- il y a 16 minutes
Chaque week-end, Alice Darfeuille vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:00Il est 22h et nous continuons à parler de la contestation des lycéens avec un prochain rendez-vous qui est
00:06déjà fixé, ce sera mardi.
00:08Vous y serez, j'imagine, vous, Félémon Jouglet-Marcu, vous êtes lycéen, responsable fédéral de l'union syndicale lycéenne.
00:14On ne vous a pas encore entendu vraiment sur la suite du mouvement. Vous, vous continuez coûte que coûte malgré
00:19les annonces du gouvernement.
00:20Coute que coûte et jusqu'à ce que nos revendications soient, enfin qu'on ait des réponses claires à nos
00:25revendications.
00:26Parce que là, les 3000 profs, on a vu avec le témoignage assez triste de la professeure tout à l
00:31'heure, on voit que c'est fait à la dernière minute, que c'est fait complètement à l'arrache, excusez
00:35-moi l'expression.
00:36Il n'y a pas de respect pour nous, il n'y a pas de respect pour les enseignants, il
00:39n'y a pas de respect pour les personnels de direction.
00:41On fait des choses comme ça, on invente 3000 profs, mais en fait, s'ils n'étaient pas là avant,
00:46c'est peut-être aussi qu'il y avait des soucis.
00:48Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faut recruter absolument des enseignants. On ne peut pas avoir des
00:52mesures pansements comme cela.
00:53C'est-à-dire recruter des enseignants, en plus, on ne se sert pas de ce vivier qui existait déjà,
00:58c'est ça ?
00:59Regardez l'efficacité de ce vivier.
01:00Alors, en l'occurrence, vous faites référence à l'une de ces enseignantes qui va être mobilisée, qui témoignait il
01:05y a quelques instants chez nous,
01:06et qui disait que, un, on lui demandait d'enseigner ce qui n'est pas sa spécialité, et deux, de
01:11le faire à une distance très éloignée de chez elle.
01:14Et pour trois jours.
01:14Et pour trois jours.
01:15Et tout cela sans revalorisation salariale, donc on demande vraiment beaucoup de choses aux professeurs.
01:23Donc nous, on appelle à une massification de la mobilisation, jusqu'à ce qu'on obtienne davantage de professeurs,
01:28davantage de moyens pour les bâtis, et davantage de places dans l'enseignement supérieur.
01:32Et ça, mardi, grosse mobilisation annoncée.
01:36Jusqu'à Matignon, c'est sérieux ça ?
01:38Écoutez, nous, on n'a pas encore publié, avec l'intersyndical, deux trajets, et on l'annoncera très prochaine.
01:45Mais vous pourriez potentiellement, vous aussi, suivre ce parcours jusqu'à Matignon ?
01:49Écoutez, c'est encore en discussion, et nous vous tiendrons informés.
01:53Vous nous tiendrez au courant.
01:54Absolument.
01:55Alors, qu'on s'introge sur la doctrine aussi du maintien de l'ordre depuis le début de cette contestation
01:59lycéenne,
02:00je voudrais qu'on revienne sur cette prise de parole du préfet de police de Paris,
02:03qui a tenu un point presse de quelques minutes, et qui a quand même donné l'impression de vouloir surtout
02:09revenir
02:10sur ces images qui ont été diffusées sur les réseaux sociaux,
02:13sur lesquelles on voit deux policiers maîtriser un manifestant,
02:18l'amener au sol en lui donnant un coup au visage, un coup de genou au visage, lors de cette
02:23intervention.
02:24On va peut-être revoir cette séquence.
02:26C'était hier, place de la Bastille à Paris.
02:49Cette image, évidemment, a marqué les esprits, et on va en parler avec vous, Hélène Lecomte,
02:54consultante police-justice de BFMTV.
02:56Bonsoir, Hélène.
02:57Mais écoutons d'abord ce que dit le préfet de police sur ces images et l'interprétation qu'il faut
03:03en faire.
