirs,
12:46c'est de changer de temps en temps
12:47parce que je suis quand même le premier spectateur.
12:50Donc si je commence à m'ennuyer,
12:51ça ne va pas faire.
12:52Ce n'est pas que je produis de façon extraordinaire.
12:55Tout n'est pas exceptionnel, loin de là.
12:57Je produis, donc je produis beaucoup.
12:58Et les séries, généralement,
12:59le maximum, elles durent un an.
13:01Donc ça fait beaucoup de séries.
13:02Et parfois, dans une année,
13:03il y a 3-4 séries.
13:04Donc si on veut faire une vraie rétrospective,
13:06il faut que je m'arrête
13:08et qu'on commence tout de suite
13:09pour pouvoir espérer la faire en 2025.
13:12L'idée principale, c'est de...
13:14Parce que quand on est issu d'un endroit
13:17et qu'on connaît un petit peu,
13:19que les gens connaissent un petit peu,
13:20il y a toujours des a priori, en fait.
13:22C'est l'idée de détourner un petit peu
13:24les a priori qui auraient pu s'installer
13:25en mon absence, si j'ose dire.
13:28Et puis aussi de faire un travail
13:31qui, en dehors d'être dans la suite
13:34de quelque chose,
13:35puisse tout naturellement être indépendant.
13:38Et j'ai eu la réponse 2-3 fois
13:40ces jours derniers,
13:41de gens qui ne connaissaient pas du tout
13:42ni mon histoire autour de Saint-Etienne,
13:45ni éventuellement les expos
13:46que j'avais fait au préalable,
13:47et qui arrivaient,
13:48qui étaient un peu troublés
13:49et intéressés par le travail.
13:52Donc ça, c'est un joli calot du hasard.
13:56Oui, oui, c'est une vente un peu comme ça.
13:58C'est bien, mais...
14:00Une expo au musée,
14:01on peut être encore étudiant, c'est sympa.
14:03Non, mais alors,
14:05ça va que je n'ai pas une grosse tête
14:08d'enfance et que ça va,
14:09mais j'avais plein d'occasions
14:10d'être très très fier de ce qui m'arrivait.
14:13Rétrospectivement, maintenant,
14:14je suis en train de préparer une biographie,
14:16donc on est en train de ressourcer tout ça.
14:18C'est vrai que j'aurais pu vraiment me la jouer,
14:20mais j'ai bien fait de ne pas me la jouer
14:21parce que ça ne joue pas tout le temps non plus,
14:23donc c'est bien.
14:25J'ai fait plaisir.
14:25Olivier, vous êtes revenu ici
14:26après 30 ans pour exposer.
14:29Qu'est-ce que vous retenez
14:30de vos années Saint-Etienne ?
14:33Qu'est-ce que vous avez emmené d'ici ?
14:35Ce que j'ai dû emmener
14:37et qu'on garde éternellement
14:39quand on est né stéphanois
14:41et qu'on y vit pendant presque plus de 40 ans,
14:44je pense que c'est un état d'esprit,
14:45c'est une forme de...
14:47comme tel que je me présente à vous,
14:50c'est-à-dire un petit peu de convivialité,
14:52de simplicité,
14:53et mêlée quand même d'un fond
14:55à la fois sensible et culturel.
14:58Donc je pense que tout ça,
14:59c'est un vrai héritage stéphanois,
15:01mais très profond, en fait, véritable,
15:03ce que prouve d'ailleurs cette ville
15:05en accueillant des endroits comme celui-ci,
15:07en ayant encore plein de projets à venir
15:10dans cet univers-là culturel.
15:12Donc voilà, j'ai emmené ça de Saint-Etienne.
15:15Et puis le souvenir de gens que j'ai aimés
15:17ou que j'aime encore,
15:18ou qui sont encore vivants,
15:19voilà, bien sûr, bien sûr, bien sûr.
15:21En fait, on ne se reconstitue pas d'autres familles,
15:25en fait, quand on a vécu aussi longtemps dans un endroit,
15:27avec le charme de cet endroit-là,
15:29il est difficile,
15:30que ce soit dans le sud
15:32ou dans le vercord,
15:34de se reconstituer une famille aussi importante.
15:36Il y a des âges pour constituer ces choses-là.
15:39Et on l'a vu tout au cours de cette exposition
15:41et on connaît votre travail.
15:43On vous sait amoureux des objets.
15:45Est-ce que vous avez emmené, je ne sais pas,
15:47un outil, par exemple, de Saint-Etienne ?
15:51Alors, moi, je suis très fétichiste de ce genre d'objet.
15:55Donc, j'ai des outils qui me suivent un peu de partout
15:58et qui ont au cours...
16:01J'ai fait 4 ou 5 ateliers dans Saint-Etienne.
16:03Donc, dans mes 4 ou 5 ateliers,
16:05il y avait ces 3 ou 4 outils.
16:07Et notamment, il y a un petit...
16:08C'est anecdotique,
16:09mais la question m'invite à donner ce détail-là.
16:14Mon premier atelier, c'était 19 rue Saint-Jean.
16:17Et en dessous de cette adresse-là,
16:18il y avait un des derniers graveurs à la main
16:21qui faisait des tampons à la main
16:22et des petits sigles à la main.
16:24Et je lui ai commandé,
16:25puisque mon symbole, à l'époque,
16:28c'était un chou-fleur.
16:29Parce que le premier tableau que j'avais vendu à un musée,
16:32c'était un champ de chou-fleur.
16:33Donc, c'était quelque chose...
16:34J'étais étudiant encore,
16:35donc c'était éblouissant pour moi.
16:37C'était un rêve au-delà de mes rêves d'enfance.
16:40Et donc, je m'étais fait graver ce petit chou-fleur
16:42et il est avec moi partout,
16:44puisque maintenant, je signe mes gravures
16:45ou mes dessins avec ce petit chou-fleur.
16:47Et il est dans ma petite poche avec moi.
16:50Ce n'est pas que je l'ai tout le temps quand je me déplace,
16:52mais là, je vais signer un livre
16:53et donc il sera là aussi.
16:54Et ce petit chou-fleur qui va marquer le papier,
16:57il vient de 19 rue Saint-Jean en 1980.
17:04Philippe Favier qui nous a accordé
17:05cette magnifique conversation en ressac
17:08avec ses pauses, relances,
17:10manière de masterclass.
17:11J'ai partagé cela avec mes camarades journalistes de presse écrite,
17:15Clément Goutel, Daniel Brignon.
17:17Ce moment n'était pas un documentaire à l'atelier
17:20sur ses gestes, à lui, de gaucher,
17:23mais peut-être une parole sur le silence de ce métier,
17:27fabriquer des œuvres, les voir naître.
17:30J'espère qu'ainsi, vous comprenez mieux son travail.
17:34Délicat, poétique, sensible,
17:36à rebours des modes,
17:38plus de 4000 œuvres,
17:39la plupart minuscules,
17:41qui ont la beauté d'être discrète
17:44et immense.
17:47Merci, Philippe Favier.
17:51Sous-titrage Société Radio-Canada
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