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  • il y a 4 semaines
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Télématin reçoit Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale du pôle Société d'Ipsos BVA.

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Transcription
00:00Bon, on revient en France à l'actualité d'hier.
00:02La journée a été agitée, vous le savez.
00:04Agents publics, pompiers, lycéens se sont mobilisés sur des revendications différentes
00:08dans un contexte de crise de pouvoir d'achat.
00:10Un mot a été beaucoup prononcé dans ces rassemblements.
00:20Là, c'est de la colère. De la colère, énormément de colère.
00:23Les gens n'en peuvent plus.
00:29Et cette colère que l'on voit s'exprimer dans la rue, vous l'avez mesurée.
00:33Adélaïde Zulfi-Karpazic, bonjour.
00:35Merci d'être avec nous ce matin.
00:36Vous êtes directrice du pôle société d'Ipsos BVA.
00:3930% des Français se disent en colère, selon une enquête, notamment de votre institut.
00:46Est-ce que c'est beaucoup ou est-ce que c'est la partie émergée de l'iceberg ?
00:51Alors, c'est beaucoup. Si on met en perspective un petit peu ce chiffre que vous avez cité,
00:55déjà, ce qui est très frappant aussi, c'est qu'en fait, c'est une question qu'on pose aux
00:58Français régulièrement
00:59pour leur demander quel est leur état d'esprit, quels sont les mots qui caractérisent le mieux leur état d
01:03'esprit.
01:03Et ce qui est très frappant, c'est que les deux tiers des Français, déjà, ne citent que des mots
01:08négatifs
01:08quand on leur demande de citer des mots. Donc là, c'est déjà très frappant.
01:11Et effectivement, parmi ces mots, vous avez la colère, vous avez aussi la révolte,
01:14qui viennent derrière l'inquiétude et l'incertitude, qui dominent quand même.
01:18Mais ce qui est frappant, effectivement, c'est l'évolution de cette colère et de cette révolte depuis cinq ans.
01:24La même enquête réalisée à l'automne 2021, donc exactement la même période avant l'élection présidentielle de 2022,
01:31on était à 16% de Français en colère. On est à 30% aujourd'hui, vous l'avez dit.
01:35Donc la colère a doublé dans le pays. Et par ailleurs, la révolte a progressé de dix points.
01:40Donc c'est beaucoup, oui. Et puis, c'est quelque chose qui est en forte croissance,
01:45qui vient à l'issue d'un quinquennat, qui montre qu'en fait, les Français ont le sentiment
01:49que nos dirigeants n'ont pas réussi à répondre à leurs besoins, à leurs aspirations.
01:55Et c'est ce qui conduit dans cette même enquête, Ipsos BVA, saisie comme ingénieur,
01:58les Français à nous dire qu'ils attendent très majoritairement cette surdite de cette élection,
02:02qu'elle apporte un vrai changement politique et social dans le pays.
02:07On va y venir. Un infirmier qui ne peut plus faire des kilomètres à cause du prix du carburant,
02:10une retraitée qui est trop juste tous les mois ou des lycéens qui bloquent leur établissement,
02:14est-ce que ce sont trois colères différentes ou trois visages d'une même colère ?
02:18Je dirais trois visages d'une même colère, effectivement, parce que ces colères,
02:21elles ont un dénominateur commun, elles ont des fondements communs.
02:24Si je me réfère toujours à cette même enquête que vous avez citée,
02:27on voit que les préoccupations, en tout cas les enjeux qui dominent très nettement
02:31l'esprit des Français quand on les projette dans la présidentielle,
02:34ce sont d'abord les sujets économiques et financiers au même niveau que les questions sociales.
02:39Donc c'est à la fois la question du pouvoir d'achat, c'est la question de l'état des
02:43finances publiques,
02:44le déficit de la France et les questions sociales qui arrivent au même niveau,
02:47loin devant les questions d'immigration, de sécurité.
02:50Donc il ne faut pas se tromper, les Français sont d'abord préoccupés par ces questions-là.
02:53Et le dénominateur commun, ce qui fait que ces colères,
02:56effectivement ce sont des colères qui ont un même visage,
02:58c'est la question du pouvoir d'achat en particulier, qui domine très nettement.
03:02Et là, je prends pour référence une enquête qu'on a réalisée,
03:06qu'on réalise régulièrement pour la tribune dimanche,
03:08et la dernière vague de ce baromètre est sortie il y a dix jours maintenant.
03:11On note un bond de la préoccupation pour le pouvoir d'achat
03:15qui est concomitante de cette hausse du prix des carburants notamment.
