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  • il y a 9 minutes
Dans son édito du 10/09/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Vous avez beaucoup souligné le mot « privé ». Est-ce que le fait que ce soit des mots privés
00:04ajoute une dimension particulière à ce sujet?
00:06Ah, je le crois. Il y existait autrefois, peut-être encore aujourd'hui, une distinction fondamentale entre le domaine privé
00:12et le domaine public.
00:14Le domaine privé, c'est par définition le domaine de la désinhibition. Le domaine public, c'est le domaine de
00:20la forme et des manières.
00:21Autrement dit, nous ne sommes jamais exactement les mêmes en privé et en public. L'essentiel est de ne pas
00:27être tout autre en privé et en public.
00:29On va y aller de manière très, très, très concrète. En privé, sur ce plateau, nous nous tutoyons. En public,
00:36nous nous vouvoyons.
00:37Tout simplement parce qu'il y a un respect des formes élémentaires qui fait en sorte qu'en société, nous
00:41respectons des usages et nous n'avons pas l'idée de nous comporter en public,
00:46donc devant le public, devant les centaines de milliers de personnes qui nous regardent. Nous n'avons pas l'idée
00:50de faire comme si nous étions dans notre salon.
00:53Vous me direz que c'est un détail, mais ce n'en est pas un. C'est un rappel élémentaire
00:56que le privé et le public, ce n'est pas la même chose.
00:58De la même manière, en privé, on peut se permettre des blagues salaces, des blagues quelquefois très grivoises, des blagues
01:05assez odieuses.
01:07Je ne pensais pas à Marc le disant, mais s'il insiste...
01:10Mais on peut se permettre ça. En public, on ne le fait pas.
01:13Mais en privé, il est possible. J'espère que dans la vie privée, on ne tient pas exactement dans le
01:18même discours qu'en public.
01:19Encore une fois, on ne veut pas dire le contraire, mais il y a une liberté lorsque nous sommes délivrés
01:23des caméras.
01:24De la même manière, je me souviens d'avoir une conversation avec une figure importante de la Macronie,
01:29et je précise que ce n'était pas notre invité d'hier. Je le précise tout de suite.
01:33Un ministre important de la Macronie qui m'avait dit, dans ma circonscription, la plupart des écoles sont grands remplacés.
01:38Ah, donc ils sont deux dans ce gouvernement. Quoi qu'il en soit, en public, il ne dirait pas la
01:42même chose.
01:42Voilà pourquoi je ne dirais pas son nom. Mais je m'en souviens. Je dis ça comme ça.
01:47Donc quoi qu'il en soit, le privé et le public, c'est autre chose.
01:49Autrement dit, nous avons tous des arrières-pensées. Nous avons tous des pensées particulières.
01:54Mais l'essentiel dans la vie, c'est que dans un monde normal, on n'est pas filmé en permanence.
01:59On n'est pas filmé en permanence. Moi, ce que je redoute, c'est un monde où on aurait une
02:02caméra connectée à temps plein
02:04sur notre inconscient, sur nos arrières-pensées, sur les mauvaises pensées qu'on peut avoir de temps en temps.
02:09Les pensées audiouses, ce n'est pas toujours beau ce qu'on dit en privé.
02:11Mais la projection d'une caméra en permanence sur notre intimité, ça met de l'avant des choses qu'on
02:16ne voudrait pas dire publiquement.
02:19Qu'on dit publiquement, ça n'excuse pas ces choses lorsqu'elles sont dites publiquement.
02:22Mais cela rappelle qu'une société sous le signe de la surveillance généralisée des pensées intimes confessées à son voisin.
02:27Mais sous caméra, c'est l'autre nom du totalitarisme.
02:30Revenons à la violence. Si elle prend moins de place que les propos de ce policier,
02:36c'est peut-être aussi parce que nous sommes habitués à cette violence.
02:39Et c'est exactement ça. Rien n'est plus banal aujourd'hui que la violence à grande échelle dans la
02:45société française.
02:46Nous avons accepté que certaines villes ne sont plus sûres, comment on dit comme ça,
02:51pour les Français dits de souche, qui apparemment n'existent pas, mais qui savent néanmoins où ne pas aller.
02:55Nous avons accepté que les transports ne sont plus sûrs pour les femmes.
02:59Nous avons accepté le caillassage des policiers et des pompiers.
03:02Nous avons accepté de voir régulièrement un adolescent tué par je ne sais quel au QTF de passage ou adolescente.
03:08Nous avons accepté, autrement dit, cette société.
03:11Et on ne dirige pas le contraire. On l'accepte.
03:13Parce que sinon, on trouverait le moyen de renverser la chose.
03:16Donc, c'est comme si on a accepté que cette insécurité généralisée
03:20est le prix à payer pour la diversité qui est une richesse.
03:25Alors, devant cela, qu'est-ce qu'on peut faire?
03:26On pourrait dire qu'on prend les moyens pour restaurer la situation, pour restaurer l'ordre.
03:31Ce n'est pas si simple que ça. On s'entend bien.
03:32C'est-à-dire, comment restaurer les conditions sociologiques et démographiques d'une société sécuritaire?
03:38Ça ne va pas de soi.
03:40Par ailleurs, on pourrait décider de modifier le système de justice
03:42pour faire en sorte que ceux qui sont attrapés ne risquent pas demain d'être relâchés,
03:47qu'une véritable sanction pour les voyous, quels qu'ils soient.
03:50Mais on ne le fait pas.
03:51On pourrait même décider de suspendre les libertés, non pas tous.
03:54Évidemment, moi, je n'aime pas la narcotyrannie.
03:56On ne suspend pas la liberté de tous, mais ceux qui sont vraiment des voyous, eux, en paient le prix.
04:00Ça, on ne le fait pas.
04:01Donc, on a décidé, tout simplement, d'être dans une société où on sanctionne plus sévèrement
04:06ceux qui pestent contre l'insécurité, ceux qui pestent contre la société qui se délite,
04:11que la société qui se délite réellement.
04:13Je le redis, les propos du policier en question étaient des propos odieux, sans le moindre doute,
04:17qui doivent être condamnés moralement, sans le moindre doute.
04:19Je trouve qu'on a oublié, par ailleurs, de condamner le lynchage d'Étienne, qui est mort hier.
04:24On a oublié son sort, parce qu'apparemment, il n'est pas mort en faisant suffisamment de bruit.
04:29Il fallait davantage condamner les propos odieux du policier en question
04:32que de noter la mort d'un jeune homme tabassé par un OQTF, mort deux semaines plus tard.
04:36C'était apparemment un événement qui ne méritait pas d'être mentionné dans la journée.
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