00:00C'est-à-dire qu'on pourrait se dire, ouf, nous sommes soulagés, le rapport sera publié, tout cela est
00:06derrière nous, mais je ne crois pas.
00:08Nous ne pouvons pas accepter que cette histoire soit balayée comme si nous n'avons pas été témoins d'une
00:15tentative à grande échelle et à ciel ouvert
00:18de censure d'informations vitales sur la situation de l'audiovisuel public et plus largement du complexe médiatico-politique qui
00:29domine aujourd'hui la France.
00:30Alors la question c'est pourquoi, pourquoi y avait-il un tel appétit de censure ?
00:34Pourquoi était-il légitime de se dire qu'on pouvait organiser un déni de réel à ciel ouvert ?
00:41Pourquoi était-il légitime de verrouiller publiquement l'information autour de ce rapport ?
00:47Est-ce qu'on n'est pas ici dans une volonté explicite de ne pas savoir ?
00:52On pourrait dire, en France par exemple, la question des statistiques ethniques.
00:55On n'en veut pas parce qu'on a peur de ce qu'on apprendrait avec les statistiques ethniques.
00:59On n'en veut pas parce que ça nous dirait probablement quelque chose du réel qu'on ne veut pas
01:03avoir sous les yeux.
01:04De la même manière, est-ce qu'on peut penser que ceux qui souhaitaient bannir ce rapport, faire comme s
01:10'il n'avait jamais eu lieu,
01:11est-ce qu'on peut croire que ces gens étaient simplement sur le mode, nous ne voulons pas savoir,
01:15nous ne voulons surtout pas que les Français puissent savoir pourquoi,
01:19parce que l'audiovisuel public, ce n'est pas que de la radio, télévision.
01:22C'est véritablement un pouvoir spirituel, un pouvoir clérical,
01:26un pouvoir qui ne tolère pas d'être examiné par des gens qui ne participent pas déjà de l'intérieur
01:32au système,
01:34un pouvoir qui ne tolère pas d'être critiqué.
01:36Et c'était le scandale pour eux de cette commission des dernières semaines, des derniers mois.
01:42C'est des gens qui ne viennent pas du milieu se permettaient de les critiquer publiquement.
01:46On ne critique pas l'Église si on n'en fait pas partie.
01:50Il y avait cette réaction de castes.
01:52Par ailleurs, qu'est-ce qu'on a vu ces derniers temps?
01:54Parce que là, le rapport va être publié.
01:55Mais soyez certains d'une chose, la campagne pour nous expliquer que c'est un rapport sans valeur
02:00est engagée depuis longtemps.
02:02Donc, comment est-ce qu'on a mis en scène, en quelque sorte,
02:05cette volonté de détruire la légitimité du rapport au cas où il serait publié?
02:09Premier élément, il y a eu la campagne contre Charles Aloncle,
02:11qui a été présentée comme un farfelu, comme un grossier personnage,
02:15comme un fanatique, comme un individu dangereux, comme un manipulateur, comme un menteur.
02:20Globalement, Charles Aloncle a été le diabolisé des dernières semaines et des derniers mois.
02:24Et je pense qu'on ne lui pardonnait pas sa placidité.
02:28C'est plus facile de diaboliser quelqu'un qui s'insurge, qui se choque,
02:32lui restait calme et on ne lui a pas pardonné son calme dans ses interrogations,
02:37dans ses questions nombreuses.
02:38Ensuite, on a cherché, c'était la nouvelle théorie conspirationniste du jour.
02:42Il n'y aurait pas, en fait, de commission Aloncle.
02:44En fait, ce serait tout ça organisé, piloté par ce qu'ils appellent l'Empire Bolloré,
02:50qui serait la puissance qui organiserait tout.
02:53Et Aloncle ne serait que la marionnette.
02:55Donc là, on a utilisé l'argument de l'ingérence étrangère
02:59appliquée à la politique intérieure française.
