00:08C'était il y a 8 ans, une pétition en ligne contre le prix du carburant avait rassemblé des centaines
00:14de milliers de signatures,
00:15puis un appel à bloquer les routes le 17 novembre avait mobilisé 300 000 personnes.
00:20Le mouvement des Gilets jaunes était né, il allait durer des mois, être marqué par des violences et aboutir à
00:25une série de mesures pour le pouvoir d'achat.
00:27A l'heure où les appels à retourner sur les ronds-points le 17 octobre se multiplient, on va se
00:32poser la question, que reste-t-il des Gilets jaunes ?
00:36Trois interviews de journalistes témoins experts pour répondre à cette question, c'est la preuve par trois.
00:41Bonsoir Maura Djavari.
00:43Bonsoir Anne-Sophie, bonsoir à tous.
00:44Vous êtes reporter à la rédaction d'RTL et vous avez suivi les Gilets jaunes en 2018.
00:49On a l'impression que les mêmes causes provoquent les mêmes effets.
00:53La raison de la colère il y a 8 ans, c'était la hausse des prix des carburants.
00:56Oui, une décision du gouvernement, celle de l'augmentation d'une taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques.
01:03A ce moment-là, le diesel est à 1,50€, l'essence à 1,48€.
01:08Après cette annonce du gouvernement, très vite sur les réseaux sociaux, des pétitions, des appels à manifester, pullule.
01:14Nous sommes en mai 2018, mais il ne se passe rien.
01:17Puis en octobre 2018, les premiers blocages, certaines personnes investissent les ronds-points.
01:21Le gilet jaune apparaît comme objet de ralliement, un symbole enfilé sur le dos ou posé sur le tableau de
01:27bord.
01:27Mais la mobilisation reste timide.
01:29C'est en novembre 2018 que les premières manifestations d'ampleur apparaissent avec 280 000 personnes à Paris, selon la
01:36préfecture.
01:36C'était le 17 novembre.
01:38Ensuite, chaque samedi, des milliers de personnes défilent en région et à Paris.
01:41Un mouvement spontané, sans direction locale ou nationale.
01:44Alors, les prix des carburants et cette taxe, c'était l'étincelle, mais il y avait une colère plus profonde
01:48qui couvait dans une partie de la France ?
01:50Oui, le point de départ, c'est la hausse du prix des carburants avec cette taxe.
01:54Dans le cortège, on rencontre surtout des salariés, des retraités.
01:57En tout cas, au tout début, une partie de la France qui dépend de sa voiture pour aller travailler, aller
02:02chez le médecin ou faire ses courses.
02:03On parle de ces Français, des zones périurbaines, des campagnes.
02:07Et très vite, d'autres colères s'agrègent à ce mouvement.
02:10Le pouvoir d'achat, les inégalités, le sentiment d'abandon dans les zones rurales.
02:14Bien souvent, les manifestants nous disaient que les politiques sont à Paris et ils sont déconnectés de la vie des
02:20Français, déconnectés de leur réalité, de leur quotidien.
02:23Et alors, quelle a été l'ampleur de ce mouvement ?
02:25Eh bien, très suivi, de décembre à février 2019, à Paris et en région.
02:30Chaque manifestation du samedi est appelée acte, acte 1, acte 2, acte 3, etc.
02:35Lors de ces premiers actes, il y a une violence qui surprend et qui choque.
02:40La dégradation de l'Arc de Triomphe, des magasins pillés, des voitures calcinées.
02:44Les manifestants arrivent devant les grilles de l'Elysée, même lors d'un samedi de manifestation.
02:49Plusieurs semaines de suite, des centaines de milliers de personnes se rassemblent.
02:51Donc le samedi, crient leur colère dans la rue et s'affrontent aussi avec les forces de l'ordre.
02:56Le ministère de l'Intérieur dénombre plus de 2200 manifestants blessés.
03:0146 grièvement, 700 policiers blessés sur l'ensemble du mouvement.
03:06Ou le maintien de l'ordre pose encore question aujourd'hui.
03:09Les forces de l'ordre, c'est vrai, sont exposées à une situation exceptionnellement violente.
03:13Mais est-ce que la réponse était proportionnée, adaptée face à l'ampleur et la gravité des blessures ?
03:17Notamment avec l'utilisation du LBD, le lanceur de balles de défense.
03:21Ça a duré des semaines, des mois, pourquoi si longtemps ?
03:24Parce que chaque manifestant avait une revendication différente.
03:28Et il pouvait l'exprimer, il pouvait exprimer sa colère dans ce mouvement des Gilets jaunes.
03:32Et puis au fur et à mesure, des figures ont émergé, comme Jérôme Rodriguez par exemple.
03:37Mais il n'y a pas eu de représentant pour négocier avec le gouvernement.
