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  • il y a 22 minutes
Chaque week-end, Alice Darfeuille vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00On va passer à notre débat du vendredi soir. Ils ont été patients, je vais appeler évidemment Mourad Batik, avocat
00:06pénaliste,
00:07que je voulais asseoir ce soir en face de Louis Sarkozy. Bonsoir. Éditorialiste, non j'allais dire éditorialiste BFMTV, pas
00:15encore, écrivain, conseiller municipal de Menton, bienvenue.
00:19Si vous me prenez, je vous accepte, Madame D'Arcée.
00:21A vous m'accepter.
00:22Avec plaisir.
00:23C'est trop gentil. Bonsoir à tous les deux. Bienvenue, bonsoir Mourad Batik.
00:27Bonsoir.
00:27Un président attrape dans la foulée d'un attentat terroriste, un Premier ministre à Limoges dans une mairie brûlée la
00:33semaine dernière,
00:34un ministre de l'Intérieur qui doit faire face à une nouvelle journée de manifestation ce samedi, partout en France,
00:39et notamment là où le Rassemblement national va se réunir à Orléans. On a quand même l'impression que notre
00:46pays est chahuté comme rarement.
00:49Est-ce que vous diriez l'un et l'autre, l'un ou l'autre, que notre pays est au
00:54bord de la guerre civile ? Je vais commencer avec vous Mourad Batik.
00:56Non, je ne crois pas qu'il soit au bord de la guerre civile. Je pense qu'il y a
01:00un droit fondamental qui a été exercé, c'est le droit de manifester.
01:04Et donc nécessairement, ce droit, il a été mal encadré et ça a conduit évidemment à des débordements.
01:10Mais de ces débordements, on ne doit tirer des conséquences que sur le gouvernement en réalité,
01:15qui se cache derrière le peuple et les manifestants pour se cacher de sa propre responsabilité, de ses propres turpitudes.
01:23La réalité, c'est qu'on essaye aujourd'hui de questionner le droit de manifester.
01:29Je rappelle que c'est un droit sacré, que c'est un droit fondamental, que c'est un droit qui
01:33a été acquis depuis 1789.
01:35Si les Français n'étaient pas descendus dans la rue, nous serions en monarchie.
01:39Si en 1848, ils n'étaient pas descendus dans la rue, nous n'aurions pas le suffrage universel,
01:43nous n'aurions pas l'abolition d'esclavage.
01:44Tout ça pour vous dire quoi ?
01:45Donc quel que soit le contexte, le droit de manifester aujourd'hui, demain, après-demain, doit être sans limite ?
01:50Le droit de manifester doit être sans limite, non, parce que des limites, elles existent.
01:55Elles existent aujourd'hui, elles existaient hier.
01:57Il y a une autorité administrative en amont qui limite le pouvoir de manifester
02:01et le pouvoir judiciaire qui en avale vient sanctionner ceux qui commettent des infractions pendant les manifestations.
02:07La limite, elle existe et elle a toujours existé.
02:09Et la question qui se pose, ça n'est pas est-ce qu'il y a des limites ou est
02:12-ce qu'il n'y a pas de limites,
02:13c'est qui fixe la limite ?
02:16Depuis 1789, c'est la loi qui fixe la limite.
02:19Et depuis hier, on a un basculement inédit où le président souhaite poser la limite
02:25de ceux qui ont le droit de manifester et de ceux qui n'ont pas le droit de manifester.
02:29Donc je vous fais réagir, pente totalitaire ?
02:32Ah oui, complètement.
02:33Là-dessus ?
02:34Je partage le constat du maître.
02:38Je ne suis pas sûr que je partage le fait qu'on doit immédiatement disqualifier la possibilité
02:44d'une guerre civile, d'un conflit civil, d'un soulèvement qui ferait vaciller le régime.
02:47Les exemples historiques que vous évoquez avec justesse, d'ailleurs, je pense,
02:51peuvent être aussi évoqués en soulignant exactement cette possibilité.
