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  • il y a 6 heures
Regardez le décryptage de Joanna Chabas, journaliste au service économie de RTL, Charles Dezon, propriétaire d'un Intermarché à Gradignan en Gironde, et Antoine Vallée, expert cybersécurité, vice-président de Stoïk.
Regardez La preuve par trois avec Anne-Sophie Lapix du 13 octobre 2026.

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Transcription
00:07Quand on est arrivé, le beurre était fondu, les glaces étaient fondues, on met un thermomètre, on regarde 53 degrés,
00:15on se pose la question, on se dit c'est foutu.
00:17On mettait la main dans le bac, il y avait 50 degrés. Les yaourts c'était chaud, donc c'était
00:21impossible de donner à des associations.
00:23Julien Fréret, patron d'un intermarché dans la manche, victime de la cyberattaque, au micro de Johanna Chabas qui est
00:28avec moi.
00:29Chaleur tropicale dans les chambres froides de centaines de supermarchés hier.
00:35Des pirates ont donc détourné un logiciel qui gère la température dans les grandes surfaces et ils ont fait d
00:39'énormes dégâts.
00:40Une opération spectaculaire et incompréhensible qui peut vouloir nuire à nos supermarchés et détruire des tonnes de marchandises.
00:48C'est ce qu'on va voir dans la preuve par 3.
00:51Bonsoir Johanna Chabas.
00:52Bonsoir.
00:52Vous êtes journaliste au service Éco de RTL. D'abord, quelle est l'ampleur des dégâts ?
00:57Alors c'est toujours en cours de chiffrage, mais ça pourrait être très important.
01:01Plus de 500 supermarchés ont été touchés, 300 intermarchés netto, 80 coopératives U, 80 aussi chez Carrefour.
01:09C'est une trentaine chez Monoprix. Leclerc a aussi été victime.
01:13Certains petits indépendants ou même des bouchers sont également touchés.
01:16Alors certains magasins ont pu réagir à temps, sauver la marchandise avant qu'il ne soit trop tard.
01:21Mais beaucoup ont tout de même perdu leur surgelé.
01:24Des fois, c'est tout le froid du supermarché qui a été perdu.
01:27Donc les surgelés, mais aussi les produits frais, les stocks en réserve.
01:30Et avec des dizaines de milliers d'euros perdus.
01:32Sur notre antenne ce matin, Dominique Schellcher, le président de Coopérative U, nous donnait une fourchette des pertes selon la
01:39taille des magasins.
01:40Une superette, on est plutôt sur 10 000 euros de pertes.
01:42Dans les hypermarchés, on parle plus de 180 000, 200 000 euros de perdus.
01:47En plus, certaines grandes surfaces disent que leur matériel a aussi été abîmé avec la chaleur.
01:52Des grilles de ventilation ont fondu, des câbles électriques ont brûlé.
01:55Tout ça, il faudra le réparer ou le remplacer.
01:57Les experts du secteur disent que les dégâts pourraient atteindre des millions d'euros.
02:02C'est une première historique ce genre de piratage.
02:04A cette échelle, c'est une première.
02:06Tous les distributeurs nous disent que c'est inédit, du jamais vu, qu'ils n'auraient jamais imaginé ça.
02:11Une attaque aussi massive et coordonnée.
02:14Par contre, un piratage de frigos connectés, c'est déjà arrivé.
02:18Cet été, aux Etats-Unis, fin août, une douzaine de superettes militaires tenues par l'armée ont été piratées.
02:24Les frigos ont été coupés à distance, où le dégivrage a été lancé automatiquement.
02:29Ça ressemble à ce qu'on a connu et la nourriture, là aussi, perdue.
02:32Mais une douzaine de superettes par rapport à 500 grandes surfaces ici, c'est une toute autre échelle.
02:38Ça veut dire qu'on peut détourner toutes les machines connectées d'une entreprise, arrêter la production d'une usine
02:42?
02:43Théoriquement, oui.
02:44Surtout si c'est mal protégé, ça ne veut pas dire qu'il faut se débarrasser de toutes les machines
02:48connectées.
02:49Dans le cas des supermarchés, c'est la loi qui oblige les entreprises à avoir un système qui surveille les
02:54frigos,
02:54qui fait des relevés de température.
02:56Et si les réfrigérateurs sont connectés, c'est parce que ça permet d'intervenir à distance,
03:00de savoir s'il faut déclencher une intervention.
03:02Donc ces outils ont une utilité, permettent d'être bien plus efficaces.
03:07Par contre, cette cyberattaque nous montre les failles.
03:09Selon l'entreprise Danfos, à l'origine du logiciel piraté,
03:13les frigos touchés utilisaient une vieille version du logiciel qui ne recevait plus les mises à jour de sécurité.
03:19Selon les réparateurs que j'ai eus au téléphone,
03:21ceux qui avaient été hackés utilisaient souvent une simple connexion internet.
