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00:00Alors, vous dites qu'on a besoin d'hommes et de femmes qui tiennent, si je puis dire, à la
00:04maison.
00:04Lui, il l'a tenu. Mais certains, d'ailleurs, lui ont reproché de l'avoir tenu ainsi.
00:08Il a été préfet de Paris, à Bordeaux également, aux fonctionnaires venus de la gauche.
00:13Didier Lallement, la crise des gilets jaunes, paroxystique.
00:17Je pense que c'est assez intéressant de l'écouter, non pas seulement sur le maintien de l'ordre,
00:20mais sur ce que vous incarnez aujourd'hui et comment on tient, justement, dans un tel dispositif sécuritaire.
00:26Je vous remercie. On va revoir de nouveau cette séquence.
00:29Je vais l'interroger, Didier Lallement, tout de suite autour de ce gendarme attaqué à Paris.
00:35Voyons-la et puis on va l'accueillir.
00:55– Bonsoir, monsieur le préfet. – Bonsoir, madame, madame.
00:58– Didier Lallement, merci d'être avec nous.
01:00J'ai rappelé, préfet de Paris, on oublie de citer Bordeaux.
01:03– Oui. – Aux fonctionnaires venus de la gauche également, oui ?
01:06– Mais toujours de gauche, madame. – Toujours de gauche, non mais vous savez, il ne faut pas s'en
01:11excuser, au contraire.
01:11– Mais d'une gauche dont je suis un peu orphelin parce que j'ai l'impression, quelquefois,
01:15que j'en suis avec deux, trois autres, le dernier des Mohicans, oui.
01:18La gauche de Chevènement, la gauche de Jocs, c'est-à-dire une gauche pour qui l'autorité
01:23et la défense de la police fait partie des fondamentaux.
01:27– On va en parler justement de cette défense finalement parce que c'est aussi la défense des citoyens,
01:32la protection des citoyens et c'est la mission première de l'État.
01:35Je voudrais vous faire réagir sur ces images, cette attaque du gendarme que l'on vient de voir,
01:39c'est donc une enquête pour tentative d'homicide qui s'est ouverte autour de cette attaque,
01:42attaque à l'engin incendiaire.
01:45Ce niveau de violence, monsieur le préfet, il est inédit.
01:48Est-ce que vous avez déjà vu une telle scène se produire ?
01:52– Non, le niveau de violence n'est pas inédit, ce qui fait une dizaine d'années
01:56que cette violence monte dans tous les compartiments de la société.
01:59D'ailleurs, parce qu'on aborde les choses de façon très fractionnée,
02:02en fait il faut prendre un peu de recul et voir que globalement la violence augmente,
02:07qu'elle est aujourd'hui un moyen d'interaction sociale assez courant.
02:10Il suffit de prendre le métro ou un bus pour s'en apercevoir assez rapidement.
02:13– La violence a un moyen d'interaction ?
02:14– Ah oui, je le crains, je le crains.
02:16Et donc on voit son expression dans la vie politique, dans la contestation sociale,
02:21ce qui s'est passé est une tentative de meurtre, c'est plus que scandaleux.
02:26J'espère que les auteurs seront interpellés et qu'ils seront durement condamnés.
02:30C'est-à-dire, quel que soit le prix de ces idées, ça ne vaut pas la mort d'homme
02:35ou de femme.
02:36– Derrière l'homme, la femme ou l'uniforme, il y a les principes républicains également.
02:41Est-ce qu'on vise le gendarme pour ce qu'il est, pour ce qu'il symbolise,
02:45c'est-à-dire l'État au fond, selon vous ?
02:47– On vise la République, en fait, ça n'est plus simplement l'État,
02:53ce ne sont plus les forces de sécurité intérieure, c'est la République que certains veulent abattre.
02:57– On met le feu au principe républicain.
02:58– Oui, absolument, on veut abattre les symboles de la République
03:01et les forces de sécurité intérieure, gendarmes, policiers,
03:05en sont les représentants, comme d'ailleurs les militaires.
03:08Donc on voit bien qu'il y a, chez certains de nos concitoyens qui manifestent,
03:13cette idée d'abattre l'État, c'est une vieille rhétorique révolutionnelle.
