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Mardi 13 octobre 2026, retrouvez Antoine Lebouteiller (Vicde-président, Christie's France) dans ART & MARCHÉ, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.

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Transcription
00:01Générique
00:08Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver pour une nouvelle émission d'Art et Marché,
00:12l'émission qui vous ouvre les portes du marché de l'art.
00:15Et Paris va bientôt devenir l'une des capitales mondiales du marché de l'art à l'occasion de la
00:19Paris Art Week.
00:21Et les maisons de vente en profitent pour dévoiler leur plus belle collection.
00:24A cette occasion, Christie se fait ressurgir l'un des plus grands noms de l'histoire de l'art,
00:28Paul Durand-Ruel, grand défenseur des impressionnistes et pionnier du métier de galeriste moderne.
00:34La maison met en vente 62 oeuvres restées jusqu'à aujourd'hui au sein de la famille,
00:38dont certaines n'ont encore jamais été proposées au marché.
00:41C'est parti, on en parle tout de suite dans Art et Marché.
00:48Les 22 et 23 octobre prochains, Christie dispersera un vaste ensemble d'oeuvres restées jusqu'à aujourd'hui dans la
00:54famille de Paul Durand-Ruel.
00:56Donc de Monet, Renoir, Pissarro, Sisley, mais aussi des artistes défendus par les générations qui lui ont succédé.
01:02Un ensemble estimé entre 30 et 43 millions d'euros, qui raconte aussi l'histoire de celui qui a profondément
01:10transformé le marché de l'art moderne.
01:13Pour en parler, je suis ravie d'accueillir Antoine Lebouteillier. Bonjour.
01:15Bonjour.
01:16Vous êtes vice-présidente de Christie's France et directeur du département d'art impressionniste et moderne.
01:21Merci beaucoup d'être avec nous.
01:23Alors, tout d'abord, est-ce que vous pouvez nous raconter l'histoire ?
01:25Pourquoi est-ce que le nom de Paul Durand-Ruel résonne-t-il autant aujourd'hui dans l'histoire de
01:31l'art et du marché de l'art ?
01:33Parce que Paul Durand-Ruel, c'est un peu le Jay-Z de l'art impressionniste et moderne.
01:39C'est celui qui a découvert les plus grands artistes, Renoir, Monet, Pissarro, Sisley,
01:43et qui a fait ce qu'ils sont aujourd'hui.
01:47C'est un galeriste qui était lui-même issu de parents galeristes,
01:53qui avaient d'abord défendu l'école de Barbizon,
01:55comme des artistes comme le Jay-Z de la Pena ou Corot.
01:59Et c'est lors d'une exposition universelle avec son père devant un tableau de Delacroix
02:03qu'il a compris que l'art vivant allait triompher sur l'art classique, l'art académique.
02:08Et il a eu, en 1871, lors de son exil à Londres pendant la guerre franco-prusse,
02:16l'occasion de rencontrer Monet et Pissarro,
02:21pendant lequel il est tombé amoureux de son travail.
02:23Et en rentrant en France, il a rencontré tous les autres copains de Monet et de Pissarro,
02:29Sisley, Renoir, Degas, Morisot, Cassatt,
02:34et il a décidé de les représenter dans sa galerie.
02:36Et il a décidé du coup d'investir en eux, évidemment,
02:40de les protéger, de leur donner une rente mensuelle
02:45en échange de l'exclusivité de leur production.
02:47Et en échange, du coup, il s'engageait à les exposer,
02:54à organiser des rétrospectives, à les faire voyager à l'étranger.
02:58Et surtout d'investir en eux alors que personne n'y croyait.
03:00Absolument.
03:01Est-ce qu'aujourd'hui, on peut dire que l'art impressionniste
03:04ne serait pas aussi connu s'il n'y avait pas eu d'heure en ruelle ?
03:06Parce qu'en fait, personne ne leur prêtait attention.
03:09Oui, personne ne leur prêtait attention.
03:10Et surtout qu'on se moquait d'eux.
03:11La critique, ils avaient découvert lors du salon des Refusés,
03:16lors de la première exposition des impressionnistes en 1974,
03:19à l'atelier Nadar,
03:21où justement l'expression impressionniste avait eu le jour
03:24sous la plume du critique Louis Leroy,
03:28qui, devant le tableau Impression-Soleil-Levent de Monet,
03:32c'était...
03:34C'était exclapé.