03:24Il n'y avait en fait pas tant de garde-fou que ça pour empêcher une cyberattaque.
03:27Et ça, aujourd'hui, ce n'est plus possible.
03:30C'est peut-être là la conclusion de cette affaire.
03:32Avec ce piratage, c'est toute l'industrie qui apprend qu'il va falloir se protéger,
03:37falloir investir dans la sécurité numérique, même quand on ne s'y attend pas.
03:41Merci Johanna Chabas.
03:42On va aller voir une victime de ce piratage.
03:43Charles Deuzon, propriétaire de l'intermarché de Gradignan en Gironde.
03:47Bonsoir monsieur.
03:49Bonsoir.
03:50Comment avez-vous découvert que tous vos produits frais avaient passé la nuit sous très haute température ?
03:55Alors nous, on s'en est rendu compte parce que l'alarme incendie s'est déclenchée.
03:59Avec la chaleur dans la chambre froide, ça a fait éclater une buse qui envoie de l'eau.
04:06C'est le sprinklage qui s'est déclenché.
04:08Donc on a eu la réserve inondée.
04:10Et vous avez perdu beaucoup de marchandises ?
04:13Et du coup, on a perdu, on a estimé ça dans les 20 000 euros de marchandises.
04:18Aujourd'hui, vous...
04:19On a eu l'alarme assez rapidement.
04:21On était 3 heures du matin.
04:22On a eu l'alarme assez rapidement.
04:24Et vous avez pu sauver certaines marchandises ?
04:26Ou tout était perdu ?
04:27Non, non, non.
04:28Tout était perdu.
04:30On a passé la matinée à tout compter, à tout comptabiliser, faire l'inventaire.
04:35On a eu un huissier qui est passé au magasin.
04:38Et du coup, on a ouvert.
04:40Il n'y avait plus de surgelée du coup dans le magasin.
04:42Vous n'avez pas pu être réapprovisionné pour le moment ?
04:46Pour le moment, il y a eu une commande exceptionnelle par Intermarché ce matin.
04:49On a pu recharger ce matin, mais ça ne sera pas réglé avant la fin de la semaine.
04:55Est-ce que vous avez pu prendre des dispositions pour changer le système en place qui a été piraté
05:01et ne plus être exposé à ce risque ?
05:05Alors là, pour le moment, on a sorti la liaison par contrôle à distance.
05:10Donc, on a coupé l'Internet pour ne pas qu'il y ait de liaisons à distance.
05:14Donc, on gère juste dans le magasin, du coup, on gère dans le magasin les produits.
05:20Vous ignoriez que ce risque existait ?
05:25Franchement, à mon niveau, on ne pouvait pas y penser.
05:28Les frigoristes ne nous avaient jamais prévenus sur un risque de piratage.
05:34Merci beaucoup, Charles Dezon, pour ce témoignage.
05:37On va mener l'enquête pour tenter de retrouver les hackers, les pirates.
05:41Pour cela, on va s'adresser au vice-président d'une société de cybersécurité, Stoïc.
05:46Bonsoir, Antoine Vallée.
05:48Bonsoir.
05:49Alors, comment on peut retrouver les pirates ? Comment on mène l'enquête ?
05:53Là, il y a toute la question.
05:55Déjà, ce qu'il faut savoir, c'est qu'on est face à une attaque, comme vous l'avez dit,
05:57d'une ampleur assez inédite, parce qu'en fait, on a basculé du virtuel au réel.
06:02C'est-à-dire que nous, on a l'habitude au quotidien de voir des pertes en millions d'euros,
06:05des millions de données fuitées.
06:06Aujourd'hui, malheureusement, plus personne n'y fait trop attention.
06:09Mais des rayons de supermarchés vides, là, tout d'un coup, effectivement,
06:13on a la presse mondiale qui s'en empare.
06:14Et d'un côté, c'est aussi intéressant d'un point de vue sensibilisation.
06:18Mais on va pouvoir remonter la piste ?
06:20On va pouvoir remonter la piste.
06:22Par contre, est-ce qu'on va la remonter assez loin ?
06:25Et on voudra l'attribuer derrière ?
06:27Potentiellement, non.
06:28Parce qu'en fait, pour vous expliquer un petit peu,
06:30c'est assez similaire à une scène de crime classique.
06:32Parfois, on va pouvoir retrouver qui a été le meurtrier,
06:35comment il a fait, grâce aux traces et aux erreurs qu'il a pu commettre.
06:38Et parfois, ils en commettent très peu.
06:40Et là, aujourd'hui, dans le cas qu'on observe aujourd'hui,
06:43c'est qu'ils ont commis assez peu d'erreurs,
06:45avec beaucoup de moyens.
06:46Et ces moyens ont permis, justement, de très bien cacher leurs traces,
06:50même si on arrive, en tout cas, à commencer à se faire une idée.
