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Chaque week-end, Alice Darfeuille vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00Et cette question au cœur de ce forum qui s'affiche juste derrière moi, colère sociale, jusqu'où ?
00:07L'idée donc est de donner la parole à ceux qui sont acteurs de cette crise, ceux qui mobilisent, ceux
00:12qui veulent continuer à se mobiliser,
00:14ceux qui sont inquiets de la suite de cette mobilisation et ceux qui y sont opposés aussi, avec ceux qui
00:20sont donc sur ce plateau.
00:22Séverine Privat, secrétaire confédérale Force Ouvrière, bonsoir, bienvenue.
00:26Bonsoir, merci.
00:27On est avec Michel Picon, président de l'UDEP, l'Union des entreprises de proximité.
00:32Vous étiez, bonsoir, reçu aujourd'hui par le Premier ministre.
00:35Et j'imagine que vous avez plein de choses intéressantes à nous raconter, ou pas, vous allez le dire.
00:41Chloé, bonsoir.
00:42Bonsoir.
00:42Ancienne figure des Gilets jaunes, nous sommes également avec Walid Arr.
00:46Bonsoir.
00:46Je l'ai bien dit ou pas ?
00:47C'est ça.
00:48C'est ça.
00:48Déléguée du syndicat Allianz 93, bienvenue sur ce plateau.
00:52Nous sommes aussi avec Solène Lamiel, présidente de l'association 80 commerçants village Popincourt dans le 11e arrondissement de Paris.
01:00Et vous, vous êtes inquiète ce soir, Solène, vous nous raconterez pourquoi.
01:04Et évidemment, nous avons Élise Phillips qui est grand reporter à BFM TV, qui a couvert plusieurs mouvements sociaux, plusieurs
01:11manifestations, le mouvement des lycéens notamment, depuis plusieurs semaines.
01:15Et c'était important aussi de vous entendre. Bienvenue Élise.
01:19On va commencer tout d'abord à parler du dispositif de maintien de l'ordre, puisqu'il a été dévoilé,
01:24décrypté par le ministre de l'Intérieur en fin de journée.
01:27Alors, 70 000 forces de l'ordre mobilisées, comme jeudi, comme les samedis précédents du 24 octobre en l'occurrence.
01:36Mais il y a une inquiétude particulière du côté des autorités. La voici. Écoutez.
01:40Il y a bien que demain, il y a moins de déclarations, de manifestations. On s'attend peut-être à
01:45un peu plus d'actions spontanées, non déclarées.
01:47Et donc, la clé du succès sera la mobilité, la réactivité des forces de sécurité intérieures, comme elles l'ont
01:53démontré le 24, le 31 et comme elles l'ont démontré encore hier.
01:57Je vais commencer évidemment avec le policier qui nous accompagne sur ce plateau. Parlons quand même un peu aussi des
02:02enjeux sécuritaires de cette journée.
02:04Qu'est-ce qui inquiète précisément les autorités, Walid ?
02:07Écoutez, ce qui inquiète les autorités, c'est tout simplement ces phénomènes de groupes, ces phénomènes de pillages qui, malheureusement,
02:13on ne peut pas trop les définir.
02:14Mais c'est ces groupes très mobiles qui peuvent mettre beaucoup de gens en difficulté, notamment les commerçants.
02:20Et ce qui fait qu'en fait, on a un transfert de charges au niveau des fonctionnaires de police.
02:25Ce qui fait qu'on doit être à peu près partout. Et malheureusement, parfois, c'est compliqué.
02:30Avec donc encore 70 000 forces de l'ordre mobilisées. Il a bien fait la distinction, Élise, le ministre de
02:36l'Intérieur, entre les rassemblements, les manifestations déclarées et les rassemblements qui ne le sont pas.
02:42Quelle est la nuance exactement ? Et qu'est-ce que ça change pour les policiers et gendarmes ?
02:47Dans le cas d'un rassemblement qui n'est pas autorisé par la préfecture, comme c'est le cas demain,
02:51effectivement, ça pose des enjeux en matière de maintien de l'ordre, de sécurité.
02:54Parce qu'il n'y a pas eu de discussion entre la préfecture et des syndicats, par exemple, comme c
02:58'est le cas généralement lors de manifestations plus officielles.
