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  • il y a 16 heures
Après cinq mois de travaux et 63 auditions, les députés membres de la commission d'enquête sur l’audiovisuel public ont voté ce lundi 27 avril pour publier les conclusions et recommandations de Charles Alloncle, le rapporteur de cette commission. Ce rapport, publié le 4 mai prochain, provoque de vives inquiétudes, à la fois par la demande de suppressions de chaînes et de stations, mais aussi par un dénigrement organisé de la parole. Aurélien Saintoul, député LFI, était membre de cette commission d'enquête, il témoigne des sales méthodes de son rapporteur au micro de Margot Bonnéry.

00:00 Introduction
4:46 Les macronistes au service du Rassemblement national
16:34 Le rôle du rapporteur dans la commission
25:08 Le contre-rapport de la Scam
34:07 Quelle suite pour le rapport ?

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00:01Après cinq mois de travaux et 63 auditions, les députés membres de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public
00:07ont voté ce lundi 27 avril pour publier les conclusions et recommandations de Charles Aloncle, le rapporteur de cette commission.
00:15Ce rapport, publié le 4 mai prochain, provoque de vives inquiétudes, à la fois par la demande de suppression de
00:21chaînes et de stations, mais aussi par un dénigrement organisé de la parole.
00:26Je suis Margot Bonnery, journaliste à l'Humanité, et nous recevons aujourd'hui Aurélien Saint-Toul, député de la France
00:32Insoumise, membre de cette commission d'enquête.
00:34Bonjour M. Saint-Toul.
00:35Bonjour.
00:36Alors nous allons commencer dans le vif du sujet. Tout d'abord, quelle a été votre réaction face à ce
00:41rapport, à son vote, et pourquoi est-il néfaste pour l'audiovisuel public ?
00:45Alors, ce rapport, en réalité, moi je peine à l'appeler un rapport, c'est bien le problème.
00:50Si ça avait été un simple rapport avec lequel je n'étais juste pas d'accord, parce qu'il avait
00:56été écrit par une personne de droite, voire d'extrême droite, en l'occurrence c'est de l'extrême droite,
01:01il n'y aurait pas eu de problème des rapports avec lesquels on n'est pas d'accord, on en
01:05publie ou on en voit publié tous les jours, quasiment.
01:08Donc en soi, ce n'est pas ça le sujet. C'est que ce n'est pas un rapport. Ce
01:11sont les conclusions tronquées, biaisées, d'une commission d'enquête qui a été menée d'une façon qui n'avait
01:17pas grand-chose à voir avec une enquête non plus,
01:20qui était autre chose, qui était une tribune donnée à l'extrême droite pour dire toute sa détestation du service
01:26public de l'audiovisuel.
01:27Et donc ça se retrouve dans ce document écrit qu'on nous a fourni et qui est un mélange disparate
01:33de critiques, d'observations malveillantes, de citations détournées, tronquées.
01:40Par exemple, les syndicalistes de France Télévisions qui ont été auditionnés, évidemment qu'ils ont des griefs contre la direction
01:47de France Télévisions.
01:48Et heureusement qu'on peut formuler des critiques contre la direction de France Télévisions et France Télévisions en général.
01:54Mais en l'occurrence, leurs propos, quand ils sont cités dans le rapport, ils sont cités en excluant tout ce
02:02qui concerne la commission d'enquête elle-même
02:04et les critiques que les syndicalistes formulent à l'égard du rapporteur. Et voilà. Alors à l'époque, ils avaient
02:10dit très clairement que la commission d'enquête elle-même
02:12et la façon dont le rapporteur travaillait suscitaient un profond mal-être chez les salariés de France Télévisions. Bon, évidemment,
02:18cet aspect-là est complètement évacué.
02:20Et c'est vrai de tous les sujets, en fait. Et jusqu'à des mises en cause personnelles, des choses
02:25qui relèvent de l'insinuation.
02:26Alors rien de tout ça n'est étayé en général. Et donc ça apparaît comme ça. Moi, j'ai fait
02:34une comparaison avec mon propre travail de rapporteur
02:37quand j'ai rapporté la commission d'enquête sur les chaînes de la TNT et l'attribution des nouvelles autorisations.
02:42J'ai dit une commission d'enquête, elle cherche à établir des faits. Donc le plus souvent, les questions que
02:48j'ai posées aux personnes qui étaient auditionnées,
02:50c'était de demander tel jour, telle heure, il s'est passé telle chose ou telle chose. Qu'est-ce
02:57que vous faisiez à ce moment-là ?
02:58Qu'est-ce que vous avez fait après ? Quelles décisions vous avez prises ? Etc. Etc. Vous établissez des
03:04faits, des responsabilités
03:05autour d'événements que vous connaissez ou que vous cherchez à découvrir.
03:08Là, le rapporteur Charles Laloncle, lui, il a en permanence employé deux, trois phrases qui étaient « Est-ce que
03:15vous condamnez ? »
03:16Comme en fait on le fait dans la plupart des grands médias d'information en permanence, en nous obligeant à
03:21condamner telle ou telle chose,
03:23en disant « Est-ce que vous auriez fait la même chose ? » ou alors « Vous comprenez les
03:27moins que ça suscite dans la population ? »
03:29Donc ce sont des questions sur les opinions, les jugements, les convictions, mais certainement pas un moyen d'établir les
03:33faits.
03:34Donc dans son principe, la commission d'enquête, il faut se le dire, était macartiste. Bon, ben ça s'est
03:38retrouvé dans ce rapport.
03:39Donc en acceptant de le publier, celles et ceux qui ont en particulier voté pour l'adoption de ce rapport
03:46ont créé un précédent très grave.
03:48Alors nous, on a été placés dans une alternative qui était « Est-ce qu'on accepte ce précédent-là
03:53? »
03:53C'est-à-dire laisser publier n'importe quoi, et puis avec le logo de l'Assemblée nationale, et puis
03:59voilà.
04:00Ou alors, est-ce qu'on établit un frein, une limite, mais on crée aussi un précédent ?
04:06C'est qu'à l'avenir, peut-être que d'autres décideront que quand ils ne sont pas d'accord
04:11avec un rapport, c'est possible d'empêcher sa publication.
04:13On a pesé le pour et le contre, et on s'est dit qu'il fallait marquer cette limite, que
04:17par ailleurs, cette possibilité existerait toujours.
