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  • il y a 29 minutes
Lundi 28 septembre 2026, retrouvez Julie Couturier (Présidente, CNB) dans SOUS LA ROBE, une émission présentée par Mathilde Aymami.

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Transcription
00:14Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Sous la robe.
00:17Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Julie Couturier.
00:19Julie, bonjour.
00:19Bonjour Mathilde.
00:21Vous êtes présidente du CNB, vous avez aussi été bâtonnière de Paris.
00:26Oui, et d'ailleurs, vous n'avez pas souhaité qu'on vous appelle Madame le bâtonnière.
00:32Mais vous êtes avant tout une avocate civiliste.
00:36Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ce que vous faites au quotidien ?
00:39Alors, en ce moment, au quotidien, j'exerce surtout mes fonctions.
00:41Mais quand je suis avocate, j'exerce la matière la plus glamour de l'éventail du droit,
00:47puisque je fais des voies d'exécution.
00:50Voilà, c'est le droit des saisies, puisque ça ne sert pas à grand-chose d'avoir un beau jugement
00:54si vous ne savez pas l'exécuter.
00:56Et donc, nous pratiquons au cabinet cette matière des voies d'exécution,
01:01des procédures civiles d'exécution, très exactement et plus spécifiquement de la saisie immobilière.
01:07Et comment vous est venue cette passion si particulière pour la procédure civile d'exécution ?
01:13Alors, d'abord le droit civil, ensuite la procédure civile, ensuite les procédures civiles d'exécution.
01:18Moi, c'est vrai que j'ai une formation civiliste.
01:21J'ai fait mes études à Paris 1 en carrière judiciaire, comme on disait à l'époque,
01:25et j'ai fait un troisième cycle de droit privé général.
01:28Parce que vous avez envisagé un temps d'être magistrat ?
01:30Non, non, non, non, non. Mais en revanche, effectivement, la matière civile...
01:38Était au cœur de votre formation ?
01:39Était au cœur de ma formation et correspondait un peu à ma forme d'esprit.
01:42J'aimais bien l'idée du raisonnement juridique, du syllogisme juridique.
01:45Et donc, c'est vrai que j'ai aimé cette forme d'esprit du droit civil.
01:49Et j'ai eu la chance d'avoir comme prof en maîtrise, à l'époque, on dit maintenant Master 1,
01:57et en Master 2 d'ailleurs également, et encore plus, si je puis dire,
02:00un homme exceptionnel qui était Jean-Denis Bredin,
02:05et qui rendait absolument sexy les principes directeurs du procès,
02:10ce qui était quand même une forme d'exploit.
02:13Mais voilà, on se rend compte que ces principes directeurs du procès,
02:16c'est la règle du jeu du procès civil.
02:19Et c'était évidemment absolument passionnant d'entendre parler du contradictoire,
02:24du principe dispositif et de tous ces principes directeurs du procès
02:28qui, encore une fois, sont le cadre de l'ensemble des procès civils.
02:31Est-ce que vous pensez que pour être un bon avocat ou une bonne avocate,
02:35il faut être avant tout une technicienne ?
02:40Je pense qu'il y a mille façons d'être avocat,
02:43donc forcément mille façons d'être un bon avocat.
02:47Mais je pense que celui qui a des chances de l'emporter
02:51est quand même celui qui va en effet au fond des choses
02:53et qui fait preuve de rigueur et qui utilise le droit.
02:58Mais je pense que c'est important aussi d'être créatif.
03:00Je pense que les bons avocats sont aussi des avocats créatifs
03:04qui vont avoir des idées juridiques
03:06et manier avec un peu d'agilité et de souplesse le droit.
03:13Est-ce qu'il y a un dossier qui vous a particulièrement marqué dans votre carrière ?
03:16Alors évidemment, c'est difficile quand on pratique la saisie immobilière
03:20d'être marqué comme tous mes confrères pénalistes
03:24qui vous citeront évidemment tous les grands, grands procès d'assises.