02:54Nous vivons dans un pays qui a dans ses veines la capacité de soulèvement à n'importe quel moment.
02:59L'histoire du XIXe siècle français le montre.
03:02Vous avez mentionné 1830, 1848.
03:04On n'a pas besoin de parler du XXe, 1968.
03:06Les manifestantes étudiantes dans les années 80, dans les années 90,
03:10c'est quelque chose qui se passe ici de façon assez récurrente.
03:14Nous ne sommes pas comme les anglo-saxons avec des systèmes d'amendements constitutionnels
03:18qui arrivent à prévoir des problèmes un siècle et demi avant qu'ils deviennent chroniques.
03:21Chez nous, on a tendance à faire casser beaucoup de choses,
03:24à avoir beaucoup de souffrance, à avoir la rue qui pousse les réformes.
03:27Et je pense que je ne partage pas l'avis de beaucoup qui disent
03:30que la révolution, c'est pour le passé, la guerre civile, c'est pour le passé.
03:32Je pense qu'aujourd'hui, la France est sous une succession de crises.
03:36Crises économiques, crises démographiques, crises de l'immigration, crises du pouvoir politique.
03:41Et je pense que dans un cadre figure comme celui-là,
03:43avec le pessimisme qu'est celui de nos concitoyens,
03:45avec l'État faible, avec le président de la République absent comme nous avons aujourd'hui,
03:50c'est complètement possible qu'on vive un épisode qui peut ressembler à une guerre civile.
03:53Il n'était pas complètement absent la veille des manifestations.
03:56Il était en première loge au premier balcon du concert de Céline Dion.
04:00Ça, ça ne vous a pas plu ?
04:01On ne va pas revenir là-dessus.
04:03Mais est-ce que ce qui a été fait, pourquoi ça vous fait réagir ?
04:07C'est une erreur d'aller au concert de Céline Dion la veille, deux jours avant une manifestation ?
04:11Absolument.
04:12Et je pense que même le voyage aux Émirats arabes unis,
04:14Dieu sait qu'il y a un sujet immense avec l'Iran et avec le prix du gasoil, certes.
04:17Bien sûr que c'était une erreur.
04:18En France, nous sommes un pays, nous étions un pays monarchique, c'est encore dans nos veines.
04:22La parole du roi ou du président est sacrée.
04:25Quand il y a du problème dans les rues, quand il y a des manifestations telles que nous avons vécues,
04:29le chef doit être là.
04:30C'est ma conception de la politique, c'est ma conception de l'État.
04:33Même s'il y a des erreurs dans la police, même s'il y a des manifestations qui débordent,
04:36si le chef n'est pas présent, le pays prend froid.
04:39Mais là où vous n'êtes pas d'accord, c'est sur la manière dont on devrait encadrer ces manifestations.
04:43Vous vous dites qu'en fait c'est l'État qui est en train de prendre la main sur le
04:47pouvoir judiciaire
04:48lorsqu'Emmanuel Macron dit que les organisations syndicales ont le droit de manifester
04:52mais tous ceux qui ne sont pas dans ce cadre-là ne sont pas légitimes pour manifester.
04:56Et ça, vous dites, impossible.
04:58Mais qui pose le principe de la légitimité du droit à manifester ?
05:01Ça n'est pas une demande que fait le peuple et encore moins M. Macron
05:05qui doit être à l'entrée de ses manifestations pour dire
05:08« Toi tu passes, toi tu ne passes pas ».
05:09Ça n'a jamais fonctionné comme ça et ça ne doit jamais fonctionner comme ça.
05:12Les gilets jaunes, ça passe ou ça ne passe pas ?
05:14On devrait les laisser manifester ?
05:16Mais bien tout le monde devrait avoir le droit de manifester.
05:18On ne doit pas filtrer les manifestations.
05:21Seules les autorités administratives, le juge administratif a le droit,
05:25avec évidemment les préfets, de regarder des éléments objectifs
05:31pour voir si effectivement il ne va pas y avoir de débordement.