03:35C'était exactement outré de dire,
03:37mais ce n'est qu'une impression,
03:39ce n'est qu'une esquisse finalement,
03:40c'est qu'un brouillon.
03:41Et de là, l'expression est née.
03:43Et c'est justement en défendant ces artistes
03:46qu'il en a vraiment fait aujourd'hui ce qu'ils sont.
03:48Et puis au-delà de l'impressionniste,
03:50il a quand même laissé une trace aussi très forte
03:51sur le marché de l'art.
03:52C'était un galeriste de la nouvelle ère, on va dire.
03:57Absolument.
03:57En tout cas, c'est un modèle qu'il a lui-même inventé
03:59et qui est encore aujourd'hui un modèle qui existe.
04:04Le fait de les défendre, de les exposer, etc.
04:06De les défendre, de les exposer,
04:08d'investir en eux,
04:09de les permettre qu'ils vivent de leur peinture.
04:13Et donc ces œuvres-là,
04:15ce vaste ensemble d'œuvres,
04:17c'est seulement des œuvres qui appartiennent
04:19à la famille Durand-Frel.
04:21Voilà, c'est 60 tableaux qui ont été confiés
04:22par une branche des descendants de Paul Durand-Ruel.
04:27Donc ils viennent de la même connexion.
04:28Ce sont pour 95% des tableaux achetés aux artistes
04:32et par descendance.
04:33Donc ils ont une provenance parfaite.
04:34Est-ce qu'il y en a qui ont été achetés
04:36par Paul Durand-Ruel lui-même ?
04:37Ils ont tous été achetés par Paul Durand-Ruel.
04:39Ah d'accord, c'est pas forcément les...
04:41Alors il y a des tableaux...
04:43S'il y a peut-être le Picasso qui est un tableau de 1944
04:45qui lui a été acheté par la génération d'après,
04:49qui était aussi marchand parce que la galerie Durand-Ruel
04:52a fermé en 1972,
04:54donc il y a eu quand même un siècle d'activité.
04:57Mais la plupart des tableaux impressionnistes
04:59et post-impressionnistes ont été achetés par Paul Durand-Ruel.
05:02D'accord, parce que du coup on ne voit pas forcément
05:04l'évolution du goût, du regard de la famille en héritage.
05:08Si vous voulez, c'était un ensemble d'une soixantaine d'oeuvres.
05:12Paul Durand-Ruel a été actif jusqu'en 1922
05:14mais il s'était aussi entouré de ses deux fils.
05:16Oui.
05:17Et ses deux fils ont perpétué le goût du Durand-Ruel
05:20mais ont aussi défendu des nouveaux artistes de leur temps.
05:23D'accord.
05:24Tous des post-impressionnistes comme Manguin, Valadon, Maurice Denis.
05:28Voilà, ça c'est la nouvelle génération.
05:30Qui se sont en fait inspirés ensuite des impressionnistes
05:32et qui portent en eux leur héritage.
05:34Oui, voilà, exactement.
05:35Alors, on va dire, est-ce qu'il y a un point d'orgue de la vente ?
05:38Est-ce qu'il y a une ou deux oeuvres qui sont majeures ?
05:41Alors, effectivement, on a un noyau d'oeuvres
05:45exécutées par Monet, Pissarro, Renoir, Cisley,
05:48un peu les big fours de l'impressionnisme.
05:51La locomotive de la vente, c'est une très belle vue
05:56des falaises de Pourville de Claude Monet en 1882.
06:00Une vue très importante par sa taille et par son sujet.
06:05On sait que Monet a passé quatre séjours en Normandie,
06:09dans les environs de Pourville,
06:10donc c'est entre Dieppe et Varangeville,
06:14entre début 1882, fin 82,
06:17puis un autre séjour en 96 et 97.
06:19Et de ces quatre séjours,
06:20il a peint environ 150 vues de ces falaises,
06:25peintes de la plage, du côté ouest, du côté est.
06:27Donc c'était une période extrêmement prolifique.
06:30Et l'oeuvre que l'on propose aujourd'hui à la vente,
06:33estimée entre 11 et 15 millions d'euros,
06:34est une vue qui peut être rapprochée de la vue du même sujet,
06:40qui se trouve au musée Barberiné à Postedame.
06:43Et c'est l'un des formats les plus importants.
06:45Oui, parce qu'en plus, Paul Durand-Ruel a beaucoup vendu aussi.
06:49Absolument.
06:49Beaucoup d'oeuvres qu'il a choisies se trouvent dans les musées maintenant.
