00:00Sommes-nous à la veille d'un retour des gilets jaunes ?
00:02Guillaume Roubocouachi, vous êtes toujours avec nous, vous êtes historien dans la vraie vie j'allais dire
00:07et porte-parole du parti communiste français du PCF.
00:10Quand on regarde les chiffres ce matin, 2,31 euros en moyenne le litre de gasoil,
00:142,12 euros pour le sans-plomb, vous appelez, comme Fabien Roussel,
00:17les Français à se mobiliser à descendre dans la rue ?
00:21Parce que qu'est-ce qu'on fait ? On constate tous les jours, nous les communistes comme tout le
00:24monde,
00:24que les prix atteignent des niveaux qui sont invraisemblables,
00:27ça coûte extrêmement cher, c'est très dur pour tout le monde, ça a des effets immédiats,
00:31dans un contexte où en plus on n'est pas dans un moment où le pouvoir d'achat des Français
00:34s'envole,
00:35donc c'est particulièrement dur. Qu'est-ce qu'on fait ?
00:37Est-ce qu'on attend passivement que le gouvernement fasse quelque chose ?
00:40Il ne fait rien, pour l'instant les seuls cadeaux qu'il sait faire,
00:42c'est des cadeaux pour les plus riches, c'est ce qu'il fait depuis 10 ans.
00:44Non, il faut donc qu'on se mobilise, on y va, et nous on appelle,
00:47on a vu des Français qui a appelé à se mobiliser en octobre, très bien, on va soutenir ça,
00:50et nous d'ores et déjà, dès maintenant, on dit, allez-y, mobilisez-vous, organisez-vous.
00:54Allez-y, descendez, on vous accompagnera, c'est-à-dire quoi ?
00:57Il faut accompagner ce qui pourrait être de l'ordre d'un mouvement,
01:01au départ spontané, assez vite politique ?
01:03Mais nous, on n'est pas les Gilets jaunes, simplement ce qui se passe,
01:05c'est que s'il y a des Français et des Françaises qui se disent,
01:07ce qui se passe en ce moment est inadmissible, et nous, nous le pensons,
01:10et nous voulons agir pour que les choses changent,
01:12parce que nous savons que si nous ne faisons rien,
01:14ce n'est pas Sébastien Lecornu qui va changer les choses,
01:16et bien nous disons, vous avez raison,
01:18donc organisez-vous avec nous, sans nous, le plus possible.
01:21Est-ce que vous pensez que les conditions sont tant que ça réunies
01:23d'une vraie crise de colère sociale ?
01:26Je regardais les trois derniers grands mouvements qu'on a connus en France,
01:30qui étaient mai 68, la réforme Juppé de 95,
01:34et puis les Gilets jaunes en 2018.
01:35Il y a deux constantes qui m'ont frappé,
01:37c'est qu'un, à chaque fois, il y avait une colère contre laquelle se focaliser,
01:41c'était l'acharnement du gouvernement contre les automobilistes en 2018,
01:44c'était la réforme Juppé de 95,
01:45là c'est un choc, le gouvernement français n'est pas responsable.
01:47Et puis surtout, toutes ces grandes crises...
01:49Il n'est pas responsable...
01:50Non, je veux dire, le choc pétrolier...
01:52Non mais attendez !
01:53Le plus important, c'est qu'à chaque fois,
01:55ces mouvements ont lieu dans des périodes où l'économie va plutôt bien,
01:58où le chômage baisse, où la croissance est là.
02:00En gros, quand la colère l'emporte sur la peur.
02:02Aujourd'hui, on n'a vraiment que l'impression que la peur l'emporte sur la colère.
02:06En tout cas, ce qui est certain, vous voyez que le gouvernement n'y est pour rien,
02:08mais dans le prix du pétrole, vous savez très bien comment il est décomposé,
02:10vous savez très bien que, par exemple...
02:12Mais enfin, quand même !