03:05Alors d'abord, il y a une enquête administrative qui est diligentée.
03:08Mais ce qui m'étonne, je vais vous le dire, ce qui m'étonne beaucoup,
03:11c'est qu'on parle beaucoup de ce coup de genou et de la vidéo qui en témoigne.
03:15Mais il y a une vidéo qui circule également sur les réseaux du moment juste avant du même jeune.
03:21Et je vous invite à la regarder, vous verrez, vous serez peut-être surpris,
03:24ce qui ne justifie pas le coup de genou.
03:26Mais je trouve qu'on parle beaucoup de ce coup de genou,
03:28et on parle peu de la seconde juste avant.
03:31Et regardez bien, vous verrez, vous serez surpris, ça n'exclut rien, ça n'excuse rien.
03:36Pourtant, il y a une enquête, et donc elle sera menée, et il y aura des conclusions.
03:40En tout cas, sachez qu'une enquête est menée, et elle est diligentée, parce que c'est tout à fait
03:43normal.
03:44On n'a pas la vidéo pour l'instant, Hélène, de ce qui a précédé...
03:48Mais elle existe, vraisemblablement, puisque le préfet de police de Paris y fait référence.
03:53Et effectivement, si la vidéo est plus longue, elle sera versée en intégralité dans le dossier d'enquête
03:59pour pouvoir être étudiée en intégralité.
04:01Ce que l'on voit sur ces images, vous le disiez, ça se passe hier,
04:04on est place de la Bastille, au moment de la dispersion de la manifestation.
04:08Alors la nuit n'est pas encore tombée, donc on est en toute fin d'après-midi.
04:11Et on voit qu'un groupe de la Bravem, si je ne me trompe pas,
04:16ramène ce manifestant à d'autres policiers.
04:20Il y a une foule, et il est issu de cette foule.
04:23Et ensuite, des coups, et notamment un coup de genou,
04:26est porté par un policier à ce manifestant.
04:30Il se trouve qu'en plus, ce policier, c'est normal,
04:31c'est dans son équipement, porte une genouillère,
04:33mais on entend même le bruit du coup sur la vidéo.
04:35Ce que veut dire le préfet de police, c'est qu'effectivement,
04:38il y a un avant, puisqu'on voit qu'il vient de quelque part,
04:40qui donnera le contexte, peut-être, et dit-il peut-être aussi,
04:47alors est-ce que c'est une explication ou pas,
04:50en tout cas qui pourra donner des éléments de contexte.
04:53Mais en effet, il faut attendre de voir ce qui se passe avant,
04:58pour savoir ce à quoi fait exactement référence le préfet de Paris.
05:00Est-ce qu'il faut forcément savoir ce qui s'est passé avant,
05:03Réda Bellage, pour qualifier ce coup de genou à ce manifestant ?
05:07Oui, parce que vous pouvez, alors je ne dis pas que c'est...
05:10Je ne veux pas choquer les gens, mais vous pouvez,
05:14nous on nous apprend à mettre des coups de genou, nous, en école de police.
05:16On nous apprend à mettre des coups de poing en école de police.
05:19Vous savez, on fait des interventions où,
05:20quand l'individu est récalcitrant et que vous êtes à deux contre un,
05:24à un moment, moi, l'image que je vois, c'est qu'il tient le bras d'un autre jeune,
05:27il ne veut pas le lâcher, et que le collègue, peut-être qu'il met un coup de genou pour
05:30le faire lâcher.
05:31Mais ils ne sont pas deux contre un, en l'occurrence, sur ces images.
05:34Les policiers ? Ah bah si, là, il le regardait.
05:37Les autres collègues, justement, les individus autour sont tellement hostiles
05:40qu'ils sont obligés de faire un périmètre de sécurité pour qu'ils puissent finir d'interpeller.
05:45Moi, à ma connaissance, mais il faut respecter l'enquête,
05:48à ma connaissance, apparemment, il aurait porté des coups précédemment.
