00:11En quelques minutes, nous reviendrons sur les grands arbitrages, les grandes publications du jour avec Alain Dubreuil.
00:16Juste avant, c'est Christian Biteau qui vient de nous rejoindre en plateau, professeur de finances à l'ESSEC.
00:20Bonjour Christian.
00:21Bonjour.
00:21Merci de nous accompagner ce matin. Dans un instant, nous parlerons des prix de l'énergie.
00:26Mais juste avant, si on regarde un petit peu le tableau de bord des marchés, c'est vrai qu'il
00:29y aurait des raisons de s'inquiéter avec ces prix des matières premières qui continuent de grimper.
00:34Donc 115 dollars pour le Bren, 97 euros le mégawatt-heure de gaz, un marché obligataire qui se détend un
00:40petit peu mais qui reste quand même sur ses plus hauts annuels.
00:43Et malgré cela, vous nous dites, la confiance, elle est là.
00:45Alors c'est vrai que nous, en France, il y a un climat qui est quand même assez difficile.
00:48Mais si on sort de nos frontières, on a un climat des investisseurs qui est toujours très bon.
00:51Le contraste est vraiment saisissant parce qu'il n'y a pas que le problème politique interne à la France.
00:56Vous savez qu'il y a aussi des problèmes de climat social en Espagne, en Italie, des problèmes d'incertitude
01:02sur les élections aux Etats-Unis.
01:03En Israël, le résultat est encore inconnu ce matin.
01:06Et puis les problèmes géopolitiques qui ne sont pas résolus.
01:08Et ce qui est assez surprenant, c'est de voir que les marchés ont l'air d'être vraiment, vraiment
01:12confiants, bien orientés.
01:14Je le mesure avec deux indicateurs. Il y en a plein.
01:17Premier indicateur, le VIX. C'est le prix des options de couverture sur le S&P 500.
01:22Donc si vous voulez vous assurer à la baisse, vous achetez des options sur le S&P 500.
01:26Ce prix est bas. Alors qu'en période de tension, normalement, le prix des options est plus cher.
01:31On cherche à se couvrir. Il est bas, il est à 17 pour les spécialistes, 17%.
01:35Le niveau d'alerte, c'est 20%. Donc tout a l'air d'aller bien sur le S&P 500.
01:39Et puis un autre indicateur pour la zone euro. Voilà, celle qui est particulièrement visée.
01:43Un nouvel indicateur, même s'il est calculé avec un long historique, qui est produit, calculé par la Banque Centrale
01:49Européenne.
01:50Le News of CISS.
01:52C'est un indicateur composite du stress sur les dettes souveraines, donc les dettes d'État en zone euro.
01:58Précieux, puisque c'était l'actualité depuis quelques jours.
02:01Et quand on regarde cet indicateur calculé tous les jours par la BCE,
02:05on constate bien entendu que l'indicateur sur la dette souveraine de la France s'est écarté.
02:09Il est beaucoup plus fort. Il est monté à 0,26. C'est entre 0 et 1, cet indicateur.
02:14Alors 0,26 c'est élevé parce que l'ensemble des dettes de la zone euro, des dettes d'État,
02:19ont un indicateur à 0,026. C'est-à-dire 10 fois plus bas.
02:24Donc effectivement, la France dérive.
02:25Est-ce que c'est grave ? J'ai l'impression dans les commentaires de la BCE
02:29qu'elle considère que ce n'est pas encore trop grave,
02:31puisque cet indicateur, son niveau d'alerte, c'est 0,4.
02:35On est à 0,26. 0,4 parce que c'est le niveau qu'on avait atteint lors de la
02:41dernière crise,
02:42la première fragmentation. C'était le cas de l'Italie.
02:45Ça remonte à 2022 et on était monté à 0,40.
02:48Donc on n'est pas encore au seuil d'alerte.
02:50D'ailleurs, ça s'est un tout petit peu calmé.
02:51Vous le voyez, le spread est revenu vers 156 points de base, je crois, ce matin,
02:56entre les OAT et le Bound.
02:58Donc le marché est confiant.
03:00Le marché, il est confiant grâce notamment aux résultats d'entreprises.
03:03On en parlera dans un instant, mais quels sont les autres points
03:05qui font que pour l'instant, ça tient ?
03:07Alors, je vous donne trois raisons rapidement.
03:08Il y a certainement d'autres, mais trois raisons.
03:10Les nouvelles économiques, macroéconomiques, qui sortent tous les jours,
03:14sont excellentes. Je mets la France à part.
03:16Mais regardez, par exemple, sur les États-Unis,
03:18même le gros, le moteur aujourd'hui de la croissance économique mondiale.
03:21Hier, on a eu la croissance des commandes de biens durables à l'industrie
03:25plus 1,8% sur un mois. Très fort chiffre.
