00:01RMC, le choix de la rédaction.
00:03Bonjour Sébastien Krebs.
00:04Bonjour Élise.
00:06Chef du service politique d'RMC, on est à 219 jours du premier tour de la présidentielle.
00:11Il y a beaucoup de candidats en campagne et le nerf de la guerre en cette période, c'est l
00:15'argent.
00:16Nous, on paye des planches de charcuterie pour tout le monde, une vingtaine.
00:20Après les boissons, c'est chacun qui prend sa boisson et qui paye sa boisson.
00:24Généreux mais pas trop.
00:25Il fait attention, il fait attention.
00:26Parce qu'il en faut beaucoup de l'argent pour parcourir la France, pour parler au français, pour imprimer des
00:30tracts, des affiches
00:31et surtout organiser des meetings, payer des planches apéro justement.
00:35Alors on en est où ?
00:36La formule bistrot, c'est sans doute la formule du meeting qui coûte la moins chère.
00:39C'est vrai.
00:40Si on paye des tournées à tout le monde à travers la France, ça va commencer à chiffrer où en
00:44sont les candidats.
00:45Le constat, c'est qu'encore aujourd'hui Sébastien, certains sont toujours en grande difficulté.
00:49Oui, et il y a un parti où c'est un peu le grand classique, c'est le RN qui
00:53à chaque campagne
00:53ne trouve pas de banque française pour lui prêter de l'argent.
00:56Vous vous souvenez en 2017, Marine Le Pen qui était obligée d'aller en Russie.
01:00En 2022, elle avait emprunté dans une banque hongroise.
01:03Et cette année encore, le RN dit essuyer des refus.
01:06D'où l'appel il y a quelques jours sur BFM TV de Jordan Bardella.
01:09Il serait profondément inquiétant pour le fonctionnement de la démocratie française
01:12que le mouvement politique est aujourd'hui donné en tête dans tous les sondages
01:16et gagnant dans toutes les intentions de vote dans une grande démocratie comme la France
01:19ne puisse pas trouver de financement en France ou en Europe.
01:21Donc nous continuons à chercher et j'appelle aussi les tenants du système bancaire à la responsabilité.
01:27Alors Sébastien, une campagne présidentielle, combien ça coûte ?
01:30Alors ça coûte cher mais ce n'est pas illimité parce que la loi fixe des plafonds très stricts.
01:3416,8 millions d'euros pour chaque candidat qui sera présent au premier tour
01:38et jusqu'à 22,5 millions pour les deux qualifiés au second tour.
01:42Et les compteurs ont déjà commencé à tourner.
01:43Ça inclut toutes les dépenses de campagne, location du QG, salarié,
01:47l'impression des tracts et des affiches, les déplacements.
01:49Et bien sûr le gros point c'est les meetings, tout doit être censé vérifier par la commission des comptes
01:54de campagne.
01:55Et le point important c'est que l'État rembourse les candidats a posteriori,
01:59quasiment la moitié de ces plafonds mais uniquement pour les candidats qui dépasseront le seuil des 5%.
02:04Mais le compteur est déjà enclenché ?
02:05Le compteur est déjà enclenché pour tous les candidats qui font campagne.
02:09Et alors les autres candidats, Sébastien, ils galèrent aussi ou pas ?
02:11Alors selon nos infos c'est tout aussi compliqué par exemple pour Bruno Retailleau
02:15dont l'entourage nous décrit des banques très frileuses.
02:17Il faut dire que LR en 2022 n'a pas dépassé cette fameuse barre des 5%.
02:21Valérie Pécresse, 4,7% n'avait pas été remboursée.
02:24Elle avait même dû lancer un appel au don.
02:26Donc c'est aussi ce que regardent les banques.
02:28Le PS s'était lui aussi retrouvé dans la même situation avec Anne Hidalgo.
02:31Du coup le parti a mis de l'argent de côté et ne se dit pas particulièrement inquiet à ce
02:36stade.
02:36L'équipe de Jean-Luc Mélenchon non plus, qui mise évidemment sur les bons sondages du candidat aujourd'hui.
02:42Si je vous suis aujourd'hui un banquier, il va plus facilement suivre Jean-Luc Mélenchon que le PS.
02:47À son papier il a plus de chances de faire les 5%.
02:49Et dans le bloc central ?
02:50Le plus confortable c'est clairement celui qui paye les planches de charcuterie, c'est Gabriel Attal.
02:55Gabriel Attal il est assis sur un très beau trésor.
02:5820 millions d'euros issus de la vente il y a quelques temps du siège de Renaissance.
03:02Donc il n'aura même pas forcément besoin d'aller chercher un emprunt.
03:06En fait le seul qui a confirmé avoir l'accord d'une banque française c'est Edouard Philippe pour un
03:10prêt de 10 millions d'euros.
03:11Mais toutes les équipes de campagne nous décrivent aujourd'hui des banques particulièrement prudentes et plus prudentes qu'avant.
03:17Et alors qu'est-ce qu'elles disent les banques ?
03:18Elles mettent en avant les risques.
03:20Il y a le risque financier, on l'a dit, Pécresse, Hidalgo, le risque de ne pas être remboursé par
03:24l'Etat.
03:25Être le candidat d'un grand parti ne garantit plus de faire les 5%.
03:29Certaines banques exigent donc plusieurs sondages au-delà des 10% avant de se décider.
03:34Et le RN est pourtant au-dessus de cette barre-là.
03:37Mais là les banques voient plutôt le risque en termes de réputation.
03:40Alors il y a celles qui ne veulent pas du tout se mêler de politique.
03:42D'autres qui ne prêtent qu'à leurs clients.
03:44Ça peut aussi parfois être un objectif non avoué de ne pas financer l'extrême droite de peur de perdre
03:49des clients.
03:50Et la promesse, parce qu'il faut s'en souvenir, c'était il y a 10 ans, la promesse d
03:53'une banque de la démocratie.
03:55On en est où ?
03:55Alors ça c'était l'idée de François Bayrou qui avait été reprise par Emmanuel Macron dans son programme en
04:012017.
04:01Donc il y a 10 ans, cet été le gouvernement a réuni les banques françaises pour les pousser collectivement à
04:09financer les candidats.
04:11Il avait même ouvert la porte à une garantie de l'Etat sur tous les prêts.
04:14Mais depuis absolument rien ne semble avoir avancé.
04:17C'est pourtant aussi quand même un sujet de souveraineté parce qu'il s'agit aussi d'éviter que les
04:21financements viennent de banques étrangères
04:24et que donc des intérêts étrangers viennent se mêler de notre campagne.
04:26Oui, c'était ce qui était arrivé d'ailleurs.
04:27On en parlait beaucoup parce que le Rassemblement National allait se financer en Russie.
04:31Oui, il avait du coup des dettes avec la Russie.
04:33Avec la Russie précisément.
04:34Non, il faut faire comme Donald Trump, engager les dépenses après.
04:37Il a promis 5000 dollars, si il gagnait les élections, ce sera avec les caisses de l'Etat.
04:41Je ne sais pas comment marchent les Américains là-dessus.
04:43Moins de limites, ça c'est sûr.
04:44Il n'y a pas de limites.
04:44Il n'y a pas de limites et les entreprises peuvent financer aux Etats-Unis, ce qui n'est pas
04:47le cas en France.
04:49C'est quand même réglementé et protégé.
04:50Merci Sébastien Kreps, chef du service politique d'RMC.
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