05:34Mais c'est ce qui se passe, Mourad Batik, non ?
05:36Ils doivent prévoir les fonctionnaires de police,
05:40ceux que l'on appelait hier les gardiens de la paix
05:43et que l'on appelle aujourd'hui les forces de l'ordre
05:44avec un glissement sémantique qui est dû à tous au faux hasard.
05:48Mais d'ailleurs, ce n'est pas moi qui le dis, c'est le ministre de l'Intérieur.
05:52Il a dit qu'il va augmenter les forces de police pour ce samedi.
05:56Ça veut dire une chose, ça veut dire qu'il n'y avait pas suffisamment de policiers
06:00la semaine dernière.
06:01C'est ça que ça veut dire.
06:01Ça, c'est sûr.
06:02Mais sur la manière de fonctionner, est-ce que c'est la bonne manière ?
06:05C'est-à-dire le fait de ne pas dire état d'urgence général,
06:08mais on prend des décisions à l'échelle locale.
06:11Alors déjà, un mot.
06:12Pour une fois, je suis relativement d'accord avec l'approche localiste.
06:15Je ne suis pas sûr que c'est le rôle du président de la République
06:17de dire que ce n'est pas la même situation à Nantes,
06:21qu'à Limoges, qu'à Paris ou qu'à Menton.
06:23Ce n'est pas la même chose.
06:24Donc qu'il y ait un pouvoir accru au maire.
06:26J'ai été candidat au municipal de la Menton.
06:28D'ailleurs, je pense que le maire est l'élu de la République le plus important.
06:30C'est lui qui doit avoir beaucoup plus de pouvoir.
06:32Là, c'est plutôt les préfets, en l'occurrence.
06:33Mais qui aussi participent à mon localisme,
06:35puisqu'ils sont beaucoup plus proches de leurs problèmes
06:37que le président de la République.
06:38Si je peux me permettre juste, bien évidemment,
06:40le droit de manifester est sacré, essentiel.
06:43C'est l'essence même d'une démocratie.
06:45Loin de moi, l'idée.
06:46Et loin de moi, ou loin de n'importe qui, l'idée d'éloigner ça,
06:50de n'importe qui, de rationnel.
06:51Mais, là où je pense, nous pourrons trouver un grain de désaccord.
06:54C'est sur le fait que je pense que l'autorité politique,
06:57quand elle est dans une démocratie telle que la nôtre,
06:59dans une situation où, oui, bien sûr qu'il y a toujours
07:02une menace totalitaire,
07:03mais que nous en sommes en vérité assez loin aujourd'hui,
07:05quand nous avons des débordements comme ceux que nous avons vécus,
07:08c'est normal que l'autorité politique, au bout d'un moment,
07:10dise, là, on va faire pause pendant un moment.
07:12C'est votre rôle, et je comprends tout à fait la démarche de dire,
07:14attention, c'est comme ça que la pente glissante commence.
07:16Moi, je pense que c'est justifié.
07:18Et d'ailleurs, je pense qu'un des grands débats
07:19dont la droite, en vérité, s'approprie assez peu
07:22la cause de nos jours,
07:24c'est que le politique, loin d'avoir trop de pouvoir,
07:26je pense, n'a plus de pouvoir.
07:28Et un des problèmes, dans les années à venir,
07:31sur le fait que les problèmes des Français ne sont pas réglés,
07:32les gens disent l'espérance de vie,
07:34les gens disent la démographie,
07:35les gens disent le pouvoir d'achat,
07:37les gens disent les salaires.
07:38Et regarde les politiques en disant,
07:40c'est à vous de régler les choses.
07:41Mais le politique français, aujourd'hui,
07:43évolue dans un environnement judiciaire,
07:47administratif, bureaucratique,
07:47tellement contraignant,
07:49qu'on a l'impression que le politique,
07:50on peut voter à droite, on peut voter à gauche,
07:51de toute manière, les institutions feront que ça ne bouge pas,
07:53et je pense que c'est un vrai problème.
