00:00Les premières réactions politiques, et puis on revient à vous, Marine Tondelier, qui est candidate à la présidentielle, responsable du
00:07parti Les Écologistes.
00:09Je posais la question, Marine Tondelier, à l'instant sur le plateau.
00:13Compte tenu de ce qui s'est passé, du traumatisme, du choc, de la sidération, de la désolation des images
00:18qui se poursuivent ce soir,
00:20est-ce que vous estimez que la locution du président de la République est à la hauteur des faits ?
00:28Écoutez, je vais commencer par le positif, parce que moi je n'attends pas grand-chose de ce président de
00:33la République, comme vous le savez,
00:34et donc j'ai été sensible à deux choses, je vais commencer par là.
00:37La première chose, c'est qu'il a dit que les revendications des manifestants et des lycéens étaient légitimes,
00:43donc je les répète pour tous les politiques qui sont incapables de l'affirmer.
00:48Le président de la République lui-même estime que ces revendications sont légitimes.
00:51Et deuxièmement, il a bien fait la différence, et ça aussi, beaucoup de politiques à droite en ont été incapables,
00:57il a bien fait la différence entre les manifestants et les casseurs.
01:00Et ça, je le dis, dans le moment très troublé, sidérant que nous vivons, c'était important qu'ils le
01:05disent.
01:06Ensuite, moi, je suis très déçue, évidemment, parce qu'il ne va pas au bout de son idée.
01:11Vous voyez, il a affirmé son soutien très fort, il a eu raison de le faire aux forces de l
01:15'ordre,
01:15il a affirmé son soutien très fort, il a eu raison de le faire aux commerçants,
01:19mais il n'a pas eu un seul mot, pas un seul mot, pour les deux manifestants qui ont été
01:24mutilés hier.
01:26C'est des choses très graves, normalement, un seul mutilé depuis tout le début de cette crise,
01:29tout aurait dû s'arrêter, on aurait dû dire, mais comment on fait, comment on change tout pour que ça
01:32n'arrive plus ?
01:33Là, on arrive à cinq, à six, à sept personnes mutilées,
01:36et une personne décédée hier dans le cortège, dont on ne sait pas encore si c'est un malaise cardiaque
01:40en lien ou pas avec la manifestation, mais ça doit quand même être souligné.
01:44Et puis, il a, par exemple, annoncé que les commerçants seraient aidés financièrement et très rapidement.
01:49Fort bien, mais il y a aussi une demande du maire de Lyon, du maire de Paris, du maire de
01:53Marseille,
01:53eux aussi, à être aidés, comme toutes les collectivités qui ont subi des dégradations,
01:57parce que l'État n'a pas su anticiper, pas su protéger nos villes, les institutions, les commerces, etc.
02:04Et donc, ça, je pense que c'est aussi un manquement.
02:07Et puis, surtout, M. Macron, mais ça, on le sait, jamais ne se remet en question.
02:11À aucun moment, il ne s'excuse de dire, nous avons raté quelque chose dans cette mobilisation,
02:16parce que ça fait maintenant un mois que les lycéens ont commencé à se mobiliser.
02:20Marine Tondelier, lui, ce qu'il demande...
02:21Le gouvernement a engagé un vrai dialogue, et ça, c'est quand même très dommage.
02:25Il demande même l'inverse, parce qu'il dit que c'est au responsable politique
02:28de condamner très fermement, très clairement, très directement,
02:31toutes les exactions, toutes les violences, tous les saccages, tous les pillages qui ont été commis.
02:37Il demande à chacun, finalement, de le faire clairement.
02:43Mais il a raison, il faut condamner toutes les violences.
02:45C'est ce que les écologistes font depuis le début.
02:47Et vous le savez, je l'ai fait dans chacune de mes interventions.
02:50Mais lui, je ne l'entends pas condamner toutes les violences.
02:52Et quand vous avez été dans un cortège, comme c'était moi, mon cas hier,
02:56avec beaucoup d'écologistes, beaucoup de manifestants pacifiques,
02:59que vous avez été gazé, que vous avez été nassé, que vous avez été chargé,
03:04alors que vous ne veniez avec aucune autre intention que celle de soutenir des revendications.