06:54Et après, pour nous, l'objectif va être de regarder, finalement,
06:56des attaques similaires passées.
06:57Vous citiez tout à l'heure l'attaque aux États-Unis.
06:59De voir un peu des signes similaires
07:01avec des groupes d'attaquants qu'on peut connaître, ou des pays.
07:05Et voir si ces stratégies ressemblent,
07:08ou sont même très similaires à des stratégies précédemment utilisées
07:10dans des attaques informatiques par d'autres acteurs.
07:13Ce qui nous permettrait, potentiellement,
07:15d'avoir une attribution, en tout cas indirecte.
07:17Le fait qu'il y ait peu d'erreurs et beaucoup de moyens,
07:20ça veut dire qu'on a peu de chances de faire face à des petits plaisantins ?
07:23Ça peut être davantage des professionnels,
07:25voire des puissances étrangères ?
07:27Alors, on n'est clairement pas face à des présents de plaisantins aujourd'hui,
07:30dans les moyens qui ont été mis en œuvre pour cacher les traces,
07:33et aussi dans la massification de l'attaque,
07:35parce qu'on ne parle pas de juste un système qui a été touché,
07:38mais des milliers dans l'ensemble de l'Europe.
07:40Et ensuite, on n'est aussi pas forcément en lien avec des groupes d'attaquants
07:45que nous, on a l'habitude de voir,
07:47qui vont être des groupes mafieux à objectif financier, finalement,
07:50parce qu'on n'a pas de revendications,
07:51on n'a pas de motivation financière,
07:53où on n'a aucun message qui a été laissé.
07:55Et donc, on est vraiment sur de la déstabilisation d'un pays,
07:58voire d'un continent,
07:59vu le nombre de pays aujourd'hui touchés.
08:01Est-ce qu'on est capable de neutraliser une telle menace
08:05et de protéger tout simplement les réfrigérateurs de nos magasins ?
08:09Alors, les réfrigérateurs, aujourd'hui,
08:11on a identifié qu'il y avait deux marques principales touchées,
08:14avec Danfos et Emerson et Dixell,
08:16qui sont un petit peu moins cités,
08:17puisque l'information est plus récente.
08:19Et donc, sur ces réfrigérateurs-là,
08:22les frigoristes et les supermarchés,
08:24eux, doivent les déconnecter, aujourd'hui, d'Internet,
08:26s'ils ne sont pas à jour.
08:27Donc, le constructeur a publié,
08:29comme vous le citiez tout à l'heure,
08:31des recommandations de mise à jour,
08:32il y a déjà plusieurs mois.
08:33Et ces frigos, malheureusement,
08:35ne peuvent pas tous être mis à jour.
08:37Certains doivent être juste complètement remplacés,
08:39puisqu'ils sont obsolètes, finalement,
08:41et ne permettent pas d'avoir ce mécanisme de mise à jour.
08:43Et donc, il faut absolument les débrancher d'Internet,
08:45pour l'instant,
08:46quitte à faire venir un gardien,
08:47une personne qui va être là jour et nuit,
08:49pour observer la température
08:50et s'assurer qu'une fois que ces systèmes
08:53de suivi de la température à distance sont débranchés,
08:56on n'ait pas de problématiques sur le frigo
08:58et que la température reste bonne.
09:00C'était des réfrigérateurs,
09:02mais ça pourrait être n'importe quelle machine en réseau,
09:05aujourd'hui, dans nos usines, dans nos magasins ?
09:07Bien sûr.
09:08Bien sûr.
09:09Et la menace, aujourd'hui, sur les usines et l'industrie,
09:11en général, est assez sous-estimée.
09:14Souvent, on est sur des machines qui peuvent être très obsolètes.
09:16Quand, aujourd'hui, on se balade dans des usines,
09:18on tombe face à des systèmes qui ont parfois 20 ans, 30 ans,
09:21voire plus,
09:21qui ont très peu de suivi,
09:23du coup, d'un point de vue cybersécurité globale.
09:26Donc oui, la menace pourrait être beaucoup plus large
09:28que des frigos aujourd'hui.
09:29Et d'ailleurs, les frigos auraient pu être bien plus graves
09:32puisqu'on a certains endroits
09:33où des débuts d'incendie ont failli se déclencher
09:36avec ces systèmes-là.
09:37Bien sûr, on est monté parfois jusqu'à 80 degrés.
09:39Merci beaucoup, Antoine Vallée.
09:42On aura bien compris que ce ne sont sans doute pas des petits plaisantins
09:45puisqu'ils ont de gros moyens.
09:46Ils ont commis très peu d'erreurs.
09:48Des puissances étrangères, peut-être.
09:50On le saura, j'espère, à l'issue de l'enquête.
09:52Merci à vous, c'était La Preuve par 3.

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