06:52Exactement, Paul Durand-Ruel, il achetait,
06:54et la frontière entre son collection personnelle
06:57et son stock de galeries était très fluide.
07:00C'est-à-dire que lui, il soutenait les artistes,
07:01il a eu jusqu'à 1000 monnaies, 1500 Renoir, 800 Pissarro,
07:05et il n'a pas toujours connu le succès,
07:07donc il s'est retrouvé avec énormément de tableaux.
07:09Il y a une phrase dans sa mémoire qui dit,
07:10à 60 ans, il serait mort à 60 ans, il serait mort ruiné.
07:13Et c'est vraiment qu'après, quand il a eu 75-80 ans,
07:16qu'il a connu le succès financier.
07:19Donc il a pu, après, vendre selon ses besoins,
07:22au goutte-à-goutte.
07:23Mais c'est vrai qu'il a beaucoup vendu,
07:26et beaucoup des oeuvres Durand-Ruel sont dans les musées aujourd'hui.
07:28La provenance, le cachet Durand-Ruel
07:30est un gage de qualité, un gage muséal.
07:33Et donc là, en tout cas, ce sont des oeuvres
07:34qui sont restées dans la famille, pour le coup.
07:39Comment est-ce que vous avez pensé un petit peu cette collection
07:43et pourquoi la vendre maintenant ?
07:45Comment ça se fait que vous avez réussi à la vendre,
07:47en tout cas, pendant cette semaine de l'art
07:48où tous les collectionneurs interdentent deviennent ?
07:50C'est un projet qui était en gestation depuis un certain temps
07:54et on a décidé, avec la famille,
07:56de vendre déjà cette collection à Paris.
07:58Paul Durand-Ruel, c'est une histoire française,
08:00avec des artistes français.
08:01Donc ça nous paraissait déjà une belle conclusion
08:03de présenter ces tableaux sur le marché parisien.
08:07Et évidemment, trouver un moment fort sur le marché en France,
08:11c'est octobre.
08:12C'est octobre, en parallèle de la foire à Basel,
08:15c'est depuis 2016 le moment où Christisse décide
08:17de présenter ses ventes d'art du XXe siècle.
08:21C'est vraiment la semaine pour Christisse
08:23de la plus importante de l'année ?
08:25Vous vous sentez vraiment comme ça ou pas ?
08:26Oui, c'est un des deux moments.
08:28Depuis 2017, on crée ce vrai momentum
08:31dédié à l'art moderne, impressionniste et contemporain.
08:35Lors de la semaine avant, c'était FIAC, maintenant, c'est Art Basel.
08:38Et en avril, juste après le salon du dessin
08:40et pendant la foire Art Paris,
08:45on présente aussi un moment dédié à l'art contemporain,
08:48à l'art moderne.
08:49Est-ce que l'art impressionniste,
08:51c'est encore et toujours le...
08:53La première cible, c'est le collectionneur américain.
08:57C'est eux qui sont les plus...
08:59Parce qu'en fait, c'est vrai que c'est vraiment Paris,
09:01l'art impressionniste.
09:03On voit des Américains qui viennent tout le temps
09:04au musée Mermotan, etc.
09:06C'est eux la première cible ?
09:08Alors, aussi, mais pas seulement.
09:10Vous avez évidemment le marché américain
09:12qui est un peu le noyau dur des collectionneurs,
09:14mais c'est aussi un marché qui a été beaucoup soutenu
09:18par, à l'époque, les Japonais ou par les Européens.
09:21Aujourd'hui, les Asiatiques, notamment le marché chinois,
09:24est très friand des oeuvres impressionnistes.
09:27Mais nous avons encore un vrai relais aux Etats-Unis.
09:30Et je dirais même, moi aussi, en Angleterre,
09:32en Allemagne, en France.
09:33Il ne faut pas oublier les Européens
09:34qui sont encore très actifs dans cette spécialité.
09:37Le mot Durand-Ruel, enfin le nom plutôt,
09:40Durand-Ruel, ça résonne partout dans le monde
09:42ou c'est un petit peu niche, on va dire,
09:45très...
09:45Non, pas du tout.
09:50C'est vraiment un nom qui est connu
09:53parce que c'est les premières notions de l'histoire de l'art
09:56que l'on apprend.
09:57C'est le premier nom qu'on associe aux impressionnistes.
10:00Sans Durand-Ruel, les impressionnistes n'auraient jamais existé.
