Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 59 minutes
Lundi 12 octobre 2026, retrouvez Catherine Saint Geniest (Avocate associée en charge de la pratique de droit immobilier et comanaging Partner, Jeantet) dans SOUS LA ROBE, une émission présentée par Mathilde Aymami.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:13Bonjour à tous, bienvenue sur ce nouvel épisode de Sous la Robe. J'ai le plaisir aujourd'hui de
00:18recevoir Catherine Saint-Jeunieste. Bonjour Catherine. Bonjour. Je vous ai invitée parce
00:23que vous avez une carrière particulière et surtout vous êtes ce qu'on appelle une femme inspirante ou
00:31en tout cas une avocate qui a une trajectoire assez significative. Vous êtes aujourd'hui co-managing
00:35partner du cabinet Jantet qui est, on peut le dire, l'un des cabinets les plus significatifs du
00:43barreau de Paris, voire de France. Et donc je voulais commencer par une question assez simple et on va
00:49dérouler votre carrière. À votre avis, qu'est-ce qui a fait chez vous que vous avez réussi à avoir
00:56cette trajectoire ? Alors une trajectoire, c'est plein de grains de sable qui forment une plage,
01:03évidemment. Et quand j'ai prêté serment, ce n'était pas mon objectif de venir, d'aller au management d
01:11'un
01:11grand cabinet français, c'est évident. Mais ma philosophie, ça a été toujours quand une porte
01:18s'en trouve, on la pousse, on y va, on avance. Vous aviez, vous diriez quoi ? Que c'était
01:24de la
01:24curiosité, de l'envie, de l'ambition ? C'est de l'envie, c'est de la curiosité et de
01:29l'envie. Et je crois
01:32que je ne suis pas quelqu'un qui a peur. Donc c'est l'envie de se servir de sa
01:40vie vraiment, de la mener,
01:42de vivre le maximum de choses. Et puis, c'est une profession qui me passionne. J'adore travailler,
01:50j'adore ce métier. Vous avez prêté serment en 85, je crois. Qu'est-ce qui vous a amené au
01:56départ au
01:57droit ? Alors tout devait m'y conduire et je freinais des quatre fers. Je suis d'une famille où
02:05tout le monde
02:05est avocat ou un peu notaire, mais tout le monde a fait du droit. Vraiment, tout le monde. Et j
02:12'avais
02:12dit, moi, je ne ferai pas ça. Moi, je vais faire autre chose. Je me destinais à une carrière de
02:18chartiste. Donc j'ai commencé dans cette... Quand même une certaine ambition, parce que ce n'est pas
02:22non plus une petite... C'est quand même une élite intellectuelle. Oui, c'est une élite intellectuelle,
02:27mais je pense que je n'avais aucune notion de ce que c'est. D'accord. J'avais déjà pas
02:32compris
02:33qu'en version latine, je n'étais pas tout à fait au niveau. Et heureusement pour moi,
02:38parce que ça ne m'aurait pas du tout convenu. Moi, j'aime ce qui est pratique. J'aime quand
02:42on
02:42construit, quand il y a des conséquences visibles de ce qu'on fait dans sa profession. Les chartistes,
02:49c'est beaucoup plus discret. Donc heureusement, heureusement que je n'ai pas suivi cette voie.
02:53J'ai continué les études d'histoire et en même temps, j'ai fait du droit. Et j'avais dit
02:58encore,
02:58non, mais je fais du droit, mais je ne prêterai pas serment. Et finalement, je suis arrivée à Paris.
03:08Je suis entrée à l'école des avocats en me disant... Parce que vous venez de Toulouse.
03:13Je viens de Toulouse et j'avais cette envie de la capitale comme une bonne provinciale.
03:22Et j'adore.
03:22C'est votre rêve parisien.
03:24Exactement. Et comme j'aime cette ville. Je l'adore. Quand je suis arrivée à Paris en fin 84,
03:34tout m'émerveillait. La ville, évidemment, c'est la ville des Lumières. Les gens, leur ouverture d'esprit,
03:42le fait qu'être une femme, ce n'était pas forcément un problème.