03:01Et donc, c'est difficile aussi pour les forces de l'ordre de savoir où se placer, savoir quelle tournure
03:06aussi pourraient prendre les événements.
03:08Si Laurent Nunez en parlait, si des actions spontanées vont se dérouler dans des rues parallèles.
03:15Et puis aussi pour demain, il y a un enjeu particulier, c'est-à-dire que ce rassemblement, ce lieu
03:20où veulent se rassembler les Gilets jaunes, c'est la place de la Concorde.
03:23Pour ceux qui ne connaissent pas Paris, la place de la Concorde, c'est en plein centre de la capitale,
03:26à proximité aussi de lieux de pouvoir, l'Elysée, Matignon, le ministère de l'Intérieur, l'ambassade américaine aussi, qui
03:33a deux pas.
03:33Donc forcément, il y a un enjeu aussi que ça se passe à côté de ces élus et ça explique
03:38sûrement le gros dispositif de sécurité qui est annoncé encore pour demain.
03:42Oui, c'est-à-dire que sans savoir vraiment combien de personnes on peut attendre, on maintient quand même le
03:48dispositif tel quel.
03:51Chloé, typiquement, vous, vous serez place de la Concorde.
03:53On le rappelle, rassemblement interdit par la préfecture, mais les Gilets jaunes font savoir qu'ils se rendront quand même
03:58sur place pour maintenir ce rassemblement.
04:01Est-ce que vous y serez, vous ?
04:02Alors, personnellement, je vais rentrer en Normandie, ce qu'il va falloir que je rentre chez moi un jour.
04:05Oui.
04:05Il y a quelque chose que je rentre sur Paris.
04:06Vous êtes mobilisée depuis des semaines.
04:08Mais du coup, je serai par contre dans la rue, mais en Normandie.
04:12Mais voilà, je soutiens les personnes qui souhaitent continuer le mouvement et manifester sur Paris.
04:16Mais vous qui suivez, j'imagine encore, ce qui se dit dans les boucles des Gilets jaunes, on doit s
04:20'attendre à du monde sur cette place de la Concorde ?
04:24C'est ce qui fait la beauté de ce mouvement, on ne sait jamais en fait.
04:28Même nous, en interne, c'est très difficile de prévoir à l'avance.
04:30Donc, peut-être qu'il y aura du monde ou pas.
04:32Tout dépendra aussi des forces de l'ordre en amont, s'il y a beaucoup de filtrage et des choses
04:35comme ça.
04:36Qu'est-ce qui va se passer précisément, du coup, si le rassemblement est interdit, place de la Concorde,
04:41mais que les Gilets jaunes viennent sur cette place pour se rassembler ?
04:44Mais il se passera ce qui s'est passé la dernière fois, tout simplement.
04:46Ce sera interdit.
04:47Je veux dire, il y a une loi, il faut respecter la loi.
04:48Et très sincèrement, je compte sur l'intelligence de chaque personne pour ne pas se rendre place de la Concorde,
04:54puisque c'est interdit.
04:54Ce serait simplement, envie d'aimer une situation, c'est un endroit stratégique, vous l'avez souligné tout à l
04:58'heure,
04:59avec des lieux très importants, notamment l'ambassade américaine.
05:03On est proche des Champs-Élysées, on est proche de l'Élysée.
05:05J'espère que chaque personne qui voudra manifester, il y a des moyens légaux pour manifester, il y a des
05:09parcours qui sont définis.
05:10J'espère que tout le monde aura l'intelligence de prendre ses moyens légaux et les chemins prévus pour.
05:15Donc il y aura des barrages, en fait, des barrages ?
05:17Il y aura des barrages, il y aura des interdictions, il y aura des contrôles, il y aura des verbalisations
05:21si possible, et même des interpellations si nécessaire.
05:24Et vos collègues des Gilets jaunes, ils se préparent à ça ?
05:26On a l'habitude, mais rien qu'hier, pour aller sur la réplace de la République où c'était autorisé,
05:31on a subi deux fouilles.
05:33J'ai même eu une fouille dans le métro, sur la ligne 11, chose qui ne m'est jamais arrivée.
05:38Donc il y a quand même, je pense, un épuisement peut-être pas nécessaire pour vos collègues,
05:42pour des choses qui sont, enfin, trois fouilles pour aller à une manifestation déclarée, il y a un moment où
05:46vous pouvez être abusé.