04:21Il y a toujours la possibilité de voter contre, et que les macronistes, en réalité, ils avaient déjà posé cette
04:25question plusieurs fois dans mon propre rapport d'enquête.
04:27Ils avaient cherché à empêcher la publication, non pas parce que ce n'était pas un rapport, mais juste parce
04:31qu'ils n'étaient pas d'accord.
04:33Donc on voit en fait le deux poids deux mesures des macronistes sur ces sujets-là.
04:36Quand il est question de l'extrême droite, ils agitent l'idée que ça créerait un précédent, qu'ils ne
04:41veulent pas, etc.
04:42Mais quand il s'agissait de la gauche, alors là, ça ne leur posait pas de problème.
04:45Mais justement, jusqu'à la dernière minute, le vote était tendu.
04:48Le vote s'est joué à douze voix pour, notamment celle de l'extrême droite et de la droite, donc,
04:53contre dix voix de la part de la gauche et une dizaine d'abstentions du côté de la Macronie, comme
04:57on le disait.
04:58Est-ce que, justement, peut-on dire que les macronistes ont servi de marche-pied à l'extrême droite ?
05:03Complètement, parce qu'aujourd'hui et hier déjà, on voyait certains qui ont critiqué très vertement le rapport,
05:10en disant que c'était ni fait ni affaire, etc., mais qui, au dernier moment, ont préféré s'abstenir.
05:15Encore une fois, je comprends très bien le choix de l'abstention.
05:18Nous-mêmes, au sein de la France insoumise, on a balancé pendant plusieurs jours.
05:21On s'est posé la question, quel était le moindre mal ?
05:24Parce qu'évidemment, un rapporteur qui ne peut pas publier son rapport, ce n'est pas une situation normale.
05:30On est arrivé à la conclusion que, quand même, il fallait marquer un coup d'arrêt
05:35à cette façon d'importer les méthodes de l'extrême droite, les méthodes de CNews dans la vie parlementaire.
05:41On s'est dit qu'il fallait être cohérent.
05:43Nous sommes pour la fermeture de CNews qui pollue le débat public et qui pollue l'idée même qu'on
05:47se fait du journalisme.
05:49Bon, il ne faut pas laisser ouvrir une antenne au sein de l'Assemblée nationale.
05:52Donc parmi les macronistes, certains ont fait un autre choix.
05:56On a tendance à croire quand même qu'ils se sont un petit peu planqués quand ils ont choisi l
06:01'abstention
06:01après avoir dit à peu près les mêmes choses que nous sur le fond, sur ces principes-là.
06:06Mais puis il y en a quand même qui ont carrément voté pour.
06:08Et le cas le plus emblématique, c'est le président de la commission d'enquête, Jérémy Patriellitus,
06:13qui, lui, au dernier moment, vraiment juste avant le vote, a fini par dire
06:16« Bon, eh bien, je change mon vote parce que j'ai obtenu des changements dans le rapport qui me
06:20paraissent suffisants.
06:22Et alors il faut dire lesquels, parce que c'est quand même incroyable cette affaire.
06:25Tout ça se fait à huis clos, mais il y aura un compte-rendu qui fera foi de tout ça.
06:30Rendez-vous compte que sur 360 pages, il y a eu trois changements qui ont été acceptés par le rapporteur.
06:38Un, une des propositions qui n'avait pas vraiment de rapport direct avec la télévision a été retirée.
06:43C'est une proposition de suppression d'un crédit d'impôt qui s'appelle le C2I et qui est en
06:47fait un financement du cinéma.
06:49Bon, ça n'engageait pas énormément en réalité.
06:53Et puis deux autres petits, vraiment micro-détails du rapport.
06:58Dans l'introduction, le rapporteur se victimisait un peu, comme il a continué à le faire partout dans les médias.
07:03Et il ciblait Yael Brown-Pivet, donc la présidente de l'Assemblée nationale, et Jérémy Patriel, étudiant personne, le président
07:10de la commission d'enquête.
07:11Il déplorait que Yael Brown-Pivet soit allé sur France Inter au cours de la commission d'enquête...
07:19Elle trouvait que les méthodes du rapporteur n'étaient pas les bonnes.
07:23Et il disait que le président de la commission d'enquête, ayant été auparavant, en tant que député, membre du
07:30conseil d'administration d'un des groupes de l'audiovisuel public,
07:33je crois que c'est France Média Monde, eh bien il considérait qu'il y avait une sorte de conflit
07:37d'intérêts.
07:39Donc la formule était « en dépit de cela » ou « en dépit du fait » qu'il avait
07:44été... Voilà.
07:45Et donc Jérémy Patriel, étudiant, a fait retirer la mention de Yael Brown-Pivet, et il a fait retirer la
07:51locution « en dépit de » du rapport.
07:54Et à partir de ça, il a considéré que c'était suffisant pour qu'il lui donne son approbation et
07:58qu'il passe d'une position d'abstention à une position de vote pour.
08:01Bon, vous voyez bien que tout ça est quand même particulièrement grotesque.
08:06Vous ne pouvez pas reprocher, dire pique-pendre de ce document, dire qu'il ne respecte pas certains principes élémentaires,
08:13etc.
08:14Et puis à la fin, dire « Oh, bah, je ne suis plus mis en cause personnellement, donc je vais
08:18laisser mettre en cause plein d'autres personnes. »
08:21Parce qu'en réalité, dans ce rapport, il y a beaucoup d'insinuations, beaucoup de prises à partie personnelles. Voilà.
08:26Tout ça est problématique.
08:28Donc selon vous, c'est la raison pour laquelle Jérémy Patriel, étud, ça a changé ?
08:33Ah, mais ce n'est pas selon moi. Il l'a explicitement dit.
08:35Oui. Et alors ce qui est même incroyable dans cette réunion, c'est que juste avant de passer d'un
08:39vote d'abstention à un vote pour,
08:41il nous a quand même tranquillement expliqué que d'ailleurs, s'il ne votait pas pour, cela signifierait que probablement,
08:48il aurait dû démissionner auparavant. Parce que s'il était vrai que l'écrit ressemblait à l'oral,
08:58et que, en fait, le rapport lui-même était à l'image des auditions, s'il votait contre,
09:04alors ça signifiait qu'il ne validait pas la tournure qu'avaient prises les débats, etc. Mais compte tenu du
09:11fait
09:11qu'il a quand même passé son temps à peu près à sauter comme un cabri sur sa chaise et
09:16à déplorer la tenue des débats,
09:19etc., qu'il n'a pas été du tout capable d'encadrer, tout ça ressemble quand même beaucoup à l
09:23'hypocrisie.