03:46Il y avait quelque chose de l'ordre de l'émancipation quand même dans votre parcours.
03:49Le fait d'arriver à Paris dans une grande ville pour une femme, ça change quand même beaucoup.
03:52Je me suis toujours dit qu'il fallait être autonome, qu'il fallait...
03:58C'était de ma responsabilité. La voie que là où je voulais aller, c'était de ma responsabilité.
04:03Et ça, je pense que c'est quelque chose qui dirige une trajectoire.
04:11J'adore la parabole du talent. Qu'as-tu fait de ton talent ?
04:16Et ce qui est merveilleux, c'est que le talent, c'est une somme d'argent que le maître donne
04:21à ses trois serviteurs.
04:24Et le talent, c'est devenu véritablement ce qu'on vous donne au début de votre vie.
04:29Et qu'est-ce que vous allez en faire ?
04:31Et ça, je trouve que c'est très porteur.
04:34C'est qu'as-tu fait de ton talent ?
04:36Ça ne pèse pas, en fait, ça porte.
04:39C'est comment je vais pouvoir profiter de ce que j'ai pour monter des marches et profiter de tout
04:48ça.
04:48Vous parlez de ton talent. Est-ce que vous pensez quand même que vous aviez identifié chez vous, jeunes, des
04:53qualités particulières qui avaient un sens dans la profession d'avocat ?
04:57Je ne suis pas certaine du tout.
05:00Aujourd'hui, je sais quelle est la qualité première d'un avocat, c'est l'esprit de synthèse.
05:06Quand j'ai passé l'examen d'entrée au barreau, je ne comprenais pas pourquoi il y avait cette note
05:11de synthèse.
05:12Et c'est quelque chose de fondamental. Et je crois que j'ai aussi beaucoup de sens du temps.
05:19Je cours après le temps. Je veux toujours faire énormément de choses dans un temps réduit.
05:24Et donc, ça oblige à cet esprit de synthèse.
05:27Et les avocats ont besoin de ça puisque les avocats vendent leur temps.
05:33Et donc, je crois que ça, cette qualité-là, effectivement, elle m'a été très utile.
05:37Comment vous expliquez votre rapport au temps à cette sorte d'urgence et à l'ambition que vous aviez assez
05:44tôt, finalement ?
05:45C'est la conscience de ce qu'on peut aussi tout perdre.
05:51Mon histoire familiale le démontre.
05:55Et je sais qu'on peut perdre les gens qui nous sont chers et que tout peut s'arrêter.
06:00Et donc, ça m'a donné une envie d'autonomie et une envie de profiter de chaque instant.
06:08De véritablement, oui, profiter de sa vie professionnelle, de sa vie amoureuse, de sa vie de mère.
06:18Parce que vous avez fait les choses toutes les vies.
06:19Assez vite, vous êtes mariée assez vite.
06:21Vous avez eu des enfants relativement jeunes.
06:23Oui.
06:24Je voulais cocher...
06:26J'avais un peu ça, cocher les cases.
06:28C'est affreux de dire ça pour sa vie personnelle.
06:32Mais oui, c'est vrai.
06:33Vous aviez une sorte de checklist personnelle.
06:35Vous aviez envie d'avancer.
06:37Vous êtes venue avec votre robe.
06:40Je voulais vous demander qu'est-ce qu'elle représente pour vous, cette robe d'avocat,
06:44qui a d'ailleurs des petits détails qu'on ne retrouve pas sur toutes les robes.
06:50Alors, j'y suis très attachée parce que je suis un avocat de contentieux au départ.
06:55Et donc, c'est une robe que j'ai emportée partout.
07:00Et alors, elle est usée comme c'est normal à mon âge.
07:04C'est votre première robe ?
07:05C'est ma première et ma seule robe.
07:07Et j'aimerais bien la garder jusqu'au bout.
07:10Je ne ferais pas la perdre.
07:11Et donc, elle a une particularité.
07:13C'est un peu un détail pratique.
07:16Mais elle a des revers de manche qui sont un peu grenats.
07:21Parce que cette année-là, il y avait une erreur dans le bain de fabrication.