03:28Bon, moi dans ma matière, je peux simplement en effet me souvenir
03:32d'un dossier qui était un peu emblématique justement
03:34parce qu'il m'avait donné une satisfaction un peu équivalente
03:37à celle que j'imaginais être celle de mes confrères pénalistes
03:41puisque j'ai pour un particulier empêché la vente de son bien.
03:45L'incident avait été plaidé le matin, la vente devait avoir lieu l'après-midi
03:49et on a gagné cet incident et on a sauvé le logement de ce monsieur.
03:54Donc ça, ça a été une grande satisfaction
03:56et le dossier m'a d'autant plus marqué que ce monsieur n'a jamais réglé mes honoraires
04:00ce qui était quand même...
04:02Ce qui est presque con pour un avocat qui est spécialisé dans la révision.
04:04Voilà, absolument, mais que voulez-vous ?
04:07C'était être bien ingrat, mais comme dirait Churchill,
04:13c'est une phrase que j'utilise souvent quand tu veux de la reconnaissance
04:16« Adopte un chien ».
04:20À côté de votre fonction d'avocat, vous avez aussi exercé des mandats,
04:25des fonctions en tant que membre du Conseil de l'Ordre,
04:30puis bâtonnière et aujourd'hui présidente du CNB,
04:34ce qui vous permet, j'imagine, d'avoir une vision un peu globale de la profession.
04:41Comment vont les avocats aujourd'hui ?
04:42Comment va la profession ?
04:44Alors c'est très difficile de vous donner une réponse générale.
04:46Je vous le disais, on est 79 000 avocats
04:50et 79 000 autant de façons d'exercer en réalité.
04:54Et c'est vrai que c'est extrêmement difficile
04:56de vous donner un avis généraliste
05:02entre le confrère qui va exercer à titre individuel
05:04en droit des personnes
05:08dans une commune éventuellement rurales
05:12et l'associer d'une grande firme américaine installée à Paris
05:16et qui fait du M&A.
05:18Évidemment, rien n'est comparable.
05:23Je pense qu'il y a une inquiétude chez les avocats.
05:26Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle on a aussi intitulé notre convention nationale des avocats
05:32organisée par le Conseil national des barreaux en octobre,
05:34l'avocat durable parce que je crois qu'il nous faut nous poser la question
05:40de savoir comment l'avocat, répondant aux grands défis contemporains,
05:44va pouvoir s'inscrire en effet dans la durée.
05:47Le mot durable évoque la durée,
05:51mais on entend aussi un peu le durable écologique.
05:56Est-ce qu'il y a aussi une réflexion autour de ça ?
05:58Absolument.
06:00Quand je suis arrivée au Conseil national des barreaux le 1er janvier 2024,
06:04créer un groupe de travail environnement
06:08qui est piloté par Laurence Roque,
06:10qui est membre du Conseil national des barreaux,
06:11parce qu'il m'a semblé que les avocats ne pouvaient pas se tenir complètement éloignés
06:17de toutes ces problématiques environnementales.
06:20Alors ça couvre évidemment tout ce qui concerne les cabinets,
06:23et notamment la responsabilité sociale environnementale des cabinets eux-mêmes,
06:27mais aussi la façon dont les avocats vont se former au droit de l'environnement,
06:30la façon dont on fait aussi évoluer le droit.
06:32De la même façon, quand j'étais bâtonnière de Paris,
06:34j'avais à la demande de deux consoeurs très investis et très engagés
06:39créé une commission ouverte droit de la nature.
06:42Je pense qu'il y a vraiment des enjeux juridiques assez extraordinaires.
06:47Et donc l'avocat durable joue justement sur ses sens.
06:50Un peu sur ces deux tableaux.
06:51Est-ce que vous diriez que vous êtes une avocate éco-anxieuse ?
06:56Je ne suis pas une avocate éco-anxieuse,
06:58mais je suis une avocate lucide et dans son temps,
07:02et donc consciente de la nécessité qu'en effet on s'intéresse à ces sujets.
07:06Vous avez parlé de la durabilité.
07:08Pour vous, les grands défis de la profession,
07:10de manière un peu plus concrète, c'est quoi aujourd'hui ?
