- il y a 22 minutes
Judith Beller reçoit Gilles Martin-Chauffier , écrivain, grand reporter et ancien rédacteur en chef de Paris Match, auteur de Nazanine. et Roï Hendel, fondateur de Shira, marque et épicerie spécialisée dans les épices.
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PersonnesTranscription
00:01Sud Radio, c'est excellent, Judith Bélair.
00:04Bonsoir les amis de Sud Radio.
00:05Une heure pour s'inspirer, vibrer, rencontrer des personnalités incarnées.
00:09C'est parti, c'est excellent.
00:10Ce soir pour vous, on part en voyage avec mes deux invités au cœur du Moyen-Orient.
00:14Vous allez vite savoir pourquoi.
00:16Ancien rédacteur en chef de Paris Match, il connaît bien les coulisses de la presse et du pouvoir.
00:20Auteur récompensé par les prix interalliés, notamment Renaud Do aussi, de l'essai.
00:24Gilles Martin Chauffier est sur ce plateau avec nous ce soir.
00:27Bienvenue Gilles.
00:27Bonjour.
00:28Bonjour.
00:29Vous nous venez avec votre roman Nazanin, c'est à sortir le 16 septembre prochain chez Albain Michel.
00:33C'est un livre passionnant d'ailleurs sur la révolution, notamment islamique d'Iran en 1978.
00:37Je dois avouer que ça résonne tout particulièrement aujourd'hui.
00:40Je le recommande, bien évidemment.
00:42Il a parcouru le monde à la recherche des meilleures épices, rencontré des centaines de producteurs,
00:46sélectionné chaque produit au goût, mais surtout au cœur.
00:50Roy Handel est le fondateur de Shira.
00:52Bonsoir Roy, bienvenue.
00:54Approchez-vous du micro pour parler de vous-même, sinon on ne vous entendra pas Roy.
00:57Vous ouvrez votre première épicerie au marché Saint-Martin à Paris.
01:00Vous y réunissez vos épices bio ou sauvages, vos produits coup de cœur.
01:03Votre cuisine méditerranéenne à emporter.
01:05C'est un grand bonheur pour nos papilles, a priori ?
01:06J'espère bien.
01:07Il va s'en dire.
01:09C'est parti, chers auditrices et auditeurs de Sud Radio.
01:11Bienvenue chez vous.
01:15Alors, Gilles Martin-Chauffier Nazanin, c'est à sortir le 16 septembre prochain chez Elbin Michel.
01:20Moi, je l'ai lu avec gourmandise, je dois dire, ce livre.
01:24Je fais un petit pitch comme ça, ça vous va ?
01:26Ah oui, volontiers ?
01:27En 1978, votre personnage principal, Paul, c'est un jeune journaliste parisien qui rencontre
01:32Xerxes, c'est un étudiant iranien qui, lui, est très critique envers les intellectuels français.
01:37Il lui présente sa sœur Nazanin.
01:39C'est une étudiante en stylisme dont Paul tombe immédiatement amoureux.
01:43Mais la révolution iranienne va venir, enfin islamique en l'occurrence,
01:45va venir bouleverser leur relation.
01:49Nazanin, elle est inquiète pour son père.
01:51Donc, elle repart à Téhéran.
01:53Lui, Paul, il part à sa recherche, au cœur de la révolution, justement.
01:56Est-ce que ça vous va à peu près ?
01:58Grosso modo, c'est ça.
01:59C'est les grands traits, quoi.
02:01C'est une histoire d'amour fou, au premier coup d'œil,
02:05qui va être saccagée, enfin, blessée, malmenée par la grande histoire.
02:10C'est-à-dire que, lui, elle, elle est très vieille.
02:16Dans ce couple, lui, il a de l'eau déviante qui coule.
02:19C'est un garçon du 16e, il est étudiant, il est beau garçon,
02:22il travaille dans un journal, il a vieille belle, il va au palace,
02:26il fait d'une fille à une autre, etc.
02:27Elle, elle, c'est pas de l'eau déviante, c'est de l'eau de vie qui lui coule dans
02:31les veines.
02:31C'est de la lave.
02:32Elle est explosive, donc elle tombe très amoureuse de lui.
02:35Au début, c'est le rêve.
02:37Ils ont une espèce de parenthèse enchantée, quoi.
02:39Avec simplement le frère qui lui dit, qui lui dit à Nazanin,
02:43ce type, tu as un journal, ces intérêts aux français sont absolument débiles,
02:47ils comprennent rien, ils prennent tout à la légère.
02:50S'il y a une révolution en Iran, pour eux, ça n'a aucune importance,
02:52c'est juste un titre, c'est quelques collines, c'est une nouvelle.
02:55Ils vont en parler au palace, etc.
02:57Donc, méfie-toi.
02:58Et elle, effectivement, il va y avoir, Nazanin va ficher en l'air d'une certaine manière
03:07la carrière de son mari, de Paul, qui n'est pas son mari, mais de son amoureux.
03:12Elle va aller au journal, elle va affronter Michel Foucault,
03:15il va y avoir des scènes pittoresques et brutales.
03:19Elle va faire un scandale à Orly quand elle revient d'un voyage
03:24où sont partis des tas de journalistes féminines, de rédactrices en chef,
03:28d'intellectuelles parisiennes pour rencontrer l'Aïatola Roménie.
03:32Et tout ça, quand elle arrive à Orly,
03:34toutes ces dames veulent parler de façon très sérieuse,
03:37et elle, elle explose.
03:39Et c'est les rapports en permanence entre...
03:42Entre la petite et la grande histoire.
03:44Une fille très vivante et un garçon qui, à côté d'elle,
03:47elle est un peu décaféinée, mais qui a beaucoup de charme.
03:49Oui, mais qui est quand même loin d'être décaféinée, quand même.
03:54Juste, effectivement, parler de Michel Foucault,
03:55il voyait en Roménie, lui, un saint homme exilé à Paris.
03:57Parce qu'il faut rappeler que Roménie, il a été accueilli ici.
04:02Entre 1978 et 1979, la France a accueilli l'Aïatola
04:05et elle a contribué activement au renversement du chat aussi, de l'époque.
04:10Il y a deux choses.
04:12La façon dont on a accueilli Roménie,
04:14les intellectuels parisiens, en particulier Michel Foucault,
04:17en particulier la gauche, les gens de Vincennes, etc.
04:23ils avaient toujours l'idée de déconstruire la société occidentale européenne.
04:27Pendant des années et des années, ça avait été le rêve communiste.
04:30Et puis il y a eu le Vietnam, et puis il y avait eu récemment le Cambodge.
04:34Donc, abattre la société capitaliste en faisant rêver sur ce qui se passait au Vietnam,
04:40où il y avait des boat people qui arrivaient tous les jours sur les côtes,
04:42et ce qui se passait au Cambodge, ça ne marchait plus.
04:45Et là, ils se sont dit, merveilleux !
04:47On a une révolution qui veut abattre le marché,
04:49une révolution qui s'écrit au passé,
04:51on n'a plus des slogans, on a des sourates et des prières,
04:54on n'a plus des manifestants, on a des prêtres.
04:56C'est le rêve !
04:57Et donc, Michel Foucault, qui était un véritable génie,
04:59qui était capable de parler dans tous les sens,
05:02sans contraire, de jeter des passes.
05:04Oui, qui retournait sa veste toujours du bon côté, on peut le dire comme ça.