05:53Donc, moi, si je suis policier, à ce moment-là, ça ne me choque pas.
05:57C'est-à-dire que, moi, si l'individu m'a porté des coups,
05:59et au moment où je l'ai interpellé, il se rebelle,
06:01je sais qu'il a la capacité de me porter des coups.
06:02Donc, excusez-moi, oui, je vais porter un coup à l'individu.
06:05Mais vous, vous pouvez dire ça, mais est-ce que c'est vraiment le rôle d'un préfet de police
06:10de commenter et d'expliquer un tel geste de cette manière-là,
06:14en disant, regardez la vidéo qui a précédé, vous verrez qu'en fait...
06:17Est-ce qu'il est vraiment dans son rôle en faisant ça ?
06:20Écoutez, moi, ce n'est pas à moi de dire, il y a un service comme à la préfecture de
06:23police
06:24pour dire ce que doit dire le préfet.
06:25Moi, ce qui m'intéresse, ce que j'aurais voulu qu'il dise, pour le coup,
06:28plutôt que de parler de ces affaires, qu'il allait, parce qu'il nous rappelle sans arrêt,
06:32qu'il allait annoncer que les collègues allaient un peu se reposer.
06:34Parce que, je vous donne un exemple, ça fait depuis le 24, on n'arrête pas.
06:38Pourquoi on n'a pas pris, comme on a fait pendant le Covid,
06:41parce qu'il fallait qu'on soit présent aussi, les policiers, pendant le Covid,
06:44samedi, dimanche, et pourquoi on n'a pas fourni à des collègues des repos exceptionnels,
06:48samedi, dimanche, à 50% des effectifs par contre, par exemple, le samedi,
06:52c'est 50% des effectifs le dimanche.
06:55Mais non, en fait.
06:55C'est-à-dire que, depuis la visite du pape, moi, j'ai des services,
06:58en 15 jours, ils ont eu un jour de repos.
07:00Alors oui, forcément, excusez-moi, oui, on est des êtres humains,
07:03ça n'excuse pas ce coup de genou, mais je veux dire, à un moment,
07:06quand vous avez fait une vacation de 8 heures ou 12 heures d'affilée,
07:09que vous êtes pris à peu près 200 pavés dans la gueule,
07:12à un moment, oui, quand vous devez interpeller un individu,
07:14oui, peut-être que vous pouvez manquer de sang-froid, ça peut arriver.
07:1824 enquêtes de l'IGPN.
07:20Alice, je me permets, il faut être aussi prudent sur ce qui se passe avant,
07:23parce qu'il y a un autre détail que l'on...
07:25Alors, la vidéo, évidemment, est floutée,
07:28mais il y a des taches de sang sur la capuche de ce jeune homme,
07:31des taches de sang qui sont préexistantes au coût qui est donné,
07:35et ce qui s'est passé avant permettra aussi de savoir
07:39pourquoi il y a des taches de sang sur sa capuche,
07:41et ça peut tomber d'un côté ou de l'autre,
07:44parce qu'on ne sait pas ce qui cause ces taches de sang.
07:47Ce qui est intéressant aussi, c'est que le préfet de police de Paris,
07:49lors de sa prise de parole, a voulu vraiment faire la distinction,
07:54Hélène, entre les casseurs, les black blocs et les manifestants,
07:59en parlant de plusieurs centaines d'individus qui sont là pour casser,
08:02et il a dit, contrairement à ce que l'on veut faire croire,
08:04nous, nous sommes là pour protéger ces manifestants.
08:08Vous êtes d'accord avec ça ?
08:08Est-ce que vous vous sentez, ces derniers jours,
08:10protégés par les forces de l'ordre mobilisées ?
08:12Écoutez, alors, en tant que lycéen, moi, déjà,
08:15je pense qu'il y a une empathie qu'il ne faut pas sous-estimer
08:17entre nous et nos camarades.
