00:00Les appels au calme se multiplient ces dernières heures après la mort de Quentin.
00:03Le militant nationaliste de 23 ans a été mortellement lynché jeudi à Lyon
00:07en marge d'une conférence à la fac de l'eurodéputé insoumise Rima Hassan.
00:11L'étudiant était proche du collectif identitaire Némésis
00:14qui avait décidé de mener une action ce jour-là.
00:17Bonjour Dressa Etussef, merci d'être avec nous.
00:19Vous êtes docteur en droit public, spécialiste des questions de sécurité globale.
00:23Ce drame terrible a d'abord donné lieu à des échanges politiques parfois virulents,
00:28puis des condamnations assez unanimes de cette agression.
00:31On sent une urgence chez les politiques à faire redescendre la pression.
00:37Oui, je pense que c'est important d'autant plus que vous avez un contexte, c'est vrai, local
00:42et puis vous avez un contexte d'actualité, c'est-à-dire qu'on est en pleine campagne pour les
00:46élections municipales
00:46qui est quand même une des élections les plus importantes de notre pays
00:49avec, c'est vrai, des oppositions et qui souvent s'expriment dans la violence.
00:54Donc là, il y a plutôt urgence avec les organisations politiques à faire redescendre
00:58et à faire redescendre d'un cran pour que le débat d'opinion puisse s'exprimer.
01:02Les services de sécurité ont-ils identifié des risques de représailles ?
01:05Alors oui, Lyon c'est un contexte très particulier.
01:10Alors on va y venir justement, sur cette spécificité lyonnaise.
01:13Voilà, mais d'une manière générale, lorsqu'il y a une manifestation,
01:17c'est pas pour rien qu'on demande aux organisateurs de bien vouloir se déclarer auprès de la préfecture de
01:20police
01:21et ensuite la puissance publique joue son rôle, notamment en matière de renseignement,
01:25pour prévenir le cas échéant de troubles à l'ordre public.
01:28Et quand il n'y a pas de déclaration, c'est compliqué de protéger ces manifestations.
01:31Tout le monde doit pouvoir s'exprimer en démocratie, à la seule et unique condition qu'est une déclaration préalable.
01:36Raison pour laquelle il a été demandé au préfet aussi de renforcer la sécurité.
01:41Il y aura une surveillance particulière sur les manifestations à venir, on va l'évoquer dans quelques instants.
01:46Mais je disais, il y a une spécificité lyonnaise, cette ville, elle est devenue en quelque sorte un laboratoire de
01:53la violence politique,
01:54un terrain d'affrontement entre groupes radicaux, identitaires contre antifascistes.
02:00Est-ce qu'il y a un risque aujourd'hui, une crainte en tout cas d'amplification de ce phénomène,
02:04d'extension de ce phénomène ?
02:05Oui absolument, la violence politique ne date pas d'aujourd'hui, elle a toujours existé.
02:09On se souvient du GUD, groupe Union et Défense, qui a été mouvement étudiant d'extrême droite créé dans les
02:15années 70,
02:16c'est très actif dans les années 70 et 80, ça a toujours existé, n'en demeure pas moins qu
02:20'aujourd'hui on a...
02:21C'est de la récurrence, quand on lit le décret pris par le Président de la République en Conseil des
02:25ministres en juin,
02:26qui a prononcé la dissolution de la jeune garde, qui serait manifestement à l'origine de ce lynchage...
02:32Alors on attend la confirmation de l'enquête, c'est effectivement le ministre de l'Intérieur évoqué cette liste.
02:38On voit bien que c'est récurrent, c'est de plus en plus souvent.
02:41Avant on avait quelques altercations ici et là, maintenant c'est devenu très récurrent.
02:45Vous pouvez avoir des individus qui vont croiser, attabler un bar et c'est déjà arrivé,
02:49ils vont identifier deux individus appartenant à cette mouvance ultra-droite ou extrême droite,
02:54et ça va immédiatement déclencher une bagarre.
02:57Donc c'est cette récurrence qui pose un vrai problème aussi.
02:59Vous le disiez, on est à quelques semaines des élections municipales,
03:02les politiques étaient sur le terrain ce week-end, notamment sur les marchés.