03:08On attend, évidemment, des excuses de l'État, de l'empathie.
03:12On attend d'un chef de l'État qui dit, écoutez, il va falloir qu'on regarde comment ça n
03:15'arrive plus.
03:16On veut que votre droit à manifester soit garanti dans ce pays,
03:19car c'est une liberté fondamentale et constitutionnelle.
03:21Et ça, je ne l'ai pas entendu ce soir.
03:22Pire, il nous convoque comme des enfants, c'est ça que j'ai compris,
03:26par la voix du Premier ministre qui va nous convoquer,
03:29pour qu'il puisse vérifier que chacun est bien clair sur le sujet.
03:32Mais moi, j'ai été claire hier, avant-hier, avant-avant-hier.
03:35Donc moi, il y a une raison pour laquelle je veux bien à la Matignon.
03:37C'est pour qu'on se mette autour de la table et qu'on se dise
03:39quelles solutions on apporte maintenant aux crises qu'on traverse,
03:42à la crise écologique, à la crise sociale, à la crise démocratique, à la crise lycéenne.
03:46Là, je viendrai et je serai ravie de pouvoir discuter pour l'intergénier les Français.
03:50Je ne viens pas convoquer pour pouvoir aller au tableau
03:53et devant les autres chefs de parti, m'excuser de je ne sais pas quoi que je n'aurais pas
03:57fait.
03:58Ou redire des choses que j'ai déjà dites sur tous les plateaux télé.
04:00Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Pour qui nous prend-il ?
04:02Pour des enfants aussi ?
04:03À un moment, c'est quand même choquant comme manière de faire.
04:05Il ne se remet pas en question et en plus, il nous convoque comme au tribunal,
04:09comme si on allait être en garde à vue pour se justifier.
04:11Mais se justifier de quoi ?
04:12Excusez-moi, je ne suis pas présidente de la République, pas encore.
04:15Je ne suis pas Premier ministre, pas encore.
04:16Je ne suis pas ministre de l'Intérieur.
04:18Ce n'est pas à moi de m'expliquer et de m'excuser.
04:19C'est leur responsabilité.
04:20Ils ont failli.
04:21Ils ont voulu traiter une crise lycéenne uniquement par la répression.
04:24Ils ont fait monter cette colère sans à aucun moment essayer d'établir un dialogue constructif
04:28et apporter des réponses concrètes aux revendications.
04:32Et donc, les manifestations ont grossi.
04:33Madame Tondelier, écoutez-moi.
04:34Des casseurs en ont profité pour casser et des pilleurs en ont profité pour piller.
04:37Mais ce n'est pas de notre faute.
04:38Marine Tondelier, Marine Tondelier, moi, je veux comprendre quelque chose.
04:42Il y a des mairies, des mairies de gauche.
04:44Monsieur Benoît Payan en tête, qui sera avec nous dans quelques instants.
04:48Lui, il voulait plus de forces de l'ordre.
04:50Il voulait que les forces de l'ordre puissent arrêter les casseurs, les émeutiers.
04:53Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction majeure aujourd'hui ?
04:56Je vous interroge dans tout le courant de la gauche,
04:57qui, pendant des années, n'était pas pour tout, pour cet aspect sécuritaire.
05:02Et aujourd'hui, de demander ce qui a été dénoncé pendant des années.
05:08C'est une plaisanterie, Madame Mabrouk.
05:10Oh non, c'est une question de très légitime.
05:12Non.
05:13Je ne plaisante pas en ce moment.
05:15Écoutez, c'est très simple.
05:16La gauche a toujours soutenu la fonction publique,
05:19tous les fonctionnaires et tous les postes de fonctionnaires.
05:21Ce n'est pas les écologistes, les insoumis, les communistes, les socialistes
05:24qui ont supprimé les postes de policiers.
05:26C'est Nicolas Sarkozy, 13 000 postes.
05:28Ce ne sont pas les écologistes, les communistes, les socialistes et les insoumis
05:31qui ont supprimé la police de proximité.
05:33Ça aussi, c'était Sarkozy.
05:35Nous n'avons jamais voulu moins de forces de l'ordre.