05:47Alors, l'épuisement, très honnêtement, je peux vous dire, l'épuisement, il ne vient pas de faire son métier.
05:50L'épuisement, il vient simplement que ça fait un mois que des fonctionnaires de police sont rappelés.
05:54Ça fait 70 000 forces, une fois de plus, utilisées demain.
05:57Donc l'épuisement, il vient de là, en fait.
05:58Quand vous avez des pères de famille, des mères de famille qui sont rappelées du jour au lendemain,
06:01qui doivent tout lâcher pour assurer de la sécurisation alors qu'ils sont sur leurs jours de repos,
06:05l'épuisement, il vient de là.
06:05Ça, il faut bien comprendre qu'en tout cas, Alliance Police Nationale, on demandera des comptes acquis de droit au
06:11moment venu.
06:11Pour l'instant, on peut saluer la dévotion de l'ensemble des fonctionnaires de police qui font leur travail avant
06:16tout.
06:17Donc, c'est ce qu'on appelle un contrôle préventif ou une fouille préventive, madame.
06:20Et heureusement qu'elles se font, je vous le dis très sincèrement, heureusement qu'elles se font,
06:23puisque ça nous permet d'éviter de prendre des marteaux, des boules de pétanque.
06:26Donc, on a tous encore en mémoire, je pense, le gendarme qui était brûlé vif.
06:31Donc, c'est un dispositif de Mont-Barthi-Sanat.
06:32Et les sérum-fi et les lunettes qui sont systématiquement enlevées ?
06:36Pareil, moi, je suis toujours un peu amusé, étonné de voir qu'on a des lunettes de ski en plein
06:39Paris quand il fait 10 degrés.
06:41Je ne vois pas l'intérêt, en fait.
06:43Lunettes de plongée juste pour se protéger des gaz ?
06:45Lunettes de plongée ?
06:45Je pense que le sérum-fi, c'est bien.
06:48Non, il est enlevé. Le sérum-fi est enlevé.
06:50Ça, après, chaque fonctionnaire de police appréciera.
06:52Vous me dites, si le sérum-fi est enlevé, mais si, à côté du sérum-fi, j'ai une boule
06:56de pétanque, j'ai un marteau, j'ai des mortiers ?
06:57Non, le sérum-fi avec juste des gens, des personnes, même âgées, qui ont du sérum-fi sur eux et
07:01qui se le font retirer.
07:02Élise Phyllis, peut-être, vous qui étiez dans les manifestations là-dessus, sur ces contrôles préventifs, ce qu'on trouve
07:07ou pas, ces lunettes de plongée, effectivement, ça sert face au gaz lacrymogène, en fait, c'est ça ?
07:12Exactement, en fait, c'est très pragmatique, c'est-à-dire que, dans une manifestation, les manifestants s'attendent à
07:17ce qu'il y ait un moment d'utilisation du gaz lacrymogène,
07:19et donc, pour se protéger, parce que ça pique très très fort les yeux et la gorge, prennent, parfois, par
07:24précaution, des lunettes de plongée, du sérum-fi dans leur sac.
07:30Évidemment, si c'est accompagné de mortiers, etc., c'est autre chose, mais ça arrive très souvent qu'il y
07:36ait uniquement lunettes de plongée et sérum-fi, simplement pour se protéger les yeux, s'il y a du gaz
07:41lacrymogène.
07:41Je tiens juste, alors, dans ce cas-là, à préciser une chose. Vous savez, quand les manifestations se passent bien,
07:45il n'y aura pas de gaz lacrymogène.
07:46C'est faux. Excusez-moi.
07:47C'est juste faux.
07:48Alors, je termine mon propos, vous avez le droit de penser ça, mais des manifestations, il y en a tous
07:52les jours, en France et à Paris, surtout.
07:54Je pense qu'on est la ville à Paris où il y a le plus de manifestations. Je peux vous
07:57assurer que des fois, quand ça se passe bien, il n'y a pas de gaz lacrymogène.
07:59Oui, des fois, quand ça se passe bien. Vous avez raison, des fois, de mettre la nuance. Des fois, ça
08:03se passe bien, c'est vrai, il n'y a pas de gaz.