09:24Et par ailleurs, une des raisons pour lesquelles il n'a pas réussi à encadrer, c'est qu'il l
09:28'a bien voulu.
09:29On lui a fourni plusieurs occasions de choisir de passer en huis clos.
09:33Parce qu'évidemment, nous, on est très favorables à la publicité des débats, à la publicité des auditions.
09:40Le caractère public des échanges, c'est au fondement de la vie démocratique.
09:45Mais à partir du moment où c'est totalement tronqué par le rapporteur,
09:49qui a utilisé des montages biaisés des auditions pour faire dire aux personnes auditionnées des choses qu'elles ne disaient
09:56pas...
09:57Sur Twitter et où, notamment ?
09:58Sur Twitter, notamment. Bon, ça posait un problème.
10:01Et donc, il fallait se prémunir de ces sorties de route.
10:04Le président a systématiquement refusé ça.
10:07Et de fait, il y a eu une complicité réelle entre le rapporteur et le président,
10:12qui a été complètement méconnue par la plupart des observateurs.
10:15Mais la réalité, c'est qu'il se tenait par la barbichette.
10:17Et qu'à chaque fois qu'il y a eu un sujet où il a fallu, pour eux, s'opposer
10:22à la gauche,
10:23ils l'ont fait sans problème.
10:26Notamment, on avait demandé l'audition du président du Sénat, Gérard Larcher.
10:31Puisque c'est quand même une personne qui a nommé plusieurs membres de l'ARCOM,
10:35donc qui a eu une expérience, qui peut nous intéresser.
10:37Et puis surtout parce qu'il était sorti dans la presse qu'il avait fait pression sur l'ARCOM
10:42pour obtenir des sanctions contre France Télévisions à cause d'un numéro de complément d'enquête
10:46qui portait sur l'avis du Sénat.
10:48Et donc, alors que l'ARCOM ne l'avait d'abord pas sanctionné,
10:51bizarrement était sorti en deuxième temps une deuxième délibération et une sanction, etc.
10:56Et bien là, quand nous, on a demandé, écoutez, si Gérard Larcher doit nous dire que ça n'est pas
11:01vrai,
11:02qu'il vienne le dire à l'Assemblée nationale, mais sous serment, on verra.
11:05Et bien bizarrement, les macronistes ont considéré que ce n'était pas un sujet.
11:10Et M. Alloncle, qui est donc le rapporteur,
11:14prétend qu'il a soutenu toutes les demandes d'audition qui auraient pu être formulées
11:18par des membres de la commission d'enquête.
11:19Mais à chaque fois que le rapporteur a demandé une audition formellement, il l'a obtenue.
11:25Donc la réalité, c'est que s'il l'a soutenue, c'est à peine du bout des lèvres.
11:28Il n'a rien fait pour.
11:29Donc nous parlions de M. Jérémy Patry-Lettus.
11:34Cette commission d'enquête sert à l'agenda politique du Rassemblement national, comme on le disait.
11:39Et ce matin, ce mardi 28 avril, Jérémy Patry-Lettus, le président de cette commission,
11:44a tenu des propos assez graves à l'encontre du rapporteur Charles-Henri Alloncle sur France Inter.
11:50Je le cite.
11:51« Je me demande si Charles Alloncle n'est pas le cheval de Troie du Rassemblement national. »
11:55Et comme une image vaut mieux que mille mots, on va passer l'extrait vidéo.
11:59Alors, il faut qu'on rentre dans le fond des propositions de Charles Alloncle.
12:03Fusion de France 2 et de France 5, suppression de France 4, fusion de France Info, France 24,
12:08suppression d'un orchestre à Radio France.
12:09France baisse du budget de l'audiovisuel public d'un milliard d'euros, c'est-à-dire 25% de
12:14ses dotations.
12:16Est-ce que vous les cautionnez, ces propositions ?
12:19Non, je ne les cautionne pas.
12:21Et j'ai un différent profond avec Charles Alloncle.
12:23C'est qu'il nous explique, il l'a encore dit hier, qu'il souhaitait sauver l'audiovisuel public.
12:28Et il essaye de se faire passer pour un cost killer, pardon pour cette terminologie anglaise, qui viendrait couper dans
12:35les dépenses de gestion.
12:37Mais qu'il assume son objectif politique.
12:39Quand on baisse d'un milliard d'euros, soit 25%, le budget de l'audiovisuel public, c'est qu'on
12:46souhaite affaiblir l'audiovisuel public.
12:48Quand on décide de supprimer France 5, qui est le cœur des missions de service public, France 5, c'est
12:53l'incarnation de ce que doit être le service public.
12:55Les documentaires, les reportages, les magazines d'informations, il y a derrière un projet politique.
13:01Et ce que je regrette, c'est que Charles Alloncle n'ait pas dit clairement quel était son objectif politique.
13:07D'où il parlait.
13:08Il est l'allié du Rassemblement National.
13:10Il souhaite voir Marine Le Pen ou Jordan Bardella, élu président de la République.
13:15Ils ont tous les deux dit qu'ils souhaitaient la privatisation de l'audiovisuel public.
13:19C'est une sorte d'agenda caché de Charles Alloncle en disant...
13:22Voilà, c'est ce qu'on disait tout à l'heure.
13:23Je n'ai pas passé l'extrait en entier parce qu'il dure 2-3 minutes, si je ne me
13:27trompe pas.
13:29Donc je suppose que vous avez vu cet extrait ce matin.
13:32Quelle était votre réaction ?
13:33Non, je ne l'avais pas vu.
13:35Mais bon, en réalité, je n'attends rien de Jérémy Patrielletus, dont je vous dis qu'il était un leurre
13:39dans cette commission d'enquête.
13:41Il faut se rappeler d'une chose, c'est qui est Jérémy Patrielletus ?
13:44Pourquoi il est arrivé à cette position de président de la commission d'enquête ?
13:47D'abord, il est devenu président de la commission d'enquête, alors qu'il y avait un désaccord dans le
13:51monde macroniste.
13:52Un autre était candidat qu'on voit aussi et qui a été membre de la commission, Erwann Balanant.