03:18– Une visée insurrectionnelle, anarchiste ?
03:21– Oui, absolument, une visée insurrectionnelle.
03:23Mais quand on met le feu à la mairie de Limoges,
03:25avec des arrières-pensées qui sont extrêmement claires,
03:28on voit bien que c'est le symbole de la République auquel on veut atteindre.
03:34Donc oui, tout ça fait partie d'un ensemble.
03:37Mais ce qui est grave, c'est que certains politiques appuient cette rhétorique
03:42et pensent qu'on doit, puisqu'on l'a fait dans notre histoire,
03:46prendre le pouvoir par la rue.
03:48Mais prendre le pouvoir par la rue, ça s'appelle nier le suffrage universel.
03:52Et ça, c'est le principe républicain.
03:54– Il y a un risque, selon vous, sur notre scrutin présidentiel aujourd'hui ?
03:57– Non, je ne pense pas encore.
04:00– Je parle des conditions démocratiques dans lesquelles doivent se tenir un scrutin.
04:05– Espérons que non, parce que je pense que la grande majorité du pays
04:08est une majorité qui adhère au principe démocratique.
04:12Là, on parle de minorités.
04:14Alors le problème, c'est que ces minorités deviennent importantes.
04:17Mais je crains qu'une partie de notre pays soit en rupture avec la République.
04:21Pas simplement pour des raisons confessionnelles,
04:24comme ça existe dans certains fragments de la société,
04:26mais aussi pour des raisons politiques.
04:28Alors c'est vrai qu'on a vu…
04:30– C'est une forme de sécession, en réalité.
04:31– Oui, c'est une forme de sécession.
04:32Ça a déjà été bien documenté, bien argumenté autour de ça.
04:36Et on voit bien que s'il y a d'ailleurs un mouvement social
04:40à si peu de temps des élections,
04:42c'est parce qu'une partie de ceux qui manifestent ne croient plus
04:47au fait que les élections règlent non pas les problèmes,
04:51mais donnent une lueur d'espoir.
04:52– Alors M. le Préfet, quel cocktail explosif ?
04:54Parce que ce sont, comment dire, nul n'est tenu à l'impossible,
04:57mais c'est aux policiers, aux gendarmes qu'on demande l'impossible.
05:01Comment tenir ? Je pense qu'on vous pose souvent cette question,
05:03mais enfin quand même, 70 000 forces de l'ordre,
05:05BRI, GIGN, RED, pour sécuriser les bâtiments stratégiques.
05:08Est-ce qu'un tel dispositif sécuritaire, aussi massif, conséquent,
05:11il peut tenir dans la durée ?
05:13– Oui, il peut tenir dans la durée.
05:14On a tenu pendant les gilets jaunes, ça a duré plus d'un an.
05:17Simplement, il faut voir ce que ça veut dire.
05:20Ça veut dire à ce moment-là que les policiers et les gendarmes
05:23qui sont utilisés pendant les manifestations
05:25ne le sont plus le reste du temps.
05:28Et donc, en faisant ça, bien évidemment,
05:31on rend la vie des délinquants beaucoup plus facile.
05:33On rend la vie de ceux qui troublent la voie publique
05:37beaucoup plus facile.
05:38Donc tout ça a un coût, pas simplement un coût budgétaire,
05:41mais un coût en matière de sécurité.
05:43Les chiffres sur la délinquance, ces temps derniers,
05:45avaient tendance à remonter.
05:48On voit bien qu'après, il ne faudra pas se plaindre
05:51d'avoir des conséquences et de s'étonner
05:53s'il y a moins de police secours
05:54quand on appelle pour un cambriolage.
05:57Quand on mobilise l'ensemble des dispositifs
05:59pour du maintien de l'ordre,
06:01encore une fois, il faut bien que les gens se reposent
06:02et il faut bien que le système s'organise.
06:04Même si tout le monde ne va pas dans les manifestations.
06:07– Nous sommes d'accord.
06:07Que faut-il faire dans ce cas-là ?
06:09Est-ce qu'il faut élargir le spectre du maintien de l'ordre ?