07:54– Donc vous dites qu'il est normal qu'à un moment donné,
07:57le gouvernement, le président reprennent la main.
07:59– Si je peux permettre juste de résumer ça en une phrase,
08:01comme ça vous exprimez encore plus clairement votre désaccord,
08:04c'est que je pense que oui, que le politique,
08:06et par ça, je veux dire, le peuple,
08:08parce qu'il exprime son contrôle sur la politique,
08:10sur la classe politique,
08:11bien plus qu'il ne l'exprime sur la classe judiciaire,
08:13doit avoir le dernier mot.
08:14– Je pense que ce que vous dites juridiquement
08:16n'est pas exact et même peut-être un petit peu faux.
08:19C'est-à-dire que les droits,
08:21tels qu'ils sont établis en France,
08:23ont été créés non pas pour des temps de paix,
08:25mais ils ont été créés pour les temps de paix
08:27et pour les situations compliquées et complexes.
08:30Il n'y a pas besoin de renforcer un arsenal juridique
08:33qui est déjà parfaitement complet,
08:36et en réalité, ces droits,
08:37ils ne sont pas à géométrie variable.
08:38On a le droit de manifester en temps de paix,
08:41et puis en temps compliqué,
08:43quand le vent commence à faire un peu tanguer le bateau,
08:46eh bien on restreint les lois,
08:47on restreint les libertés.
08:48Pas du tout, jamais,
08:50et je dirais même presque le contraire,
08:51c'est-à-dire que c'est dans les temps compliqués
08:54et dans les périodes sombres de l'histoire
08:56que ces libertés doivent être défendues coûte que coûte
09:00et plus que jamais.
09:01Et en réalité, viser à restreindre
09:04ces libertés individuelles ou collectives,
09:07c'est l'effet cliquet.
09:08C'est-à-dire un gouvernement,
09:09il est là pour gouverner,
09:10il est là pour préserver le pouvoir.
09:13Et dès lors qu'il vous retire un petit peu de liberté,
09:14à vous, au peuple,
09:15eh bien il ne revient jamais à vous les remettre.
09:17Et donc nous sommes là,
09:20pas seulement en qualité d'avocat,
09:22mais en qualité du peuple.
09:24Le peuple doit préserver ses libertés
09:27qu'il chérit au quotidien.
09:29Et c'est un combat de tous les jours,
09:31car on le voit bien,
09:32souvenez-vous,
09:32quand il y a eu des lois contre les terroristes,
09:36eh bien ces mêmes lois ont été utilisées
09:38contre des manifestants de Greenpeace.
09:40Tout ça pour vous dire quoi ?
09:41Pour vous dire que ces libertés,
09:42elles doivent être chéries,
09:44elles doivent être choyées.
09:45Et on doit combattre chaque fois
09:48que le gouvernement tente de s'arroger
09:50une part de nos libertés individuelles et collectives.
09:52Alors j'entends tout à fait cet argument.
09:54Le problème, c'est qu'on aurait pu l'utiliser
09:56exactement de la même façon,
09:58par exemple, sous le directoire,
10:00et le coup d'État de Napoléon Bonaparte
10:02aurait été impensable.
10:03Or, même s'il était contre le droit de l'époque,
10:06il était parfaitement nécessaire
10:07à la survie de la nation
10:08et aux bienfaits de la nation.
10:09Donc je comprends que ce discours
10:10peut paraître très controversé,
10:11mais je l'assume.
10:12Je pense que le droit n'est pas un texte sacré,
10:15qu'il dépend des êtres humains
10:17et que même si, bien évidemment,
10:19nous vivons dans une société de droit,
10:20il peut arriver des situations,
10:21je ne dis pas que c'est la nôtre aujourd'hui,
10:23mais dans un mode purement théorique,
10:25où la politique, le vœu du peuple,
10:27doit avoir le devant.