03:01On s'est imaginé, mais c'est vraiment du conspirationnisme chic,
03:04si je peux me permettre, c'est du conspirationnisme de gauche.
03:07Donc c'est du conspirationnisme autorisé,
03:08qu'il y a quelque chose comme, il y a une forme de master of puppet,
03:11un dance, puppet dance, et là qui...
03:13– Je vous en prie, je vous en prie.
03:14– Non, mais c'est comme ça qu'il se représente
03:16une espèce de puissant personnage qui manipule les mortels,
03:19qui répéterait ensuite les questions qu'on leur suggérait.
03:21Il y a quelque chose de lunaire là-dedans,
03:23donc discrédit du rapport qui serait en fait le fruit
03:25d'une ingérence Bolloréenne dans la démocratie française.
03:29On est presque dans du Star Wars.
03:31Ensuite, un rapport jugé d'avance mauvais.
03:34Donc la commission était une anomalie démocratique.
03:36Ensuite, le rapport était jugé d'avance mauvais.
03:38Donc pourquoi lire?
03:39Donc oui, il va circuler, mais il est entendu que
03:42puisque le rapporteur est quasi-fachisant,
03:44puisque par ailleurs le terrible empire s'en serait mêlé,
03:48au final, le rapport serait absolument mauvais.
03:50Et dès lors, on connaissait, il y avait l'obscurantisme revendiqué.
03:54On aurait préféré qu'il ne circule pas,
03:56mais puisqu'il circule, sachez qu'il n'y a rien à voir là-dedans.
03:59Comment ne pas voir, de mon point de vue,
04:01que l'audiovisuel public est une forme d'état profond culturel
04:05qui ne tolère pas d'être nommé,
04:07qui ne tolère pas d'être critiqué?
04:09Et les apparatchiks, on pourrait dire des oligarques aussi,
04:13de l'audiovisuel public, ont exprimé tout leur mépris
04:16à de nombreuses reprises à tous ceux qui osaient les questionner.
04:20Là, on se posera une question toute simple.
04:21Là, il y a une forteresse, je ne dirai pas qu'elle a tombé,
04:23mais la forteresse est ébréchée.
04:25On nous parlera dans quelques instants, je crois,
04:26d'une forteresse qui, elle, s'est maintenue, les syndicats.
04:29Il y a combien de forteresses en République aujourd'hui?
04:32Des endroits où on n'a pas le droit de fourrer son nez,
04:35sinon on sera diabolisés, conspués, étiquetés de la plus sale manière.
04:39Combien y a-t-il de forteresses protégées
04:41qui ne tolèrent pas que les gueux osent demander
04:44ce qu'on fait de leur argent confisqué?
04:46Très intéressant, comme vous dites, ces forteresses
04:49qu'on ne peut pas abattre, on en parlera dans un instant
04:52avec Nicolas Peruchot, qui est l'auteur
04:55de l'unique rapport censuré en France depuis 1958.
04:59Mathieu Bocoté, revenons à ce rapport de l'audiovisuel public
05:03qui a finalement été publié, donc on vient de l'apprendre.
05:06On attend d'un instant à l'autre d'avoir Charles à l'oncle.
05:09On avait déjà appris, il y a quelques instants,
05:12déjà convenu de la publication des vidéos.
05:15Ça, c'était déjà un premier pas.
05:16Alors, ça, c'était le compromis factice proposé.
05:19On disait globalement, tout le rapport sera laissé de côté,
05:23mais vous aurez droit aux vidéos.
05:25Vous aurez droit aux vidéos, pourquoi?
05:26Parce que vous savez, quand vous êtes dans une entreprise
05:28de négation du réel, vous pouvez difficilement aller
05:31jusqu'à dire au commun des mortels qui a vu ces vidéos,
05:34mais un instant, on les a vues.
05:35Vous ne pouvez pas nous expliquer que ça n'a pas eu lieu,
05:37on les a eus devant nous.