13:56Et en réalité, Erwann Balanant, qui a plein d'autres défauts ou avec lesquels on peut être en désaccord en
14:02plein d'occasions, a peut-être ceci pour lui,
14:05qu'il était en réalité peut-être plus marqué dans son opposition rigoureuse à l'extrême-droite.
14:12Donc d'une certaine façon, déjà, Jérémy Patrielletus a bénéficié du fait que l'extrême-droite ne voulait vraiment pas
14:18d'Erwann Balanant.
14:19Premier point. Mais surtout, sur le fond politique qui est Jérémy Patrielletus, c'est l'un des rapporteurs de la
14:25proposition de loi de fusion de l'audiovisuel public,
14:29donc de la création de la holding qui a été le projet de Rachida Dati qui a finalement été avorté.
14:34Et pendant des mois et des mois, il a milité pour cette fusion de l'audiovisuel public.
14:40Donc évidemment, aujourd'hui, il essaye de se refaire une virginité politique en ayant l'air de défendre l'audiovisuel
14:47public.
14:48Et à l'époque, déjà, il expliquait que ce projet de fusion de France Télévisions et de Radio France n
14:53'avait rien à voir avec la volonté de réduire les coûts,
14:56de faire des économies ou que sais-je, que c'était exclusivement pour renforcer le service public, dans un argumentaire
15:02qui n'a jamais convaincu personne,
15:04en réalité, parmi ceux qui connaissent ces sujets-là. Et là, bon, il essaye de faire croire qu'il est
15:09un adversaire de l'extrême-droite,
15:11alors qu'il en a été un passe-plat. Il avait la possibilité de voter contre. Il avait... De fait,
15:18dans son propre groupe,
15:19sa collègue n'a pas eu le même vote que lui. Elle s'est abstenue. Elle n'a même pas
15:24voté pour.
15:24Donc là, aujourd'hui, tomber de l'armoire et dire « Mais enfin, un député de l'UDR, le parti
15:31d'Éric Ciotti, allié à Marine Le Pen,
15:33serait d'extrême-droite et en aurait après l'audiovisuel public ». On se pense un peu. Il ne faut
15:38pas nous prendre pour des perdraux de l'année.
15:40On sait qui sont les macronistes. C'est d'ailleurs un des aspects qui ne figurent pas du tout dans
15:44le rapport.
15:45Quand Charles Aloncle évoque la situation financière de l'audiovisuel public, il ne met jamais en relation cette situation assez
15:53dégradée.
15:54avec le fait que les budgets ont baissé. Donc évidemment, si votre budget baisse, vous ne pouvez pas continuer à
16:01faire la même chose.
16:01Et si vous continuez à faire la même chose, vous allez finir dans le rouge. C'est grosso modo ce
16:06qui s'est passé ces dernières années
16:07à l'instigation des macronistes qui, comme d'habitude, quand ils ont l'intention de privatiser un service public, commencent
16:13par l'affaiblir.
16:14Et donc aujourd'hui, on ne peut pas arriver en disant « Oh là là, monsieur Aloncle, c'est vraiment
16:18l'horreur absolue », quand on a été soi-même l'artisan d'une politique
16:23qui visait à affaiblir le service public. On est capable de voir qui sont les vrais et les faux amis
16:28du service public.
16:28— Notamment avec la suppression de la redevance. — Notamment avec la suppression de la redevance télé, oui.
16:32— Je sais que les socialistes... Hier, à l'Assemblée nationale, pardon, les socialistes ont exprimé leur volonté d'installer
16:43un principe
16:44de co-rapportage pour ramener de la collégialité. Pensez-vous que le rapporteur avait trop de poids dans cette commission
16:51et que faudrait-il pour y remédier ? Ou pas ?
16:54— Je vais réfléchir à cette question du co-rapport, parce que c'est effectivement un format qu'on utilise
16:59dans l'émission d'information.
17:00— Je suis pas entièrement convaincu de devoir en passer par là. Après tout, en l'occurrence, c'est un
17:09droit de tirage.
17:10Donc que les oppositions puissent aller au bout de leur logique quand elles travaillent, je pense que c'est plutôt
17:19une bonne chose.
17:20Donc je suis un petit peu réservé sur cette idée d'un co-rapport. En revanche, ce qui est certain,
17:23c'est que dans cette situation,
17:25le président de la commission d'enquête a une responsabilité très forte. Très forte. En quelques années, le fonctionnement
17:35des commissions d'enquête s'est érodé, parce que c'était un outil qui n'était pas forcément utilisé de
17:40façon aussi systématique.
17:41Désormais, il y a 11 groupes à l'Assemblée nationale. Il y a donc 11 droits de tirage, 11 commissions
17:46d'enquête par an.
17:47C'est énorme. Et donc chacun essaye d'en faire quelque chose. Mais depuis, il y a des choses qui
17:55ont changé.
17:57Il y a encore quelques années, un président de commission d'enquête n'intervenait quasiment pas dans la commission d
18:03'enquête.
18:03Il distribuait la parole. C'est tout. Et le rapporteur prenait la parole et ensuite les autres députés.
18:14Aujourd'hui, on est dans une situation où, en tout cas, cette commission d'enquête, la présidence de Jérémy Patrie
18:18et l'étude,
18:19ça a été désastreuse. Il a passé son temps à commenter les interventions des uns des autres.
18:25Avec le rapporteur, ils se sont donné un beau rôle en prétendant être très gentils,
18:30parce qu'ils se sont assurés que chaque groupe pouvait prendre la parole au moins une fois par audition.
18:36Deux minutes par député.
18:37Deux minutes par député. Vous vous rendez compte que c'est grotesque.
18:39Moi qui ai fait un certain nombre de commissions d'enquête, j'ai participé à un certain nombre de commissions
18:43d'enquête déjà en quelques années.
18:46Je peux vous dire que j'ai vu des différences. Il y a des commissions d'enquête dans lesquelles vous
18:50avez la possibilité,
18:51parce que vous en êtes membre, de prendre la parole, de relancer, d'avoir un peu de ping-pong avec
18:57la personne auditionnée.
18:59Parce qu'il faut se dire les choses. Si c'est une enquête et que vous avez une personne auditionnée
19:03à qui vous faites prêter serment,
19:05c'est pour la coincer. Bien sûr qu'il y a des personnes qu'on auditionne pour avoir de l
19:10'information,
19:11mais à la rigueur, ce genre d'audition n'est pas... On pourrait le faire ailleurs. On pourrait juste faire
19:15une conférence, un colloque, etc.