03:41C'est un mouvement apolitique, pas de parti ni syndicat dans les cortèges.
03:44Le samedi, c'est jour de manif, jour de colère.
03:46Et le reste de la semaine, on se retrouve sur les ronds-points.
03:49Et même s'il y a eu de moins en moins de monde dans les cortèges au fil des semaines,
03:53le soutien sur les réseaux sociaux reste large, massif.
03:56Et donc les manifestants avaient le sentiment de représenter la colère d'une grande partie des Français.
04:02Alors il y a eu finalement des réponses du gouvernement.
04:04Il y a eu d'abord des réponses sonnantes et trébuchantes.
04:07L'État a débloqué 10 milliards d'euros en décembre 2018.
04:10Mais à l'époque, ça n'avait pas vraiment convaincu.
04:12Écoutez une réaction de Gilets jaunes.
04:14Nous ici, ce qu'on veut, c'est le pouvoir d'achat.
04:17Je suis dans la classe moyenne et je n'ai rien obtenu.
04:18Et les 100 euros pour le SMIC, ça ne me concerne pas.
04:21Avec des salaires, la prime d'activité, on n'a pas le droit.
04:23On veut tout simplement vivre de nos salaires.
04:25Parce que sinon, demain, je me mets au chômage, j'aurai tout, j'aurai le droit à tout.
04:28Il n'y a pas de souci.
04:29Alors on va voir quelles étaient quand même ces concessions du gouvernement.
04:32Avec Mathieu Plannes, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE.
04:37Bonsoir.
04:38Bonsoir.
04:39D'abord, il y a eu le renoncement à cette ambition écologique avec cette hausse de la taxe carbone.
04:45Ça devait quand même rapporter 4 milliards.
04:48Oui, tout à fait.
04:50C'est d'ailleurs un dégain, on va dire, important dans les revendications.
04:54C'était d'annuler la hausse des prix des carburants avec cette hausse de la fiscalité écologique.
05:00Et ça représentait près de 4 milliards sur une seule année.
05:03Mais il était inscrit, normalement, une augmentation successive sur plusieurs années.
05:08Jusqu'à la fin du premier quinquennat, il y avait une trajectoire de hausse de la taxe carbone
05:12qui a été d'abord annulée dès la première année.
05:16Mais les augmentations suivantes aussi ont été supprimées.
05:20Donc, ça a été déjà un point important dans le gain, en tout cas, et les revendications des Gilets jaunes.
05:26Donc, cette taxe n'a plus jamais bougé, en fait.
05:28Elle n'a plus jamais augmenté.
05:30Non, elle n'a plus augmenté.
05:31D'ailleurs, elle est un peu tabou aujourd'hui.
05:33Dès qu'on parle de taxe carbone, on pense aux Gilets jaunes.
05:35Alors même qu'effectivement, il y a des propositions autour de ça.
05:38Alors, certainement moins en ce moment, vu les prix de l'essence et de l'énergie des carburants.
05:42Mais de dire, voilà, l'idée de fiscaliser plus ce qui pollue plus,
05:47donc avec nos taxes carbone, est une idée qui circule quand même beaucoup.
05:52Mais par contre, on voit que ça a un impact quand même très rapide sur le point d'achat de
05:56certains ménages,
05:56notamment ceux qui sont très dépendants de leur voiture, de leur véhicule,
05:59et qui ont cette dépense contrainte.
06:01Donc, c'est toujours compliqué, parce qu'il y a toujours la question de la fin du mois
06:05versus la fin du monde dans cette histoire-là.
06:06Et puis, il y a eu, par ailleurs, la hausse de 100 euros par mois du SMIC via la prime
06:10d'activité,
06:11la défiscalisation des heures sup, la prime Macron.
06:15Les mesures ont avant tout porté sur les salaires.
06:18Pourquoi ? C'était un mouvement de travailleurs pauvres ?
06:22Oui, alors je pense que c'était quand même d'abord une revendication plutôt de...
06:29C'est vrai qu'il y avait des retraités dans les cortèges,
06:31mais il y avait quand même aussi beaucoup de salariés qui disaient qu'ils n'arrivaient pas à terminer les
06:35fins de mois.
06:35Donc, plutôt des actifs, mais du bas, on va dire, de la catégorie des travailleurs,
06:40c'est-à-dire une partie de la classe moyenne, mais pas plutôt bas de la classe moyenne.
06:45Et donc, voilà, je pense que les mesures fiscales, elles ont visé à cibler ça,
06:48c'est-à-dire la revalorisation de la prime d'activité.
06:50Donc, c'est plutôt les personnes qui sont autour du SMIC, la défiscalisation des heures sup,
06:55notamment.
06:56Voilà, il y a eu la prime exceptionnelle de cours d'achat, la prime Macron qui a été mise en
07:00place.
07:00C'est quand même assez conséquent.