07:25Tout simplement.
07:26Voilà.
07:26Et donc, c'est une petite spécificité que j'aime.
07:29Et puis, il y a une décoration aussi.
07:31Et j'en suis fière.
07:33C'est quelle décoration ?
07:34C'est la Légion d'honneur.
07:36Et j'ai un souvenir absolument formidable de cette remise de décoration.
07:42par le bâtonnier Jean Castelin qui a compté dans ma carrière.
07:46Et cette sensation d'être entourée de ses pères, de sa famille, de ses proches, bien sûr.
07:52Mais surtout de ses pères, de faire partie d'un corps.
07:55Et ça, on dit souvent que l'avocat est solitaire.
07:58Oui, il est solitaire, mais pas tout à fait.
08:01Mais il est quand même entouré des siens.
08:03Et ça me rappelle aussi mon expérience au Conseil de l'Ordre.
08:06Il y a un grand sens du corps dans la profession d'avocat.
08:08Oui.
08:09Et j'ai eu aussi cette chance d'y participer en étant membre du Conseil de l'Ordre pendant trois
08:13ans,
08:13de faire différentes missions pour l'Ordre.
08:15Et ça, c'est un aspect de la profession que je trouve passionnant.
08:20On est avec des confrères.
08:21On n'est pas contradicteurs.
08:23On n'est pas contre eux.
08:24On n'est pas concurrents.
08:25Au contraire, on les aide et on participe à l'évolution de la profession.
08:31Je voulais revenir à votre début, donc à cette robe qui date, j'imagine, de 1985.
08:36Vous arrivez à Paris et vous intégrez le cabinet.
08:40Alors, je suis arrivée chez Jean Castelin comme stagiaire et j'ai adoré.
08:45J'avais un petit bureau dans une ancienne cuisine sombre avec des barreaux, mais c'était formidable.
08:52Dans une ancienne cuisine sombre avec des barreaux.
08:53Oui.
08:54Ça ne fait pas les bureaux d'aujourd'hui.
08:56D'accord.
08:56Mais c'était extraordinaire.
08:58Je trouvais tout formidable.
09:00On ne s'ennuyait pas une seconde.
09:02On pouvait rester tard le soir.
09:03Enfin, ça ne pesait pas.
09:05Et cette joie de travailler, en fait, ne m'a jamais quittée jusqu'à aujourd'hui.
09:13Peut-être pour répondre à la question que je vous posais, qu'est-ce qui, dans votre
09:15personnalité, a fait que vous avez eu un parcours comme le vôtre ?
09:20Il y a peut-être ça.
09:21Il y a peut-être votre notion du temps et le sens du travail.
09:25Oui.
09:25Le goût.
09:26Le goût du sens.
09:27Ce n'est pas par devoir.
09:28Ce n'est pas par devoir.
09:29C'est par goût.
09:30Et quand je travaille encore, parfois tard le soir, mes petits-enfants me disent
09:36« Mais pourquoi tu travailles autant ? »
09:38Et je dis « Mais parce que j'aime.
09:39Parce que j'aime ça. »
09:43Et ce que j'ai voulu aussi assez rapidement, c'est travailler en groupe, travailler en
09:49équipe.
09:50C'est ça qui m'a intéressée.
09:52Et donc, j'ai voulu ensuite rejoindre un cabinet de taille importante.
09:58Et je n'avais pas beaucoup d'autres idées.
10:01Et qu'est-ce qui fait que, pourquoi vous vous êtes dit « Je veux être dans un grand
10:03cabinet en termes de taille ? » Parce que voilà, pareil, on n'a pas forcément d'idées
10:08reçues.
10:09Enfin, ce n'est pas forcément simple de savoir quel type de structure on va rejoindre.
10:12Parce que j'avais l'impression, et je pense que c'était une bonne idée, qu'on peut plus
10:18progresser.
10:19Moi, j'arrivais de Toulouse.
10:20J'avais pas ou très peu de réseaux.
10:23Je ne connaissais personne.
10:24Et je me suis née dans un grand cabinet.
10:27Je vais pouvoir m'appuyer sur les autres.