06:11Je rappelle que c'est vous qui avez créé
06:14les fameuses brigades de répression de l'action violente motorisée,
06:17les Braves M.
06:18Vous êtes d'ailleurs un adepte, si je puis dire,
06:19du maintien de l'ordre qui va au contact.
06:21Vous le revendiquez aujourd'hui encore ?
06:23– Bien sûr, bien sûr.
06:24– De manière totalement…
06:25– Mais c'était ma marque de fabrique et je suis…
06:28– Certains voulant beaucoup reprocher M. le Préfet.
06:30– Oui, mais c'est normal.
06:30– Même si aujourd'hui, j'écoutais Alain Bauer
06:32que nous recevons régulièrement,
06:34il dit « moi je rends hommage au Préfet l'Allemand ».
06:37– Vous savez, moi je suis partisan de l'aphorisme de Clémenceau.
06:42Si on n'a pas d'ennemis, c'est qu'on n'a rien fait.
06:45Donc que certains m'aient critiqué,
06:47tout ça ne me gêne pas particulièrement.
06:48– Vous avez des ennemis intérieurs, ceux qui vous critiquent ?
06:53– Des ennemis intérieurs et une partie de la classe politique.
06:56Moi je me rappelle des déclarations de M. Mélenchon et de Mme Le Pen
06:58qui réclamaient ma démission,
07:00mais ils avaient tout à fait le droit de le faire.
07:02Et encore une fois, je ne m'en plains pas.
07:04Donc tout ça fait partie de la vie politique.
07:08Moi je dis simplement sur ma marque de fabrique,
07:10j'étais partisan et je suis toujours partisan,
07:13et ça se fait encore aujourd'hui, du contact.
07:16Pas de maintien de l'ordre à distance,
07:18le maintien de l'ordre dit à la française,
07:20parce que ceux qui le défendent l'expliquent en disant
07:23c'est à la française.
07:24Mais c'est un maintien de l'ordre qui, rappelez-vous,
07:27le débat il a commencé au moment des manifestations El Khomri,
07:30où la police et les gendarmes assistaient impuissants aux dégradations.
07:35On a mis 10 ans, parce que ça a été assez long,
07:37parce que cette théorie de la mise à distance est un petit peu absurde.
07:42Le contact et la mobilité, la rapidité.
07:45Il faut aller vite et il faut être au contact.
07:47Quand on est au contact, on tire moins au LBD.
07:50Et croyez-moi, c'est une bonne chose.
07:52Et c'est vous qui le dites, monsieur le préfet.
07:54Oui, c'est moi qui le dis, oui.
07:56Sans regret, sans état d'âme, sans reconnaissance de tout ce qui s'était passé,
08:02d'erreur par rapport à ce qui s'était passé lors des Gilets jaunes.
08:05Mais il n'y a pas eu d'erreur pendant les Gilets jaunes.
08:07Il y a eu des accidents extrêmement regrettables avec des blessés des deux côtés.
08:12Mais il n'y a pas eu d'erreur pendant les Gilets jaunes.
08:14La République a tenu.
08:16Qu'est-ce que voulaient les Gilets jaunes ?
08:17C'est marcher sur l'Elysée.
08:18Rappelez-vous de l'état de la flamme du soldat inconnu et de l'arc de triomphe.
08:23Quand on piétine le drapeau tricolore, quand on piétine les symboles de la République,
08:30quand on piétine ce qui a fondé le patriotisme dans cette Première Guerre mondiale
08:35et qui est resté ensuite comme une marque de ce qu'était la France,
08:38excusez-moi, moi j'avais dit qu'on n'est pas dans le même camp.
08:40On me l'a reproché, mais je persiste dans cette idée.
08:43Cette phrase, vous la diriez de nouveau ?
08:45On rappelle que vous l'avez dit face à une manifestante, d'ailleurs.
08:51C'est une dame de Gilets jaunes qui me reprochait les destructions.
08:53J'avais trouvé ça un petit peu surréaliste.
08:55Vous diriez aujourd'hui, peut-être pas un manifestant ?
08:59Non.
08:59Je le dirais aujourd'hui.
09:01Pas un manifestant ?