08:19Donc, quand on voit des images de camarades qui sont violentés,
08:23qui sont mutilés, pour certains,
08:25non, ça n'instaure pas un climat de confiance.
08:28Donc, ça, il faut vraiment insister là-dessus.
08:30Maintenant, moi, j'étais présent à cette manifestation,
08:33et le dispositif de maintien de l'ordre a été,
08:35à mon sens, un petit peu curieux.
08:37C'est-à-dire que les policiers, de toutes parts,
08:39sur la place de la Bastille,
08:40laissaient rentrer tous les invidus qu'ils le souhaitaient,
08:44mais par contre, il n'y avait qu'une sortie au compte-gouttes.
08:46Oui, alors, c'est technique.
08:48C'est très technique.
08:49Parce qu'en fait, ce qui s'est passé,
08:51c'est qu'on est tombé dans une configuration
08:52qui a été beaucoup plus complexe que d'habitude,
08:54parce que d'habitude, vous avez affaire à des black blocs.
08:56Et là, en l'occurrence, on avait affaire à peut-être
08:58certains black blocs,
08:59mais on avait aussi affaire à des jeunes,
09:00je ne dis pas comme vous, forcément,
09:02mais des jeunes, en tout cas,
09:03qui étaient venus pacifiquement
09:04et qui ne voulaient pas quitter la place de la nation,
09:06et d'autres jeunes de la Bastille,
09:09et qui voulaient, eux...
09:11Donc, en fait, ce qu'on a fait,
09:12c'est très...
09:12Enfin, ce n'est pas très simple,
09:14mais c'est rare, parce qu'on a vu des...
09:16Moi, c'est quasiment la première fois
09:17que je vois des fourgons de police secours,
09:19de police de CRS,
09:21aller sur la place de la Bastille.
09:22Je ne sais pas si vous avez vu ce jour-là.
09:23Parce qu'en fait, on a essayé de séparer,
09:26justement, les jeunes qui venaient manifester
09:29et qui voulaient rester place de la Bastille
09:31parce qu'ils sont jeunes,
09:32ils sont un peu rebelles.
09:33Et en fait, on a essayé de créer...
09:35Laissez-moi finir.
09:36Nous, en tout cas, techniquement,
09:37on a essayé de créer un cortège de jeunes
09:40vers la rue de Lyon
09:41pour qu'ils fassent un cortège vers Nation
09:42pour pouvoir s'occuper des individus
09:44qui étaient hostiles et violents.
09:45C'est ce que moi, on m'a rapporté au niveau de...
09:48Sauf que le rassemblement était déclaré
09:49uniquement comme rassemblement à Bastille.
09:51Il n'y avait pas de mouvement prévu.
09:52Et non.
09:52C'est là que vous vous trompez.
09:53J'ai signé la déclaration.
09:54Non, non, mais ça, oui.
09:55Mais seulement la problématique,
09:57ça faudra poser la question beaucoup plus haut,
09:58c'est que, oui, vous, vous étiez prévu à Bastille,
10:00mais il y avait le NPA
10:02qui était prévu normalement
10:03de République à Stalingrad
10:05et je ne sais pas pourquoi
10:05on leur a validé à la dernière minute.
10:07Je crois que j'ai dû le savoir vers midi et demi.
10:10Et là, on savait qu'on avait des individus radicalisés
10:13et compliqués à gérer
10:15et eux, on leur a autorisé République-Bastille.
10:18C'est pour ça que je vous dis,
10:19je sais que le maintien de l'ordre, c'est compliqué.
10:20Oui, République-Bastille, il n'est pas Bastille-Nation.
10:22Bon, bref, quoi qu'il en soit.
10:24En tout cas, sur le maintien en place de la République,
10:27il y avait des risques de mouvements de foule,
10:29des risques de débordement aussi
10:31parce que quand on tire des grenades lacrymogènes
10:33dans une foule, ça fait paniquer,
10:35ça crée des mouvements de foule
10:36et d'autant plus quand il n'y a pas de possibilité
10:39de sortie facile.