07:13Les grands défis de la profession, c'est vraiment ceux qui ont traversé cette mandature
07:16qui va s'achever à la fin de l'année au Conseil national des barreaux.
07:19Et en réalité, les sujets émergent d'eux-mêmes d'une certaine façon.
07:24Je crois que les deux grands sujets qui ont traversé cette mandature,
07:27c'est incontestablement l'intelligence artificielle et l'état de droit.
07:32En trois ans, les choses ont considérablement évolué.
07:35L'intelligence artificielle, je l'ai beaucoup dit et je continue à le dire,
07:38depuis le début de la mandature, c'est l'éléphant au milieu de la pièce.
07:40Donc on a eu ce rôle et cette responsabilité d'accompagner nos confrères
07:48dans la prise en main des outils et dans les bons usages.
07:51On a beaucoup travaillé sur les questions de déontologie, de formation,
07:54et on continue de le faire.
07:56Et c'est une vraie révolution qui change la relation aux clients,
08:00à la facturation, aux générations, à la responsabilité civile.
08:08Il y a vraiment une vision très panoramique de ce sujet de l'intelligence artificielle
08:13qu'on a vraiment essayé d'accompagner au CNB.
08:16Et puis l'état de droit, parce que qui aurait cru, il y a trois ans,
08:19que l'état de droit serait aussi challengé et remis en question ?
08:25On y reviendra un peu plus précisément tout à l'heure.
08:28Vous êtes à côté de votre robe.
08:30Je voulais vous demander, qu'est-ce qu'elle représente pour vous ?
08:35Pour moi, la robe, c'est un instrument d'égalité.
08:41Moi, j'ai été très passionnée sous la précédente mandature du CNB.
08:44On a eu un très grand débat sur la question du port des signes distinctifs avec la robe,
08:48qui est un sujet qui m'est cher et qui m'a beaucoup intéressée.
08:51Qui vont de la Légion d'honneur à des signes distinctifs religieux.
08:56Oui, alors l'idée, c'est que la Légion d'honneur est un peu à part parce qu'en réalité,
09:02c'est codifié.
09:03Et que donc, en réalité, contrairement à ce qu'on a dit, elle n'était en tout cas pas au
09:08sein des discussions.
09:09Même si je suis, à titre personnel, pas forcément favorable au port des décorations.
09:17En tout cas, moi, à titre personnel, je ne les porte pas sur ma robe.
09:22Mais oui, c'était plus généralement les signes d'appartenance politique, religieuse.
09:29Et c'est vrai que cette robe, elle est la même pour tous les avocats.
09:37Et elle est aussi une façon de dire qu'on s'efface derrière le client aussi.
09:42Et qu'on est dans cette mission de représentation qui nécessite une certaine égalité, une certaine neutralité.
09:49Qu'est-ce que vous feriez toujours pour un client ?
09:52Pour vous, la façon de faire idéal, ou en tout cas nécessaire ?
10:00De la pédagogie, j'ai envie de vous dire.
10:03Je pense que le client, il ne faut pas être, à mon sens, dans une verticalité avec lui.
10:11Donc, ce que je ferais toujours pour un client, c'est lui permettre peut-être de s'approprier son dossier.
10:19Surtout en fait, une matière très technique.
10:21Oui, mais en toute hypothèse, je pense que c'est important que le client adhère à la stratégie que vous
10:28allez définir pour lui.
10:29Et pour ça, ça veut dire qu'il faut lui expliquer en termes intelligibles, éviter de jargonner et vraiment essayer
10:39de faire de la pédagogie sur les raisons pour lesquelles on développe tel ou tel argument, dans tel ordre, ce
10:45qui va se passer.
10:47Je pense que ce que je ferais toujours pour un client, c'est ça.
10:49C'est essayer de l'accompagner dans une meilleure compréhension pour lui permettre d'être acteur de sa propre défense.
10:56On parlait de l'IA tout à l'heure. Est-ce que vous avez senti, vous, une évolution dans la
11:01relation avocat-client ?
11:03Je parle de l'IA parce que ça donne aussi des indications qui ne sont pas forcément justes d'ailleurs.