05:37Nous avons voulu que chaque Français puisse être correctement protégé
05:40avec une doctrine de maintien de l'ordre qui permette la confiance
05:43entre les manifestants, les Français et les policiers.
05:46Et surtout, nous souhaitons que ces forces soient utilisées à bon escient
05:50et de manière proportionnée.
05:51Moi, je vous le dis, j'ai eu l'impression hier que les forces de l'ordre
05:54mettaient plus d'énergie à aller réprimer des manifestants
05:59qui, pour certains, n'avaient rien à voir dans aucune violence
06:02qu'à les protéger des commerçants.
06:03J'ai changé avec le maire du 11e arrondissement, David Béliard,
06:06avec des élus du secteur écologiste qui m'expliquent
06:09que les commerçants boulevard Voltaire, de 19h à 1h du matin,
06:13se sont fait piller, ont défendu eux-mêmes leur commerce
06:16en se mettant ainsi en danger.
06:17Pourquoi ils ont fait ça ?
06:18Parce que la police leur disait, on ne peut pas venir, débrouillez-vous.
06:21Ils ont vu en tout et pour tout, entre 19h et 1h du matin,
06:23deux voitures de police passer boulevard Voltaire sans même s'arrêter.
06:27Et à 1h du matin, les CRS sont arrivés, ont matraqué à tout va.
06:30Et la dame qui protégeait son petit supermarché avec son fils
06:34depuis des heures et des heures, c'est le fait matraquer par les CRS
06:37parce qu'ils ont matraqué tout le monde
06:38et à finir l'hôpital avec 12 points de suture.
06:40Donc vous voyez, le sujet c'est le nombre de forces de l'ordre
06:43et on a toujours défendu qu'il fallait arrêter de supprimer les postes
06:45dans la police comme dans toute la fonction publique
06:49mais c'est aussi la doctrine du maintien de l'ordre
06:51et comment c'est organisé.
06:52Et hier, je suis désolée, j'aurais aimé le président,
06:55entendre le président amorcer le début d'un commencement de mea culpa
06:59en disant quelque chose n'a pas fonctionné, on va y remédier.
07:02Parce que ce qui s'est passé hier, en tant que manifestante,
07:05en tant que citoyenne, en tant que française,
07:06en tant que téléspectatrice et en tant que responsable politique,
07:10plus jamais je ne veux le vivre. Plus jamais.
07:12Merci Marine Tondelier, merci pour votre première réaction.
07:15Ce soir, après la locution du président de la République sur BFM TV,
07:19vous le voyez dans quelques instants, ce sera le maire de Marseille
07:21et puis Éric Zemmour et puis le maire de Nice.
07:23Sa ville a été en partie ravagée également.
07:26Alain Duhamel, quand on entend la première réaction de Marine Tondelier,
07:30il nous prend pour des enfants.
07:32Aucun met un coup le pas sur ce qui s'est passé,
07:34comme si en fait tout était déjà réglé.
07:37Que pensez-vous de ces premières réactions ?
07:39Je pense surtout qu'hier a été une journée exceptionnellement violente,
07:45que les Français ont assisté à tout ça en les regardant à la télévision
07:50ou en y participant ou en s'en offusquant.
07:54Il me semble que la question aujourd'hui n'était pas de s'en prendre aux forces de l'ordre
07:59qui ont fait leur métier et apparemment qu'ils l'ont fait correctement.
08:04La question c'est de maintenant de revenir à une forme de dialogue.
08:10Ça c'est nécessaire, mais c'est évidemment insuffisant.
08:14Et puis d'essayer de tirer les conséquences.
08:17Parce que d'une part, manifestement, l'anticipation a été ratée.
08:24Et d'autre part, parce que la réponse qui est donnée aujourd'hui
08:30ne donne pas le sentiment qu'il va y avoir maintenant des réflexions,
08:35des nouveautés ou des décisions à la hauteur de ce qu'on a connu hier.
08:39Ce qu'on a connu hier, moi franchement, ça me rappelait exactement
08:42ce que j'ai connu de près en 1968, sous mes fenêtres.
08:46Eh bien hier, sous mes fenêtres, c'était pareil.
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