19:17La commission d'enquête, c'est une situation très particulière dans laquelle on place des gens qui ne veulent pas
19:23dire certaines choses
19:24et qu'on veut forcer à dire ces choses-là.
19:26Donc pour ça, il faut pouvoir orienter une discussion, avoir un dialogue un peu serré.
19:31Et pour ça, il faut quelques minutes. Vous ne pouvez pas juste comme ça lancer une question générale.
19:36Ou alors, vous allez lancer une question, vous savez que la personne ne va pas assumer, elle va vous mentir.
19:41Et vous avez le moyen, après, de prouver qu'elle a menti et de la sanctionner.
19:45Mais vous voyez, ça demande du temps.
19:48Pour ça, il faut que le président le sache et assume et dise « Ben voilà, on va convoquer telle
19:52ou telle personne.
19:53On n'a pas de limite de temps. Ça va prendre 2 heures, 3 heures, 4 heures. On ne sait
19:57pas. On s'en fiche.
19:58De toute façon, s'il doit y avoir un échange serré, il y aura un échange serré. »
20:02Moi, j'ai interrogé Marine Le Pen sur la question des ingérences étrangères.
20:06J'ai commencé par... Heureusement, la présidence avait été plutôt souple à ce moment-là.
20:11Donc on m'a donné la parole une première fois. C'est une présidence d'ailleurs RN.
20:16Mais la présidence était plutôt souple.
20:18Donc j'ai commencé par une question un peu secondaire et je l'ai ramenée vers le sujet.
20:24Et du coup, elle s'est empêtrée. On a réussi à la coincer.
20:28Mais pour ça, il faut que le président ait conscience de sa tâche
20:31et ne s'imagine pas qu'il est là juste pour donner la parole à l'un ou à l
20:35'autre pour 2 minutes
20:36en disant « Bon, c'est bon, on a coché la case, le groupe a pu prendre la parole. »
20:40C'est pas ça, une commission d'enquête.
20:41Oui, et puis une commission d'enquête, c'est du débat, de la discussion.
20:43Et là, il y avait beaucoup de fausses informations, de mensonges et aussi d'informations pas vraiment vérifiées,
20:50comme si le travail avait été bâclé.
20:53Alors de ce point de vue-là, encore une fois, ce qui est très difficile,
20:56c'est de venir sanctionner le rapporteur avant même qu'il ait produit un rapport.
21:00Mais de fait, à bien des occasions, il a menti, tronqué les réponses, etc.
21:05Un sujet qui a énormément fait couler d'encre et qui a suscité énormément de réactions,
21:10par exemple sur les réseaux sociaux, c'était une mise en cause de France Télévisions
21:14qui, pendant le Covid, aurait dépensé pour 126 000 euros de frais de cocktail par jour.
21:20Alors les gens tombent de leur chaise, on est en décompte,
21:23126 000 euros des frais de cocktail pendant le Covid.
21:26Ils faisaient la java pendant que nous, on était confinés, etc.
21:29Donc évidemment, ça part dans les tours, sauf qu'on pose la question.
21:35Enfin, ils posent la question et ils se fondent en fait sur ce chiffre
21:38qui figure dans le rapport de la Cour des comptes sur la gestion de France Télévisions.
21:44La réponse est très claire, elle est sans équivoque et elle est même assez limpide.
21:48La réponse, c'est en fait, si vous regardez le tableau,
21:53il y a en gros une ligne qui s'appelle frais de cocktail et de bouche ou un truc comme
21:56ça.
21:57On parle quand même d'une très grande entreprise, c'est un peu moins de 4 milliards de budget.
22:01Donc c'est quand même une très grosse boîte dans laquelle il peut y avoir quand même
22:04de temps en temps des cocktails ou des choses comme ça.
22:06Et pourquoi, en cette ligne, qui sont des frais de bouche,
22:09vous arrivez à 126 000 euros spécifiquement en période Covid ?
22:13Parce que ceux qui sont mobilisés pour faire tourner la télé publique
22:17pendant la période du Covid, il faut bien qu'ils aient des paniers repas.
22:19Il n'y a plus de services ordinaires et donc on se débrouille pour les nourrir
22:24et ça coûte 126 000 euros par jour.
22:26Bon, OK. Donc ça n'a rien à voir avec des gens qui font bonbance pendant que les autres...
22:32Non, c'est des gens qui sont réquisitionnés pour faire tourner un service public essentiel
22:36dans un moment où tout le monde est à la maison ou presque.
22:38Donc la réponse va d'elle-même.
22:41Sinon, si chez France Télévisions, c'était la nouba tous les jours,
22:45ce qui serait un problème, évidemment, on imagine bien qu'en période
22:50où les cocktails ne sont pas autorisés, il y aura forcément une baisse des dépenses
22:55par rapport à une période où les cocktails pourraient être autorisés.
22:58Donc il n'y a pas de cohérence à imaginer qu'on a fait spécifiquement la fête
23:02tous les jours à ce moment-là alors que ce n'était pas possible
23:05et de dire que bizarrement, juste après, quand c'est redevenu possible,
23:10on n'a pas fait un apéro.
23:10Donc ça ne tient pas debout.
23:13La réponse est donc claire, limpide, solide, étayée.
23:17C'est juste une histoire de nomenclature dans un tableau comptable.
23:21Et puis si je me tourne...
23:22Eh bien derrière, le rapporteur n'a tenu aucun compte de ça.
23:25Il a fait sa vidéo en disant, voilà, la gabgie, il se goinfre, etc.
23:30Bon, à partir du moment où on voit quelle est la méthode,
23:33on prend les décisions qui s'imposent et on passe les auditions en huis clos.
23:39— Et justement, si je ne me trompe pas, France Télévisions,
23:42enfin du moins sa direction, a publié toute une page très sourcée sur son site
23:47pour montrer toutes les dépenses qui ont été faites, le pourquoi, du comment.
23:50Je ne sais pas si c'est suite forcément à cette commission d'enquête,
23:52mais du moins ils ont mis des chiffres accessibles au grand public.
23:55— Oui, oui, il y a des éléments qui ont été transmis.