10:29Je vais pouvoir aussi m'orienter dans ma spécialité.
10:34me servir des autres.
10:36Vous aviez envie de collectif et vous avez fait cela.
10:39Oui, j'avais envie de collectif.
10:39Voilà.
10:40Donc, j'ai rejoint Rambeau Martel à ce moment-là.
10:43C'était vraiment très simple à l'époque.
10:46J'ai pris mon téléphone.
10:47J'ai appelé Jean-François Rambeau, qui était le correspondant à Paris, de mon père
10:54à Toulouse ou l'inverse.
10:55Et il m'a dit « Oui, ça tombe bien.
10:57On cherche quelqu'un.
10:58Et j'ai tout de suite eu un rendez-vous avec lui, avec Jean-Pierre Martel.
11:04Et une confiance vraiment m'a été donnée sur les dossiers.
11:11J'ai appris énormément. »
11:13Et c'est à ce moment-là que vous avez commencé à faire plus particulièrement du droit immobilier.
11:17Oui, c'est ça.
11:18Parce que, évidemment, on connaît Jean-Pierre Martel par le M&A prestigieux qu'il a exercé.
11:27Mais au départ, c'était un cabinet de droit de la construction.
11:31D'accord.
11:32Et qui dit droit de la construction, il y a forcément du droit immobilier qui va avec.
11:36Et donc, j'ai commencé petit à petit à l'occasion d'un dossier, alors que j'exerçais en droit
11:41du travail,
11:42à prendre tous les dossiers de droit immobilier et à développer cette spécialité.
11:49Vous êtes tombée dedans.
11:50Voilà, je suis tombée dedans.
11:51Quand on me proposait un colloque ou d'écrire un article, j'ai dit « oui, bien sûr ».
11:56Voilà, j'ai l'impression, rétrospectivement, que j'ai tiré le fil petit à petit.
12:02Des opportunités, c'est ce que vous disiez.
12:03Voilà.
12:03Et que la bobine est venue tranquillement.
12:06J'ai eu cette chance.
12:08Donc, vous passez chez Rambo Martel, qui ensuite va devenir Auric.
12:14Auric.
12:14Oui.
12:15Vous y passez pas mal de temps.
12:18Oui.
12:18Là aussi, c'est formidable parce que moi qui arrivais de Toulouse avec une expérience internationale à peu près nulle.
12:26Vous parliez anglais.
12:27À niveau d'anglais, lycée tout juste.
12:30Oui.
12:31Là, je me suis dit « bon ». Et cette chance a été de rester dans mon bureau et d
12:39'intégrer comme ça un cabinet américain.
12:42Avec…
12:42Oui, parce qu'avant que ça devienne Auric, vous vous êtes quand même posé la question potentiellement de partir.
12:46Oui.
12:46Je me suis dit « qu'est-ce que je fais ? » Plusieurs équipes sont parties ailleurs.
12:50Ceux qui sont anciens ou barreaux connaissent l'histoire.
12:55Et puis, je suis restée parce que j'étais attachée à Jean-Pierre Martel.
13:00Par loyauté, vous diriez ?
13:02Non, pas par loyauté.
13:03Vraiment par…
13:04Par envie.
13:05Oui, par envie.
13:06Il y avait une équipe de droits immobiliers qui faisait du droit immobilier à l'américaine.
13:10Pas du « dirt business » comme disent les Américains pour ceux qui font plus du « day to day
13:16».
13:16Du « corporate immobiliers » et des gens qui exerçaient ce droit-là d'une façon différente de celle dont
13:24j'avais l'habitude.
13:24Plus de conseils, mais qui ne connaissaient pas le contentieux et donc qui avaient l'air contents de découvrir ma
13:29matière.
13:31Et ça a été une expérience formidable.
13:34Et qu'est-ce que vous avez appris ?
13:35Il y a quand même…
13:37Auré qui est un cabinet international.
13:39Qu'est-ce que vous tirez comme expérience de cet apprentissage d'un autre monde quand même ?
13:46C'est une autre façon d'exercer.
13:48Ce n'est quand même pas exactement la même chose.
