00:00C'est assez intéressant. Je reviendrai en fin de l'édito sur la réaction de Bardella, qui est intéressante.
00:06Mais on nous présente souvent, il y a une catégorie dans l'espace public de gens qui s'appellent les
00:10journalistes spécialistes de l'extrême droite
00:12et les autres spécialistes de la chose, qui exercent un monopole sur ce sujet dans l'espace public,
00:18qui ont un pouvoir immense parce qu'ils peuvent vous coller la terrible étiquette et ensuite vous condamner au bannissement
00:24moral,
00:25à l'exécution symbolique dans l'espace public.
00:27Mais on s'intéresse rarement à leur méthode.
00:31Et ce que fait Morio, avec son interview d'hier, c'est qu'il nous montre de quelle manière un
00:36peu l'arrière du décor des enquêtes de ces pseudo-spécialistes de l'extrême droite.
00:42Donc, le point de départ, qu'est-ce que c'est?
00:44C'est un homme qui a été évité à la manière de témoin dans l'enquête sur Bardella,
00:51qui par ailleurs s'est prêté, je prends la peine de le dire, qu'il s'est prêté au jeu
00:54de Mediapart.
00:54Il fait semblant de ne pas savoir ce qu'il faisait aujourd'hui.
00:57Peut-être est-il sincère, peut-être manque-t-il simplement de jugement, peut-être manque-t-il simplement de
01:01matière grise, je n'en sais rien.
01:03Mais ce qui est certain, c'est qu'il s'est prêté au jeu.
01:05Mais il dit, une fois qu'on a dit ça, il dit, on a détourné mes propos.
01:11Premier élément, on parle des listes de lectures qu'il recommandait à Bardella et à d'autres.
01:18Et là, le point de départ à travers cela, et on en avait parlé le premier jour,
01:22si je vous recommande, chère Christine, de lire un livre, un autre ou un autre,
01:26vous n'êtes pas responsable de ma recommandation de lecture,
01:30vous n'êtes pas coupable des propositions que je vous fais.
01:32Si je vous dis, vous voudriez lire ça, franchement, c'est remarquable,
01:35vous voudriez, ça pourrait vous intéresser.
01:36Peu importe que vous me répondiez, même si vous lisez, soit dit en passant,
01:39vous n'êtes pas coupable du fait que je vous l'ai proposé.
01:43Par ailleurs, on le sait, et c'est probablement l'élément le plus intéressant
01:46de l'enquête de l'interview de Moriou, on voit donc le courriel tronqué.
01:51D'un côté, il y a l'oranger, je crois, qui dit, je ne sais pas lequel de vous deux
01:55a demandé ce livre.
01:57Et là, Mediapart nous présente cela comme un élément central.
02:00Ah, on a donc la preuve que Bardella aurait peut-être demandé le livre avec Sorale et Nolo.
02:05Mais là, qu'est-ce qu'on voit si on a l'autre partie du courriel ? Ce n'est
02:07pas lui.
02:07Oui. Donc, lorsqu'on décide de tronquer une information qu'on a entre ses mains
02:12et qu'on offre une enquête au public comme ça, est-ce que c'est de la désinformation ?
02:16Si je tronque une information essentielle pour comprendre le récit,
02:20est-ce que je suis un désinformateur conscient ou un journaliste sans talent ?
02:25Les deux questions se posent. On ne cesse de vanter le talent et la rigueur de Mediapart.
02:29Je laisse donc de côté l'hypothèse du journaliste sans talent.
02:33Donc, il savait ce qu'il faisait probablement.
02:35Un autre élément à travers cela, pourquoi décide-t-il de présenter cette espèce d'amalgame de références ?
02:43Vous avez vu, quand on lit l'article de base de Mediapart, il y a des noms qui surgissent comme
02:49Rebatte, Brasilaque, Forisson, des gens qui ne sont plus de très bonne réputation aujourd'hui pour d'excellentes raisons.
02:55Pourquoi sont-ils présents là-dedans ?
02:57Tout simplement pour les coller à Bardella pour le nazifier, fasciser, extrême-droitiser.
03:03Alors que lui-même ne s'est rendu coupable d'aucune de ses lectures.
03:07Il n'a réclamé aucun de ses livres, rien de tout ça.
03:09Mais puis, ce qu'on lui suggère, ça permet aux journalistes de Mediapart, c'est ainsi que je le comprends,
03:13de densifier un article qui manquait un peu de profondeur.
03:17Parce que pour l'instant, ce qu'ils avaient, c'était, on en a souvent parlé, les conversations privées sur
03:25Messenger d'un gamin de 17 ans.
03:28Est-ce qu'on peut faire tout un dossier comme ils l'ont fait avec cela ? Probablement pas.