05:07Qui vous la faisait à l'envers, on ne comprenait rien,
05:09c'était tellement intelligent, il y avait tellement de citations,
05:11tellement de références qui arrivent dans le discours,
05:13qu'on était noyés.
05:14Il vous expliquait que c'était tout ça lié,
05:16était lié à Joachim de l'aide, à Joachim de Flore.
05:22Il reliait tout ça à un contexte historique qui échappait à tout le monde,
05:26et il en arrivait finalement à défendre pur et simplement
05:29l'arrivée de l'Ayatollah au pouvoir.
05:31Cela dit, la France, ce n'est pas elle qui a pris l'initiative de faire venir...
05:35Non, non, mais il a mené la révolution iranienne d'ici, au départ,
05:38on peut le dire comme ça, un petit peu.
05:40Il a mené la révolution iranienne d'Irak,
05:43le chat d'Iran était fou de rage,
05:45et a dit à l'Irak qu'il faut qu'il parte,
05:46et il a demandé à la France de l'accueillir,
05:47en pensant que quand il sera à Paris,
05:49il aurait plus de mal à envoyer ses cassettes.
05:51Évidemment, il n'y a aucun mal.
05:52Alors, ce qui est très intéressant,
05:53c'est que c'est quand même une question que j'ai un peu posée en intro,
05:57c'est une critique aussi de notre société française de l'époque,
05:59et de ce positionnement des intellectuels que vous faites dans ce livre,
06:01mais finalement, ça résonne évidemment tout particulièrement aujourd'hui.
06:05C'est très conscient chez vous, ça ?
06:07Comme choix de sujet ou pas du tout ?
06:10Non, mon sujet, c'était 78.
06:15Je trouve que l'année 78, pour nous Français, c'est la fin du disco,
06:21c'est des années palace, on écoute de la musique sans arrêt,
06:23on achète des enceintes.
06:25Et on vit aujourd'hui dans une société où les gens ont des oreillettes,
06:28sur des écrans, il n'y a plus de musique autour de soi.
06:30Je veux dire, le disco, c'était une fête générale.
06:33Aujourd'hui, la techno, le rap,
06:36ce n'est pas du tout le même effet de trans qu'on avait.
06:39On ne se rendait pas compte, c'était les dernières années de bonheur.
06:42Et en plus, on était juste avant le sida.
06:43D'ailleurs, on le voit dans le livre,
06:45lui, il va un peu d'une fille à l'autre.
06:47Oui, bien sûr.
06:48Et en même temps qu'on arrive à la fin de ces années bonheur sentimentales,
06:53arrive en Iran un pouvoir islamiste.
06:56Et soudain, depuis...
06:58Soutenu par ces gens épris de liberté.
07:01Oui, mais ce qui fait que c'était fondamental,
07:03c'est que depuis des années,
07:05la guerre, c'était le nord et le sud.
07:07Pardon, l'est et l'ouest.
07:08On était obsédés par ça.
07:10En fait, l'Urée, c'est un cas, ça figure.
07:12Et une nouvelle, le monde est en train de changer.
07:14La rivalité, ça va être entre le nord et le sud.
07:16Et ça se passe juste cette année-là.
07:17Et donc, c'était merveilleux d'avoir au palace,
07:20dans des gens qui étaient dans les 30 glorieuses festives,
07:24et avec des Iraniens qui étaient en train de découvrir
07:26ce qu'allait devenir le monde de demain.
07:28Et Roland Barthes, que vous citez,
07:30qui dit, quand j'entends ces imams,
07:31je repense à la divination de Mirabeau,
07:33observant Robespierre.
07:35Barthes n'ose pas s'opposer à Foucault,
07:37parce qu'ils sont très amis,
07:38qu'ils sont intimes,
07:39qu'ils sont professeurs au Collège de France, etc.
07:42Mais il a quand même...
07:43Lui-même est allé en Chine,
07:44il a couvert un voyage avec Soler,
07:46c'est complètement grotesque.
07:47Donc, il se méfie.
07:49Et quand Foucault explique que l'ayatollah rebénie,
07:54ça va se passer très bien,
07:55que le rapport...
07:58Le mariage de l'Église et de l'État,
07:59ça lui va très bien quand il s'en ira.
08:00On ne va pas du tout en France,
08:01mais ça va là-bas.
08:02Et Barthes, qui est quand même très amusant,
08:05très cultivé, très spirituel,
08:06très espiègle,
08:07dit gentiment,
08:08« Oui, c'est bien joli,
08:09mais ça me rappelle quand même un peu
08:10ce que disait Mourabot
08:12quand il avait Robespierre en 1789,
08:14quand personne ne connaissait. »
08:15Il disait « Il ira loin, celui-là,
08:17il croit tout ce qu'il dit. »
08:18Et c'était exactement ce qui s'est passé.
08:20Ça résume tellement bien
08:22les hommes de pouvoir qui nous dirigent,
08:24quels qu'ils soient,
08:24d'ailleurs dictateurs ou pas,
08:25finalement, Gilles-Martin Chauffier.
08:27Ce que montrent bien Foucault et Barthes,
08:32c'est le côté de ces intellectuels français.
08:35Chateaubriand, on disait de Chateaubriand,
08:36il a un don pour s'émouvoir de ce qu'il ne ressent pas.
08:38Eux, c'est exactement ça.
08:41Ils ont un don pour attraper une émotion
08:43qui pourra leur être utile médiatiquement,
08:46dans le cas de Foucault.
08:47Et ça m'a rappelé une phrase très marrante
08:49que j'ai découverte aujourd'hui de Claudel,
08:52qui disait « Le métier est le plus dangereux,
08:54il faut se méfier des intellectuels
08:55parce qu'ils maîtrisent un métier
08:57dont on n'a pas l'usage. »
08:59C'est assez juste.
09:01C'est pas mal.
09:03Roy Hendel, les récits de Gilles-Martin Chauffier,
09:05ils préservent notre souvenir
09:08d'événements historiques, finalement.
09:09Parce que ça, c'est vraiment une période charnière,
09:13tant dans notre histoire à nous d'aujourd'hui,
09:14contemporaine, que ce qui s'est passé en Iran, effectivement.
09:16Vous, vous conservez aussi des photos,
09:18des emballages, des références
09:19que vous rapportez de vos voyages.
09:22Finalement, la mémoire, un peu comme chez Gilles,
09:24chez vous, c'est une source de création.
09:25C'est avec ces objets-là que vous allez chercher
09:27à créer des odeurs, etc., non ?
09:29Oui, tout à fait.
09:32C'est vrai que quand je voyage,
09:33j'adore déjà discuter avec les gens,
09:36quand je peux, quand on a une langue commune
09:38ou un interprète, parce que c'est pas toujours le cas,
09:40mais surtout observer,
09:42surtout regarder en fait les gestes,
09:44regarder ce qu'ils ont sur les étagères,
09:46et chez eux, regarder ce qu'ils vont me montrer,
09:50souvent, et ils ont des objets dont ils sont fiers.
09:53C'est pas forcément des objets précieux,
09:55mais c'est des objets qui ont de la valeur sentimentale pour eux.
09:57Qui racontent une histoire.
09:58Qui racontent une histoire, justement.
10:00Et parfois, c'est même des objets, justement,
10:02qui sont juste là,
10:03et que tout le monde a un peu oubliés.
10:05Et ça peut être...
10:06Par exemple ?