08:07Sur ça, c'est que des fois, quand ça se passe bien, parce que quand ça se passe mal, on
08:10a encore l'exemple, je pense, sur la dernière manifestation, le cortège, le jalonnement, il n'y a pas eu
08:15de souci, je pense, sur l'ensemble du cortège.
08:16On est tous bien d'accord avec ce sujet.
08:18Oui, on est tous bien d'accord avec ce sujet.
08:20Est-ce qu'ils ont chargé ?
08:21Je termine. Peut-être qu'on va même se rejoindre. Je termine juste ça. Sur l'ensemble du cortège, je
08:25pense que ça s'est très bien passé. Il n'y a pas eu de souci majeur.
08:28Jusqu'à la fin, Porte-de-Vincennes, si je ne dis pas trop de bêtises, corrigez-moi si je me
08:31trompe, il me semble que les gens sont venus au contact.
08:34On a encore des images. Je pense qu'on peut trouver toutes les images.
08:36Hier, les CRS ont chargé des gens qui étaient nassés par les gendarmes mobiles. Même les gendarmes mobiles ont engueulé
08:42les CRS.
08:42Oui, je les ai vues, ces images. Alors ça, pas de souci. Je pense qu'à un moment donné, c
08:47'est un problème de compréhension ou d'ordre.
08:49Ça, il n'y a pas de souci. Vous voyez, j'admets les choses comme elles se sont.
08:51Mais pour faire en sorte que ça se passe bien, précisément, puisque tout le monde a envie que ça se
08:55passe bien, est-ce que l'idée, ça n'est pas que les parcours autorisés soient respectés ?
09:01Vous, par exemple, Mme Séverine Privat, vous êtes du côté des syndicats.
09:05Ce que disent les autorités, c'est en gros, pas le rassemblement de place de la Concorde, mais emprunter le
09:10parcours autorisé demain entre Bastille et Nation pour les syndicats.
09:15Est-ce que vous, vous vous appelez les Gilets jaunes à vous rejoindre demain ?
09:17Alors nous, déjà, nous n'appelons pas demain la Confédération.
09:21Entre République et Nation, pardon.
09:22Force Ouvrière n'appelle pas demain la mobilisation de la journée de demain.
09:26Après, nous, dans le cadre de manifestations, comme on a pu faire hier, vous l'avez vu, on a quand
09:32même une organisation, on est responsable de ce qui se passe, on sait comment fonctionne le service d'or.
09:38Même les fouilles à l'entrée des manifestations, ça s'est bien passé et hier, on n'a pas eu
09:43de problématique.
09:44Mais du coup, est-ce que vous entendez les autorités qui disent aux Gilets jaunes, non, pas de rassemblement place
09:51de la Concorde, parce que c'est un endroit trop stratégique, mais emprunter ce cortège qui est autorisé ?
09:58Est-ce que vous comprenez que les autorités insistent sur ce point pour que ça se passe bien ?
10:02Après, il y a une question de sécurité. Mais après, je n'irai pas pour moi.
10:05Et vous dites que vous ne vous mobilisez pas, vous n'appelez pas à vous mobiliser demain.
10:08C'est quand même pas très clair, parce que l'interstingue syndicale était mobilisée hier, ça, on l'a bien
10:12compris.
10:13Oui, je pense que l'interstingue syndicale est clair.
10:16Mais il y a quand même des syndicats représentés demain qui se mèlent aussi aux Gilets jaunes.
10:19Nous avons la Fédération de l'éducation nationale qui est liée avec les lycéens et les étudiants.
10:25Mais après, la Confédération Générale de Fort-Souvière n'appelle pas à vous.
10:28Donc ce sont des antennes locales.
10:30Voilà, c'est une fédération, la Fédération de l'Éduc qui accompagne, mais nous, nous n'appelons pas demain.
10:35Et l'intersyndicale, il y aura peut-être une suite à l'issue de la réunion de lundi à Matignon,
10:40mais dans l'immédiat, il n'y a pas de...
10:42Là-dessus, justement, avant d'accueillir Serge Raffi, ce qu'on constate quand même, Élise Phillips, vous qui avez suivi
10:47le mouvement des lycéens depuis le début,
10:50c'est que malgré les annonces du gouvernement, ils sont encore dans la rue, ils se mobilisent, ils continuent la
10:56mobilisation,
10:57parce qu'ils sentent aussi peut-être qu'il se passe quelque chose de plus large, en fait.