09:01Ah non, pas un manifestant.
09:03Dans les manifestants, il y a tout ce qu'on veut.
09:06Il y a des manifestants pacifiques,
09:08il y a des gens qui ont tout à fait le droit d'exprimer leurs idées,
09:12il y a des gens qui viennent, non pas pour casser,
09:14parce que ceux qui cassent, on voit très bien ceux qui le sont,
09:17mais ceux qui sont complices passifs de la violence,
09:21c'est-à-dire qui laissent faire.
09:22Moi, j'ai toujours été frappé dans les images de manifestations
09:24par tous ces gens autour qui regardaient.
09:27Enfin, on est là pour mettre fin à des lits quand on les constate,
09:32tous les citoyens peuvent faire.
09:33Donc, tous ceux qui restent lors d'une telle scène sont collectivement...
09:36Non, pas tous ceux qui restent, bien sûr que non.
09:38Tous ceux qui regardent, tous ceux qui peuvent participer
09:40sans forcément lancer eux-mêmes.
09:41Alors, ce n'est pas si simple que ça,
09:44parce qu'il faudrait soi-même aller au contact des méchants.
09:47Mais qui va prévenir les policiers ou les gendarmes ?
09:50Qui se précipite en disant que certains Black Blocs sont là ?
09:54Ce n'est quand même pas le cas de figure le plus répandu.
09:57Donc, il y a effectivement,
09:58chez une partie de ceux qui assistent à ça,
10:01une certaine complicité.
10:02D'ailleurs, c'était le problème des gilets jaunes.
10:04Tous les gilets jaunes ne cassaient pas,
10:06mais bien des gilets jaunes trouvaient que la casse
10:09était une bonne chose,
10:10qu'elle faisait partie de l'expression.
10:12Donc, il faut plutôt que nos concitoyens s'interrogent
10:15sur l'adhésion que certains peuvent donner
10:18dans ces manifestations-là.
10:20Et puis, encore une fois, je le rappelle,
10:22c'est aux organisateurs de faire leur service d'ordre.
10:26Et quand ce n'est pas possible,
10:29évidemment, lors d'une journée comme le 5 novembre,
10:31il va y avoir un encadrement.
10:32Mais quand il y a des manifestations non déclarées...
10:34Je prends par exemple l'exemple de Marseille.
10:35Est-ce que c'est une spécificité ?
10:37Nous recevions ici même le maire de Marseille,
10:40Benoît Payan, qui dit « ça suffit ».
10:42Plus jamais ça.
10:42Est-ce qu'il y a une spécificité à Marseille ?
10:44On a vu quand même des scènes,
10:45des situations hors de contrôle autour de la plaine.
10:48Notamment, vous connaissez bien la ville,
10:50monsieur le préfet.
10:51Par exemple, dans une telle situation,
10:53est-ce que vous imaginez que certaines forces de l'ordre
10:55pourraient aller en petit nombre ?
10:57Non, mais on ne va jamais en petit nombre
10:58dans des moments d'intensité de maintien de l'ordre.
11:02Quel est le risque ?
11:03Un petit nombre, c'est qu'il y a beaucoup de blessés,
11:05voire des morts du côté des FSI,
11:07des forces de l'ordre.
11:09Donc, il faut y aller suffisamment d'effectifs
11:12pour ne pas se mettre en danger
11:14et mettre les manifestants en danger.
11:16Non, Marseille, je ne pense pas que ça soit
11:18un cas de figure spécifique.
11:19Par contre, il faut bien connaître Marseille.
11:21Il y avait une excellente préfète déléguée
11:23qui s'appelait Frédéric Camilleri,
11:25qui a été longtemps une de mes collaboratrices,
11:27et qui avait parfaitement réussi dans ce poste,
11:29et qui montrait bien qu'une connaissance du terrain,
11:31une tactique adaptée,
11:33apportait des résultats tout à fait efficaces.
11:36Il y a le maintien de l'ordre,
11:37il y a aussi une forme de haine,
11:38une dimension de haine qui s'est enquistée dans le pays.
11:41Contre cela, aucun outil,
11:44aucun maintien de l'ordre,
11:45aucun ordre,
11:46aucune consigne ne peut rien y faire.