13:49Non, c'est un cabinet qui fonctionne au niveau mondial.
13:53L'associé parisien que j'étais avait une importance limitée, on va dire, au niveau mondial, dans les réunions d
14:03'associés aux États-Unis.
14:05Et donc, de se dire, moi, je veux compter, en fait, je ne veux pas être un pion.
14:10Donc, une obligation de progresser.
14:15Et puis, ensuite, il y a eu des changements de politique chez Auric.
14:21Et je me suis dit, on a besoin aussi, dans un cabinet, d'avoir des amis, d'avoir des gens
14:29auxquels on puisse parler de la pluie et du beau temps, de sa vie personnelle.
14:35Et à un moment donné, je ne l'avais plus ou plus suffisamment.
14:38Donc, j'ai cherché à changer de cabinet et j'ai clairement cherché un Rambo Martelbis parce que c'est
14:46ce que j'avais aimé.
14:49Et donc, je suis arrivée chez Janté, un cabinet dans lequel il n'y avait pas non plus de pratique
14:55de droit immobilier.
14:57Et donc, j'ai...
14:58Qui était un moment de son développement un peu particulier, non ?
15:01Assez important avec l'arrivée de beaucoup de partenaires latéraux.
15:07C'était un moment de fort développement pour Janté.
15:10Oui.
15:10Et qui faisait le même constat que celui que j'avais fait, c'est-à-dire un potentiel absolument formidable.
15:18D'abord, une marque que tout le monde connaît.
15:21Janté est certainement le cabinet le plus connu en dehors de la France.
15:26Dans le monde anglo-saxon, premier cabinet cité, c'est Janté comme cabinet français.
15:31C'est très clair.
15:32Mais parce qu'historiquement, Janté a aussi beaucoup...
15:37C'est beaucoup développé à l'origine avec le plan Marshall et l'empagnement de grandes entreprises américaines en France.
15:44C'est ça, notre fondateur a été le premier avocat français inscrit au barreau de New York, ayant fait ses
15:51études aux États-Unis, son associé aussi.
15:55Et donc, ayant fait son cabinet avec des marques comme Coca-Cola, ce qui était absolument extraordinaire à l'époque.
16:02Extraordinaire à l'époque, oui, bien sûr.
16:03Et un cabinet full service aussi, un cabinet associant les femmes.
16:09Ça, c'était quelque chose que j'avais vu aussi chez...
16:11Oui, puisque c'était peut-être pas si fréquent non plus à l'époque.
16:14Non, non, non, c'était...
16:16Voilà, ne pas faire de distinguo, c'était quand même quelque chose d'assez particulier.
16:23Et donc, en revanche, ce qui manquait certainement, c'était des idées de ceux qui avaient fait une partie de
16:34leur carrière ailleurs.
16:35Et qui sont arrivés, qui ont dit, on a d'autres idées et on aimerait bien les mettre en place.
16:43Et vous, vous avez fait un gros travail sur la gouvernance en arrivant ?
16:45Voilà, sur la gouvernance, sur les statuts.
16:48On a beaucoup réfléchi avec les historiques.
16:52Et c'est toujours le risque dans des cabinets d'avocats français.
16:56On les voit qui explosent, contrairement aux cabinets anglo-saxons qui ont beaucoup plus de longévité.
17:01Un cabinet qui a dépassé 100 ans comme janté, on est deux à Paris, il n'y en a pas
17:06d'autres.
17:08Donc, il faut le faire sans faire exploser le cabinet, sans faire partir ce qu'on n'a pas envie
17:15de voir partir.
17:16Et je crois qu'on l'a bien réussi en mettant beaucoup de transparence dans le cabinet,
17:25beaucoup de démocratie dans l'élection des organes de gouvernement.
17:30C'est parfois ce qui pêche dans des moments un peu stratégiques, notamment de succession, mais pas que dans les
17:35cabinets d'avocats.
17:37C'est aussi la façon dont les décisions se prennent.
17:41Oui, c'était aussi pour moi un critère de choix du cabinet, un cabinet qui a passé l'étape des
17:46fondateurs.
17:47Parce que c'est souvent…
17:48C'est un moment très critique dans les cabinets.