11:01Cette mobilisation, elle a dépassé leur cause maintenant.
11:04Exactement, c'est vrai que ce mouvement, il a débuté il y a plus d'un mois, un mois et
11:08demi maintenant.
11:09Ces lycéens, ils ont été reçus à plusieurs reprises par le ministre de l'Éducation nationale, par le ministre de
11:14l'Enseignement supérieur aussi.
11:15Il y a eu des annonces qui ont été faites sur Parcoursup, sur le recrutement des professeurs,
11:19et pourtant, ces lycéens, ils disent « ça ne suffit pas, on va continuer le mouvement ».
11:22Et effectivement, vous le disiez, ils ont compris qu'ils faisaient partie d'un mouvement un peu plus large maintenant.
11:26Il y a à peu près un mois, juste avant la manifestation du 17 octobre, certains lycéens nous parlaient de
11:31convergence des luttes,
11:32et nous disaient « on sera dans la rue, aux côtés de tous les autres Français qui ont envie de
11:37manifester,
11:38pour avoir un mouvement beaucoup plus large, avoir plus d'assises aussi ».
11:42Donc ces lycéens, évidemment, ils continuent à se mobiliser, il y a encore eu des lycées bloqués cette semaine,
11:46même si quand on regarde les chiffres quand même, le nombre de lycées bloqués cette semaine par rapport à avant
11:50les vacances,
11:51c'est drastiquement moins. On était à une quarantaine, une vingtaine en milieu de semaine,
11:54ce qui est quand même beaucoup moins qu'au plus fort du mouvement.
11:57Merci Alice Phillips, on va accueillir Serge Raffi, à présent éditorialiste politique au Point et écrivain.
12:02Merci d'avoir été avec nous, et on se retrouve évidemment demain, si vous voulez revenir sur le plateau de
12:06BFM Grand Soir.
12:07Vous en avez ras-le-bol, vous, des manifestations, en tant que commerçantes ?
12:11Nous, on en a surtout marre que ça passe par le boulevard Voltaire.
12:14On en a marre de cet itinéraire, on n'en peut plus.
12:18Les 80 commerçants du village Popincourt sont d'accord pour dire que les mobilisations sont légitimes.
12:23Nous aussi, on est les premiers à souffrir, on est des petits entrepreneurs, des petits commerçants, des petits employeurs.
12:29On n'en peut plus, mais on n'en peut plus depuis plusieurs années.
12:32Et là, c'est la cerise sur le gâteau, c'est toujours chez nous.
12:36La rue devient un no-man's land.
12:38Il n'y a plus de clients, il n'y a plus de chiffre d'affaires.
12:42Certains ont pris la décision de fermer, et certains doivent licencier,
12:46parce que depuis le 17 octobre, on perd du chiffre d'affaires, c'est historique.
12:50Donc les manifestations, oui, mais loin des centres-villes en fait.
12:53Au moins, changer un peu le boulevard Voltaire, je peux comprendre que c'est un itinéraire connu,
12:59donc peut-être plus facile à sécuriser, mais en fait, on n'en peut plus.
13:03Là, il faut changer.
13:04Et typiquement demain, République Nation, vous êtes en plein dedans.
13:09Encore une fois, Boulevard Voltaire, c'est toujours la même chose.
13:11Vous êtes toujours République Nation, République Bastille, Bastille Nation, on est au milieu, on n'en peut plus.
13:17Il faut changer d'itinéraire, et on ne comprend pas que ce ne soit pas dans les beaux quartiers.
13:21Les petits quartiers riches n'acceptent pas ce genre de mobilisation, et ça retombe toujours sur le 11ème,
13:26toujours sur le boulevard Voltaire, on n'en peut plus.
13:28Qui entend ce message ?
13:30Nous, on est les premiers à vouloir, autre part, les manifestants, manifester dans ce quartier-là.
13:35On l'a vu et revu, faire la grande ligne droite, merci, au revoir.
13:38On aimerait bien aller dans des beaux quartiers, en effet, aussi aller confronter un peu ceux qui ne sont pas
13:44forcément touchés par ce qu'on vit.
13:46Et en fait, il y a un peu de France, et parfois, il y a aussi de Paris.