02:13Donc ne disons pas, l'État n'y peut rien, le gouvernement n'y peut rien,
02:16c'est simplement les décisions invraisemblables de Donald Trump
02:19qui ont des effets sur le monde.
02:20Bien sûr que ça compte, et c'est ce qui génère
02:22des plus-values invraisemblables,
02:23des profits invraisemblables de la part de Total,
02:26par exemple, qui fait 12 milliards en un semestre.
02:29Vous voyez, 2 milliards par mois de la part de Total,
02:31et après, on n'en voit pas la couleur de ce point de vue-là.
02:33Donc non, bien sûr qu'il y a des responsabilités de l'État,
02:35et nous, nous appelons, par exemple, en matière fiscale,
02:37à des gestes forts, parce que ça correspond à des urgences,
02:40à des besoins populaires qu'on ne peut pas changer.
02:42Baisse des taxes ?
02:43Mais bien sûr, par exemple, sur la TVA, elle est à 20%.
02:46Ça représente 10, 15, 20 centimes, peut-être, sur le prix d'un litre.
02:49Bien sûr qu'il faut faire passer la TVA de 20 à 5.
02:52Et puis, vous savez qu'ils ont créé les certificats,
02:55comment dire, qui ont été mis en place...
02:57Certificats d'économie d'énergie,
02:58qui ont été mis en place, en réalité, très récemment,
03:01qui représentent à peu près 15 centimes par litre,
03:04et qui constituent une forme d'engagement,
03:07d'investissement sur la transition énergétique.
03:10Alors, évidemment que nous, on est pour la transition énergétique,
03:12on pourrait en parler, on a peu de temps,
03:13mais en tout cas, là, dans l'urgence, dans l'immédiat,
03:16quels que soient les éléments...
03:17Mais pas tout de suite, mais on surpose.
03:17Non, mais rien sur pause, simplement, en l'occurrence,
03:19sur la question du prix du pétrole,
03:21c'est pas comme ça, c'est pas en allant taxer les automobilistes
03:24qu'on va construire les éléments nécessaires
03:26pour la transition écologique.
03:27Donc, par exemple, là, vous avez vu,
03:2920 centimes, 15 centimes, ça fait 35 centimes.
03:31Il y a des mesures qui sont importantes.
03:33Et puis, une dernière chose,
03:34vous connaissez sans doute la situation
03:35dans les pays d'outre-mer,
03:37dans les départements et régions d'outre-mer.
03:38Vous savez très bien ce qu'il en est.
03:40Il y a une inégalité très forte.
03:42Il y a beaucoup de choses qui subissent,
03:43dont on ne parle pas assez souvent,
03:44mais sur un point, qui est celui du prix du carburant.
03:46Vous savez que là-bas,
03:47eh bien, le prix du carburant n'est pas le même.
03:49Pourquoi ? Parce que les taxes, comment dire,
03:51qui pèsent là-bas sont bien intérieures.
03:53Donc, si on peut le faire là-bas,
03:54on peut le faire en métropole.
03:55Vous avez tout dit.
03:55Guillaume Roubaucouachi, vous restez avec nous.
03:57Je rappelle que vous êtes historien et porte-parole du PCF.
04:05Baptiste, qui nous appelle du GAR et qui est ingénieur,
04:08est-ce que vous seriez prévus à descendre dans la rue
04:11ou est-ce que vous vous dites,
04:11en tout cas, il faut que l'État baisse les taxes ?
04:14Au minimum, vous entendiez à l'instant,
04:16on pourrait baisser la TVA,
04:17baisser les certificats d'énergie.
04:19On trouverait déjà 35 centimes par litre.
04:22Alors, pour votre première question,
04:24non, je pense qu'il ne faut pas aller dans la rue.
04:26Mais je suis tout à fait pour les manifestations,
04:28pour baisser le prix du carburant.
04:31Pour moi, aller dans la rue,
04:32bloquer les ronds-points, etc.,
04:33ça ne sera pas efficace pour la simple et bonne raison
04:36que le mouvement, il va s'estomper,
04:39l'opinion publique, il va se diviser
04:41et au final, il ne se passera rien.