11:09Mais est-ce que vous avez senti, vous, dans le cadre de votre carrière, une évolution du rapport avocat-client
11:13?
11:14Alors, pas forcément dans ma pratique, mais en revanche, on a fait faire au CNB l'année dernière une étude.
11:20On a fait une étude avec Via Voice et notre observatoire, qui est notre outil statistique, justement sur l'impact
11:25de l'intelligence artificielle sur la relation entre l'avocat et son client.
11:28Et c'est vrai que c'était très intéressant parce que ça bat en brèche, si l'on peut dire,
11:31la théorie du grand remplacement.
11:35Les avocats, non, ne sont pas remplacés ou remplaçables ou menacés dans leur existence même.
11:41En revanche, on est un peu dans un effet d'octissimo qui fait que les clients arrivent plus avant qu
11:47'ils n'étaient.
11:47Donc, on parlait là aussi de verticalité, d'horizontalité.
11:50Typiquement, il y avait quand même une forme de verticalité dans la relation entre l'avocat et son client.
11:54Tandis que maintenant, la relation s'horizontalise parce que le client arrive en ayant déjà commencé à faire des recherches
11:59via l'intelligence artificielle.
12:02Et ça va obliger l'avocat à être un juriste encore plus affûté, encore plus aguerri parce qu'il va
12:08devoir, en effet, exercer son esprit critique sur la matière que le client va lui apporter.
12:14Et là aussi, justement, faire de la pédagogie en lui expliquant pourquoi telle ou telle recherche faite par le client
12:19n'est pas pertinente ou au contraire, pourquoi elle l'aime et pourquoi elle va s'articuler avec d'autres
12:24moyens que l'avocat lui développera.
12:27Voilà. Donc, ça va vraiment peut-être valoriser plus le rôle de stratège et de conseil stratégique de l'avocat
12:34par rapport à des tâches, entre guillemets, à plus faible valeur ajoutée.
12:37Est-ce que vous pensez que cet accès au droit plus facile, parce que c'est quand même le cas,
12:42même si les réponses, encore une fois, ne sont pas forcément toujours les bonnes,
12:45peut avoir comme conséquence, à un moment donné, une augmentation du recours au juge ?
12:50Ou est-ce que c'est quelque chose que vous souhaitez ? Comment vous sentez les choses ?
12:54Alors, moi, je vois de façon très positive l'accès au droit, c'est-à-dire l'accès à l
12:58'information juridique.
13:00Et c'est vrai que sous notre mandature, on a vraiment essayé justement de promouvoir cette éducation au droit,
13:09parce que l'éducation au droit, c'est aussi l'éducation aux institutions, l'éducation à ce qu'est l
13:14'État de droit.
13:15Et donc, je pense qu'on a tous à gagner dans une démocratie à ce que nos concitoyens sachent ce
13:22que c'est que le droit.
13:22Nul n'est censé ignorer la loi. En l'état du foisonnement des normes, en réalité, cette action m'est
13:29devenue un peu un leurre.
13:30Donc, moi, je vois très favorablement une meilleure éducation au droit et un meilleur accès au droit,
13:37mais qui ne doit pas forcément se traduire par un accès au juge.
13:43Alors, l'accès au juge, il doit être sanctuarisé, on est d'accord avec ça,
13:46mais il ne faut pas qu'effectivement, ça donne lieu à des procédures qui seraient quérulentes ou abusives.
13:52C'est vrai que les juges nous disent que l'intelligence artificielle peut avoir un peu pour effet,
13:57notamment dans les procédures sans représentation obligatoire.
14:01Et le médiateur des assurances aussi, je crois, a une augmentation relative, mais quand même existante.
14:07Après, moi, je crois beaucoup au cycle et je pense que tout ça va à un moment se rééquilibrer.
14:12On est aussi dans cette période un peu aux prémices.
14:15Oui, on ne sait pas exactement ce que c'est.
14:17Exactement, mais je pense que les choses vont à un moment ou à un autre se rééquilibrer.
14:22En tant que bâtonnière, vous avez eu plusieurs combats.
14:26L'un de ces combats que vous avez mis en avant, c'est celui de lutter contre le harcèlement dans
14:32les cabinets.