03:19Mais en fait, là aussi, ce qui est intéressant, c'est de voir
03:21comment cette préoccupation du pouvoir d'achat évolue dans la durée.
03:25Il faut avoir à l'esprit que c'est la priorité numéro un des Français
03:28depuis maintenant près de cinq ans.
03:30Elle s'est progressivement installée en tête des préoccupations,
03:33on va dire au début 2022, donc quasiment il y a cinq ans.
03:36C'était en même temps que la guerre en Ukraine,
03:38explosion des prix de l'énergie, des organisations logistiques
03:41qui a conduit aussi à une flambée des prix.
03:44Et puis progressivement, cette préoccupation s'est installée
03:47et elle est toujours là parce que là aussi encore,
03:50il n'y a pas eu de réponse.
03:50Et on voit que depuis quelques temps,
03:53elle a pris sept points sur la dernière vague.
03:56Et que ça continue de augmenter.
03:57Avec la hausse du prix du gaz demain,
03:58possiblement, ça va encore progresser.
04:01Hausse des prix du carburant, crise du pouvoir d'achat,
04:04vous allez me voir arriver, ça fait penser à autre chose,
04:06à la crise des gilets jaunes en 2018.
04:08Est-ce que le cocktail aujourd'hui est là ?
04:12Est-ce qu'il est présent pour réactiver ce type de mouvement ?
04:16Je dirais qu'il y a effectivement beaucoup d'ingrédients
04:18qui pourraient nous laisser penser qu'on va avoir
04:20un mouvement social de grande ampleur.
04:22Je l'ai dit, cette inquiétude qui se mue de plus en plus en colère
04:25chez une grande partie des Français.
04:27On a un sentiment aussi très partagé par les trois quarts des Français
04:31que la situation du pays ne va pas aller en s'améliorant,
04:33qu'elle va au contraire se détériorer.
04:35On a une crise de confiance très forte à l'égard du pouvoir politique
04:38et des politiques en général.
04:39D'ailleurs, pardon, qu'est-ce qui est plus dangereux pour une démocratie ?
04:42C'est que la colère soit forte aujourd'hui
04:45ou qu'il n'y ait pas d'espoir sur l'avenir ?
04:49J'aurais tendance à dire qu'il n'y ait pas d'espoir sur l'avenir
04:51parce que si cette colère peut être catalysée
04:53et que les Français se disent qu'il y a des réponses
04:55qui peuvent être apportées, ça peut se transformer
04:57en un mouvement positif.
04:58Mais c'est aussi là, je voulais en venir à ça,
05:00vous avez raison de le souligner,
05:01c'est que quand on questionne, je le disais les Français
05:03sur leur état d'esprit, ils nous disent qu'ils sont inquiets,
05:06ils nous disent qu'ils sont en colère et révoltés,
05:07mais entre l'inquiétude et la colère,
05:09le troisième sentiment qu'ils expriment, c'est la fatigue.
05:11Et cette fatigue, je ne sais pas à quoi elle peut conduire.
05:14Est-ce qu'elle va conduire les Français dans un contexte ?
05:16On a effectivement tous les ingrédients, je le disais,
05:19incertitude, colère, fatigue,
05:21sentiment que les choses vont se détériorer.
05:23On a aussi une déception très forte
05:25à l'égard de l'exécutif en place.
05:27Donc on a tous les éléments pour un cocktail explosif.
05:30En même temps, on est à six mois d'élection présidentielle.
05:32Est-ce que les Français un peu fatigués
05:34et qui ne croient plus du tout dans l'exécutif actuel,
05:37Emmanuel Macron a un record d'impopularité,
05:39le Premier ministre a perdu dix points aussi
05:41sur notre dernière vague d'enquête.
05:43Est-ce que les Français vont se dire
05:44que ça vaut le coup de leur mettre la pression
05:45alors qu'ils pensent qu'ils ne peuvent rien pour eux ?
05:48Ou est-ce qu'ils vont attendre l'échéance électorale
05:50et le prochain président, au contraire,
05:52peut-être profiter de la séquence
05:53pour mettre la pression sur les candidats ?
05:54Pour terminer sur un point et un chiffre positif,
05:5675% des Français s'intéressent à la présidentielle,
06:00ce qui veut peut-être dire quand même
06:02qu'il y a de l'espoir.
06:03Voilà, pas totalement du désenchantement.
06:05C'est ça.
06:05Merci à l'exécutif
06:07d'avoir été avec nous ce matin.
06:09C'est ça.

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