10:07Par exemple, ça va être un mortier géant
10:10qui est dans le jardin.
10:11D'accord.
10:12On voit qu'il n'a pas servi depuis longtemps,
10:15mais là-bas, c'est un mortier,
10:17dans le Kerala, dans le sud de l'Inde,
10:19qu'on utilisait pour écraser le riz,
10:22pour faire les galettes d'ossah,
10:24être fermenté.
10:25Et on voit souvent, un peu partout,
10:27il y a cette histoire,
10:28mais c'est toujours aussi intéressant,
10:31et si je reviens un tout petit peu sur le sujet
10:33dont vous avez parlé,
10:35mais de voir,
10:37surtout en Inde,
10:38aujourd'hui, c'est le pays où je vais le plus souvent,
10:40et il y a quand même Modi,
10:43qui a le pouvoir,
10:44et qui a aussi des traits de dictateur,
10:48on va dire,
10:51pour être poli.
10:53Et on voit, en fait,
10:54il y a des gens qui l'adorent,
10:56qui l'admirent,
10:57il y a des gens qui sont contre lui,
10:59mais souvent, en fait,
11:01tout le monde prend Gandhi
11:03comme point de référence.
11:07Et tout le monde le compare à Gandhi
11:09d'une certaine manière,
11:10mais ça part de l'histoire,
11:12et ça part aussi,
11:13il y a d'un côté Gandhi
11:15qui était intellectuel
11:17et qui est revenu aux sources du fémin,
11:20et de l'autre côté Modi
11:21qui était un chaiwala,
11:23qui était un vendeur d'été
11:24dans la rue
11:25et qui est devenu
11:27premier ministre.
11:29Et je trouve ça intéressant
11:30de voir comment aussi
11:31le pouvoir peut
11:33transformer les gens.
11:34On ne peut pas faire,
11:35donner libre-échange
11:36à quelque chose
11:37qui était déjà là avant,
11:38mais d'un côté,
11:40il y a des gens
11:41qui vont avoir le pouvoir
11:42et qui vont se transformer
11:44en devenant plus modestes
11:45parce qu'ils vont réaliser,
11:46ils vont voir du coup
11:47l'intégralité des choses,
11:49ils vont dire, ok,
11:50je pensais que c'était juste ça,
11:52qu'il fallait juste,
11:52qu'il y a une seule voix.
11:54Oui, mais ça c'est
11:55un sur un million, non ?
11:56Je ne sais pas.
11:57Oui, c'est rare.
11:59C'est très rare, oui.
12:00C'est vrai que dans la tradition juive,
12:03on dit que quelqu'un,
12:05avant d'être élu,
12:08dirigeant de la communauté,
12:11tous les candidats doivent prier
12:13et dire,
12:14j'espère que ça ne serait pas moi.
12:15Oui.
12:15C'est extraordinaire.
12:17Mon père a fait,
12:18qui est déporté à Burendalde,
12:21il est devenu très ami,
12:22il était rédacteur en chef
12:23de Figaro les littéraires,
12:24il a tout de suite repéré
12:25Elie Wiesel,
12:26qui est devenu son grand,
12:27grand ami.
12:28Vous savez,
12:28et donc j'ai vu toute mon enfant,
12:29vous savez exactement savoir.
12:31C'est incroyable.
12:32Il y a eu une façon de parler,
12:33il parlait comme ça,
12:35c'est fou,
12:35c'est bouleversant.
12:37Mais le lien est donc créé ce soir
12:39sur Sud Radio.
12:40C'est excellent,
12:41c'est l'émission
12:41qui célèbre les Falands.
12:43Ce soir,
12:43vous êtes avec l'écrivain primé,
12:44Gilles-Martin Chauffier
12:45et le roi des épices Roy Hendel.
12:47Surtout,
12:48vous restez avec nous,
12:48à tout de suite.
12:51Sud Radio,
12:52c'est excellent,
12:52Judith Bélair.
12:53C'est excellent sur Sud Radio,
12:55c'est le beau réflexe du dimanche
12:56pour partir à la rencontre
12:57des talents et des initiatives
12:58qui nous inspirent tous.
13:00Bienvenue à vous
13:01qui nous rejoignez au programme.
13:02Vous êtes avec Gilles-Martin Chauffier
13:03et son roman Nazanine
13:04qui sortira le 16 septembre prochain
13:06chez Albert Michel.
13:07Et puis Roy Hendel
13:08qui est fondateur de Chira
13:09et sa première épicerie
13:11d'ailleurs au marché Saint-Martin
13:12à Paris.
13:14Donc Chira,
13:15déjà vous avez commencé par ça,
13:16c'est une marque en fait,
13:17Roy,
13:18d'épices,
13:19voilà,
13:19avec plus de 150 références,
13:21c'est ça ?
13:21Oui, tout à fait.
13:22D'accord.
13:23Alors,
13:24ce qui est intéressant déjà,
13:24c'est le choix du nom.
13:25Chira,
13:26ça veut dire poésie en hébreu
13:27puisque vous êtes d'origine israélienne,
13:29mais ça désigne aussi
13:30la racine du poivrier long
13:31en sanscrit.
13:32Oui,
13:32tout à fait.
13:33C'est marrant ça ?
13:34Oui,
13:34j'ai bien aimé en fait...
13:36C'est un mot qui correspond quoi ?
13:38Oui,
13:38cet équilibre entre...
13:39Ce qui vous raconte vous en fait.
13:41Oui,
13:42en fait,
13:42avant de créer
13:43Épices Chira,
13:44j'ai hésité entre deux projets,
13:46il y avait Épices Chira
13:47et un projet
13:48autour de la poésie.
13:48Oui.
13:49Donc la poésie,
13:50c'est quelque chose
13:50qui me tient à cœur,
13:53qui me fait vibrer,
13:53c'est mon autre passion
13:54à part la cuisine.
14:01D'accord,
14:02qui n'a pas de cours,
14:04la poésie qui n'a pas de cours,
14:05qui n'a pas de...
14:06Si vous êtes fou de poésie,
14:07il faut aller en Iran.
14:08Oui.
14:09Tout se passe en poésie en Iran.
14:11Même quand on commence à un taxi...
14:13Je ne suis pas sûre
14:13que ce soit bien d'aller en Iran
14:14quand on est n'israélien en ce moment.
14:16Il n'y a pas de souligner,
14:17excusez-moi,
14:18si je vais finir dans les geôles.
14:19Oui, c'est dangereux.
14:20C'est le meilleur moyen.
14:22Vous vous êtes ensuite associé
14:24à Cyril Muller,
14:25c'est ça ?
14:26Lui, c'est Cyril,
14:27il est mixologue
14:28et il est barista.
14:29Oui.
14:29Et en fait,
14:32pour créer cette marque.
14:33Oui, tout à fait.
14:35Et du coup,
14:35vous avez...
14:36Là, ça fait quoi ?
14:37Ça fait 10 ans que ça existe ?
14:38C'est ça ?
14:38Ça fait 9 ans.
14:399 ans.
14:39Et pourquoi alors
14:40vouloir ouvrir votre première boutique
14:42comme vous le faites là
14:42au marché Saint-Martin ?
14:43Je rappelle,
14:44c'est à Paris dans le 10e arrondissement.
14:45Oui, parce qu'en fait,
14:47avoir une épicerie,
14:48ça fait partie de mes rêves
14:50depuis très très longtemps.