14:32Et en tout cas, c'était vous engager pour qu'il y ait une meilleure qualité de vie dans les
14:38cabinets.
14:40Quel est votre regard aujourd'hui sur ce que vous avez pu mettre en place et sur la situation ?
14:43Parce qu'on entend quand même encore régulièrement de nombreuses affaires qui vont d'ailleurs, pour certaines, devant le juge
14:49pénal.
14:51En réalité, il y a deux sujets dans votre question.
14:54Il y a le sujet pathologique, si je puis dire, c'est-à-dire vraiment le sujet harcèlement, discrimination.
14:58Et puis, il y a un sujet plus structurel qui est celui de la qualité de vie au travail.
15:04Sur les questions harcèlement et discrimination, c'est vrai que quand j'étais bâtonnière de Paris avec Vincent Anuré à
15:11mes côtés,
15:11on a été dans une politique entre guillemets de tolérance zéro, parce que c'est aussi une question de confiance
15:16dans nos institutions.
15:17On a été percuté, si je puis dire, parce que la profession n'y échappe pas, à tous les grands
15:22mouvements de la société,
15:24parmi lesquels le mouvement MeToo, comme le changement du rapport au travail.
15:28Et ça, ça rejoint la deuxième, entre guillemets, partie de la question.
15:30Mais sur les parties harcèlement et discrimination, il se trouve que le bâtonnier a l'opportunité des poursuites.
15:37Il est celui qui va engager les procédures disciplinaires, avoir cette opportunité des poursuites
15:42et décider de poursuivre tel ou tel confrère, dont il estimera qu'il a eu un comportement qui constitue un
15:49manquement déontologique.
15:51De ce point de vue, ce qu'on a cherché à prouver, mais encore une fois sans faire d'exemple,
15:57et toujours en respectant la présomption d'innocence, le contradictoire, et encore une fois sans chercher à faire d'exemple,
16:04mais en revanche, ce qu'on a voulu montrer, c'est que l'Ordre des avocats de Paris poursuivait de
16:12la même manière
16:13les avocats, qu'ils soient puissants ou misérables, à partir du moment où de façon objective,
16:18on considérait qu'il y avait des raisons de penser qu'un manquement déontologique avait été commis.
16:24Et après, la formation de jugement disciplinaire est évidemment souveraine,
16:29et ensuite le cas échéant, la Cour d'appel le cas échéant.
16:32Est-ce que c'était pour répondre, parce qu'il y avait quand même ce type de critique qui était
16:35entendue,
16:36et peut-être encore, mais peut-être moins, à l'idée que l'Ordre ne faisait pas les choses,
16:44qu'il y avait une sorte de corporatisme sclérosant sur ces sujets ?
16:48L'Ordre a eu pendant longtemps, en effet, une réputation d'entre-soi.
16:53Je dis à tort ou à raison, parce que je pense que sous notre bâtonnat, on a fait le job,
16:58mais qu'on n'est pas les premiers.
17:00D'autres avant nous ont eu aussi du courage disciplinaire en acceptant de poursuivre des gens
17:05qui avaient une certaine notoriété.
17:08Donc, voilà, mais je pense qu'en tout cas, on s'est inscrit dans cette lignée-là,
17:13qui était en effet de casser ce sentiment d'entre-soi,
17:18pour montrer aussi que notre autorégulation, parce que c'est aussi ça,
17:22c'est l'expression de notre autorégulation,
17:23et qu'on avait raison de défendre cette autorégulation,
17:29et d'avoir ce système.
17:30Mais pour ça, il faut être exemplaire, il faut être en effet crédible,
17:34et il faut restaurer la confiance que nos confrères ont dans nos institutions,
17:40ce qui ne retire rien au mérite, entre guillemets, de la presse.
17:44Mais je préfère que les avocats aient suffisamment conscience en l'ordre
17:47pour s'adresser à lui et savoir qu'ils seront protégés par leur ordre
17:51que d'aller parler, en effet, dans les pages des gazettes.