04:43Pour moi, ce qu'il faut,
04:44c'est avoir un moyen de pression efficace
04:46et pour moi, c'est la TVA.
04:48C'est dire au gouvernement,
04:49voilà, si vous ne faites rien,
04:51on paye tout en liquide
04:53et vous allez perdre beaucoup plus
04:55que ce que vous gagnez avec le carburant.
04:57Et pour votre deuxième question,
04:59non, pour les 35 centimes,
05:00je pense que ce n'est pas suffisant.
05:01Pour moi, il faut supprimer,
05:03et pour tout le monde,
05:05sans catégorie de salaire,
05:06sans rien,
05:07il faut supprimer la TICPE.
05:09C'est 70 centimes de litres d'essence.
05:11Et pour moi, le vrai débat,
05:13ça serait, le carburant,
05:14aujourd'hui, en fait,
05:15c'est un produit de première nécessité.
05:16Les gens, ils en ont besoin
05:17pour amener leur enfant à l'école.
05:18Donc, une TVA pour les produits
05:21de première nécessité,
05:22c'est-à-dire 5%, quoi.
05:24Alors, il y a deux débats.
05:25Est-ce que même,
05:26on ne devrait pas avoir une TVA à 5% ?
05:28Ça, ça serait une vraie question.
05:29Mais en plus de ça,
05:30il faudrait supprimer la TICPE.
05:33Et des fois,
05:35j'aime beaucoup votre économiste
05:36dans votre émission.
05:37Emmanuel.
05:38Bonjour.
05:39Emmanuel, oui.
05:40Il vous écoute.
05:42Justement,
05:42qui est une très bonne analyse.
05:45Mais des fois,
05:46on entend souvent,
05:47oui, mais si on supprime des taxes
05:49sur les carburants,
05:50l'État va perdre
05:51des milliards et des milliards d'euros.
05:53Mais s'il y avait une taxe,
05:55imaginons une taxe
05:56qui date des années,
05:57il y a 50 ans, 100 ans,
05:59qui soit aujourd'hui,
06:00j'en sais rien,
06:00on va dire hyper misogyne,
06:03hyper raciste,
06:04enfin, un truc vraiment immonde.
06:05Et on dit aujourd'hui,
06:06oui, mais vous comprenez,
06:07on ne peut pas le supprimer
06:08parce que ça rapporte des milliards.
06:09Aujourd'hui, en 2020,
06:10on n'aurait pas ce débat-là.
06:12On dirait, non, mais c'est en vrai,
06:12il faut...
06:13Ce que vous voulez dire,
06:15c'est qu'il y a des moments
06:15où il y a des choses plus importantes
06:17que la question de l'économie
06:19ou de faire des économies.
06:20Et dans ces cas-là,
06:21on n'hésite pas à les enlever.
06:22Il faut faire,
06:23il faut appliquer la même chose.
06:24C'est-à-dire que, pour vous,
06:25c'est d'un autre temps,
06:26en quelque sorte,
06:27cette taxe sur le carburant.
06:31Baptiste, je voudrais que notre invité
06:33puisse répondre.
06:34Vous avez entendu cette idée aussi
06:35de faire une sorte de grève à la TVA ?
06:37Oui, alors, vous savez,
06:40à priori,
06:40je ne suis pas forcément favorable
06:42à cette idée,
06:42mais par contre,
06:43je partage le questionnement
06:44de l'auditeur.
06:44C'est-à-dire qu'il se pose la question
06:46comment être efficace.
06:47On se pose tous cette question
06:48avec ce gouvernement
06:49qui est sourd à tout.
06:50On vote, on manifeste,
06:51on fait la grève,
06:52on fait des bons points,
06:53on a l'impression
06:53que rien ne bouge.