10:28Et d'ailleurs, aujourd'hui,
10:29on parle de liberté, bien évidemment.
10:30C'est aussi, par contre,
10:31la liberté du commerçant
10:32de ne pas se faire saccager sa boutique.
10:33C'est la liberté de ne pas voir sa rue
10:36se faire défoncer à chaque fois
10:38qu'il y a un match de foot.
10:38Et ça me paraît normal
10:40que les gens, que les Français,
10:42estiment que le pouvoir politique
10:43doit parfois restreindre ses libertés
10:45de façon temporaire
10:46pour protéger la propriété,
10:48la vie, la prospérité de la nation.
10:49Mais jusqu'où, précisément ?
10:51Qu'est-ce que vous leur dites
10:52à ces commerçants
10:52qui, demain, potentiellement,
10:54pourraient ne pas se sentir
10:55suffisamment protégés
10:56ou en sécurité ?
10:57Vous leur dites,
10:58allez-y, défendez-vous tout seuls ?
11:00Non, surtout pas.
11:00Et d'ailleurs, nous, nous ne sommes pas,
11:02vous le savez peut-être,
11:03je suis double citoyen américain,
11:05les États-Unis ont cette culture
11:06de l'autodéfense,
11:07ont cette culture du deuxième amendement.
11:08Vous allez me dire, justement,
11:10allez-y.
11:11Différents pays, différents mœurs,
11:12c'est bien au contraire.
11:12Les nations sont le résultat
11:13de leur processus historique
11:15et je pense que l'histoire catastrophique
11:16des changements de régime
11:17du XXe siècle
11:18et des expéditions militaires américaines
11:19montre qu'on ne dispose pas
11:21des mœurs étrangers
11:21dans un pays étranger.
11:22Au contraire, aux États-Unis,
11:23c'est un contexte très différent.
11:25En France, il n'y a pas
11:25de vigilantisme.
11:26Il n'y a pas de deuxième amendement.
11:28Il n'y a pas cette longue histoire
11:29des petites villes
11:30qui se défendent elles-mêmes.
11:31Ici, c'est l'État...
11:32Les commerçants qui vous regardent,
11:33ils s'en foutent complètement de ça.
11:35Qu'est-ce que vous leur dites ?
11:36Non mais pardon,
11:37mais vous leur dites quoi demain ?
11:38Débrouillez-vous ?
11:38Laissez-vous faire ?
11:40Mais vous savez,
11:41ce n'est même pas moi
11:41qui ai besoin de leur dire
11:42puisque le préfet de police
11:43a dit aujourd'hui,
11:45déclaration scandaleuse.
11:46Hier.
11:46Pardon, vous avez raison
11:47de me corriger hier,
11:48que les commerçants
11:49doivent songer
11:51à engager elles-mêmes
11:52des sociétés de sécurité privée.
11:54Mais est-ce qu'on se rend compte
11:55du cataclysme total
11:57de cette déclaration ?
11:57L'État dit
11:58« Payez vous-même
12:00pour votre propre sécurité,
12:01on ne peut pas la garantir ».
12:02Ça ne se passe pas
12:02comme ça en France.
12:03En France,
12:04c'est l'État qui protège aujourd'hui.
12:05Même si,
12:06et je pense que c'est là
12:07l'essence de notre désaccord,
12:08il doit avoir
12:08une certaine restriction de liberté.
12:10Si l'État ne le fait pas,
12:11alors bien sûr,
12:12il se passera la même chose
12:13qui s'est passée à Détroit,
12:15autrefois ville
12:16la plus riche des États-Unis,
12:17aujourd'hui devenue
12:17un nid de crimes
12:19et de pauvreté,
12:19où l'essor
12:21des sociétés privées
12:21de protection
12:23a explosé.
12:23Je ne veux pas de ça en France.
12:25Le vigilantisme,
12:25ça finit toujours mal.
12:27Ici, c'est le rôle
12:27de l'État de protéger.
