00:04De plus en plus de femmes prennent la parole quant aux effets indésirables de certaines pilules contraceptives, on l'a
00:10dit.
00:11Pour certaines, ça les a même menées jusqu'au bloc opératoire Camille.
00:14Oui, c'est le cas de Clélie, que j'ai pu rencontrer via l'association Amavea.
00:18Alors pour Clélie, tout a basculé, si je peux dire, en fin d'année dernière, quand on lui prescrit la
00:24fameuse pilule Optimizette.
00:25C'est l'une des pilules concernées par le courrier envoyé par l'ANSM dont vous avez parlé.
00:30Le mois qui suit cette prise de pilule, elle est prise d'une violente crise d'épilepsie pendant une nuit.
00:36S'en suit ensuite de puissants maux de tête et un acouphène pulsatile récurrent pour lequel elle se fait prescrire
00:42une IRM, qu'elle va faire sans arrière-pensée.
00:46Mais quand le verdict tombe, elle en reste sans voix. D'ailleurs, elle en tremblait encore quand elle me le
00:51racontait.
00:51Il m'annonce, écoutez madame, vous avez un volume de méningiome, il faudrait aller voir un neurochirurgien en urgence.
01:00J'ai cru que tout s'écroulait autour de moi. J'ai été opérée pendant 9 heures. C'était une
01:07opération assez lourde.
01:09Aujourd'hui, j'ai toujours cette douleur qui vient. Ça vient, ça me fait souvent des décharges électriques qui arrivent.
01:16On m'a dit que c'était normal, entre guillemets. C'est le temps que tout reprenne place dans le
01:21cerveau parce que la tumeur prenait quand même une certaine place.
01:25Le temps que tout se remette en place, il y a les cheveux qui poussent et tout ça. Donc cette
01:29douleur permanente qui ne nous fait pas oublier.
01:31Aujourd'hui, j'ai 37 ans, j'ai l'impression d'en faire au moins 10, 15 de plus.
01:37C'est une fatigue morale, psychique, de l'anxiété. Parce que le méningiome n'a pas été retiré totalement.
01:45Il me reste un centimètre qui ne peut pas être opéré parce que c'est un endroit qui est difficilement
01:50opérable.
01:51Et que ça va être un suivi à vie avec probablement de la radiothérapie si le méningiome venait à grossir.
02:01Donc c'est des suivis d'IRM sur IRM tous les 6 mois environ.
02:04Les 9 heures d'opération, en fait, ce n'est pas rien. On ne les oublie pas.
02:07Et je pense que c'est des séquelles qui marquent à vie.
02:10Oui, donc aujourd'hui encore, Clélie garde beaucoup de séquelles de cette opération.
02:15Elle m'expliquait avoir pu bénéficier d'un arrêt maladie longue durée.
02:19Mais ça va être, comme elle le précisait, un suivi à vie avec des examens récurrents à faire.
02:24Une expérience qui a laissé des marques et surtout le préjudice moral, comme elle l'explique,
02:29de vivre avec le stress que ça recommence.
02:32Mais Clélie, en fait, elle m'expliquait surtout qu'elle garde en elle une colère,
02:35un sentiment de colère, car selon elle, elle n'aurait pas été suffisamment informée
02:40au moment où la pilule lui a été prescrite.
02:43J'ai senti comme une sorte de trahison, en fait, de la part de ces médecins,
02:48parce que le jour de cette consultation, le neurochirurgien a fait quand même le lien
02:54entre ces fameuses pilules et le méningiome, sachant que je n'ai aucune pathologie.
03:00Je n'ai aucun antécédent médical, clairement.
03:03Alors, j'avais pris cette pilule, on me l'avait prescrite aussi parce que j'avais de l'acné,
03:07qui n'était pas forcément importante.
03:09À l'heure d'aujourd'hui, j'aurais préféré avoir de l'acné.
03:13En fait, il suffit que ça soit même écrit sur un papier.
03:16Mais nous, en fait, on n'est pas des pharmacologues, on n'est pas censés connaître tous ces risques.
03:20Donc, c'est au devoir et à la responsabilité du prescripteur de faire son travail et d'informer les patients.
03:28J'aurais bien aimé savoir parce que si on me dit, votre pilule, telle pilule, elle provoque tel risque,
03:37au moins, on a le choix de savoir si on peut l'apprendre ou pas.
03:40Là, bon, on fait confiance, on l'apprend.
03:45Donc, à l'écoute de ce témoignage, Bertrand Rochambeau, si vous voulez répondre,
03:49est-ce que, oui, les femmes aujourd'hui sont-elles assez informées quant à la prise de la pilule contraceptive
03:55?
03:57Elle devrait l'être.
03:58C'est le travail du médecin.
04:00Et donc, c'est pour ça qu'il y a une contraception, c'est un médicament.
04:08Le témoignage que l'on vient d'entendre nous fait penser que cette jeune femme n'a pas été informée
04:15complètement.
04:15Et on peut comprendre sa colère.
04:20C'est le travail du médecin que de le faire et de faire un choix éclairé.
04:27Je rappelle que le désogestrel, mais aussi les autres progestatifs,
04:32augmente le risque d'une maladie qui peut arriver, indépendamment de ces médicaments.
04:38Après, ceci est démontré pour une prescription et donc une prise de plus d'un an, donc au long cours.
04:46Dans le cas que vous nous avez cité, j'ai cru comprendre qu'on venait de le lui prescrire
04:52et rapidement sont apparus les symptômes.
04:55C'est qu'en fait, il était déjà là.
05:00Et donc là, ce n'est pas le médicament qui est en cause.
05:05Et il se trouve que les symptômes sont apparus rapidement.
05:10Et donc, on a compris que c'est un gros méningiome, donc il n'a pas poussé en 15 jours.
05:17Non, elle l'avait et il n'y avait pas de symptômes.
05:21C'est-à-dire que ça a joué comme un accélérateur finalement ?
05:24Cela peut être le cas, mais ce n'est pas ce qui est démontré.
05:27Ce que dit l'ANSM, c'est qu'on voit apparaître plus de méningiomes
05:31chez des patientes qui prennent pendant longtemps.
05:35C'est la prise au long cours.
05:38Donc là, il y a peut-être une confusion dans le cas précis.
05:42Voilà ce qu'on peut dire dans votre observation.
05:45Merci beaucoup. Merci Camille pour cette chronique.
05:48Merci Bertrand de Rochambeau, gynécologue obstétricien et président
05:51du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France.
05:55Merci à vous Caroline Moreau, depuis les Etats-Unis,
05:58chercheuse à l'Inserm et professeure à l'université John Hopkins.
06:03On passe tout de suite à la pépite santé.
06:05Merci.
06:05Merci.