14:52Peut-être pas d'enfant,
14:52mais d'adolescent,
14:53déjà je dirais.
14:54C'est déjà pas mal.
14:55Parce que quand je voyage,
14:57en fait,
14:57j'amène...
14:59Des épices partout ?
15:00Surtout des épices,
15:02ou des aliments, en fait.
15:03D'accord.
15:04Quand je vais en Italie,
15:05j'achète des pâtes
15:06et des sauces et des huiles.
15:07Vous adorez l'Italie, vous.
15:08J'adore l'Italie,
15:09c'est mon pays de cœur.
15:10C'est la première fois
15:10que je posais mon pied là-bas,
15:12je me suis senti chez moi.
15:13À la maison ?
15:13Oui.
15:15Et ça va être en Espagne,
15:17je vais revenir avec des oignons
15:18frais d'une petite ferme locale
15:21ou peu importe.
15:22Chaque voyage ?
15:23Chaque voyage,
15:24ce sont des aliments,
15:25ce sont des produits.
15:26Et ce sont des produits
15:27que je collectionne
15:27depuis des années
15:28dans ma tête
15:29et dans mes papilles.
15:31Oui, aussi.
15:32Voilà.
15:33Et je me suis dit,
15:34un jour,
15:35j'aimerais bien offrir ce produit,
15:37partager ce produit
15:39avec d'autres personnes.
15:41Du coup,
15:41vous faites très tard,
15:42en fait.
15:42Vous préparez des salades,
15:43des sandwiches,
15:44des plats,
15:44des desserts aussi,
15:45tout ça d'inspiration méditerranéenne.
15:46Oui, donc il y a ça aussi.
15:48C'est une partie...
15:49C'est vous qui faites tout ?
15:50Oui.
15:50Ok.
15:51Oui, je suis cuisinier de...
15:52Oui, vous avez fait Férandi.
15:54Et c'est très beau,
15:55c'est plein de couleurs
15:56comme dans les Médina
15:59où on voit toujours
16:00des marchands d'épices
16:01où il y en a plein,
16:02des grands paniers
16:03avec toutes les couleurs,
16:04c'est fascinant.
16:05À la base,
16:06je voulais faire ça.
16:08Mais du point de vue hygiène,
16:09c'est un peu compliqué.
16:10Ça ne marche plus en France, ça.
16:12On ne peut pas mettre
16:13ses mains dans le plat.
16:14Et du coup,
16:15j'ai contourné ça
16:16avec le matériau,
16:17avec...
16:18Il y a du carrelage
16:20très beau,
16:21il y a les épices
16:22en elles-mêmes
16:23qui sont quand même colorées
16:24même s'ils sont dans des bocaux.
16:25On voit la couleur
16:26et puis tous les produits,
16:28il y a des emballages
16:29qui viennent
16:30de plein de styles,
16:32de plein d'époques
16:33parce qu'on travaille
16:34avec certaines marques
16:36qui n'ont pas changé
16:36leur packaging
16:37depuis plus de 100 ans.
16:39Et du coup,
16:40c'est vrai qu'on entre dedans,
16:42on est un peu hors du temps.
16:43Mais par contre,
16:43la couleur
16:44et la poésie
16:47et la poésie aussi est là
16:49dans les choix
16:50juste de l'espace.
16:52Vous aimez beaucoup Matisse aussi
16:53donc il va y avoir du bleu
16:54j'imagine.
16:55Il y a du bleu,
16:56pas mal.
16:58Il y a même
16:59un bas-relief
17:00que j'ai réalisé moi-même
17:02en plâtre.
17:03Du coup,
17:03c'est blanc sur blanc
17:04mais de la danse
17:05de Matisse.
17:05D'accord.
17:07Alors,
17:08vous avez choisi un marché
17:09donc au marché Saint-Martin.
17:11Ce n'est pas pour rien non plus.
17:13Ryan Del,
17:13pour vous,
17:14c'est un lieu populaire
17:15où il y a tout le monde
17:16qui passe quoi.
17:17Les commerçants,
17:17les cuisiniers,
17:18les amateurs de bons produits,
17:19les gens du quartier,
17:21etc.
17:22C'est cette faune qui vous plaît ?
17:23En fait,
17:25le marché,
17:26c'est un peu
17:29un espace à part.
17:31Dans le sens où,
17:32il y a des gens
17:33qui vont en fait,
17:34c'est des gens
17:34qui aiment manger.
17:36Qui vont.
17:37Il y a aujourd'hui,
17:38en tout cas à Paris,
17:39personne ne va au marché
17:39par obligation
17:41parce qu'il faut se nourrir.
17:43Les gens qui y vont,
17:43c'est les gens
17:44qui aiment manger,
17:45qui aiment sentir,
17:47le plaisir de déambuler,
17:48de toucher,
17:49de sentir.
17:50Et changer.
17:50Parce que dans le marché,
17:52et surtout dans ce marché-là
17:53qui est relativement petit,
17:55il y a,
17:56je vois ça tous les jours
17:57quand je suis là-bas,
17:58les gens qui passent,
17:59ils s'arrêtent à chaque stand
18:00et ils discutent
18:01avec les bouchers,
18:01avec les fromagers,
18:02avec les primeurs.
18:04En plus,
18:04c'est joli.
18:05L'architecture des marchés,
18:06le marché d'Aligre,
18:07le vieux marché d'Aligre,
18:09le marché qui est rue de Bretagne,
18:12c'est un marché en métal de Balta.
18:14Là, malheureusement,
18:16non.
18:16En fait,
18:16c'était un très bon marché avant
18:18et en 1887,
18:21je pense,
18:21si je ne dis pas de bêtises,
18:23il s'est effondré
18:23à cause de la neige
18:24qui s'appelait sur les toits.
18:26Du coup,
18:27il a été reconstruit
18:27les années 80.
18:28C'est très 80,
18:29le marché Saint-Martin.
18:31Il a quand même
18:32une âme de marché.
18:33Et puis nous,
18:33on a récupéré un local
18:34avec des puits de lumière
18:36et ça,
18:36quand même,
18:37c'est magique aussi.
18:39Alors,
18:39vous avez 90%
18:40de vos épices
18:40qui sont biologiques,
18:42Ryan Dell.
18:43C'est une boutique
18:43qui est conçue
18:44comme une épicerie,
18:45une cuisine,
18:46un carnet de voyage
18:47puisque vous proposez,
18:48comme vous l'avez dit
18:49tout à l'heure,
18:49au-dessus des produits
18:50d'épiceries fines,
18:51des conserves,
18:53des boissons,
18:53des pâtes,
18:54des spécialités étrangères.
18:55Vous avez même
18:56une partie de la boutique
18:57consacrée aux produits
18:58et aux bières allemandes.
18:59Oui, tout à fait.
19:00Pourquoi ?
19:01Parce qu'en fait,
19:02avant que j'arrive
19:03à la base locale,
19:05c'était une épicerie fine
19:07allemande
19:07qui s'appelait
19:07Tante Maladen.
19:09Et c'était
19:11la seule épicerie fine
19:12allemande
19:12de Paris
19:13et même
19:14de France
19:14pendant très longtemps.
19:15D'accord.
19:16Il fallait perdurer le...
19:18Et comme c'est le quartier
19:19de la gare de l'Est,
19:20il y a une grosse communauté
19:21allemande,
19:21des germanophones,
19:22là-bas.