12:28La crise que nous vivons actuellement,
12:29c'est parce que l'État
12:30n'y arrive pas.
12:30Donc, il est bienvenu
12:32d'avoir déployé
12:3270 000 policiers
12:34et gendarmes
12:34en vue de cette journée.
12:35Mourad Batik,
12:36vous répondez quoi ?
12:37On se calme,
12:37on redescend sur Terre.
12:39La France,
12:39ce n'est pas Détroit,
12:40la France,
12:40ce n'est pas les États-Unis,
12:42il n'y a pas de société
12:43des cow-boys ici
12:43et on n'a pas besoin
12:44de se défendre
12:45avec des armes.
12:46Bon, on va remettre
12:47un petit peu les choses
12:47dans leur contexte.
12:48Par ailleurs,
12:49les atteintes aux biens,
12:51elles sont extrêmement graves.
12:52Je pense à tous
12:53ces commerçants
12:54qu'on a vus,
12:54où on a vu,
12:55effectivement,
12:56les magasins pillés,
12:57les vitrines brisées
12:59et puis, parfois,
12:59toute une vie de labeur
13:01qui est partie en fumée
13:02ou parfois,
13:03qui a été dérobée
13:04par des pilleurs.
13:05Évidemment, c'est grave.
13:06Évidemment,
13:06ceux qui nous écoutent
13:07et qui ont tout perdu,
13:08c'est grave.
13:09Néanmoins,
13:10et c'est quand même
13:10important de le dire
13:11et important de rappeler
13:12un tout petit peu d'humanité.
13:14Le code pénal,
13:15ce n'est pas moi
13:16qui le dis,
13:16c'est le code pénal.
13:17Le code pénal,
13:17il a structuré
13:19les atteintes
13:20d'une façon graduelle.
13:22Et le livre 2,
13:24il est consacré
13:25aux violences faites
13:27à l'encontre des personnes.
13:28Et le livre 3,
13:30aux atteintes,
13:30non pas aux violences
13:31comme on entend
13:32depuis deux semaines,
13:33trois semaines,
13:33depuis plusieurs jours,
13:34depuis plusieurs heures,
13:35les violences contre
13:36les vitrines,
13:37ça n'existe pas.
13:37Les violences contre
13:38les vitrines,
13:39ça n'existe pas.
13:40Et mal nommées,
13:40les choses,
13:41rajoutent au malheur du monde.
13:42Ce sont des atteintes
13:44aux biens.
13:45Et donc,
13:45les atteintes aux biens,
13:46eh bien,
13:46désolé de le dire,
13:47elles sont quand même
13:48bien moins graves
13:49que ces gamins
13:50qui ont perdu
13:51un oeil,
13:52des yeux,
13:53que ces gamins
13:54qui ont vu
13:54leurs mains arrachées.
13:56Et moi,
13:56je pense à ceux-là
13:57également,
13:57et d'ailleurs prioritairement.
13:59C'est-à-dire que ces gamins,
14:01il n'y a pas
14:02de société d'atturance.
14:03qui ont perdu le travail
14:04d'une vie ?
14:04En fait,
14:05il ne faut pas opposer
14:06les uns aux autres.
14:07Je dis juste que...
14:08C'est vous qui venez de le faire.
14:08Non,
14:08je n'oppose pas,
14:09je gradue.
14:11Et graduellement,
14:12les atteintes,
14:13les violences faites
14:14aux personnes
14:15sont plus graves
14:16que les atteintes faites
14:17aux biens
14:17parce que les atteintes
14:18faites aux biens,
14:18eh bien,
14:19il y a le jeu des assurances.
14:19Alors certains ne seront pas
14:20remboursés entièrement.
14:21Il y a la vétusté,
14:22il y a des choses
14:23que l'on ne remplacera pas,
14:24il y a des souvenirs.
14:24Mais une main,
14:25elle ne repousse pas.
14:26Un œil,
14:27on ne le remplace pas.