03:05Il y a eu des débordements ? Je crois que le député Carl Olive a été agressé en marge d
03:09'un rassemblement ?
03:10Oui. Alors, encore une fois, on est dans un contexte très particulier,
03:14il ne faut pas non plus oublier qu'on a aussi une violence verbale qui s'exprime à l'Assemblée,
03:18et que par conséquent, vous avez aussi une forme de mimétisme des militants,
03:22qui vont aussi à un moment donné dupliquer cette violence verbale qu'on peut aussi voir à l'Assemblée sur
03:26le terrain.
03:27Donc les responsables politiques ont aussi une responsabilité de faire atterrir le débat
03:31pour que la démocratie, encore une fois, s'exprime au travers de l'expression des idées et des opinions
03:36plutôt que des actes violents.
03:37Mais quand je vous entends, on a quand même l'impression qu'il y a une colère sourde dans la
03:44société
03:44et qu'il pourrait y avoir une étincelle et que ça pourrait dégénérer assez rapidement.
03:51Alors c'est dans le contexte plus global de l'augmentation de la délinquance,
03:55et on regarde les derniers chiffres de la délinquance, la violence augmente dans notre pays.
03:59On sent qu'effectivement c'est une société qui est sous tension
04:01et qui pour une partie de la société s'exprime souvent par des actes violents.
04:05Et donc effectivement, sur le plan politique, on le voit aussi, et ça ne fait pas exception malheureusement.
04:10Si on revient aux jours qui viennent, aux semaines qui viennent,
04:12le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a indiqué qu'il souhaitait que les préfets renforcent la sécurité
04:17autour des rassemblements, des manifestations et notamment politiques.
04:21Ça veut dire quoi ? Ça veut dire des services de forces de l'ordre dédiés, renforcés ?
04:26Alors il y a un principe, c'est que le maintien de l'ordre revient à la puissance publique.
04:30C'est-à-dire que les organisations doivent avoir un service d'ordre,
04:33mais un service d'ordre, ce n'est pas là pour faire le coup de poing.
04:35C'est là pour encadrer la manifestation, c'est là pour prévenir le cas échéant des conflits.
04:40Donc prévenir, quand on parle des organisateurs, prévenir, c'est les forces de l'ordre.
04:44C'est pour ça qu'on demande une déclaration et un contact.
04:46Et puis ensuite, une activité de médiation.
04:48Quand il y a un conflit, on est dans la médiation, on ne fait pas le coup de poing.
04:51Donc c'est important de rappeler que le service d'ordre, il n'est pas là pour faire le coup
04:55de poing
04:56pour essayer de venger un militant qui a été molesté ou qui a été bousculé.
04:59Donc ça, c'est aussi important de le rappeler.
05:01Et sur les services de sécurité, par exemple, quand il était ministre de l'Intérieur,
05:04Gérald Darmanin avait mis en place des cellules de veille sur l'extrémisme violent.
05:07Est-ce qu'elles sont toujours en place ?
05:09Est-ce qu'il y a de la veille sur les réseaux sociaux, particulièrement en ce moment ?
05:13Alors non, c'est plutôt quelque chose qui est plutôt de l'ordre de l'organisation au niveau des préfectures
05:17pour essayer d'identifier des groupes plus quels, etc.
05:21Gérald Darmanin, comme son successeur, ont pris des initiatives visant justement à dissoudre des groupements.
05:26Mais ces groupements vont toujours se reconstituer.
05:28C'est pour ça qu'on appelle ça un groupement de fait.
05:30Donc c'est bien d'avoir ces cellules.
05:33C'est encore bien qu'effectivement, la classe politique se mobilise
05:36pour que le débat soit un débat politique, soit un débat apaisé.
05:40Parce qu'il n'y a qu'en démocratie, en tout cas en démocratie,
05:43il n'y a que le débat apaisé qui fera avancer les choses et certainement pas la violence.
05:47Merci beaucoup Driss et Joseph.
05:48Et on précise, on vous rappelle que le parquet de Lyon
05:50tiendra une conférence de presse à 15h autour de l'enquête après la mort de Quentin.
05:55Merci beaucoup.
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