13:50Et en effet, je comprends parfaitement sa colère, et on aimerait faire d'autres scénariens, aller dans d'autres endroits,
13:56mais on nous empêche systématiquement d'aller dans d'autres endroits.
13:58Mais le problème aussi, c'est que même si les manifestations ne passent pas par votre trajet,
14:02on est d'accord qu'il n'y a plus personne dans les rues, aussi, lors des week-ends de
14:07manifestations ?
14:10Vous pourriez dire à quelle hauteur votre chiffre d'affaires a baissé depuis le début de cette contestation ?
14:15Depuis le 17 octobre, je calcule un peu en ce moment, mais pour moi, j'ai perdu 20 000 euros
14:19de manque à gagner.
14:20Après, j'ai des structures qui sont différentes.
14:24Enfin, c'est vraiment, le chiffre ne veut rien dire.
14:27C'est une question de pourcentage.
14:28On est tous en train d'évaluer nos pertes.
14:30Ce qui est sûr, c'est que tout ce qui est mis en place pour indemniser les commerçants aujourd'hui,
14:33c'est ceux qui sont cassés, pillés.
14:35Le manque à gagner, on s'en fiche, je n'ai jamais pris en compte.
14:39Alors qu'en fait, c'est nous aussi, là, on est en train de mourir.
14:42Pas d'assurance ?
14:42Non. Pas d'assurance, aucune considération des mairies, des CCID, rien du tout.
14:47Quand on demande des choses pour les commerçants, on nous parle de ceux qui sont cassés, pillés.
14:52Nous, en plein boulevard Voltaire, depuis 2018, depuis les Gilets jaunes, c'est tout le temps chez nous.
14:56Là, avec le mouvement qui ne fait que grossir, grossir, grossir, c'est tout le temps chez nous.
15:00Et c'est de plus en plus gros.
15:01C'est au-delà d'être inquiétant, et je ne suis pas du tout en colère,
15:04au-delà d'être inquiétant, c'est que vraiment, il faut réagir sur le fait qu'on n'en peut
15:09plus.
15:09Arrêtez de regarder les vitrines qui sont pillées, regardez les êtres humains qui sont commerçants, artisans, chefs d'entreprise.
15:15Regardez pas ces vitrines, regardez les êtres humains, on n'en peut plus.
15:18Combien de temps ça peut durer, M. Picon ?
15:22Écoutez, moi j'espère que ça va s'arrêter le plus vite possible.
15:27Lundi, on a un rendez-vous, qui est un rendez-vous économique,
15:31avec les organisations de salariés, pour essayer de trouver une sortie à cela.
15:37Je ne suis pas sûr d'ailleurs que tout le monde ait envie d'une sortie.
15:40C'est-à-dire ?
15:41Je me demande s'il n'y a pas une volonté politique aussi de maintenir un climat un peu comme
15:48ça, anxiogène.
15:49D'aucuns, peut-être, pensent y trouver un avantage électoral à un moment ou à un autre.
15:55Moi, je m'interroge sur la spontanéité de ce mouvement.
15:59Vous parlez de qui, M. Picon ?
16:01Non, mais je parle d'un LFI, par exemple, mais peut-être qu'il y en a d'autres qui
16:06ont intérêt à ce qu'il y ait une pagaille qui s'installe dans le pays.
16:09Ça sera peut-être plus facile de récupérer...
16:12Faire campagne dans la rue, c'est ça ?
16:13Oui, c'est ça. C'est ça. Est-ce qu'on ne peut pas forcément gagner par les élections ?
16:18On va peut-être essayer de le gagner par d'autres moyens de...
16:22Bon, ça... Alors, moi, je comprends et combien je reçois de témoignages.
16:30Paris, vous avez raison, mais je pense à Marseille, je pense à Bordeaux, la rue Sainte-Catherine,
16:35je pense à des tas d'endroits en France où, oui, c'est plus supportable, quoi.
16:40Moi, je comprends la détresse d'un certain nombre de nos concitoyens, l'insuffisance de rémunération des salaires,
16:47mais c'est beaucoup plus compliqué d'un coût de baguette magique d'augmenter de 100, 150 euros nets.
16:54La générosité dans une entreprise... Vous savez, moi, je ne représente pas les grands groupes ici,
16:59je représente les entreprises, mais c'est 95% du tissu économique de ce pays.