14:29Et donc,
14:29je voudrais vous rappeler
14:30quand même,
14:30et je finirai mon argument par là,
14:33Dom Edler parlait
14:34de ces trois violences.
14:35La première violence
14:35qui est une violence
14:37institutionnelle.
14:37La violence institutionnelle,
14:39vous savez,
14:39c'est celle qui s'abat
14:40sur ces lycéens
14:41qui n'ont plus d'avenir,
14:43qui n'ont pas d'horizon,
14:44dont le soleil
14:46ne réchauffe que très peu le dos.
14:47Et donc,
14:48cette violence institutionnelle,
14:49elle s'abat sur ces lycéens
14:50qui descendent dans la rue
14:51et qui du coup,
14:52procèdent eux-mêmes
14:53à une forme de violence
14:55qui est la violence
14:56de la révolte.
14:56Et on a une troisième violence
14:58qui est la violence
14:59de la répression
15:00qui vient faire en sorte
15:02que la seconde
15:02n'existe plus,
15:03soit tuée dans l'œuf
15:04pour pérenniser la première,
15:06donc la violence institutionnelle.
15:08Et donc,
15:08je voudrais qu'on remette
15:09un petit peu les choses
15:10dans leur contexte
15:11pour redire ce qui est
15:12l'état de la société
15:13et l'état de la situation
15:15telle qu'elle est
15:16objectivée aujourd'hui.
15:17Je pense que même
15:18s'il y avait sur ce plateau
15:20des commerçants
15:20qui ont vu leur magasin détruire,
15:22même eux ne diront pas
15:23mon magasin,
15:24ma vitrine,
15:25même ma vie de labeur
15:26est plus importante
15:26qu'une vie humaine.
15:27personne ne remet ça en question.
15:28Cela dit,
15:29et ce n'est pas vraiment
15:29une question juridique,
15:31c'est plus une question
15:31de doctrine policière
15:32depuis le drame ultime
15:34de Malik Ousekine
15:35dans les années 80
15:36où la doctrine policière
15:38de maintien de l'ordre
15:38pendant les manifestations,
15:39c'est une certaine mise à distance
15:41de tolérer de la casse,
15:43de tolérer la destruction
15:44de propriétés privées
15:45et de commerce,
15:46etc.,
15:46pour ne surtout pas risquer
15:48un drame,
15:49une vie humaine.
15:49Ce que je constate aujourd'hui,
15:50c'est qu'on a le drame.
15:51Je vous rappelle
15:52que 7 policiers
15:53sont blessés grièvement.
15:54On a les centaines de blessés
15:55parmi les manifestants
15:56comme les policiers
15:57et on a la casse en plus.
15:58Donc au bout d'un moment,
15:59je pense que,
16:00si je peux me permettre
16:01de finir juste
16:03sur ce point-là,
16:04je ne pense pas
16:05qu'on a le droit
16:05de dessiner une équivalence
16:08entre un jeune,
16:10l'enquête n'a pas encore tranché,
16:11mais je pense qu'elle se dirige
16:12vers ceci,
16:13qui ramasse une grenade
16:14parce qu'il est dans
16:14une manifestation.
16:15Non, c'est factuellement faux.
16:15Je ne peux pas vous laisser dire ça.
16:17Il n'y a aucun élément objectif
16:19qui nous permet aujourd'hui
16:19de dire qu'il a ramassé
16:21la grenade
16:22et du coup,
16:22ce serait faire porter
16:24sur ce gamin de 15, 16, 17 ans.
16:26Si c'était le cas.
16:26Si c'était le cas.
16:27Et alors, même,
16:28allons jusqu'au bout.
16:28Pourquoi est-ce qu'on utilise
16:29des grenades
16:30contre des gamins
16:30de 15, 16, 17 ans ?
16:32Ben non, on n'utilise pas
16:33des armes qui peuvent...
16:34Alors déjà,
16:34des gamins de 15, 16, 17 ans,
16:35ça va être très dangereux.