10:41Alors, on reviendra sur les armes utilisées.
10:43Je voudrais qu'on entende Maître Carmon de Céz
10:45qui vient de nous rejoindre.
10:46Bonsoir.
10:47Bonsoir, madame.
10:47Ça m'intéressait de vous recevoir ce soir
10:50parce que, et je vais aussi rappeler
10:51votre autre fonction,
10:52vous êtes responsable de la commission ouverte
10:54Droits de l'Homme du barreau de Paris,
10:56qui est une casquette tout aussi intéressante
10:58dans le contexte actuel.
11:00C'est difficile de se positionner
11:02entre ceux qui dénoncent une répression aveugle
11:04et ceux qui défendent au contraire
11:07une réponse proportionnée à la violence des manifestants.
11:10Vous, quel regard vous portez sur ce qu'on vit
11:13depuis plusieurs jours maintenant ?
11:15Est-ce que ça dit qu'il y a un problème
11:16de maintien de l'ordre en France ?
11:18À l'évidence.
11:19Sinon, les forces de l'ordre ne passeraient pas
11:22leur temps à se justifier
11:23s'il n'y avait pas de problème.
11:26Le sujet qui se pose à nous,
11:27c'est une fois de plus,
11:28comme souvent dans les débats français,
11:29l'absence totale de nuances.
11:31C'est-à-dire les positions systématiques.
11:33Les policiers sont tous violents d'un côté,
11:35les lycéens sont tous des casseurs de l'autre.
11:37Ça ne veut rien dire.
11:38Ça n'est pas convenable
11:40et ça ne reflète pas la réalité.
11:42Si vous voulez, évidemment,
11:44il y a par-dessus tout ça
11:45une confusion, comme toujours,
11:47de l'État qui veut se mêler
11:50des manifestations de la liberté d'opinion,
11:53qui veut interdire les accès,
11:55qui veut, à partir du 27 octobre,
11:58relancer la loi anti-casseurs
12:00qui avait été sanctionnée
12:02par le Conseil constitutionnel.
12:04Vous diriez que ces derniers jours,
12:06le droit de manifester a été en partie entravé ?
12:09Oui, bien sûr.
12:11Quand vous avez, à un moment donné,
12:14l'État qui intimide les manifestants,
12:16c'est une incitation à ne plus manifester.
12:19Quand vous nacez les manifestants,
12:22vous vous exercez sur eux une pression
12:24qui vient entraver la liberté d'opinion
12:27consacrée par l'article 11
12:29de la Déclaration des droits de l'homme,
12:30qui permet la manifestation,
12:32d'autant plus quand elle est contrainte
12:35par des réglementations administratives
12:37qui, en l'espèce, si j'ai bien compris,
12:39avaient été respectées.
12:40C'est-à-dire qu'il y avait une manifestation statique.
12:42Maintenant, aux manifestants aussi,
12:45de respecter les sommations des forces de l'ordre
12:48quand elles annoncent que la manifestation est terminée.
12:50Je ne sais pas vous mettre d'accord,
12:51mais vous voyez, Reda Vellage,
12:52vous êtes d'accord avec notre carbone de chèque.
12:54Vous êtes d'accord sur la fin ?
12:56Non, parce que moi,
12:58j'aime bien mettre les choses au clair.
13:01Je ne suis pas parfait,
13:01il n'y a pas de problème,
13:02j'essaie d'être objectif.
13:04C'est sûr que c'est une institution dont je fais partie,
13:07mais à un moment,
13:08les gens ne prenaient pas mal.
13:10Monsieur, vous n'étiez pas là,
13:11comme j'expliquais aux jeunes juste avant en coulisses.
13:13Vous n'en savez rien.
13:14Le pro.
13:15Pardon ?
13:15Vous ne savez pas si je n'étais pas à la Bastille ?