11:48Nous sommes d'accord.
11:48Mais vous savez, la police n'est pas chargée
11:50de la police des idées.
11:52On dirait parfois, non ?
11:53Ce n'est pas la police des cerveaux.
11:55Non, mais ça, c'est la tâche du politique.
11:57Et puis, c'est la responsabilité de nos concitoyens.
12:00C'est eux qui détermineront leurs élus.
12:02Vous savez, c'est à eux de choisir.
12:05S'ils veulent choisir des élus
12:07qui, dans les moments d'intensité
12:09où le pays est menacé,
12:11ne tiennent pas la route,
12:12c'est de leur responsabilité.
12:14C'est notre responsabilité collective.
12:15Vous parlez du mot responsabilité,
12:17c'est très important, dédié,
12:18également, on va s'y arrêter.
12:19Quand les organisations d'une manifestation,
12:21les organisateurs ne sont pas d'accord sur les tracés.
12:24Et que le préfet doit attendre jusqu'au dernier moment.
12:28Comment on anticipe ?
12:29Paris, la fois dernière,
12:31jusqu'à tard dans la nuit,
12:33il y a eu un imbroglio judiciaire.
12:35Le Conseil d'État a besoin de trancher cela.
12:39Qu'est-ce que ça vous inspire ?
12:40Vous avez connu une telle situation
12:41de dernière minute ?
12:43Oui, bien sûr, on a connu des situations de cette nature.
12:46D'abord, ce qui serait plus simple,
12:48c'est que les organisateurs de manifestations
12:51ne déposent pas des parcours
12:52qui, dans le contexte,
12:54sont à l'évidence impossibles.
12:55Monsieur le préfet, c'est la liberté quand même.
12:57Oui, mais la liberté,
12:58ce n'est pas la liberté de faire n'importe quoi.
13:00Il y a une responsabilité,
13:01puisque vous aimez ce terme-là à juste titre.
13:03Il y a quand même une responsabilité.
13:05Quand je vois que les manifestants,
13:07lycéens, étudiants,
13:09volader du Panthéon au siège du MEDEF
13:11dans le 7e, si je ne m'abuse,
13:14est-ce que c'est bien raisonnable ?
13:15Est-ce que c'est bien sérieux ?
13:17Alors, qu'il s'est passé ce qui s'est passé le 17e ?
13:20Même chose.
13:21Je comprends parfaitement
13:22que la préfecture de police
13:24interdise, comme elle l'a fait la semaine dernière,
13:27une manifestation qui repassait aux mêmes endroits
13:29que ceux qui avaient été dévastés.
13:31La responsabilité,
13:33c'est aussi de tenir compte du contexte.
13:35Ce n'est pas simplement de s'attacher
13:36à la symbolique de son action.
13:38Pardonnez-moi,
13:38mais les magistrats de la justice administrativiste
13:41jugent en droit
13:41ou ils jugent en fonction du contexte ?
13:43Mais ils jugent en droit.
13:44Mais heureusement qu'il y a une juridiction suprême
13:46qui s'appelle le Conseil d'État
13:47qui a dit finalement le droit.
13:48Et le Conseil d'État a été très clair.
13:50Le préfet de police,
13:51Patrice Faure,
13:52avait parfaitement raison.
13:53Vous aussi d'ailleurs,
13:54vous avez déjà été censuré
13:56par des autorités administratives.
13:57Oui, bien sûr.
13:58J'ai eu des interdictions annulées
13:59par des tribunaux administratifs,
14:01par le tribunal administratif de Paris.
14:03Oui, bien sûr.
14:03Ça m'est arrivé.
14:04Mais ça, c'est le droit, après tout.
14:06Ce sont des choses
14:08qui peuvent arriver.
14:10Je dis simplement,
14:11on est dans un moment
14:12un petit peu particulier.
14:14parce que comme ça s'est passé
14:15au moment des Gilets jaunes
14:16en décembre
14:17et puis ensuite en mars
14:18après l'incendie du Fouquette,
14:20on voit bien que le 17
14:22a été un marqueur dans les esprits.