19:24Depuis qu'elle est partie
19:25à la retraite,
19:25en fait,
19:26il y a deux ans,
19:26ça a créé une espèce
19:38qui disait
19:38est-ce que vous allez
19:39faire des produits allemands ?
19:40Est-ce que vous allez
19:40faire des produits allemands ?
19:41Du coup,
19:41vous étiez un peu obligé aussi.
19:42Vous étiez un peu obligé,
19:43on a quand même réduit
19:44l'offre des 120 bières
19:46à 70 bières allemandes
19:47parce qu'on a d'autres
19:48produits aussi,
19:49mais il y a
19:50une certaine chose.
19:52Gilles-Martin Chauffier,
19:54cet Orient,
19:54vous,
19:55que vous dépeignez,
19:57des mots,
19:57des odeurs,
19:58des saveurs aussi,
19:59c'est ça l'Orient ?
20:00Parce qu'on parle
20:01de votre personnage principal,
20:02Nazanine,
20:03qui met du safran partout
20:04dans la cuisine française
20:06pour avoir ce goût du pays
20:08en fait.
20:10C'est vraiment un lien aussi
20:12entre ce que raconte
20:13Roy aujourd'hui
20:14et Roy Handel,
20:16ce plaisir justement
20:17de l'ouverture,
20:18du partage de la lumière,
20:19des couleurs.
20:20De toute manière,
20:22je pense que
20:23quand on est un exilé,
20:24elle ne pensait pas
20:25être une...
20:26Elle va de facto,
20:27on sent bien
20:27à la fin du livre
20:28qu'elle va être exilée longtemps,
20:30mais quand elle venait
20:31faire ses études en France,
20:32mais en fait,
20:34les Iraniens,
20:35en tout cas à ce moment-là,
20:37personne s'est exilé
20:37à ce moment-là,
20:38ils ne savent pas
20:38qu'il va y avoir
20:3950 ans d'exil qui suit,
20:42elle adore son pays
20:43et que la plupart des gens
20:44aiment leur pays au départ.
20:45Mais tous les Iraniens,
20:46même ceux qui ne sont pas nés là-bas
20:48et qui vivent ici aujourd'hui,
20:49vous en parlent avec nostalgie.
20:51Et en même temps,
20:52il va y retourner.
20:53J'ai une copine
20:54qui s'appelle Nazanine,
20:55d'ailleurs,
20:56elle voulait absolument
20:57retourner en Iran,
20:58elle n'était pas allée
20:59depuis des années,
21:00donc il y a 10, 12 ans,
21:01elle y retourne enfin
21:03et elle arrive à l'aéroport
21:04et ils prennent la voiture
21:06et paf,
21:07un énorme contrôle de police,
21:08et tiens,
21:09ça faisait bien
21:09ce que je pensais et tout.
21:10En fait,
21:11c'était juste le péage
21:12de l'autoroute.
21:13Ils étaient tellement persuadés
21:15qu'ils entraient
21:15dans un régime policier
21:17qu'ils les voyaient partout.
21:19Non,
21:19elle,
21:21Nazanine,
21:21elle en fait,
21:23elle met du safran partout
21:25quand elle va en vacances
21:26à l'île au moine
21:26avec lui
21:27au début de leur histoire d'amour,
21:28quand elle fait des dîners
21:29chez elle,
21:30elle fait des plats iraniens,
21:33toujours les deux mêmes,
21:34d'ailleurs.
21:35La cuisine iranienne,
21:36pour l'instant,
21:37moi je n'en ai pas vu
21:38dans mon livre,
21:39mon héroïne,
21:39ce n'est pas la reine
21:40de la cuisine,
21:42mais elle aime ça
21:43et elle aime beaucoup
21:44le safran en particulier
21:44parce que quand elle était jeune,
21:46ce que faisaient beaucoup
21:46de gens en Iran,
21:47le safran que Roy vend,
21:51il faut des dizaines
21:53de milliers de feuilles
21:54pour faire des quantités
21:56dérisoires.
21:57Donc,
21:58à l'automne,
21:59quand on le récolte,
22:00il faut une quantité de gens
22:01et donc,
22:02beaucoup d'étudiants,
22:03beaucoup de lycéens
22:03le ramassent aussi
22:04pour se faire de l'argent de poche.
22:05Elle le faisait.
22:08Roy Handel,
22:09vous ne cherchez pas du coup
22:09à vendre seulement des épices.
22:11Ce que vous cherchez à faire,
22:12c'est aussi transmettre
22:13ces émotions
22:15et puis aussi soutenir
22:16vos producteurs.
22:17C'est important pour vous ça ?
22:19Oui,
22:19c'est...
22:22Les producteurs
22:23avec qui je travaille,
22:24ils pourront
22:26survivre sans moi.
22:27Il y a d'autres...
22:28Mais ils peuvent compter
22:29sur vous quand même.
22:29Voilà,
22:30mais moi,
22:30je ne pourrais pas
22:30survivre sans eux.
22:33donc j'ai besoin d'eux,
22:34j'ai besoin qu'ils s'en sortent,
22:37qu'ils aillent mieux,
22:39j'ai besoin qu'ils puissent
22:40vivre dans les meilleures
22:41conditions possibles,
22:42qu'ils puissent...
22:43que leurs enfants puissent
22:43aller à la fac,
22:45que leurs enfants choisissent
22:47de faire perdurer la tradition,
22:49que ce soit un choix,
22:50ce n'est pas une obligation.
22:51Parce que vous travaillez
22:52avec des producteurs du monde
22:53en tant que,
22:53on est bien d'accord.
22:54Oui,
22:54dans 19 pays différents.
22:56Ah oui ?
22:57Donc il y a l'Inde ?
22:58Il y a l'Inde,
22:59l'Indonésie,
22:59le Népal,
23:00Sri Lanka,
23:01l'Iran,
23:02il y a la Palestine,
23:03il y a l'Espagne,
23:04l'Italie,
23:04la France,
23:05le Brésil.
23:06Et on peut le dire
23:07aux auditeurs,
23:08mais pas Israël
23:08pour conviction politique ?
23:09Oui.
23:10Même malgré le fait
23:11que vous soyez Israélien ?
23:13Malgré ou parce que...
23:15Mais c'est...
23:17Allez,
23:18les talents qui font bouger
23:19la France,
23:19c'est dans cet excellent
23:20démo des odeurs,
23:21des saveurs d'Orient ce soir
23:22avec l'écrivain Gilles-Martin-Chauffier
23:24et le fondateur de l'épicerie
23:25Shira Royendel.
23:27A tout de suite.
23:29Sud Radio,
23:30c'est excellent,
23:30Judith Bélair.
23:31Et oui,
23:32c'est excellent sur Sud Radio,
23:33c'est le rendez-vous du dimanche
23:34qui célèbre l'excellence,
23:35tout simplement.
23:36Ce soir,
23:36vous écoutez l'écrivain
23:37Gilles-Martin-Chauffier
23:38et son tour de vos derniers romans,
23:40Nazanine,
23:40chez Albain Michel,
23:41ça sera dès le 16 septembre prochain.
23:44Et puis Royendel,
23:46qui est à la tête de Shira
23:48et qui vient d'ouvrir...
23:49Ce sont des épices
23:50et qui vient d'ouvrir
23:50en fait sa boutique
23:52Gilles-Martin dans le 10ème
23:54à Paris.