13:17Non, je ne parlais pas de Bastille.
13:18Je parlais du mouvement en général.
13:20Parce que moi, je préfère,
13:22en tout cas en tant que policier,
13:23je préfère les manifestations,
13:24parce que là où ça se passe mal,
13:25c'est à la fin que vous avez remarqué.
13:27C'est au moment, comme a dit le monsieur,
13:29où on fait les sommations,
13:30on demande aux gens de partir.
13:31Mais dans le reste,
13:32on va dire qu'on a réussi à...
13:34Plutôt, les collègues n'étaient pas casqués tout le temps,
13:37si vous y étiez.
13:39Moi, en tout cas, j'y étais un peu avant.
13:41Et surtout, sur le reste des mouvements,
13:43c'est là que c'est intéressant.
13:44Parce que là, on parle beaucoup de maintien de l'ordre.
13:47Mais comme ça a été dit au début,
13:48au niveau du gouvernement,
13:49au début, en banlieue, par exemple,
13:51à Saint-Denis, à Paul-Éluard,
13:53à Aubervilliers,
13:54dans le Val-de-Marne,
13:55dans les Hauts-de-Seine,
13:56on n'était pas en maintien de l'ordre.
13:57Parce qu'il y avait X,
14:00plusieurs centaines de lycées
14:01qui étaient fermés.
14:02qui étaient bloqués.
14:03Oui, ça se passait bien.
14:05Donc, quand on passait,
14:06ce qu'on fait, on vient,
14:07on fait une physionomie.
14:08Si ça se passe bien, on s'en va.
14:09Alors, qu'est-ce qui fait que ça a dérapé ?
14:11Le 24, moi, j'ai une équipe,
14:13au moins déjà, à Aubervilliers,
14:14des équipes à Saint-Denis,
14:15elles ont été attaquées, tout simplement,
14:16par des individus qui étaient hyper violents.
14:19Et malheureusement,
14:20l'effet de groupe a fait,
14:22souvent, comme ça se passe en violences urbaines.
14:24Et la problématique,
14:25c'est qu'à ce moment-là,
14:26nous, on n'a pas de CRS.
14:26Il n'y a pas de CRS en banlieue.
14:28Et après, ça a été différent.
14:29À Saint-Denis, avec tout ce qui s'est passé,
14:31on a été obligés de mettre des CRS
14:32pour protéger le commissariat.
14:33Vous avez vu à Bordeaux,
14:34le commissariat qui brûle.
14:36Enfin, il y a un moment où on est obligés.
14:37Mais on ne peut pas mettre des CRS partout,
14:38on ne peut pas mettre des gendarmes partout.
14:40Ce qui interpelle,
14:40ce sont ces profils
14:41dont parle le préfet de police de Paris,
14:43dont vous parlez aussi,
14:44ces casseurs, ces black blocs,
14:46et les informations qui nous parviennent
14:48du service police-justice, Hélène,
14:50sur ceux qui ont été placés en garde à vue
14:53et présentés à la police ces dernières heures.
14:56Et il y a quand même un décalage entre les deux.
14:59Comment l'expliquer ?
15:00Alors, il y a deux choses.
15:01Les mineurs et les majeurs.
15:02D'abord, on a aujourd'hui une première photo
15:05de ce qui a été la réponse pénale.
15:07C'est-à-dire qu'on a eu un communiqué
15:09de la chancellerie
15:09qui nous a donné des chiffres,
15:11mais qui ne nous a pas forcément donné des profils.
15:13Et puis, il y a les majeurs,
15:14ceux qui commencent à passer pour certains
15:16en comparution immédiate,
15:17ce qui est possible pour les majeurs,
15:18ce qui ne l'est pas pour les mineurs.
15:20Et on va voir que ce n'est pas exactement
15:21les mêmes profils.
15:22Ce qu'on retient,
15:23et jusque-là, on arrivait à grappiller
15:24des remontées de différents parquets.