14:25Et puis, derrière ça,
14:26vous avez nos concitoyens
14:27qui ont eu peur.
14:28Parce qu'il y a des gens
14:29qui ont eu peur.
14:29Il y a des commerçants
14:30qui ont été terrorisés,
14:32dévalisés,
14:33vandalisés
14:33et mis sur la paille,
14:35si vous me permettez l'expression.
14:37Donc, il faut quand même
14:37tenir compte un petit peu de tout ça.
14:39Et puis, on n'est pas dans un monde
14:42particulièrement facile
14:43sur le plan économique.
14:44Notre situation économique
14:45est quand même très mauvaise.
14:47À qui vous dites tout cela ?
14:48Je dis tout ça comme citoyen.
14:50Moi, aujourd'hui,
14:50je ne suis pas...
14:51Je ne suis plus un préfet.
14:52Non, non, mais à qui vous le dites ?
14:52Parce que les manifestants manifestent.
14:55Est-ce que c'est aux politiques
14:56de trouver une issue politique ?
14:57Parce que là,
14:58il est vrai que...
14:59Voilà trois samedis consécutifs,
15:00M. le Préfet,
15:01que de nombreuses villes
15:02sont quand même sous cloche.
15:03On va en parler d'ailleurs.
15:04Que les commerçants
15:05sont à bout de souffle.
15:07Que les forces de l'ordre
15:08sont exténuées.
15:09Que certains sont aux abris.
15:10Que les musées sont fermées.
15:11C'est une situation
15:12d'exception quand même.
15:14Vous-même,
15:14vous avez, malgré tout,
15:16avec les Gilets jaunes,
15:16vous avez déjà vécu ça
15:18sur tout le territoire.
15:20Oui.
15:20On a...
15:21Sur tout le territoire,
15:22si, avec les Gilets jaunes,
15:22on l'a eu.
15:23Mais encore une fois,
15:24les crises,
15:24il y a des moments
15:25d'intensité haute.
15:26Après, elles redescendent.
15:28Et puis, ça peut
15:29donner l'impression
15:30que ça se retarde.
15:31Et là, votre pronostic ?
15:33Moi, je suis très inquiet.
15:34Mon pronostic,
15:36si vous voulez,
15:36je l'ai donné,
15:37en fait, mon pronostic
15:38dès la fin 2022
15:39en produisant
15:40un petit opuscule
15:41où je disais
15:43les prochaines manifestations
15:44ne seront sans doute
15:45pas jaunes,
15:46mais on aura
15:47une contestation sociale
15:48assez violente
15:49parce que c'est la façon
15:50dont aujourd'hui
15:51s'exprime cette société.
15:53Il ne faut pas penser
15:54que la contestation
15:55échappe.
15:56Pas toute la contestation,
15:57mais une partie
15:58de la contestation.
15:59Non, mais je voudrais
15:59revenir sur les organisateurs
16:01des manifestations.
16:02Moi, je me souviens,
16:03parce que je commence
16:04à avoir de nombreux cheveux blancs,
16:05comme vous le voyez,
16:06de manifestations
16:07organisées par le Parti communiste
16:09et la CGT de l'époque.
16:11Les gauchistes,
16:11ils étaient mis dehors
16:13par des services d'ordre musclés
16:15qui tenaient la manifestation.
16:17Et alors là,
16:17pourquoi ne le sont-ils pas ?
16:18Les organisateurs ne tiennent plus
16:20leurs manifestations.
16:20Donc, quand on déclare,
16:22on prend la responsabilité...
16:23Mais parce qu'ils sont débordés ?
16:25Parce qu'ils sont compliqués ?
16:26Manifestement,
16:27ils n'ont pas l'organisation
16:28qui leur permet d'eux.
16:29Mais quand on appelle
16:30des dizaines de milliers
16:31de personnes
16:31à venir manifester,
16:33il faut quand même
16:34savoir qu'on a
16:35la responsabilité juridique
16:37de le faire
16:37et qu'on doit assumer aussi
16:39la protection des manifestants.
16:41Ce n'est pas simplement
16:42le boulot de la police.