03:32Donc, on est obligé de rajouter, il faut rajouter, autrement dit, du crémage à l'enquête.
03:38Et là, quel est le crémage ? Ce sont les lectures qui circuleraient autour de lui, autour de ce que
03:41j'appelle,
03:42je prends le relais de Vincent Trémonnais qui avait cette formule autrefois, le journalisme de cas contact.
03:46Vous connaissez X qui connaît Y qui connaît Z, vous connaissez donc Z, et de ce point de vue, vous
03:51êtes coupable de tout ce que Z pense.
03:53Utilisez une autre lettre dans les circonstances.
03:58Donc, vous êtes coupable par une forme de chaîne d'association, et c'est presque la méthode COVID.
04:04C'est-à-dire, on va fouiller, vous avez connu lui, qui a connu lui, qui a connu lui, qui
04:07a connu lui, haha, bien alors, vous êtes coupable.
04:09C'est une méthode assez fascinante, donc, je reviens sur le cœur du propos.
04:13Un, on cherche à fonctionner par le journalisme de cas contact.
04:17Deux, on définit par des lectures supposées les préférences intimes d'un homme qui, par ailleurs, n'a pas réclamé
04:23ses livres.
04:23Puis, j'irai encore un peu plus loin à propos de cela.
04:26Imaginons qu'il ait lu le fameux livre de Nolo et Soral.
04:29Je précise que je l'ai lu, soit dit, en passant.
04:31Je l'ai lu. J'en ai lu des tonnes de livres dans ma vie.
04:33J'ai lu Marx, j'ai lu Lénine, j'ai même lu Edwin Plenel.
04:37Et je ne suis ni marxiste, ni léniniste, et encore moins Plenelien.
04:41Donc, est-ce qu'on est coupable des lectures que l'on fait?
04:44Est-ce que, dans sa vie, quand on lit des tonnes de choses, on est désormais coupable à jamais,
04:48à la manière de la marque de la bête qui pèsera sur nous, de nos lectures?
04:51Quoi qu'il en soit, quoi qu'il en soit, ces méthodes, ce ne sont pas seulement celles de Mediapart,
04:55mais de ceux de tout le lobby des journalistes spécialisés de l'extrême droite dont on parlait,
05:01donc Libé, Lobs, Le Monde, Street Press, et ainsi de suite,
05:04ce sont des gens qui fonctionnent à la manière d'une brigade de surveillance,
05:08de police politique de la vie publique.
05:10Ils sont là, ils ont un pouvoir immense, parce qu'ils peuvent vous coller les pires étiquettes,
05:14ils fixent le récit médiatique, et il est d'autant plus fort leur pouvoir
05:17que tout le monde s'aligne sur eux à la manière d'une peur terrible, d'une frousse terrible.
05:22Et on devrait le rappeler, le conseil élémentaire à tout le monde,
05:24lorsque ces gens vous téléphonent, ne répondez pas, ne leur répondez jamais,
05:27s'ils vous appellent, ce n'est pas parce qu'ils vous veulent du bien.
05:30On reste toujours connectés à ce qui se passe sur le terrain,
05:32on apprend qu'il y a 488 interpellés et 43 forces de l'ordre blessées, évidemment,
05:38ont continué à parler de la mobilisation.
05:41Mathieu Beaucouté, vous dites que cette méthode dépasse le cadre de cette enquête, pourquoi?
05:44Parce que c'est toujours la même méthode,
05:46donc le complexe des journalistes spécialistes de l'extrême droite,
05:49avec des petites unions à travers tout ça.
05:50Leur job, ce n'est jamais de discuter des idées des gens dont ils parlent,
05:55c'est de savoir ce qu'ils pensent.
05:56C'est la technique du masque.
05:57Il faut plutôt démasquer.
05:59Vous dites quelque chose, mais vous êtes autre chose.
06:01Nous, les enquêteurs, allons prouver la vraie nature
06:04de ce que vous êtes derrière le terrible masque humanisant que vous portez.
06:11Ensuite, il s'agit de reconduire l'interdit de fréquentation.
06:13La fonction de ces gens-là, c'est de s'assurer que le cordon sanitaire,
06:17que le front républicain soit bien tendu,
06:21qu'il soit impossible de parler aux gens qui portent la salle étiquette.
06:24Et c'est aussi de faire une liste permanente des brebis galeuses
06:27et toujours avoir une réserve de brebis galeuses
06:30en fonction de la prochaine élection pour la faire déraper.
06:32Et vous noterez, quand on fait la liste des brebis galeuses du RN ou ailleurs,
06:36vous noterez que la définition de la brebis galeuse est assez élargie.
06:39Je lisais récemment le livre absolument atroce de nullité de Bachelot et Moretti,
06:44c'est pas Moretti, sur le RN.