10:03Et dans les musées, il n'y a pas une oeuvre
10:05qui n'a pas de provenance Durand-Ruel.
10:06Donc, évidemment,
10:08ce n'est pas connu du commun des mortels,
10:10mais c'est quand même un nom qui résonne
10:12dans la tête de beaucoup d'amateurs d'art.
10:15Et donc cette provenance, en tout cas,
10:16en termes de valeur aussi du tableau,
10:18elle va avoir un impact extrêmement fort ?
10:20Oui, alors effectivement,
10:21il y a plusieurs choses à prendre en compte.
10:23Il y a le pédigré de l'oeuvre,
10:24évidemment la provenance,
10:25mais aussi du fait que ce sont des tableaux
10:27qui n'aient jamais été présentés sur le marché.
10:29Elles ont été montrées lors des grandes rétrospectives.
10:32Certaines ont été montrées dernièrement
10:34dans les années 2015,
10:35notamment, je pense, au Monet, au Renoir,
10:37qui ont fait l'objet d'expositions importantes.
10:41Mais beaucoup d'autres oeuvres,
10:42de Loiseau, de Ciselet,
10:43ou même un autre Renoir
10:45qui n'avait pas été vu en exposition
10:46depuis les années 70.
10:47Donc, on redécouvre des oeuvres
10:50dont on connaissait l'existence,
10:52mais qui n'avaient pas été montrées au public.
10:54Mais moi, alors, pas montrées au public,
10:54et d'autant plus pas sur le marché.
10:57Et aucune des oeuvres n'a été présentée sur le marché.
10:59Donc ça, ça apporte beaucoup de valeur à une oeuvre.
11:02Absolument.
11:02Il y a une oeuvre, dont je pense au Renoir,
11:04qui est le second clou de la vente,
11:07qui est deux jeunes femmes au bord de la mer.
11:09Un tableau de Renoir de 1894,
11:11estimé entre 4 et 6 millions d'euros,
11:13qui lui-même avait été acheté par Durorel
11:16aux enchères à Dros en 1901.
11:19Qui venait de la collection de l'abbé Gauguin,
11:21qui était un ami proche de Renoir,
11:23qui avait une grande collection.
11:24Quand vous parlez de ces oeuvres aussi impressionnistes,
11:26qui n'ont pas été vues au public depuis les années 70,
11:29est-ce qu'il y a des choses à redécouvrir encore de l'impressionnisme ?
11:33On ne connaît pas tout de l'impressionnisme ?
11:35Tout n'a pas été encore mis en avant ?
11:37Comme quoi, par exemple,
11:38ça fait partie des oeuvres qui sont les plus vues
11:43dans les expositions.
11:44L'impressionnisme, c'est quand même
11:45l'un des mouvements les plus connus.
11:47Qu'est-ce qu'il y a encore à redécouvrir
11:48à travers ce genre d'oeuvres ?
11:50On redécouvre un certain esthétique.
11:53On a eu la chance de découvrir au printemps dernier,
11:55à Orsay, la grande rétrospective Renoir.
11:57C'était 25 ans, 30 ans,
11:58qu'on avait payé une rétrospective aussi importante.
12:01Et pourtant, Renoir résonne dans la tête de tout le monde.
12:05C'est vraiment les images de Renoir,
12:07c'est des images d'Epinal.
12:09Et pourtant, Renoir n'avait pas forcément
12:12une bonne réputation.
12:13C'était un peintre peut-être un peu mièvre,
12:14avec un goût peut-être un peu dépassé.
12:16Et justement, avec une nouvelle lumière,
12:18en redécouvrant certains artistes,
12:20sous un nouveau regard de conservateurs
12:23et de commissaires d'exposition de 2026,
12:25on redécouvre un autre art impressionné.
12:27J'ai eu la chance hier de découvrir en avant-première
12:29l'exposition Kassat à Orsay,
12:31qui va ouvrir ses portes très prochainement.
12:34Et donc, pareil, c'est une femme artiste impressionniste
12:37qui est protégée d'Edgar Degas,
12:40qui est redécouverte sous un nouvel angle aujourd'hui.
12:43Il y a toujours des choses à redécouvrir.
12:44Antoine Le Bouteiller, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
12:47Vous êtes vice-président de Christie's France,
12:48directeur du département d'art impressionniste et moderne.
12:51Merci de nous avoir présenté d'avant-durant-ruelle.
12:53Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
12:55C'était Arré Marché.
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