16:42Aujourd'hui,
16:43on considère la police
16:44et la gendarmerie
16:44comme devant régler
16:45tous les problèmes.
16:46Mais que chacun balaye
16:47un peu devant sa porte.
16:49À bon entendeur,
16:50je voudrais conclure
16:51sur deux choses.
16:52L'autodéfense face au pillard,
16:54c'est un risque
16:55ou une réalité ?
16:55Vous le craignez ?
16:56Ou alors vous dites
16:57écoutez,
16:58protégez-vous ?
16:59Surtout,
17:00ne le faites pas.
17:00Je dis à nos concitoyens,
17:02surtout ne faites pas ça.
17:03Parce que d'abord,
17:04la violence physique
17:05est dangereuse
17:06pour les gens
17:07qui s'y engagent.
17:08Et puis deuxièmement,
17:09notre droit pénal
17:11l'interdit.
17:12sauf la légitime défense.
17:14Mais c'est très compliqué
17:15à démontrer la légitime défense
17:16dans des cas comme ça.
17:18Donc épargnons des vies,
17:19ne nous lançons pas
17:20dans des choses
17:21absolument délirantes.
17:23Et idéalement,
17:23qu'on soit obligé
17:24de protéger des lieux de pouvoir,
17:25c'est donc que l'attaque
17:27des symboles
17:27de notre République
17:28par les ultra-violents
17:29est devenue un objectif
17:30assumé, affiché, régulier.
17:33Donc les mairies,
17:34l'Assemblée nationale,
17:35l'Élysée ?
17:36La prise de l'Élysée
17:37est un objectif
17:38pour un certain nombre
17:39de manifestants
17:41qui...
17:42La prise de l'Élysée ?
17:42Oui, la prise de l'Élysée.
17:44Vous savez,
17:44cette rhétorique
17:45de la prise du palais d'hiver.
17:47Bolchevique,
17:47on va toujours prendre
17:48le symbole du pouvoir.
17:50Donc tout ça agite des têtes.
17:51Et ils attendent tous
17:52l'étincelle.
17:53Vous savez,
17:53on dit en russe
17:54l'ISCRA.
17:55C'était le nom
17:56de la publication
17:57des Bolcheviques.
17:59Joue enfin,
18:00il déclenche le feu.
18:01Voilà,
18:01tout ça est une vieille rhétorique.
18:03histoire de jacquerie
18:05où là,
18:05vous dites,
18:06attention,
18:06là,
18:07ça peut arriver.
18:08Mais la France
18:09a eu toujours
18:10des périodes troublées,
18:11mais on n'est pas
18:12à l'abri,
18:14on n'est pas
18:14dans un monde
18:15parfait.
18:16Vous voyez,
18:16en ce moment,
18:17il y a une géopolitique
18:19extrêmement catastrophique.
18:20Moi,
18:20je me souviens
18:21quand le général
18:21Mandon,
18:22le chef d'état-major
18:23des armées,
18:24a fait un appel
18:25en disant
18:26nous avons un risque
18:27de guerre,
18:28mais il s'est fait
18:28moquer,
18:29critiquer,
18:29alors que courageusement,
18:30il avait mis
18:32très précisément
18:33l'ensemble
18:34des uns et des autres
18:35devant leur responsabilité.
18:36Oui,
18:36nous avons un risque de guerre.
18:37Il a eu la phrase sur le sacrifice
18:38de nos enfants.
18:39Mais bien évidemment.
18:40Mais bien évidemment,
18:41la guerre,
18:41ça veut dire des morts.
18:43Mais si nous ne nous redressons pas,
18:45si nous n'avons pas
18:46la capacité de rebondir,
18:48moi,
18:48je crains beaucoup
18:49ce qui va se passer,
18:49non seulement au plan interne,
18:51mais au plan externe.
18:52Il faut absolument
18:53sauver notre économie
18:54et un jour,
18:55peut-être,
18:56il faudra défendre
18:56cette patrie.
18:57Et là,
18:58à ce moment-là,
18:58il faut que la nation française
19:00fasse corps
19:01parce que sinon,
19:02nous serons balayés
19:02comme nous l'avons été en 40.
19:03Nous serons balayés.
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