23:55Alors,
23:56tous les deux,
23:56en fait,
23:57vous êtes à votre manière
23:58finalement des grands voyageurs,
24:00j'ai envie de dire.
24:01Qu'est-ce que vous en pensez
24:01Gilles-Martin-Chauffier ?
24:03Quand j'ai été pendant 25 ans,
24:05enfin,
24:06pendant 40 ans journaliste
24:07et 25 ans redactant chef à match,
24:09j'ai pas mal voyagé
24:11et c'est drôle d'ailleurs
24:12parce que,
24:13bon,
24:13j'ai voyagé un peu partout,
24:14mais j'ai vraiment beaucoup voyagé
24:15dans des pays musulmans.
24:16D'accord.
24:17Étrangement,
24:18je me suis rendu...
24:18Pour quelles raisons,
24:18vous savez ?
24:19À cause des sujets,
24:20peut-être ?
24:21Alors,
24:21je suis allé à la Turquie
24:22très souvent
24:22parce que j'ai beaucoup aimé
24:23la Turquie la première fois
24:24que j'y suis allé.
24:25Je suis allé très souvent
24:26dans les Émirats arabes unis,
24:28en Arabie saoudite,
24:29au Pakistan,
24:3120 fois au Maroc.
24:33Maroc pour le reportage,
24:34la Tunisie,
24:35je suis allé 30 fois
24:36mais pour le plaisir en fait.
24:39Mais enfin,
24:40bon,
24:40oui,
24:41effectivement,
24:41je peux dire que
24:42pour répondre à vos questions,
24:44j'aime beaucoup voyager
24:45et j'ai beaucoup voyagé,
24:46c'est peut-être pour ça
24:47que j'ai écrit ce livre
24:48dans des pays musulmans.
24:50Et vous aussi,
24:51Roy Handel,
24:52tout passe par le voyage chez vous.
24:53Ça commence comme ça même
24:54votre histoire,
24:55j'ai envie de dire.
24:56Oui,
24:56c'est le voyage,
24:58c'est la rencontre
24:59et c'est vrai que
25:01l'histoire des piscines,
25:02même si c'était un rêve
25:03pareil depuis très longtemps,
25:05est né en Inde
25:07et quand je suis rencontré
25:08par hasard
25:10une ONG en fait
25:11qui avait une épicerie là-bas
25:12qui vendait des épices bio
25:13et que j'ai vu
25:15la qualité
25:16qu'on peut trouver,
25:17la fraîcheur
25:18et aussi
25:21pour tout dire,
25:22les prix
25:24qui étaient accessibles
25:25mais qui en même temps
25:26étaient très honnêtes
25:27pour les producteurs.
25:28Je me suis dit,
25:28d'accord,
25:29il y a une possibilité,
25:31il y a
25:33une ouverture pour moi
25:35dont j'ai senti...
25:36C'est humaniste quoi chez vous,
25:37vous avez une volonté humaniste,
25:39c'est ça qui vous habite en fait.
25:41C'est une volonté...
25:42Presque mystique.
25:44C'est des heures en thème
25:44tout à l'heure.
25:45Non mais des partages...
25:47Oui, c'est ça.
25:47Oui.
25:49Vers l'autre quoi,
25:50vers l'humain.
25:51Donc c'est ça l'humanisme
25:52a priori.
25:54Gilles-Martin-Chauffier.
25:55Pour revenir,
25:56l'ambiance d'un pays,
25:58la culture d'un pays,
25:59les habitudes d'un pays
26:00se reflètent énormément
26:01dans les femmes.
26:03Je trouve que
26:04quand on va dans des...
26:05par exemple en Iran,
26:06au Liban,
26:08les femmes ont une façon
26:09de vous accueillir,
26:10une façon de...
26:11C'est tout de suite familial.
26:13Il y a quelque chose
26:15d'assez fascinant,
26:17une tendresse
26:18qu'on sent beaucoup plus
26:19dans ces pays-là
26:19qu'en France.
26:20Il y a plus de chaleur quoi.
26:21Oui, beaucoup.
26:22Mais il fait plus chaud aussi.
26:24Moi aussi.
26:24Dans le sud,
26:25ils sont plus sympas
26:26que dans le nord en France,
26:27il paraît.
26:29Ça dépend.
26:30C'est le détendu.
26:31Les gens du nord...
26:31Il y a mon réalisateur
26:32qui me dit vrai,
26:33Julien, dans l'oreille.
26:34Est-ce que vous avez
26:35le sud-ouest
26:35qui est représenté là ?
26:36Je pense que...
26:37Ah oui,
26:37les gens du sud-ouest
26:38ils sont très marrants,
26:38très fiestards.
26:39Mais les gens du nord aussi
26:40sont très à faire la fête,
26:42très copains.
26:43Ils sont chaleureux comme ça ?
26:44Oui.
26:44Donc c'est que la capitale
26:45où il y a un problème alors.
26:47Le problème,
26:47c'est que c'est toujours pareil.
26:48Paris,
26:49c'est mieux sans les Parisiens.
26:50Oui, c'est vrai.
26:52Gilles Martin-Chauffier,
26:53vous êtes journaliste d'origine
26:55et puis votre père,
26:56en fait,
26:56il a été rédacteur en chef du Figaro.
26:59Votre grand-père,
26:59Louis Martin-Chauffier,
27:00c'était un écrivain journaliste
27:01résistant
27:02et il a notamment dirigé
27:03le journal clandestin,
27:04il faut le savoir,
27:04Libération.
27:05Oui,
27:06mais qui était
27:06la Libération d'Emmanuel D'Assier
27:07de 1943 à 1945,
27:09mais qui n'est pas
27:09la Libération d'aujourd'hui.
27:10et qui est celui,
27:11le titre étant
27:12une inspiration directe.
27:13Ah oui, oui, oui.
27:14Voilà.
27:15Vous avez,
27:16votre grand-père,
27:18il a aussi participé
27:18à la création
27:19du Comité national des écrivains.
27:20Vous avez été complètement baigné
27:22dans ce milieu-là
27:24depuis jeune.
27:25Est-ce que votre vocation,
27:28maintenant d'écrivain,
27:29mais bien avant cela,
27:30en tout cas de journaliste,
27:31de reporter et de rédacteur en chef,
27:33vous vient directement
27:34d'un non-choix,
27:35j'ai envie de dire ?
27:36Je dirais que non.
27:39Mes grands-parents
27:40avaient été,
27:40ma grand-mère a participé
27:42à la création
27:43du premier réseau de résistance,
27:44le réseau de visite de l'homme.
27:45Mon grand-père était
27:46un très grand résistant,
27:47il était déporté.
27:47Les sacrés monuments les deux.
27:49Donc, toute mon enfance,
27:50ces gens-là,
27:51Malraux, les Schumann,
27:52toute cette bande-là,
27:53ils étaient venus
27:53chez mes grands-parents,
27:54le Joc, etc.
27:55Donc, j'étais absolument élevé
27:56dans cet univers-là.
27:58Mais en même temps,
27:58c'était dans le appartement
28:00de mon grand-père,
28:00il y avait des livres,
28:01il avait un immense appartement,
28:02il y avait des livres partout
28:03et mon père,
28:03il y avait des livres partout.
28:04Donc, dans mon esprit,
28:05il n'était pas question
28:06que je fasse une carrière
28:07où j'écrirais
28:08ou je ferais des livres.