06:54Mais nuançons un peu ça
06:55parce que, quand on écoute,
06:57par exemple,
06:57sur la question des retraites,
06:58les volontés du gouvernement,
07:00de M. Philippe hier,
07:01ou alors, par exemple,
07:02du haut commissaire au plan,
07:04qui nous disent
07:04qu'il faut aller vers 70 ans,
07:06on voit bien
07:06que c'est parce qu'il y a eu
07:07une mobilisation très forte
07:08qu'ils n'ont pas osé
07:09aller si loin.
07:10Donc, aujourd'hui,
07:11je pense qu'avec ce gouvernement,
07:13il faut savoir taper
07:13sur tous les clous
07:14en même temps.
07:15Vous dites beaucoup de mal
07:16du gouvernement
07:16et très bien,
07:17j'ai entendu l'appel
07:18de Fabien Roussel.
07:18Vous vous rendez compte
07:19que votre leader,
07:20c'est l'homme de gauche
07:21le plus populaire à droite.
07:23Et à gauche,
07:24et à gauche.
07:24Laissez-moi terminer.
07:25C'est l'homme le populaire à droite.
07:26Le PCF est globalement
07:28sorti de l'histoire
07:29de tous les mouvements sociaux
07:30de ces 15 dernières années.
07:31C'est un peu triste d'ailleurs
07:36avec Mélenchon
07:37que vous avez été dépassé
07:38par toutes les nouvelles
07:39luttes sociétales
07:40et qu'en fait,
07:41vous n'avez plus de réponses
07:43justement et plus de propos
07:44pour accompagner
07:44ces révoltes sociales.
07:46Est-ce qu'il n'y a pas
07:46un peu de vérité là-dedans ?
07:48Vous sortez un peu de l'histoire.
07:50Alors, moi,
07:50je ne parle pas comme historien ici.
07:51Je ne mélange pas les choses.
07:53Mais là, je te parle
07:53aux militants, naturalement.
07:54Mais là, en l'occurrence,
07:55non, je le précise.
07:57Non, non, mais soyons très clairs
07:58sur cette question-là.
07:59Je ne crois pas du tout
07:59que le Parti communiste a disparu.
08:01Il est très présent.
08:01Prenons la question
08:02des municipales.
08:03On sort d'élections ici.
08:04Est-ce qu'il y a le plus
08:06de maires communistes
08:07ou insoumis dans ce pays ?
08:08Par exemple,
08:09sur cette question,
08:09répondez-moi.
08:10Vous savez la réponse ?
08:11Ce n'est même pas comparable.
08:13On est d'accord.
08:13Il y a un maillage territorial
08:14qui reste important.
08:15Deuxièmement,
08:15il y a un produit militant,
08:15par exemple.
08:16Vous savez,
08:16grâce à l'administration fiscale,
08:17quand vous cotisez
08:18à un parti politique,
08:19on sait à quel parti
08:21vous cotisez.
08:21Vous regarderez les chiffres
08:22et vous verrez que,
08:24du côté du Parti communiste,
08:25il y a un maillage territorial
08:26qui est très passif.
08:27C'est une réalité.
08:28Donc,
08:28on n'est pas morts,
08:28même si peut-être
08:29qu'on ne vous invite pas souvent.
08:30Mais en l'occurrence,
08:31on est là
08:31et on est prêt à se mobiliser.
08:32Et on vous a invité ce matin.
08:33Merci Guillaume Roubo-Kouachi,
08:35porte-parole du Parti communiste français.
08:37Et merci à Baptiste.
08:38Baptiste,
08:39c'est la première fois
08:39que je vous accueille
08:39sur l'antenne DRMC, non ?
08:41Oui, c'est la première fois.
08:42Merci beaucoup.
08:43Je suis ravi de passer à l'antenne.
08:44Eh bien,
08:45revenez quand vous voulez,
08:45Baptiste qui nous appelait du garde.
08:47On n'a pas fini cette discussion, Baptiste.
08:49Et Emmanuel,
08:49il est prêt à continuer à en débattre.
Commentaires