07:02Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que le gain, là-dessus, il est près de 11 milliards
07:07par an.
07:08D'ailleurs, ça a été un peu une surprise, parce qu'on ne s'y attendait pas forcément.
07:11Et d'ailleurs, ça n'a pas été non plus financé.
07:13D'où, aujourd'hui, une grande question sur les déficits.
07:16Oui, justement.
07:17Et puis, il y a eu 5 milliards de plus en baisse d'impôts et de revalorisation des petites retraites.
07:21Donc, ça, c'était en avril 2019, en fait.
07:22Donc, en tout, effectivement, on a parlé de 15 à 17 milliards.
07:26C'est là qu'on a creusé définitivement le trou du budget.
07:33Donc, ça a commencé là.
07:34Ça a commencé là.
07:35C'est-à-dire que ce n'était pas du tout prévu dans le programme d'Emmanuel Macron.
07:38C'est-à-dire qu'il y avait une espèce d'idée d'une trajectoire budgétaire avec certaines mesures fiscales,
07:43dont la hausse de la taxe carbone.
07:44Il y avait d'autres choses.
07:45Mais ça, ce n'était pas prévu.
07:47Et effectivement, ces 17 milliards,
07:48alors, on redonnait quand même un peu de pouvoir d'achat à ces catégories de personnes.
07:53Peut-être pas suffisant.
07:54Mais en tout cas, c'est un effet.
07:55Mais c'est vrai que la question du financement, ce n'est pas posé.
07:59Et aujourd'hui, elle se pose un peu plus.
08:01Et d'ailleurs, on le voit dans les revendications actuelles.
08:03La question, c'est que le gouvernement, désormais, a plus du tout de marge de manœuvre.
08:07Merci beaucoup, Mathieu Plannes.
08:08Alors, la réponse n'a pas été seulement financière,
08:10car le mouvement des Gilets jaunes a aussi exprimé un malaise profond.
08:13Emmanuel Macron a imaginé un grand débat national
08:15et l'ouverture de cahiers de doléances.
08:17Bonsoir, Arthur Bélier.
08:18Bonsoir.
08:19Vous êtes journaliste au service politique d'RTL.
08:21D'abord, est-ce que les Français ont joué le jeu et rempli ces cahiers de doléances ?
08:23À l'époque, oui, ça avait été un vrai succès.
08:26Quelques 20 000 cahiers ouverts physiquement dans les mairies,
08:28ce qui donne 200 000 contributions.
08:30Donc, 200 000 personnes qui, physiquement,
08:32se sont déplacées dans les mairies pour 450 000 pages
08:35qui ont toutes été numérisées
08:37et qui sont aujourd'hui dans les archives départementales.
08:40Je rajoute les 2 millions de contributions en ligne.
08:43Ça donne le plus grand exercice, en fait, de paroles citoyennes
08:45depuis les cahiers de doléances de 1789 au moment de la Révolution.
08:49Et ça a servi à quoi ?
08:51Alors, à remplir les étagères des archives départementales, déjà.
08:54Non, il y a eu des cabinets privés de consultants
08:57qui en ont fait des synthèses dont on n'a jamais eu connaissance.
09:00Emmanuel Macron devait rendre compte,
09:02lors d'une grande conférence de presse, le 15 avril 2019.
09:04Mais ce soir-là, Notre-Dame a pris feu.
09:07La conférence de presse a été décalée.
09:09En fait, on n'en a jamais vraiment eu de conclusion au niveau de l'État.
09:12Emmanuel Macron avait promis, le 1er mai de cette année,
09:16qu'il ouvrirait, dans le courant de l'année,
09:18la consultation facilement en ligne de ses cahiers de doléances.
09:21Mais on attend toujours.
09:22Et puis, le grand débat.
09:22On se souvient que le président a un peu mouillé la chemise.
09:25Il allait, dans les différentes provinces,
09:28débattre directement avec les citoyens.
09:30Oui, 92 heures de débat.
09:32J'ai repris un décompte de BFM TV cumulé pour le président,
09:35face beaucoup à des maires dans une dizaine de villes.
09:38Donc, face à des maires, l'exercice était plutôt républicain,
09:40plutôt courtois, plutôt maîtrisé.
09:42Mais parfois, il a quand même fait face à de la vraie colère.
09:44Et ça a permis quand même de refroidir la machine.
09:46Même si aujourd'hui, c'est devenu pour le président un exercice de communication.
09:49À l'Élysée, dès qu'on met Emmanuel Macron au milieu d'une scène,
09:51avec des gens autour et un micro,
09:53on appelle ça un format grand débat.
09:54Donc, ça a un peu fini sur un exercice de communication.
09:58Merci beaucoup, Arthur Berlier.
10:00Merci à vous trois.
10:01C'était la preuve.
10:01Par trois.
10:02Par trois.
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