15:26Ce qui ressort globalement,
15:28c'est que ce sont, pour la plupart,
15:30des personnes qui n'ont aucun antécédent judiciaire.
15:33Aujourd'hui, on a 86% de majeurs.
15:35On disait 85% le week-end dernier,
15:37donc on n'était pas très loin.
15:3986% de mineurs et 14% de majeurs.
15:42Il y a eu 6 877 placements en garde à vue,
15:482 376 qui ont donné lieu à des poursuites,
15:50dont 1923 pour les mineurs.
15:53C'est un mineur sur trois environ,
15:54mais à ces poursuites,
15:56il faut quand même ajouter des mesures alternatives,
15:59plus de 8 000 mesures alternatives
16:00qui ont été prises.
16:01Alors, qu'est-ce que c'est ?
16:02C'est l'ancien rappel à la loi.
16:04Aujourd'hui, on appelle ça
16:04un avertissement pénal probatoire.
16:07Des mesures de réparation pénale,
16:09des interdictions de paraître,
16:10des travaux non rémunérés,
16:12des classements sous condition,
16:13des mesures judiciaires, éducatives.
16:16Pour les majeurs, c'est différent.
16:17Il y a eu des comparutions immédiates.
16:18Par exemple, aujourd'hui, à Paris,
16:194 personnes qui ont comparu.
16:21Alors, parmi ces 4 personnes,
16:23ils avaient de 20 à 27 ans.
16:25Pour le plus âgé,
16:26il est sans emploi,
16:27il vit chez des amis à Saint-Denis,
16:29il est soupçonné d'avoir jeté
16:30des bouteilles en verre sur les policiers
16:33et d'avoir résisté lors de son interpellation.
16:35Voilà ce qu'on sait.
16:36Il est aujourd'hui placé sous contrôle judiciaire,
16:38interdiction de paraître à une manifestation.
16:40C'est le cas également du plus jeune,
16:42c'est ce qui a été prononcé,
16:43mais pour deux autres d'entre eux,
16:45pas de contrôle judiciaire,
16:46pas d'interdiction de manifester
16:48et ils sont tous convoqués ultérieurement
16:50pour un procès.
16:51Et la plupart du temps,
16:52ce qui interpelle aussi,
16:53c'est qu'ils sont inconnus des services de police.
16:56Un mot sur ces chiffres,
16:57Maître Carbon de 16,
16:58Hélène l'est rappelé à juste titre,
17:006 877 gardes à vue,
17:03moins de la moitié font l'objet de poursuites.
17:05Ça veut dire quoi ?
17:05Qu'on interpelle trop ?
17:07Ou que la justice est trop faible ?
17:09Non, ça veut dire qu'il y a un distinguo à opérer
17:11entre la nécessité pour les forces de l'ordre
17:13de calmer les choses,
17:15notamment en interpellant.
17:17Et puis après ça,
17:18de démontrer si la qualification retenue tient ou pas.
17:22Pardon pour l'expression,
17:23mais on vise gros et on voit ensuite, c'est ça ?
17:25Et on voit ensuite, oui,
17:26parce que, si vous voulez,
17:28déjà on a extrait quelqu'un d'un mouvement de foule,
17:32et qui est en général un des acteurs du mouvement de foule.
17:35Après ça, on vérifie si le dossier va tenir
17:38devant une juridiction ou pas.
17:40Si on voit qu'on n'a pas réuni suffisamment d'éléments,
17:43eh bien on ne renvoie pas la personne
17:44devant une juridiction correctionnelle.
17:46D'où le principe de la loi anticasseur.
17:48Qui changerait la donne dans le...
17:50En disant, si vous étiez là,
17:51on parle du principe que vous avez participé.
17:53Et ça, j'imagine que vous, ça vous rend fou ?
17:55Alors, ça me rend fou de façon assez calme,
17:58rassurez-vous, je vais essayer de dire...
17:59Parce que vous êtes de nature assez calme.