05:39Il y a quand même des limites, messieurs les soviets,
05:41c'est-à-dire il y a cette volonté de mentir,
05:45donc on se disait, dans quelle mesure est-ce qu'on peut
05:46donner l'impression de faire une concession au commun des mortels,
05:49de ne pas lui dire, vous n'avez pas vu ce que vous avez vu,
05:53et au même moment, de déconstruire les analyses,
05:56les rapports, les propositions, tout ce qui venait,
05:58pardonnez-moi, avec ce rapport.
06:01Moi, ce que je note, en fait, c'est que la gauche,
06:03une partie du centre, manifestement, ont espéré,
06:06jusqu'au dernier moment, ils ont espéré, en fait,
06:11donner un peu de poudre de perlimpinpin,
06:13comme disait le président de la République aux Français,
06:15en leur disant, regardez vos petites images,
06:17vous avez droit de les consommer, vos petites images des enfants,
06:20mais ensuite, ne nous dérangez plus avec ce rapport illégitime,
06:23et pourtant, ce rapport, aujourd'hui, existe, tout simplement.
06:27Ce rapport est central, et reste à voir ce qu'on en fera.
06:30J'espère qu'il ne sera pas, comme on dit, généralement,
06:32tabletté, c'est-à-dire laissé sur une tablette,
06:34placardisé, comme disent d'autres.
06:36Très bien, tirons une leçon de cette séquence politique,
06:40Mathieu Bocoté, ne faudrait-il pas davantage de rapports à l'oncle?
06:45Je vous citerai Che Guevara.
06:48Che Guevara dit, au moment de la guerre du Vietnam,
06:50il faut créer deux, trois, plusieurs Vietnams.
06:53Autrement dit, il fallait semer partout des foyers révolutionnaires.
06:56Eh bien, je dirais, il nous faut créer deux, trois,
06:58et même dix commissions à l'oncle.
07:00Pourquoi? Parce qu'il ne manque justement pas
07:02de forteresses installées aujourd'hui
07:04avec des privilèges privés
07:06qui détournent directement ou indirectement
07:09le bien public pour servir ses intérêts privés.
07:13En fait, il y a une forme d'État,
07:14j'ai dit un État profond culturel,
07:16il y a aussi une forme d'ancien régime
07:18caché dans la République aujourd'hui.
07:20Un ancien régime, c'est-à-dire une série de privilèges
07:22illégitimes institutionnalisés
07:24qui se réclament du bien commun,
07:26mais qui, en dernière instance, se dérobent
07:27à la critique de la raison démocratique.
07:29Allons plus loin.
07:30Imaginons l'équivalent d'une commission à l'oncle
07:32sur les différentes hautes autorités administratives
07:34de ci et de ça.
07:35Imaginons quelque chose comme une commission à l'oncle
07:38spécialement portée sur l'ARCOM.
07:39Je ne dirais pas qu'on ira jusque-là,
07:40mais ce serait intéressant de savoir comment ça fonctionne.
07:43Autrement dit, dans une époque
07:44qui ne cesse de parler de transparence,
07:47est-il possible d'appliquer un principe
07:49de transparence généralisée
07:51à l'ensemble des institutions
07:53dont l'existence repose
07:55sur la confiscation des ressources
07:57et des biens des Français,
07:58utilisées ensuite pour financer la technostructure?
08:00Est-il possible de faire tout ça?
08:01On nous dirait que la Cour des comptes,
08:03théoriquement, c'est son travail de tout examiner.
08:05N'est-il pas possible de faire une prochaine étape
08:06pour voir de quelle manière
08:07la kleptocratie est institutionnalisée?
08:09Et bien qu'elle aime se nommer
08:10bien commun et république,
08:11quelquefois, il faut nommer
08:12cette kleptocratie devant nous.
08:14C'était, je crois, le projet de Charles Aloncle.
08:16Sous-titrage Société Radio-Canada
08:18Sous-titrage Société Radio-Canada
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