16:36Vous savez comment ça s'appelle ?
16:37Leur létalité peut-être.
16:38Vous savez comment ça s'appelle ?
16:39On a parlé de bien nommer les choses.
16:41Perdre un œil,
16:42perdre un bras,
16:43une main arrachée,
16:44ça s'appelle
16:45une mutilation permanente
16:46en droit français.
16:48Attention à votre téléphone.
16:51Juste un point,
16:51parce qu'on a beaucoup
16:52entendu ça sur les 15, 16, 17 ans,
16:54bien évidemment,
16:55le droit de mineur, etc.
16:56Mais d'où vient cette idée
16:57que le gamin de 16 ans
16:58n'est pas dangereux ?
16:59Pardonnez-moi,
17:00mais je pense que
17:00l'histoire des aventures
17:01militaires américaines,
17:02notamment en Afghanistan,
17:04où il y avait des combattants
17:05de 16 ou 17 ans
17:05qui ont tenu tête
17:06à la plus grande force armée
17:07du monde,
17:07montrent que des gamins
17:08peuvent être extrêmement dangereux
17:10et même mortels
17:11envers des policiers.
17:12Donc l'argument de dire
17:13qu'il ne faut pas utiliser
17:13des méthodes contre des gamins,
17:15je trouve,
17:15est un peu fallacieux
17:15parce que ces gamins,
17:17surtout en bande organisée,
17:18surtout dans les nombres
17:19dans lesquels ils étaient,
17:19ils ne sont pas en bande organisée.
17:20Ah, et peuvent être
17:21complètement, complètement dangereux
17:22envers les forces de police,
17:23notamment des forces de police
17:24entraînées.
17:25Deuxièmement,
17:25vous remettez la société
17:26dans son contexte,
17:27vous avez parfaitement raison
17:28de le faire.
17:29Mais je pense que vous sous-estimez
17:30l'état de la société aujourd'hui.
17:31Sous-estimez le ras-le-bol des gens.
17:33Je pense que les scores
17:33du Rassemblement national,
17:34on ne me suspecte pas
17:35d'être un adhérent
17:36du Rassemblement national,
17:37j'ai d'ailleurs fait campagne contre eux,
17:38les scores de ce même
17:39Rassemblement national,
17:40sont tout à fait délirants
17:41parce qu'il y a
17:42cet essoufflement dans la société,
17:44ce ras-le-bol des commerçants,
17:45ce ras-le-bol des gens
17:46face à une délinquance
17:47qui monte,
17:48les chiffres le montent aujourd'hui,
17:49à des meurtres qui montent,
17:51à des agressions sexuelles qui montent.
17:52Et je pense que de dire en vérité
17:53non, mais c'est un peu la même chose,
17:55il ne faut pas catastrophiser,
17:56c'est ne pas entendre
17:57ce ras-le-bol général
17:58que la performance électorale
17:59du Rassemblement national,
18:00parmi d'autres choses,
18:01semble crier si fortement.
18:04La conclusion avant d'accueillir
18:05nos débatteurs ?
18:06Peut-être une conclusion de Victor Hugo
18:09qui le dit bien mieux que moi.
18:11Vous savez, il y a dans Les Misérables
18:13cette discussion entre un évêque
18:14et un vieil homme.
18:15Et le vieil homme se gargarise
18:18de la révolution de 1789
18:19et l'évêque de lui répondre
18:21« Oui, mais regardez 1793,
18:23regardez la terreur ! »
18:24Et le vieil homme de lui répondre
18:26« Il y a un nuage au-dessus de nous
18:29depuis 1500 ans
18:30et vous faites le procès du coup de tonnerre. »
18:33Je crois que c'est ce à quoi
18:34nous assistons malheureusement
18:35ces derniers jours
18:36et ces dernières semaines.
18:38Merci Mourad Batik
18:39d'avoir été avec nous.
18:40Merci Mourad Batik

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