28:09Et d'ailleurs,
28:09j'ai fait de Subdeco Paris
28:10et après,
28:11j'ai fait un début
28:12et commencé à MBA à Colombie-Britann.
28:13Je voulais être trader à Wall Street.
28:16Je ne sais pas
28:17ce que ça aurait donné.
28:19En fait, j'ai fait des stages,
28:20j'ai compris que ce n'était
28:20pas du tout fait pour moi.
28:22Mais voilà.
28:23Donc, non,
28:23je n'ai pas eu...
28:26C'est venu parce qu'en réalité,
28:27une fois que j'étais
28:28à Subdeco,
28:28je vous le disais,
28:29mais je suis devenu
28:30le directeur en chef
28:31de la revue de l'école.
28:35Ça passait par l'écriture.
28:36J'ai tout de suite...
28:37Écrire,
28:38on est tout seul,
28:39on fait ce qu'on veut,
28:40on dit ce qu'on veut,
28:41on n'a de compte
28:41à rendre à personne.
28:42C'est ce qui est
28:42le plus merveilleux au monde.
28:45Chercher des épices,
28:46c'est pas mal aussi, non ?
28:47Oui, j'ai fait un plan.
28:49Vous avez fait Ferrandi,
28:50ce n'est pas n'importe quelle école.
28:52Donc, c'est une sacrée formation.
28:53C'est une grande école de cuisine.
28:56Et puis,
28:58ce qu'on peut imaginer,
28:59c'est que vous êtes passé
29:00de la cuisine
29:00à la sélection d'épices,
29:01Roy Andel,
29:02parce que vous étiez...
29:03C'était presque plus
29:03le produit qui vous intéressait
29:05que l'acier telle même.
29:06C'est...
29:08C'est...
29:09En partie vrai.
29:10Mais en même temps,
29:11en fait,
29:11c'est surtout qu'elle travaillait,
29:13j'ai compris assez vite
29:13qu'elle travaillait en cuisine
29:15et dans un restaurant.
29:16C'était juste pas pour moi.
29:20C'est extrêmement stressant,
29:22c'est épuisant.
29:25Et puis, c'est au garde-à-vous,
29:26comme on dirait.
29:26Voilà, exactement.
29:28Et du coup,
29:29j'ai compris,
29:30j'ai travaillé pendant deux ans
29:32à peu près dans la restauration
29:33avant de comprendre
29:33que c'était juste pas pour moi.
29:36Après, c'est vrai que je continue
29:38à tourner autour de la cuisine
29:39pendant très longtemps.
29:40Je fabriquais des pâtes,
29:42je faisais du consulting,
29:43j'accompagnais d'autres chefs,
29:46et tout.
29:46mais j'adore nourrir les gens.
29:51Mon alter ego,
29:51c'est une maman italienne,
29:52en fait.
29:53Donc, j'adore nourrir,
29:56j'adore partager.
29:57Et du coup, là,
29:58je suis heureux, en fait,
29:59de justement retourner
30:00derrière les fourneaux
30:02et cuisiner
30:03et pouvoir partager ça
30:05et pouvoir partager aussi
30:06la joie
30:08et l'émotion.
30:11Et votre style aussi,
30:12il y a une vraie indépendance
30:13et un besoin de liberté,
30:16un peu comme Gilles Martin-Chauffier,
30:17j'ai envie de dire,
30:18dans votre positionnement.
30:19Il y a un besoin de liberté
30:21par rapport au jugement,
30:22au choix de vos épices,
30:23à vos choix politiques aussi,
30:24on peut le dire, etc.
30:25Oui, parce que je me compare
30:27à moi-même.
30:28Je me compare à...
30:28C'est pas mal
30:29de se comparer à soi-même.
30:31Je me compare, en fait,
30:32à ce que j'aime
30:33et à ce que j'essaie de transmettre.
30:35Je n'arrive pas toujours,
30:37mais j'essaie de faire ça.
30:39Et du coup,
30:40je me dis qu'on ne peut pas
30:42plaire à tout le monde,
30:42de toute manière.
30:44Et si on essaie
30:45de plaire à tout le monde,
30:46finalement,
30:46on n'oublie pas
30:46de l'interchangeable.
30:48Et en fait,
30:49je me dis que même
30:49s'il y a 1% de population
30:51qui aime à peu près
30:52la même chose que moi,
30:53c'est déjà beaucoup de gens.
30:54Oui, c'est vrai.
30:56Ils viendront vous voir au marché.
30:58Et au moins,
30:58je donne vraiment
30:59quelque chose de moyen.
31:01Gilles-Martin-Chauffier,
31:02deux petits mots.
31:03Je suis quand même obligée
31:03d'en parler à l'antenne.
31:05Quand on lit votre bouquin,
31:07on se rend compte
31:08de cette association
31:08très bizarre
31:09qu'il y a eu
31:10entre l'extrême-gauche
31:12intellectuelle française
31:13et cette volonté
31:14de soutenir un régime
31:15qui est devenu
31:15un régime islamiste terrible.
31:17Oui, et valide.
31:18En République islamique tyran.
31:20Aujourd'hui,
31:21on a un mouvement politique
31:23en France
31:24qui s'appelait
31:24LFI
31:24qui est accusé
31:25par ses adversaires
31:26de fermer les yeux,
31:27notamment sur certains
31:28discours islamistes
31:29pour défendre les musulmans.
31:30On a vu toutes ces femmes
31:31qui se voilaient en soutien
31:33après la sortie
31:33de Marine Le Pen
31:34où on est d'accord
31:35ou on n'est pas d'accord
31:35avec Marine Le Pen
31:36mais qui veut interdire
31:37le voile en France.
31:39On a vu,
31:40ce qui est une bêtise,
31:41on peut le dire,
31:42mais on a vu quand même
31:43plein de femmes blanches
31:45comme moi
31:46tout d'un coup
31:46se mettre un voile
31:48devant des caméras.
31:49Tout cela est extrêmement bizarre
31:51pour quelqu'un comme moi
31:52qui observe tout cela.
31:53LFI a aussi
31:54une commission d'enquête
31:56parlementaire
31:56qui a évoqué
31:57des signes de compléments
31:58chez certains élus,
31:59de complaisance
32:00face à l'islamisme
32:01en général.
32:02Quand on lit votre bouquin
32:03et qu'on fait copier-coller
32:04avec aujourd'hui,
32:05on se dit quand même
32:07c'est presque troublant
32:09à quel point
32:10c'est la même chose.
32:12Oui,
32:12ce qui est assez...
32:13Dans mon livre,
32:14en fait,
32:14ce qui est intéressant,
32:15c'est ce que dit
32:16Michel Foucault.
32:17Il dit au début,
32:18quand on lui dit,
32:19parce qu'évidemment,
32:19les gens sont choqués,
32:20ils disent,
32:20écoutez,
32:21vous n'avez pas cessé
32:21de dénoncer
32:23l'enfermement carcéral,
32:24l'enfermement hospitalier,
32:26maintenant,
32:26l'enfermement religieux
32:27devient merveilleux,
32:28c'est quoi ça arrive.
32:29Mais lui,
32:29il dit,
32:29écoutez,
32:30en France,
32:31et ça,
32:31il a raison,
32:32il faudrait cesser
32:33de mettre le mot fanatique
32:34à chaque fois qu'on dit religieux.
32:36C'est vrai qu'on a cette vision...
32:37Ça, c'est notre côté laïcard.
32:38Laïcard,
32:39oui.