17:55Il y a un autre engagement qui était le vôtre
17:59et sur lequel vous avez travaillé quand vous étiez bâtonnière,
18:01c'est celui de la relation avocat-magistrat.
18:05Même question, je voulais vous demander,
18:07est-ce que les choses vont bien aujourd'hui ?
18:09Est-ce qu'elles vont mieux ?
18:11Comment vous voyez l'état de la relation avocat-magistrat ?
18:15Alors, il y a des hauts et des bas.
18:17Il y a des hauts et des bas, et ce n'est jamais complètement acquis.
18:22Je pense que dans l'ensemble, sur le plan institutionnel, ça se passe bien,
18:26parce que sur le plan institutionnel, ça se passe globalement toujours bien.
18:30Après, il y a le quotidien.
18:32Il y a le quotidien des affaires.
18:34Au civil, c'est plus facile de s'entendre qu'au pénal,
18:39où il y a nécessairement une vivacité inhérente au débat judiciaire.
18:48Mais c'est vrai que ces derniers temps,
18:51et alors même que l'état de droit est attaqué,
18:55que les magistrats sont attaqués, que les avocats sont attaqués,
18:59j'ai eu des moments, notamment l'année dernière,
19:01où j'aurais mieux aimé qu'on fasse front commun.
19:05Et j'ai trouvé que ça n'avait pas été suffisamment le cas.
19:07C'est vrai que, notamment autour de la discussion sur la loi narcotrafique,
19:10il y a eu pas mal de mises en cause d'avocats,
19:13dont on a jugé que la défense était trop vive.
19:19Je pense que ce n'est pas comme ça qu'il faut faire.
19:22Et je pense qu'encore une fois, dans cette période où on est tous attaqués,
19:25on ferait mieux de défendre ce à quoi on croit ensemble.
19:30Oui, ce que vous dites d'une certaine manière,
19:33sur le système judiciaire depuis quelques années,
19:36et qui devient de plus en plus vive,
19:40on peut penser que ça rend plus difficile la concorde
19:45entre les avocats et les magistrats quand la pression est plus forte aussi.
19:48Et ce que vous dites, c'est que la réponse,
19:50vous souhaiteriez que la réponse soit plus commune,
19:52mais ce n'est pas toujours le cas.
19:54C'est parfois le cas, et globalement, on est assez convergent
19:57quand on lit les déclarations de grands magistrats.
20:03L'autre jour, à la Sorbonne, on avait un colloque,
20:05Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel,
20:07a prononcé un discours très fort sur l'État de droit,
20:12comme peuvent le faire Christophe Soulard,
20:14premier président de la Cour de cassation,
20:15Rémi Hetz, procureur général, presse cette cour.
20:17Vous avez des combats communs, de toute façon.
20:19Donc, on a des combats communs qui convergent.
20:21Peut-être que parfois, on gagnerait à les exprimer encore plus ensemble.
20:26On parlait de la pression médiatique.
20:30Il y a des critiques extrêmement vives à l'égard des magistrats,
20:34cette fois-ci, sur tout un tas d'affaires,
20:37qu'elles soient d'ailleurs civiles, pénales,
20:42et parfois même des ingérences étrangères.
20:44On l'a vu avec les tentatives d'ingérence dans l'affaire Le Pen.
20:49Est-ce que ce sont des choses qui vous inquiètent ?
20:51Évidemment que oui.
20:55Tout ce qui concerne les attaques contre les acteurs de la justice,
20:58qu'ils soient magistrats ou avocats, m'inquiète.
21:00Et c'est vrai que, notamment dans ces procès de nature politique,
21:05enfin, ce n'est pas que les procès sont politiques,
21:06c'est qu'en fait, ce sont des décisions qui sont rendues
21:10et qui ont des conséquences politiques.
21:12Justement, c'est toute la nuance qui doit être faite.
21:15Et c'est vrai que des magistrats ont été attaqués à titre personnel,
21:17ce qui est absolument inadmissible.
21:19On a en France un ordre d'endancement juridique
21:21qui fait qu'on a parfaitement le droit de critiquer une décision de justice
21:24par la voie de l'appel, voire même publiquement.