17:50Moi, je voulais vous poser une question parce qu'il y a effectivement des très grosses structures,
17:55enfin je parle de très grosses structures, mais en tout cas des cabinets d'avocats à Paris qui vont dépasser
18:00100 voire 200 avocats.
18:03Pourquoi, pour vous, c'est une évidence qu'un cabinet doit avoir ce type de taille critique,
18:09ou en tout cas doit avoir cette surface ?
18:13Parce que ce n'est pas forcément évident.
18:15Dans très longtemps, les cabinets étaient plutôt des structures petites.
18:18Pourquoi, à votre avis, c'est la solution dans le marché actuel ?
18:22Il peut y avoir des cabinets niches de plus petite taille, mais ce sont des cabinets niches.
18:26Ils ont une spécialité, un domaine du droit.
18:28Si on veut faire du droit des affaires, si on veut être full service en droit des affaires,
18:33on doit, pour moi, impérativement d'abord avoir plus d'un associé dans chacune des pratiques.
18:39Donc ça veut dire deux, trois, quatre, voire cinq sur les grosses matières du droit.
18:44Et l'idée de ces deux associés, c'est quoi ?
18:46C'est pour lisser une activité quand il y a éventuellement ?
18:50C'est la pérennité, c'est la complémentarité,
18:52c'est la formation des collaborateurs qui doivent être formés par plusieurs associés.
18:56Et c'est aussi la possibilité de traiter des dossiers qui nécessitent de se mobiliser.
19:02Parfois, quand il y a un an et demi, Casino met sur le marché ses 150 points de vente,
19:13vous avez besoin de 30 avocats qui se mettent sur le dossier.
19:18Si vous ne les avez pas dans la matière…
19:19Donc, c'est pour répondre aux besoins de clients.
19:21Ça ne marche pas.
19:22Voilà.
19:22Et puis, vous avez besoin aussi de présenter une taille conséquente
19:28par rapport à vos compétiteurs à l'étranger.
19:31Si vous vous présentez à un cabinet à Dublin,
19:35qui peut paraître une ville pas énorme et un pays pas gigantesque,
19:39à Dublin, si vous n'êtes pas à 300, 400, vous n'êtes rien.
19:43Donc, c'est la compétition internationale qui favorise,
19:46ou en tout cas qui fait que la stratégie de développement d'un cabinet peut être celle-ci,
19:49d'avoir une taille suffisante.
19:52Donc, si on va plus loin dans cette réflexion,
19:54a priori, c'est un mouvement qui, pour vous, a vocation à plutôt perdurer.
19:58Oui, oui, oui, oui.
20:00Moi, je pense qu'on ne peut pas prétendre avoir des dossiers de premier plan sur la place
20:05si on n'a pas toutes les compétences en nombre suffisant.
20:09Vous êtes une spécialiste du droit immobilier que vous exercez depuis un certain nombre d'années.
20:14Vous avez donc une vision du retail et de ce marché particulier.
20:22C'est quoi votre vision du marché immobilier, du retail aujourd'hui ?
20:26Parce qu'il est quand même particulièrement bouleversé.
20:28Alors, c'est plus que le retail.
20:31La vie des bâtiments est bouleversée et la réglementation ne suit pas.
20:37Les règles d'urbanisme, elles sont, on construit des bureaux pour rester bureau.
20:42On construit un centre commercial pour qu'il accueille des surfaces de vente.
20:47On construit une clinique pour qu'elle donne des prestations médicales, etc.
20:52Aujourd'hui, tout ça est mélangé.
20:55C'est-à-dire que les bureaux, ça devient du coworking avec de la prestation de service
21:00qui n'est pas forcément la même qualification en droit d'urbanisme que du bureau.
21:05Dans un centre commercial, vous avez besoin de faire venir les clients.
21:10Donc, on va faire des cabinets médicaux.
21:12On va faire des espaces de game, des murs d'escalade, des foodcores, évidemment.
21:18Différentes expériences qui font que les gens se déplacent, viennent.
21:22Dans l'habitation, c'est pareil.
21:25On va avoir des colocations avec des services.