03:27On a eu la confiance des consommateurs qui se redressent,
03:30bien au-delà des attentes des consommateurs américains,
03:33alors qu'on est à la veille d'élections éventuellement chahutées.
03:37Certaines, donc tous les indicateurs économiques,
03:39vont dans le sens d'une forte croissance économique.
03:41D'où les résultats, vous les commenterez après,
03:44des entreprises qui sont bons.
03:45Deuxième raison, le risque sur la hausse des taux d'intérêt.
03:48Mais mon pronostic personnel, c'est que d'abord,
03:50la Fed va agir soit, pas du tout, ça sera aujourd'hui,
03:55soit seulement de 0,25%,
03:56puisque la Fed est coincée, en quelque sorte,
04:00par le marché du travail américain.
04:02Les derniers chiffres ont montré 29 000 créations d'emplois.
04:05C'est finalement peu.
04:06La moyenne mensuelle de création d'emplois aux États-Unis,
04:10c'est 120 000.
04:11Donc à 29 000, la Fed doit se préoccuper
04:14d'un marché du travail américain qui est assez faible.
04:16Il n'est pas trop tendu,
04:18ce qui fait qu'elle n'est pas enclin à remonter trop ses taux d'intérêt.
04:22C'est peut-être une des conséquences de la mise en place
04:24de l'intelligence artificielle et des gains de productivité.
04:27Donc pour la Fed, hausse des taux 0,025, en tout cas très modérée.
04:30La BCE, idem.
04:32Pour la BCE, il y aura peut-être 0,25.
04:34Je parlais plutôt pour le zéro,
04:36compte tenu du dernier rapport sur les conditions du crédit en zone euro.
04:39La BCE elle-même constate que le crédit depuis un an a été bon,
04:43plus 4,3% de progression globale en net des crédits en zone euro.
04:47Donc il y a assez de crédit, il n'y a pas d'assèchement.
04:50En revanche, les orientations pour les semaines à venir ne sont pas bonnes du tout.
04:55Les banques déclarent dans un sondage
04:56qu'elles ont resserré leurs conditions du crédit.
04:59Et puis surtout, si on regarde les derniers chiffres,
05:02on constate qu'il y a 27% de demandes de crédit en moins
05:06dans le domaine de l'immobilier en zone euro.
05:08Pour les crédits des entreprises, pour les crédits à la consommation,
05:12c'est 6% en moins.
05:13Donc dès maintenant en fait, les demandeurs de capitaux se restreignent d'eux-mêmes.
05:18Ce qui est génial, la BCE peut dire que le marché s'est auto-régulé.
05:21Pourquoi est-ce qu'il y a la moindre demande de crédit ?
05:23Tout simplement parce que les taux d'intérêt ont monté.
05:25Et donc on est moins enclin à emprunter à 4, 5, 6% pour acheter de l'immobilier,
05:32ce qui freine le marché, ce qui va freiner la consommation.
05:35Et c'est l'objectif de la BCE, contrôler l'inflation par moins de crédits,
05:41moins d'activités d'emprunt, de façon à ralentir la demande
05:45et conserver une inflation qui est encore aujourd'hui à plus 3,8%.
05:50Avec aujourd'hui des doutes sur la dernière partie de l'année
05:54et surtout le premier trimestre 2027, avec des répercussions, des hausses de prix.
05:59Vous le voyez, que ce soit dans la publication de Saint-Gobain hier soir,
06:03dans la publication de Danone ce matin, les entreprises sont bien obligées
06:06de faire passer ces hausses de prix.
06:08Alors c'est la clé absolue, c'est-à-dire est-ce qu'on n'a pas ?
06:10Parce que finalement le choc pétrolier continue.
06:13Le dernier choc pétrolier qui remonte à 2022, que je ne fasse pas d'erreur,
06:19quand on est arrivé au mois de novembre, le prix du baril de Brent
06:21était déjà quasiment revenu à son point de départ.
06:25Aujourd'hui non, puisqu'on est à 115, 116 dollars,
06:28le prix du baril de Brent c'est un choc qui perdure,
06:30qui est en train de transiter puisque les prix à la production industrielle
06:34que vous avez commenté, ils sont forts, ils sont élevés
06:36puisqu'on monte à 8% en zone euro, on monte à 6%, 6,3% aux Etats-Unis.
06:42Il ne faudrait pas que ça continue en bout de chaîne.
06:45Ce qui pour le moment freine cette transmission,
06:48cet effet de second tour, c'est l'évolution des salaires
06:52qui semble raisonnable, commentaire des banques centrales,
06:55puisqu'aux Etats-Unis, sur un an, le total des salaires américains
06:59a progressé de 4,17%.
07:02De mémoire, ce n'est pas énorme, 4% par rapport à 3,5% de l'inflation, ça va.
07:06En zone euro, c'est plus 3%.