23:57Et puis encore une fois, il y a quelque chose de l'ordre du complotisme dans ce rapport.
24:02Moi, j'ai lu plusieurs fois dans le rapport.
24:05J'avais très peu de temps pour le consulter.
24:06C'est les règles de consultation des rapports avant leur présentation dans une commission d'enquête.
24:10Les membres ont quelques jours à peine pour le consulter,
24:14dans une salle fermée, sous la « surveillance » d'un administrateur.
24:19Vous ne pouvez pas prendre de photos ou de choses comme ça.
24:23Donc c'est une situation un peu originale.
24:27Bref, dans le peu de temps que j'ai eu pour le consulter, ce rapport,
24:30j'ai vu apparaître plusieurs fois la formule « circuit de décision parallèle » au sein de la direction de
24:39France Télévisions,
24:40comme s'il y avait une espèce de cabinet occulte, de direction occulte du groupe, etc.
24:44Ça n'a jamais été évoqué par personne.
24:46La formule n'a jamais été évoquée par aucune personne auditionnée.
24:50Ça n'a été évoquée par rien.
24:52Et donc, voilà, vous pouvez agiter ce truc-là complètement complotiste.
24:57Bon, manifestement, pour les macronistes,
24:59ça ne justifiait pas de dire que ça n'était pas un rapport et que c'était autre chose.
25:04Donc nous avons ce rapport, mais nous avons aussi celui de la SCAM,
25:08Société civile des auteurs multimédia.
25:10La SCAM vient de sortir un contre-rapport de plus d'une centaine de pages,
25:14129 si je ne me trompe pas.
25:16Ils ont listé l'ensemble des angles que je cite « que la commission a délibérément ignoré ou déformé ».
25:23Est-ce que vous avez pu consulter ce contre-rapport ?
25:26Alors, j'ai jeté un œil rapide parce que, comme je vous l'ai dit,
25:29j'avais peu de temps pour consulter celui de Charles-Aloncle sur lequel j'allais devoir voter.
25:33Donc j'ai donné une priorité à celui-là.
25:36Bon, je trouve que, d'une manière générale, ce rapport est intéressant
25:39parce qu'il pose un diagnostic qui est en réalité beaucoup plus proche des réalités des professionnels du secteur
25:46et à partir duquel on peut mener un raisonnement au moins plus honnête, tout simplement.
25:54Je n'ai pas pour l'instant creusé suffisamment pour vous dire j'adhère ou j'adhère pas.
25:59Ce qui est certain, c'est que dans la formulation, ça, ça m'ennuie toujours,
26:03c'est que je vois bien que les professionnels, et le grand public ne connaissant pas si bien l'Assemblée
26:09que ça,
26:10a tendance à mettre tout le monde dans le même panier, etc.
26:14Donc déjà, la formule qui dit « la commission a délibérément occulté tel ou tel sujet »,
26:20bon, il faut être clair, c'est pas la commission, c'est le rapporteur dans son rapport,
26:24c'est éventuellement le rapporteur dans ses interactions avec le président
26:28parce que le cœur quand même de l'agenda, il est fixé par eux.
26:33Le bureau même de la commission se réunit relativement peu,
26:37il s'est réuni plus souvent que d'habitude.
26:41Donc par rapport à la portée même de ce rapport, parce que moi j'ai entendu beaucoup de choses
26:45et on voit bien que là sur France Inter, pareil, c'était la même chose,
26:49on disait « alors ils proposent ceci, ils proposent cela, la fermeture d'un orchestre à Radio France,
26:54la fermeture d'une chaîne, la fusion de deux autres, etc. »
26:57Bon, c'est la course à l'échalote, mais ça n'aura aucun effet à court terme.
27:04Rien ne se passera avant l'élection présidentielle, à minima.
27:08Donc il faut aussi raison garder.
27:12On parle d'un groupe politique qui a une présence, voilà, qui est la sienne,
27:18un nombre d'élus limité, qui est une espèce de poisson pilote de Bolloré.
27:22Et ça, c'est clair, qu'on connaisse leurs intentions pour la suite, c'est évident.
27:30C'est donc contre ça que nous allons devoir nous battre à l'avenir, dans les prochaines semaines, les prochains
27:35mois.
27:36Et c'est ça qu'il va falloir défaire à l'élection présidentielle, évidemment.
27:40Maintenant, il n'y a pas de raison de se dire « mettons-nous tous aux abris, ça va barder
27:45».
27:45Eh bien non, il faut les battre, il faut battre l'extrême droite, c'est l'enjeu.
27:48Bon, dans le secteur de l'audiovisuel public, on le sait aussi que maintenant,
27:53si jamais l'extrême droite devait passer, ce serait pour se faire manger à cette sauce-là.
27:57Donc la mobilisation va être nécessaire.
28:01Donc justement, ce qui est intéressant avec ce contre-rapport de la SCAM dont on vient de parler,
28:07c'est qu'il donne 10 axes et rappelle que France Télévisions, Radio France, etc.,
28:13donc l'audiovisuel public, pardon, ne coûte que 57 euros par an et par personne aux Français,
28:18que son déficit n'est pas dû à une mauvaise gestion,
28:21mais à des baisses structurelles et continues de sa dotation imposée par la tutelle politique.
28:26Il rappelle notamment... Attendez, je vais montrer ça.
28:30Il rappelle notamment que la suppression des jeux réclamés par Charles Aloncle
28:35serait une absurdité économique pour les cités.
28:37Par exemple, n'oublions pas les paroles qui représentent aujourd'hui 30% des recettes journalières de France 2.
28:45Donc les restreintes seraient, je pense, dévastateurs
28:51et ça asphyxierait davantage l'audiovisuel public.
28:55Donc ce contre-rapport, certes, on en pense ce qu'on veut,
28:59mais je pense qu'il est intéressant peut-être pour une future proposition de loi ou autre.
29:07Écoutez, d'une manière générale, moi je vais quand même me méfier
29:09parce que ce sont des documents, si vous avez du législatif tout prêt comme ça
29:16qui émane de professionnels d'un secteur,
29:18c'est pas parce que j'ai de la sympathie pour ces professionnels ou pour ce secteur
29:22que je vais prendre tout au pied de la lettre,
29:25tout mériterait d'être examiné.
29:26Ce qui est encore une fois, ce que je vous dis, ce qui est en cause,
29:29c'est le programme présidentiel qui sera défendu bientôt.