21:29Alors, est-ce que c'est de la résidence principale ?
21:31Est-ce que c'est de l'hôtellerie ?
21:33On va faire des résidences étudiantes avec des espaces de fitness ouverts vers l'extérieur.
21:40Voilà.
21:40Et donc, notre réglementation a du mal avec ça,
21:43parce que les pouvoirs publics ont toujours voulu contrôler ce qu'on faisait des bâtiments.
21:48Mais aujourd'hui, ça se mélange et ça doit aller plus vite pour changer la nature d'un bâtiment.
21:56Donc, votre regard de professionnel, c'est de dire
21:58qu'il y a un besoin de modernisation de la réglementation autour des enjeux immobiliers ?
22:04C'est sûr. Il faut être mobile. Il faut pouvoir changer la destination d'un bâtiment.
22:09Alors, ça commence. Les idées commencent à se développer dans ce sens-là.
22:14Évidemment, ça ne suit pas l'avis de la société.
22:18Est-ce qu'il y a un dossier qui a particulièrement marqué votre carrière ?
22:22Alors, oui, il y en a beaucoup.
22:27Il y a un dossier qui a été assez exceptionnel pour moi et pour un avocat,
22:33parce qu'il m'a occupé au moins six mois pratiquement à temps plein et plusieurs années.
22:39C'est l'acquisition par les Galeries Lafayette de Mark & Spencer France.
22:44Donc, Mark & Spencer ferme boutique, si je puis dire, partout en France avec des surfaces de vente.
22:52C'était en quelle année ?
22:53C'est en 99, avec des surfaces de vente d'excellente qualité,
22:59très vastes, très grandes, avec beaucoup de salariés.
23:02Dans un contexte social très tendu.
23:03Dans un contexte social très tendu.
23:05Et il va falloir recaser ses salariés.
23:09Le mot n'est pas formidable, pardon.
23:11Mais il va falloir les réemployer.
23:15Donc, des discussions avec l'administration du travail.
23:21Et en même temps, il va falloir se réapproprier pour les Galeries Lafayette tous ces espaces.
23:27Donc, c'est une énorme opération qui compte beaucoup pour l'entreprise.
23:33Et participer ainsi au fait qu'une entreprise vraiment monte une marche à ce moment-là.
23:40Avec des tensions, avec des sujets de stratégie importants.
23:46Avec aussi cet univers des grands magasins qui est formidable.
23:50Se glisser presque tous les soirs, la nuit, quand le grand magasin est fermé
23:55entre le rayon des chaussettes et des collants
23:58pour aller dans la réunion qui se tient à 2h du matin.
24:00Parce qu'il faut savoir ce qu'on va répondre à 8h à Mark & Spencer.
24:05C'est une impression pour un avocat qui a pour particularité de changer 20 fois de dossier au cours de
24:14sa journée.
24:15D'être au cœur comme ça de l'entreprise et d'un projet d'entreprise.
24:19Ça vous a marqué ?
24:20C'était formidable.
24:21Du coup, est-ce que vous regardez avec un peu de, pas de tristesse, mais un peu de nostalgie peut
24:26-être,
24:27la situation aujourd'hui des grands magasins, notamment comme les Galeries Lafayette ?
24:31On est quand même dans un moment un peu compliqué pour ces grandes marques historiques ?
24:36C'est dans un moment où il faut se réinventer, mais c'est comme ça dans tout le retail.
24:41Et les Galeries Lafayette se réinventent avec beaucoup de succès.
24:47Et Investi, c'est quand même une entreprise familiale, donc c'est pas si fréquent en France.
24:54Ces grandes entreprises qui durent longtemps et avec du succès et qui passent les générations.
25:02Donc, ça mérite un coup de chapeau vraiment.
25:07Et pour vous, ce n'est pas du tout la fin du modèle des grands magasins ?
25:11Non, pas du tout, pas du tout, pas du tout.
25:13Au contraire, c'est une vie qui se construit.
25:16Il se passe toujours quelque chose.
25:18Voilà, demain sera plus beau comme on voit.