21:27On peut parfaitement critiquer une décision de justice,
21:29mais en aucun cas, on ne peut s'attaquer
21:31à ceux qui rendent la justice collégialement,
21:35ou qui plus est la plupart du temps,
21:37et avec un double de juridiction
21:40qui doit effectivement permettre de corriger une décision
21:44qui serait le cas échéant critiquable.
21:46Où est-ce que vous vous placez la limite entre la critique ?
21:48Donc, on entend la critique d'une décision de justice,
21:50elle s'exerce dans le cadre de la procédure elle-même
21:53et des recours.
21:54Où est-ce que vous placez la limite, vous,
21:56entre la critique légitime de l'institution judiciaire
22:01et des critiques qui vous semblent plus...
22:05Ce qui est inadmissible, c'est tout ce qui est critique adominable.
22:07C'est-à-dire que quand vous avez des magistrats,
22:09des magistrates, en l'occurrence,
22:11qui se retrouvent avec une protection policière
22:16parce que leurs noms ont été jetés en pâture
22:19sur les réseaux sociaux,
22:20c'est juste pas admissible.
22:22C'est très clair.
22:23Merci beaucoup pour cette précision.
22:26Il y a un autre mouvement,
22:27ou en tout cas, c'est quelque chose qui existe.
22:29Ce sont les avocats engagés.
22:31Il y a plusieurs avocats qui indiquent et font
22:36de leur engagement quelque chose de significatif,
22:38que ce soit autour du climat,
22:40de la lutte contre le racisme,
22:41de la lutte contre l'antisémitisme
22:43ou même l'état de droit.
22:45Est-ce que vous pensez qu'un avocat doit être engagé ?
22:48Alors, un avocat ne doit pas nécessairement être engagé,
22:52mais on a besoin des avocats pour s'engager
22:55parce que les avocats sont des acteurs majeurs en démocratie
23:00parce qu'ils ont, j'allais dire, l'arme du droit pour le faire
23:05et que c'était notre slogan avec Vincent Nioré,
23:08« Force au droit » quand on s'est présenté au Conseil de l'Ordre.
23:11Je pense que les avocats sont parfaitement bien placés
23:14pour défendre un certain nombre de principes,
23:16pour défendre les droits fondamentaux,
23:19pour défendre les libertés.
23:21On a, dans le cadre de notre projet présidentiel,
23:25dans la perspective des présidentielles,
23:27choisi cette thématique des libertés
23:29pour démontrer qu'il y a un certain nombre de libertés
23:31qui doivent effectivement être défendues
23:33et que les avocats sont les mieux placés pour les défendre.
23:36J'allais en parler justement,
23:37l'année prochaine est une année d'élection présidentielle.
23:39Qu'est-ce qu'attendent les avocats du pouvoir politique aujourd'hui ?
23:43Eh bien, précisément qu'ils respectent l'état de droit
23:47qui est sacré et intangible
23:50et les libertés dont l'affaiblissement
23:55est incontestablement dangereux pour nos concitoyens
23:59et pour la démocratie.
24:01Donc, on va porter un certain nombre de propositions
24:05et rappeler l'importance de ces principes fondamentaux.
24:09Il y a aussi, évidemment, la question des moyens de la justice.
24:13Est-ce que, voilà, quel est votre regard là-dessus ?
24:15À votre avis, quelle est la priorité sur ce sujet-là ?
24:20Alors, les priorités sont multiples
24:21parce qu'il y a le fonctionnement des juridictions,
24:23il y a tout le carcéral qui est là aussi un sujet qui me tient à cœur.
24:28Je dis souvent que les prisons françaises sont la honte de la République.
24:32Occasion de rendre hommage à Dominique Simonot
24:34qui va quitter ses fonctions dans quelques jours
24:36contre l'heure des lieux de privation de liberté.
24:40Donc, oui, je pense qu'il y a une priorité,
24:43c'est celle de la dignité des personnes en détention.
24:49C'est évidemment aussi le numérique.
24:51Encore une fois, le problème, c'est qu'on ne sait plus
24:53où donner de la tête tant il y a des priorités
24:55et tant l'institution judiciaire a été abandonnée quand même,
24:58il faut bien le dire, pendant des décennies,
24:59même si des efforts sont faits.