29:33Donc quel que soit le candidat ou la candidate de la France insoumise,
29:36il y aura un programme pour le service public de l'audiovisuel,
29:39pour la culture en général,
29:41parce qu'on voit bien qu'on est arrivé dans une situation où nous sommes au pied du mur.
29:46Un homme en France est en train de dévaster l'esprit public.
29:50Il s'appelle Vincent Bolloré.
29:51Il profite du fait qu'il est milliardaire pour imposer son agenda.
29:54Si on est un démocrate et un républicain conséquent,
29:58on doit être attaché au principe un homme égale une voix.
30:01Et tout le monde a compris que Bolloré, c'est un homme,
30:03mais que ça vaut beaucoup plus qu'une seule voix.
30:06Donc le point de départ, à mes yeux, de tout ça,
30:08ça doit être la réforme qui permettra de s'affranchir de la tutelle des milliardaires
30:13dans le débat public.
30:14Donc pour ça, on actionnera tous les leviers qu'il faut.
30:19On démantèlera cet empire Bolloré.
30:22D'autres, sans doute, auront aussi à respecter des règles dans ce domaine-là,
30:26de la lutte contre la concentration, etc.
30:28Il faudra trouver, rétablir un mode de financement de l'audiovisuel public
30:31qui soit pérenne et progressif,
30:33parce qu'évidemment, la redevance, ce n'était pas une panacée,
30:36parce que c'était forfaitaire.
30:38Et que, évidemment, si c'est forfaitaire,
30:40plus vous êtes pauvre, plus vous payez cher,
30:42et plus vous êtes riche, moins vous payez.
30:43Donc on a d'autres moyens, d'autres leviers pour faire tout ça.
30:48En tout cas, ce qui est certain,
30:50c'est que l'audiovisuel public, c'est un patrimoine,
30:53c'est une richesse qui appartient à toute la population,
30:58que c'est un outil extraordinairement puissant
31:00pour tout simplement l'éducation populaire,
31:04l'émancipation du grand nombre.
31:06Et évidemment, ce n'est pas parce qu'aujourd'hui, il est imparfait,
31:09parce qu'il est imparfait, et très imparfait,
31:11s'agissant de l'information,
31:14qu'on doit jeter le bébé avec l'eau du bain.
31:17Ce n'est pas du tout, et ce ne sera jamais notre intention.
31:19Nous, on pense qu'il faut au contraire le renforcer, le conforter,
31:22parce que ce qui est très impressionnant, en réalité,
31:25quand vous commencez à regarder dans le détail
31:28ce qui se passe sur le public
31:30et que vous le confrontez à ce qui se passe sur le privé,
31:32c'est que c'est sans rapport, en fait.
31:35Le privé et le public diffusent des choses totalement différentes.
31:40Encore une fois, il me semble qu'il n'y a que dans le domaine de l'information,
31:43et en particulier de l'information politique et de l'info en continu,
31:47où là, il y a des convergences qui sont fortes
31:51et qui posent problème entre le service public et le privé.
31:55Vous avez vu sur France Info recruter des anciens chroniqueurs de CNews.
31:58Bon, rien n'imposait ce genre de choses.
32:01Il y a une course qui s'est engagée pour ressembler de plus en plus à CNews
32:06qui pose un énorme problème.
32:07On ne va pas se cacher derrière notre petit doigt.
32:09Mais pour le reste, il est bien évident
32:12qu'il n'y a quasiment aucune comparaison possible
32:16entre les chaînes publiques et les chaînes privées.
32:19Et puis il y a un point qui, à mon avis, est très important,
32:21qui émergeait ou qui ressortait quand même de ma propre commission d'enquête
32:25sur les chaînes de la TNT et qui, là, a été totalement occultée
32:29mais qui affleurait dans les questions du rapporteur.
32:31C'est qu'aujourd'hui, on est dans un système mixte,
32:34c'est-à-dire un système qui fait peser sur le service public
32:37des logiques, des contraintes qui sont celles du marché.
32:41Et évidemment, on ne peut pas lui reprocher
32:43d'être devenu une espèce d'acteur du marché
32:47alors qu'on l'ait voulu ou on ne l'ait pas voulu.
32:50En tout cas, aujourd'hui, c'est ça.
32:51Donc le rapporteur, par exemple, stigmatisait certains salaires
32:56en disant « Monsieur Machin, qui est producteur ou animateur ou madame Truc,
33:01a gagné énormément d'argent, ça brasse des sommes folles ».
33:04Moi, je n'ai aucun problème à dire que c'est trop d'argent.
33:07Mais dans ces cas-là, il faut être cohérent.
33:09On ne va pas exiger du service public
33:12qu'il soit beaucoup moins doté, beaucoup moins payé
33:14que des gens qui sont dans le privé.
33:16Parce qu'il n'y a pas de raison que les gens travaillent pour la gloire
33:18et que s'ils veulent gagner un peu plus, ils iront aussi dans le privé.
33:22Donc aujourd'hui, si on veut encadrer, il faudra encadrer les revenus,
33:25enfin les salaires partout.
33:27Ce sont des propositions qu'on a faites de longue date,
33:29de toute façon dans tous les domaines,
33:30avec un plafonnement des salaires dans ce pays, etc.,
33:33pour s'assurer d'une meilleure répartition des richesses.
33:36Ce qui était frappant, c'était de voir des gens comme M. Alloncle,
33:39qui est en théorie un pur libéral,
33:42qui disait « Mais c'est quand même curieux,
33:43vous gagnez beaucoup d'argent, c'est de l'argent public, etc. »
33:46Oui, mais en réalité, c'est que les échelles de salaire
33:49ne sont pas du tout les mêmes.
33:50Dans le privé, on gagne encore beaucoup plus,
33:53même si c'est déjà des sommes importantes dans le public, etc.
33:55Donc il va falloir réformer l'ensemble du système,
33:58parce que ce système mixte-là, en fait,
34:00fait qu'on est perdant deux fois.
34:03Tout ça pour garantir les intérêts du privé.
34:06Donc le vote est passé.
34:08Et après, que se passe-t-il ?
34:10Alors on a jusqu'à jeudi midi pour produire une contribution.
34:15Chaque groupe politique, voire chaque membre de la commission
34:18au titre de son groupe, peut produire une contribution.
34:21Alors l'usage veut que ce soit pas un contre-rapport de 60 pages.