18:02J'ai essayé de bien me tenir parce que vous êtes là.
18:04Mais, non, mais c'est surtout, si vous voulez,
18:06que ce sont des effets d'annonce pour deux raisons,
18:08cette loi anticasseur.
18:10D'abord parce que le principe de la coaction existe
18:12depuis que le code pénal existe.
18:14Donc on n'a pas besoin de nouvelles dispositions
18:17pour pouvoir déjà rentrer en voie de condamnation.
18:20La deuxième chose, c'est l'effet d'annonce
18:21sur le fait que les parents vont payer
18:24pour les enfants casseurs.
18:26Et là aussi, depuis 1804,
18:29on a des dispositions dans notre code civil.
18:31Ça fait donc 222 ans que l'actuel article 1242,
18:35qui s'appelait différemment avant,
18:37permet de poursuivre.
18:38Je note d'ailleurs que les mêmes politiques
18:40qui vous font ces effets d'annonce,
18:42qui sont pour certains à la tête de région,
18:44d'autres à la tête de département,
18:46ne se constituent jamais partie civile
18:48pour les entités dont ils ont la charge.
18:50et ne cherchent jamais...
18:50Alors là, Valérie Pécresse a dit
18:52qu'elle se constituerait de manière systématique.
18:54Elle se constituerait de manière systématique.
18:56Alors on va attendre de voir si elle le fait.
18:57On verra si elle le fait, mais elle l'a dit.
18:58Et en l'état, le simple fait de dire
19:00« je me constituerais » prouve qu'on ne l'a jamais fait.
19:03Le mot de la fin pour vous.
19:04Vous avez levé la main en plus.
19:05Oui, c'est ça.
19:06C'est le syndrome du lycée.
19:07Oui, c'est ça.
19:08Non, non, moi j'aimerais juste alerter
19:10sur cette répression à l'encontre de ce mouvement.
19:14Quand même, plus de 6500 interpellations,
19:16c'est 10 fois plus que mai 68.
19:18Je pense que ça devrait interpeller.
19:19D'ailleurs, l'ONU pointe des risques,
19:22un risque de dérive.
19:24Donc il faut vraiment faire très attention.
19:25D'autant plus que, vous l'avez dit,
19:27un tiers des mineurs qui sont interpellés sont poursuivis.
19:29Donc il y a véritablement une interpellation
19:31et donc une privation de liberté qui est surdimensionnée.
19:34Et il y a vraiment cette volonté d'intimider
19:36et de faire taire le mouvement.
19:38On l'a vu d'ailleurs,
19:39et vous parliez d'un affaissement de la mobilisation.
19:42En réalité, aujourd'hui, il n'y avait pas d'appel à la mobilisation.
19:45Donc 140 établissements bloqués,
19:47c'est déjà considérable.
19:48D'autant plus qu'il y en a 500 en fermeture administrative
19:50et que devant de nombreux établissements ce matin,
19:52des policiers étaient présents
19:54pour éviter le blocage des lycées.
19:56Donc ce qui explique les derniers chiffres, selon vous ?
19:58C'est ça. Donc mardi, on attend une mobilisation massive.
20:01Et je précise que c'est le haut commissariat de l'ONU
20:03au droit de l'homme
20:04qui a commenté ce qui se passe en France.
20:07Ce n'est pas exactement les Nations Unies
20:08puisque c'est ce qu'on se disait tout à l'heure
20:10avec Thibaut de Montbréal.
20:12Ce haut commissariat compte parmi ses rangs
20:15des pays qui devraient eux-mêmes balayer devant leurs portes
20:18en ce qui concerne le respect des droits de l'homme.
20:19C'est le moins qu'on puisse dire.
20:20C'est le moins qu'on puisse dire, on est d'accord.
20:21Je voulais tempérer tout de même cette réaction.
20:22Mais c'est le principe de la diplomatie, malheureusement.
20:24Merci beaucoup. Merci à tous les six.