06:46Et là, dans leur définition de la brebis galeuse,
06:48il y a, je ne sais pas, X qui se réclame de la théorie du grand emplacement.
06:52Ah, apparemment, ça condamne un homme à jamais.
06:56Quoi qu'il en soit, il y a la logique de la brebis galeuse
06:58et ces journalistes s'appuient sur les experts,
07:01les fameux experts de l'extrême droite qui viennent soit de l'université
07:03ou des différents observatoires.
07:05Et eux, leur fonction, c'est de reconduire perpétuellement la légitimité de cette catégorie
07:10extrême droite, extrême droite, extrême droite.
07:12Parce que si on déconstruisait cette catégorie,
07:14si on révélait qu'elle n'a aucune valeur descriptive,
07:17si on comprenait qu'elle a simplement pour fonction de marquer un homme du signe de la bête
07:20et non pas de comprendre ce qu'il dit,
07:22c'est toute leur emprise sur la vie publique qui se décomposerait devant nous.
07:26Et ces gens ne discutent, je le redis, jamais, jamais, jamais des arguments dont ils parlent.
07:30Ils peuvent à la rigueur parler de quelqu'un,
07:32ils ne lui donnent jamais la parole.
07:33Prenez l'exemple de Renaud Camus, c'est probablement l'homme le plus cité en France
07:37et on ne lui donne jamais la parole.
07:39Donc, tout le monde parle pour prétendre dire ce qu'il pense et ce qu'il dit,
07:42mais on ne vérifie jamais si c'est vraiment le cas.
07:44Apparemment, c'est ce qu'on appelle du journalisme d'enquête rigoureux.
07:48Mediapart est souvent assimilé à une agence de renseignement privé.
07:52La formule est exagérante ou pas, selon vous?
07:54Moi, je la trouve très drôle, à tout le moins.
07:55Vous savez, des services de renseignement privés,
07:57c'est-à-dire avec, tu sais, le journalisme de boîte postale,
07:59c'est-à-dire, manifestement, il y a tout un réseau de gens
08:02qui fonctionnent sur le principe de la délation
08:04et ça permet le règlement de compte.
08:06Ça permet le règlement de compte régulier,
08:08c'est-à-dire quelqu'un cause problème,
08:09il y a une enveloppe qui arrive quelque part,
08:11on présente cela comme une enquête
08:12et à la fin, on exécute publiquement quelqu'un.
08:15Et normalement, on se couche.
08:16Alors là, il y a quelque chose d'intéressant dans la réaction de Bardella.
08:19Quoi qu'on pense du détail de cette enquête,
08:22il a décidé de ne pas se coucher devant la méthode de Mediapart.
08:27Et je cite son extrait, on l'a vu il y a un instant.
08:29Je conteste d'abord formellement vos accusations,
08:31je conteste vos preuves et je conteste vos sources.
08:34Il pourrait dire aussi, je n'aime pas vos méthodes.
08:36J'ajoute, il rappelle qu'on cherche en ce moment
08:39ces conversations privées entre 12 et 16 ans.
08:4112 et 16 ans.
08:42Non, mais la prochaine étape, c'est qu'on va prendre une photo
08:44quand il était dans le ventre de sa mère,
08:45il y a un bras qui était un peu tendu,
08:46et on va dire que finalement, il était nazi dans le ventre de sa mère.
08:49Je pense que c'est la prochaine étape
08:50de la grande enquête de Mediapart.
08:51Est-ce qu'on se rend compte de 12 à 16 ans?
08:54Non, mais c'est le ridicule absolu.
08:56Alors, il a cette formule,
08:57j'imagine que vous auriez adoré me voir poser le genou à terre,
09:00mais c'est très mal de me connaître.
09:02Et là, qu'est-ce qu'on voit?
09:03On voit Mediapart déstabiliser.
09:05On voit déstabiliser, pourquoi?
09:06Parce qu'eux, ils diabolisent,
09:07mais là, Bardella répond, ils contre-diabolisent.
09:10Et là, c'est une leçon fondamentale,
09:11et je terminerai avec cela.
09:12La diabolisation politique ne dépend jamais du diabolisé,
09:15mais du diabolisateur,
09:17celui qui veut vous diaboliser,
09:18trouvera toujours une raison de le faire.
09:20Et si vous cherchez sans cesse
09:22à montrer que vous n'êtes pas le diable
09:23devant lui qui croit que vous êtes le diable,
09:25la séance d'exorcisme ne se terminera jamais.
09:28La contre-attaque serait théoriquement efficace.
09:31Et là, Bardella semble miser sur cela.
09:33Je ne reviens pas sur le détail de l'enquête,
09:35mais ce que je vois,
09:35c'est dans la bataille qui est menée en ce moment,
09:36Mediapart est en position de faiblesse.
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