25:01Il faut aussi les reconnaître depuis quelques années
25:04avec une augmentation très substantielle des moyens de la justice.
25:07Donc, pour vous, le sujet des moyens de la justice reste absolument cardinal.
25:15Est-ce que vous pensez que, pour parler de la profession d'avocat,
25:20est-ce que, on ne l'a pas abordé tout à l'heure, mais j'avais envie d'en parler
25:23aussi,
25:24est-ce que vous pensez qu'il y a un sujet dans l'équilibre économique
25:29au sein de la profession d'avocat, compte tenu de l'ensemble des évolutions dont on a parlé ?
25:34Alors, oui, il y a forcément un sujet d'équilibre économique,
25:37mais je pense que les avocats sont très adaptables, en fait.
25:43On le voit, par exemple, sur la question de l'amiable,
25:46même si ça n'entre pas encore complètement dans les mœurs.
25:49Mais nous, on a travaillé beaucoup, par exemple, sur le modèle économique de l'amiable.
25:52On essaie de démontrer aux avocats que,
25:55s'ils accompagnent leurs clients dans l'amiable
25:58et qu'ils vont trouver un accord en deux mois,
26:01ça se valorise,
26:03et que ce n'est pas forcément moins rentable
26:05de les embarquer sur un contentieux qui va durer deux ans.
26:08Donc, de ce point de vue,
26:09les avocats sont quand même agiles,
26:12et je pense qu'on aura cette réflexion aussi
26:14sur l'impact de l'IA
26:16sur les modèles économiques des cabinets.
26:19Je voulais terminer cette émission
26:22en vous posant des questions courtes,
26:23et je vous demanderai de répondre de manière courte également.
26:27Quel est votre livre de chevet, Julie Couturier ?
26:31Question difficile,
26:33mais il y a ces dernières années un livre qui m'a beaucoup marquée,
26:36c'est Le Lambeau de Philippe Lançon.
26:41Vous avez le droit de me dire pourquoi.
26:43Non, mais parce que c'est Philippe Lançon,
26:47rescapé des attentats de Charlie Hebdo,
26:49un livre extrêmement bouleversant
26:52sur la reconstruction.
26:57Voilà, c'est vrai que c'est assez...
26:59Je dois dire, en effet,
27:00un livre qui m'a beaucoup bouleversée ces dernières années.
27:04Avocat ou avocate ?
27:05Ah bah, avocate !
27:08Avocate et bâtonnière, vous l'avez dit.
27:10Peut-être juste quand même une anecdote,
27:12je sais que la réponse doit être courte,
27:13mais bon, j'ai été inspirée
27:16par une bâtonnière du Québec
27:18à qui un Français un peu condescendant
27:20avait dit, mais vous savez,
27:21chez nous, la bâtonnière,
27:24c'est la femme du bâtonnier.
27:25Et sans se démonter, elle avait répondu,
27:26eh bien, chez nous, le bâtonnier, c'est mon mari.
27:29Si vous n'aviez pas été avocate,
27:30Julie Couturier,
27:31vous auriez exercé quel métier ?
27:35Chanteuse ou critique gastronomique.
27:37Qu'est-ce qui vous empêche
27:38de dormir la nuit ?
27:45La peur toujours
27:46de ne pas assez bien faire
27:49et de ne pas faire assez.
27:51Vous avez un côté bon élève ?
27:53Très bon élève, oui,
27:54très côté bon élève.
27:55Un syndrome de l'imposteur,
27:57toujours.
27:59Et oui, oui, oui,
28:01toujours la peur de ne pas assez bien faire.
28:04Et qu'est-ce que je peux vous souhaiter,
28:05Julie Couturier ?
28:10De garder peut-être
28:13le sens de l'engagement
28:16et de continuer à aimer les autres
28:19et à aimer les avocats.
28:21Eh bien, c'est ce que je vous souhaite.
28:22Merci beaucoup.
28:23Merci à vous.
28:24Merci, au revoir.
28:24Merci, au revoir.

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