34:26Celui qui a une possibilité un peu différente,
34:28c'est le président de la commission d'enquête
34:29de produire un avant-propos assez charpenté,
34:33donc a priori toutes quelques dizaines de pages.
34:37Ça avait été fait par le passé, par exemple,
34:39dans la commission d'enquête sur la vente d'Alstom.
34:41Le président de la commission d'enquête était Olivier Marlex.
34:44Il avait à peu près rendu 40 pages d'avant-propos
34:47qui avaient, on peut le dire, anéanti le rapport lui-même,
34:51puisque le rapport était écrit par un macroniste
34:53et donc que c'était très, très un filet d'eau tiède, quoi.
34:57Donc l'avant-propos, lui, avait été assez dévastateur.
35:00Enfin je ne crois pas que Jean-Émile Patrie et Lettus
35:04se livre à un exercice très convaincant, en réalité,
35:07de critique du travail du rapporteur, s'il le fait, tant mieux.
35:11Mais voilà.
35:12Les autres, les groupes politiques, eux, produiront une contribution.
35:15Et puis, bon, j'ai entendu, par exemple,
35:17que Erwann Balanant considérait qu'il fallait un contre-rapport.
35:21Moi, je crois que c'est parce qu'il n'a pas de candidat à la présidentielle à soutenir.
35:24Sinon, la réalité, c'est qu'il faut un programme pour la présidentielle,
35:28que les choses vont se décanter
35:30et que je ne vois pas que dans les 6, 9 prochains mois,
35:34quelqu'un mette à l'ordre du jour
35:35la suppression de telle ou telle chaîne de l'audiovisuel public
35:38ou des choses comme ça.
35:39Donc maintenant, je pense qu'il faut raison garder,
35:41se remettre au travail sérieusement,
35:43faire le travail de débunkage, comme on dit,
35:46ou en tout cas de désintoxication à propos des gros mensonges
35:49qui vont figurer dans le rapport.
35:51Mais bon, il ne faut pas se leurrer.
35:53Il ne va pas y avoir demain des millions de personnes
35:56qui vont se mettre à lire un rapport parlementaire
35:58qui est un tissu d'ânerie.
36:00En revanche, il est clair que ce sujet va continuer à rebondir
36:03parce que c'est l'agenda de l'extrême droite,
36:06qu'ils sont lancés dans une bataille culturelle,
36:08qu'ils sont en train de mettre d'énormes moyens pour ça.
36:10Ils ont soutenu énormément ce rapporteur sur les réseaux sociaux
36:14en utilisant les médias du groupe Bolloré,
36:17que ce soit Europe 1, le JDD ou CNews.
36:21Bon, la bataille est entamée.
36:23La bataille est lancée.
36:25On va la continuer.
36:26Notamment un an des présidentielles, comme on disait,
36:29puisque ce rapport relaie la propagande des médias privés du groupe Bolloré.
36:32Donc il faut peut-être redonner confiance aux Français
36:35qui ont suivi cette commission d'enquête
36:37et qui ont vu les extraits tronqués du rapporteur ?
36:40Oui, enfin, d'une certaine façon.
36:42Moi, je ne suis pas non plus complètement inquiet là-dessus.
36:45Ce qui est certain, c'est que les médias de l'audiovisuel public,
36:48en particulier la radio, font de très grosses audiences.
36:51France Inter, malgré certaines critiques,
36:54on a raison de lui faire.
36:56France Inter reste la première radio de France.
37:00Si on leur demande leur avis, en général,
37:03les personnes sont plutôt enclines à faire davantage confiance
37:07aux services publics qu'à certains groupes privés, etc.
37:11Donc je ne crois pas qu'il faille s'agiter.
37:13Il n'y a pas péril en la demeure non plus.
37:15Il faut être clair, exigeant.
37:17Il faut demander des comptes.
37:18Il ne faut pas laisser croire qu'il y aurait des gens
37:22au-delà de toutes critiques, des groupes au-delà de toutes critiques.
37:26Au contraire, mais il ne faut pas non plus laisser s'installer
37:30cette atmosphère de fake news permanente
37:33qui empêche tout simplement de débattre.
37:35Moi, j'avais écrit un petit texte il y a quelques années.
37:37En tout cas, j'avais co-écrit un petit texte qui était anecdotique,
37:44mais je m'interrogeais sur le mensonge permanent,
37:47le trumpisme, etc.
37:48Et je m'étais demandé, bon, pourquoi le pouvoir ment ?
37:53Mais en fait, le mensonge a un pouvoir.
37:55Et le pouvoir qu'a le mensonge, c'est de rendre tout suspect.
37:59Et une fois que tout est suspect,
38:01alors vous ne pouvez plus vous accrocher qu'à une seule chose,
38:04à la hiérarchie déjà existante dans la société.
38:06Donc soit vous adhérez à cette hiérarchie,
38:09et donc vous avez des pans entiers de la société
38:12qui adhèrent à la hiérarchie déjà établie,
38:13puisqu'ils se disent que, bon, dans ce monde-là, ma foi,
38:16on sait où on en est,
38:17on n'est pas tout en haut, on n'est pas tout en bas,
38:20et on va s'en contenter.
38:21Et puis vous avez tous ceux qui sont totalement démunis
38:25et qui ne peuvent plus rien faire de juger du vrai, du faux, etc.,
38:29et qui vont se désintéresser totalement.
38:31Et donc c'est là-dessus que fonctionne le trumpisme,
38:34c'est sur cette incapacité à discriminer le vrai du faux,
38:37et qu'à partir du moment où tout se vaut,
38:40alors on ne va même plus chercher à s'investir,
38:41et donc les forces du changement social,
38:44ou les forces sociales qui ont un intérêt au changement,
38:48elles vont être divisées entre celles qui éventuellement
38:50veulent faire quelque chose,
38:52mais qui n'ont plus trop les moyens de s'agripper à des faits,
38:55et puis tous les autres qui vont carrément se laisser aller.
38:59Et par contre, ceux qui ont un intérêt au statut quo,
39:02eh bien ils donneront leur adhésion,
39:04même aux menteurs,
39:04puisque de toute façon, la seule chose qui compte,
39:06la seule chose qui reste,
39:07c'est la hiérarchie déjà installée.
39:10J'ai un bout de mes questions, merci beaucoup.
39:12Merci.

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