07:08Là aussi, ça va.
07:10C'est cet indicateur-là que les banques centrales vont regarder de près,
07:13parce que si on passe à la spirale salaire-prix,
07:16là on est cuit comme en 2022, c'est-à-dire on se retrouve
07:18avec une inflation qui pourrait monter à 10%.
07:20Pour le moment, on a cette première étape,
07:22mais les industriels ne répercutent pas forcément tout
07:25dans leur prix final, dans leur prix à la consommation,
07:28parce qu'il y a peut-être un début de gain de productivité.
07:31En tout cas, aux Etats-Unis, il y en a un.
07:33C'est mesuré, la productivité s'est améliorée de 2,2% depuis un an.
07:37Ça permet de compenser la hausse des prix de l'énergie
07:40par des gains de productivité,
07:42sans pour autant immédiatement changer les étiquettes pour les consommateurs.
07:46Et quand vous regardez le marché, à 6 mois, 12 mois,
07:49il n'anticipe pas une inflation hors de contrôle dans la BCE,
07:54en zone euro, pas du tout.
07:55Non, non, non, sur les indicateurs d'inflation anticipée,
07:59pour l'inflation anticipée, on regarde le marché
08:01des obligations indexées sur l'inflation,
08:03ça donne une information précieuse.
08:04On en a en France, ce sont les OATI indexées sur l'inflation.
08:08Elles nous donnent aujourd'hui comme cotation
08:10que les investisseurs qui achètent
08:12ces obligations indexées sur l'inflation,
08:15à ce prix-là, anticipent une inflation dite point mort,
08:19qui serait de 2,3% d'ici 4 à 5 ans.
08:23Donc ça veut dire que les investisseurs anticipent.
08:25Bien sûr, on a aujourd'hui une inflation qui est à 3,8%,
08:28mais elle devrait, en France, à 3,1%,
08:31mais elle devrait revenir vers la normale.
08:33C'est-à-dire que le choc finira bien par passer.
08:35Les investisseurs sont assez optimistes sur la résolution
08:38des problèmes géopolitiques qui restent tout de même encore d'actualité.
08:41Et sur la partie actions, aujourd'hui, beaucoup d'investisseurs sont prudents,
08:44beaucoup de banques sont passées à neutre sur la partie actions,
08:47après un très beau parcours depuis le début de l'année,
08:49notamment aux États-Unis, où les indices gagnent plus de 10% en dollars
08:52et beaucoup plus en euros.
08:54Est-ce que le marché n'est pas complaisant face à ces risques ?
08:58On a parlé des matières premières, le stress obligataire.
09:01Aujourd'hui, est-ce qu'il y a encore des raisons d'acheter des actions
09:04à court terme ou non, il y a moins de potentiel ?
09:06Écoutez, non, il est bien pressé.
09:08Alors, la plupart des gestions et des maisons sont passées à ce qu'on appelle neutres.
09:13C'est-à-dire que ce n'est pas le moment de prendre des paris
09:14quand on est en saison de publication des résultats.
09:17Mais le début de ces publications de résultats sont excellentes, en fait.
09:21Et donc, on est en train de conforter un marché d'action qui tient
09:24parce qu'il y a de la croissance et des bénéfices.
09:26Et suffisamment de croissance et de bénéfices pour absorber le choc
09:30qu'on connaît sur les taux d'intérêt maintenant.
09:32Si les taux d'intérêt reviennent vers le raisonnable,
09:35c'est-à-dire si l'inflation ne va pas au-delà de ces 3-4%,
09:39si on reste dans ce cadre-là, on aura les taux qui vont rebaisser.
09:43Une activité économique qui est, et c'est une grosse surprise,
09:45beaucoup plus forte que prévu.
09:47Donc, il va falloir se repositionner très rapidement.
09:50Il y a les résultats de l'entreprise.
09:52C'est vrai qu'il y avait une déception sur Microsoft, Amazon,
09:55vous allez en parler, ça sera pour ce soir.
09:57Mais enfin, quand on voit les résultats de SKNX,
09:59on se dit que ça y est, ça continue, il y a bien de la croissance.
10:02Et surtout, le marché a acheté cette publication, plus 10,
10:05alors qu'on a eu beaucoup de bonnes publications ces derniers jours
10:07qui n'ont pas été achetées, voire même parfois qui ont été vendues.
10:11Donc, les résultats d'entreprise, ça reste encore et toujours le point à surveiller.
10:15À surveiller et aussi le moteur.
10:17Sinon, on se dit qu'avec une telle hausse de taux,
10:18le marché devrait perdre 10 à 15 %.
10:20On l'a connu en 2022, maintenant, parce que les résultats sont au-dessus.
10:24Merci beaucoup, Christian Biteau, de nous avoir accompagné ce matin.
10:26Professeur de finance à l'ESSEC.