17:04Ce sont des petites boîtes de moins de 10 salariés,
17:06où souvent, le chef d'entreprise ne se paie pas à la fin du mois.
17:10Et on ne comprend pas pourquoi, et le cri que vous poussez,
17:14mais combien il m'émeut, et combien je le reçois de beaucoup d'entreprises
17:19qui ne comprennent pas qu'on s'en prenne à elles, qu'on casse leur vitrine, qu'on laisse démonter.
17:24D'abord, moi, je voudrais saluer le travail que vous faites,
17:27parce que, franchement, on a besoin que vous soyez là,
17:31et que vous... On regrette que le 17 octobre,
17:33moi, j'ai des commerçants qui me disent, mais ils étaient à 100 mètres,
17:37ils regardaient mon magasin pillé, ils n'intervenaient pas,
17:39parce que les ordres qu'ils avaient, c'était de ne pas intervenir,
17:43de ne pas aller au contact.
17:44On ne le comprend pas, et je voudrais que tout le monde prenne conscience de la conséquence de ça.
17:49C'est l'empathie, comme disait le président de la République.
17:51Quand on a un président de la République qui dit aux policiers,
17:54vous devriez faire preuve d'empathie,
17:56vis-à-vis des manifestants, on sait très bien qu'au sommet de la hiérarchie
18:00du ministère de l'Intérieur, il y a eu ce débat-là,
18:04et que finalement, au début, avant le 17 octobre,
18:08il y a eu des débats qui ont été réglés par les politiques,
18:11et pas par le ministre de l'Intérieur, je crois savoir,
18:15et qu'il a été obligé d'appliquer une méthode qui n'était pas celle qu'il voulait, lui.
18:20Simplement, il a joué le jeu parce que c'est un fonction...
18:21N'oubliez pas, ce n'est pas un homme politique,
18:23Laurent Nunez, c'est un fonctionnaire.
18:26Mais on en revient toujours au 17 octobre,
18:27qui a été un traumatisme.
18:29C'est ce que disait le président de la République.
18:31Le président de la République a eu cette formule.
18:33Donc, ce que je dis, c'est qu'à un moment donné,
18:35si le 17 octobre a eu lieu,
18:37c'est parce qu'il y a eu dysfonctionnement,
18:40il y a eu dysfonctionnement dans les choix
18:42qui ont été décidés au niveau de la technique
18:44de contrôle des manifestations.
18:46Une fois qu'on a dit ça,
18:47une fois qu'on a dit ça...
18:48Si on avance et qu'on se projette.
18:50Le problème, c'est effectivement,
18:52si on ne s'attaque pas aux sources de la colère,
18:54aux sources de ces manifestations,
18:56celle d'hier était exceptionnelle quand même,
18:58historique.
18:59Et elle a été bien gérée à peu près.
19:02Donc, les sources, c'est quoi ?
19:03On le sait, c'est un malaise terrible.
19:05Le problème, c'est que ce pouvoir n'a aucune puissance.
19:09Il n'est plus rien.
19:09On va aller bien sûr sur les mesures.
19:10Est-ce qu'il a les moyens d'offrir ?
19:12Mais juste un mot quand même sur la méthode, Serge Raffi.
19:14Est-ce que c'est la bonne méthode,
19:16cette grande conférence sociale organisée lundi ?
19:19Là, vous dites, il était temps ?
19:21Mais il était temps depuis le début du double mandat
19:24de ce président de la République,
19:26qui n'a pas fait que des mauvaises choses.
19:28Attention.
19:29Mais c'est que les corps intermédiaires ont quasiment disparu.
19:31Il ne faut pas oublier que les débats qu'on a eus
19:33il y a déjà, pas 10 ans, mais 7 ou 8 ans,
19:37on était déjà dans cette critique,
19:39mais qui était forte,
19:41que les corps intermédiaires avaient été complètement négligés
19:44par ce pouvoir.
19:45Pourquoi ?
19:45Parce qu'on savait que c'était un pouvoir de techno,
19:48un pouvoir de, comment dirais-je,
19:50d'une nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques
19:52qui n'avaient pas ce rapport.
19:54Donc aujourd'hui, la conférence,
19:55pour répondre à votre question,
19:57la conférence sociale,
19:58elle est plus que nécessaire,
20:00elle est vitale.

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