25:20Et votre travail, c'est d'accompagner ces différents moments de vie de l'entreprise.
25:23Est-ce qu'il y a une norme, un texte de loi qui vous tient particulièrement à cœur ?
25:28Alors, il y en a beaucoup que je voudrais porter.
25:33Mais si c'est un texte de loi déjà en vigueur, on pourrait penser par exemple au vote des femmes.
25:39Parce que ça touche, j'allais dire, la moitié de la population.
25:44En fait, non, ça touche chacun d'entre nous dans sa vie quotidienne.
25:49Et enfin, il était temps.
25:52Et si vous voyez le chemin parcouru depuis, il est important.
25:56Mais le chemin qui reste à parcourir pour les femmes, en termes de place dans la cité évidemment,
26:04en termes de vie professionnelle, en termes d'équilibre de la vie conjugale…
26:10Il y a encore des choses à faire.
26:11Et vous disiez s'il y a des textes que vous souhaiteriez porter.
26:14Est-ce qu'il y a un texte que vous souhaiteriez porter ?
26:16C'est difficile parce que je reste sur l'idée de la promotion des femmes.
26:22Mais c'est quelque chose de tellement profond, l'évolution de la situation des femmes,
26:30que bien sûr il y a des textes, on peut les améliorer encore.
26:34Mais c'est quelque chose de vraiment sociétal et dont chacun de nous a la responsabilité.
26:42Vous savez, quand on parle du plafond de verre, souvent on se dit que le plafond de verre,
26:48c'est ce qui empêche les femmes de monter parce que les hommes leur mettent un plafond de verre.
26:52En tout cas, la société.
26:53Ou la société.
26:54Oui, bien sûr, il y a ce plafond de verre.
26:56Mais c'est aussi l'éducation qu'on donne aux petites filles et aux jeunes femmes.
27:03C'est incroyable en entretien.
27:07Je généralise, ce n'est pas le cas de tous.
27:09De tout le monde, oui.
27:09Mais quand vous voyez les jeunes femmes qui se présentent,
27:14comme elles sont, ce sont des bonnes élèves.
27:16Forcément, elles ont fait leur parcours.
27:18Elles vont prêter serment.
27:20Il n'y a pas de difficultés.
27:22Elles sont totalement formatées.
27:24Elles me disent souvent, je ne suis pas légitime.
27:27Parce que je leur dis, il faut développer, il faut avancer.
27:29Où est-ce que vous voulez aller ?
27:30Quel est votre plan ?
27:31Vous pensez que dans votre carrière, vous êtes toujours sentie légitime ?
27:35Oui, je crois que je...
27:36Ou peut-être, je ne me suis pas sentie légitime,
27:39mais je ne l'ai jamais dit et je suis toujours passée outre.
27:41Pour terminer cette émission, je vais vous poser des questions courtes
27:44et je vous demanderai des réponses courtes.
27:46Quel métier vous n'auriez pas voulu faire ?
27:50Chartiste.
27:51Chartiste.
27:52L'avocat qui vous a le plus inspiré dans votre parcours ?
27:56Il y en a beaucoup.
27:58Je crois que Jean-Pierre Martel, par certaines phrases qu'il a prononcées,
28:02très dures, m'ont fait progresser.
28:06Votre ministre de la justice préféré ?
28:08Je ne peux pas en choisir un.
28:12Est-ce que vous êtes tentée par la politique, Catherine Saint-Jeunieste ?
28:16Oui, j'ai été tentée par la politique parce que tout ce qui fait avancer le débat de société,
28:23je trouve ça passionnant.
28:25J'ai dit au début de notre entretien, il faut pousser toutes les portes.
28:28On ne peut pas les pousser toutes à la fois.
28:31Mais peut-être que vous allez poursuivre vers des fonctions plus politiques.
28:37Qu'est-ce que je peux vous souhaiter, Catherine ?
28:39Encore beaucoup, beaucoup de belles aventures.
28:42C'est ce que je vous souhaite. Merci infiniment.
28:44Merci Mathilde.
28:45Merci beaucoup.
28:46Je vous dis à très bientôt pour un nouveau Sous la robe.

Recommandations