32:40Mais simplement,
32:41lui,
32:43ça ne le gêne pas du tout,
32:44en revanche,
32:45d'aller chez d'autres
32:46le mariage de l'Église
32:48et de l'État.
32:51La question,
32:52c'est quoi ?
32:55La question du voile,
32:57c'est ça qui est embêtant,
32:58c'est qu'elle force tout.
32:59Je veux dire,
33:00moi,
33:00je pense qu'une fille
33:01qui porte le voile,
33:02c'est dans le métro,
33:03dans la rue,
33:03ça ne me gêne pas.
33:04Non,
33:04mais elle fait ce qu'elle veut,
33:05surtout.
33:05Oui,
33:05exactement,
33:06elle fait ce qu'elle veut.
33:07D'abord,
33:08c'est totalement impraticable,
33:09l'idée,
33:10on ne va pas mettre des amendes,
33:11on va paraiter les filles,
33:12on va dire,
33:12retirez votre voile,
33:13mademoiselle.
33:14Mais derrière ça,
33:16tant chez LFI
33:17que chez Rennes,
33:17c'est des arrières-pensées.
33:18Et chez LFI,
33:19les arrières-pensées,
33:20elles sont flagrantes.
33:22La démarche de Mélenchon,
33:23il ne fait que reprendre
33:24une démarche
33:25qui était au départ
33:26celle de Mitterrand,
33:27c'est-à-dire
33:27quand il avait créé
33:27SOS Raciste,
33:28c'est de dire,
33:32les musulmans en France,
33:33ça représente maintenant
33:335 ou 6 millions de personnes,
33:35ça fait beaucoup
33:36d'électeurs potentiels,
33:37il faut qu'on prenne
33:38des élections,
33:39ça se joue
33:40à 1 ou 2 millions,
33:41peut-être parfois même
33:42à 2 ou 3 100 000.
33:43Donc,
33:43si on arrive à avoir
33:45600 ou 700 000,
33:46800 000 musulmans
33:47parce qu'on fait une politique
33:48spécialement pour eux,
33:49ça paye.
33:49Du temps de Mitterrand,
33:51ça s'accompagnait,
33:52c'était fait d'ailleurs
33:53par Julien Drey,
33:54par plusieurs Juifs,
33:55il n'y avait aucune espèce
33:56d'antisémitisme derrière,
33:57c'était simplement
33:57un calcul politique.
33:59Aujourd'hui,
33:59c'est devenu
34:00tout à fait autre chose
34:01parce que c'est devenu
34:02hyper mal.
34:03A la limite,
34:04moi je comprends
34:04que Mélenchon
34:06veuille gagner des voix
34:07et qu'il dise
34:07tiens,
34:08je vais prendre les cités,
34:09ben oui,
34:09prenez les cités.
34:10Mais qu'il le fasse
34:11avec ses arguments
34:13tendancieux,
34:14le discours où il a fait
34:16ironiser sur le monde
34:18Glucksmann,
34:18c'était scandaleux.
34:19On avait l'impression
34:20d'Antoine Goebbels.
34:22Et bien là,
34:22c'est impardonnable.
34:24Mais bon,
34:24c'est la vie et politique
34:26et on n'échangera pas.
34:27Ma chère Judith,
34:28je suis désolé,
34:29mais ils ne vont pas changer
34:30la morale.
34:30Non, mais c'est juste
34:31de jamais, jamais
34:32prendre le son
34:33de notre histoire,
34:34quelle qu'elle soit,
34:34de notre histoire
34:35internationale aussi.
34:36C'est quand même dingue.
34:37Désolé de le dire.
34:38Ben oui.
34:39C'est hallucinant.
34:41En même temps,
34:43il y a des gens
34:44qui disent
34:44l'histoire ne se répète jamais
34:45et quand...
34:46Elle ne fait que se répéter.
34:48Non,
34:48Barthes dit contraire.
34:49Il dit justement
34:50elle se répète tout le temps,
34:51c'est pour ça
34:51qu'il faut l'enseigner.
34:52C'est fatigant.
34:53on revoit exactement
34:54toujours les mêmes travers,
34:56les mêmes vis.
34:57Mais bon,
34:59la vie politique
35:00est très exigeante
35:01et très méchante.
35:03Nous, on ne se rend pas compte
35:04parce qu'en journaliste,
35:05on voit ça de l'extérieur.
35:06Mais quand vous rencontrez
35:07des autres,
35:08entre eux,
35:08il se dit
35:08c'est atroce.
35:09Bien sûr.
35:11Allez,
35:11de l'audace,
35:11toujours de l'audace
35:12sur Sud Radio.
35:13C'est excellent.
35:14Votre rendez-vous
35:14du dimanche
35:15avec ce soir
35:15l'écrivain
35:16Gilles Martin-Chauffier
35:16et puis le fondateur
35:17des épices,
35:18Chira.
35:19Roy Hendel,
35:19à tout de suite.
35:20On revient
35:20pour la fin de l'émission.
35:21A tout de suite.
35:23Sud Radio,
35:24c'est excellent,
35:25Judith Bélair.
35:25C'est dimanche
35:26sur Sud Radio.
35:27Installez-vous,
35:27écoutez et laissez-vous
35:28inspirer.
35:29C'est excellent.
35:30À mes côtés,
35:30l'écrivain Gilles Martin-Chauffier
35:32et Nazanine,
35:33son nouveau roman
35:34apparaît le 16 septembre.
35:35Ça sera chez Elbin Michel.
35:36Et puis à ses côtés,
35:37Roy Hendel,
35:38fondateur de Chira.
35:40Mais Chira,
35:41c'est pas mal aussi.
35:42C'est pas loin.
35:44Roy Hendel,
35:44et puis votre première épicerie
35:45d'ailleurs,
35:46qui est installée
35:46au marché Saint-Martin à Paris.
35:47Elle a ouvert cette épicerie.
35:48Oui,
35:49elle a ouvert hier.
35:50Hier ?
35:50Oui.
35:51D'accord.
35:53Allez,
35:53on continue un petit peu
35:54sur des petits points communs
35:57que vous avez,
35:57messieurs,
35:58et puis après,
35:58on enchaînera
35:58sur le portrait chinois.
35:59Je vous préviens,
36:00il ne faut pas trop réfléchir
36:01avant de répondre aux questions.
36:02Mais avant ça,
36:03j'ai encore un lien
36:04qui m'intéresse chez vous.
36:05C'est de relier ce présent
36:07d'aujourd'hui.
36:08On vient d'en parler avec vous,
36:09Gilles Martin-Chauffier.
36:10Vous, Roy,
36:11chaque épicerie,
36:12elle possède une origine géographique,
36:13une tradition,
36:14une histoire culturelle,
36:15etc.
36:15Tous les deux,
36:16vous reliez en fait
36:18aujourd'hui à notre héritage.
36:21Des fois,
36:21on se dit que c'est peut-être
36:22ça qui manque justement
36:23et que c'est pour ça
36:23que ça se répète,
36:24c'est qu'on oublie
36:25ces héritages profonds.
36:26Roy Hendel ?
36:28Oui,
36:28c'est vrai que l'héritage,
36:30c'est quelque chose
36:31qui a une importance,
36:33qui peut avoir soit un poids
36:34et soit une source d'inspiration.
36:38Ça dépend comment,
36:39quel rapport on a avec.
36:40C'est vrai que pour moi,
36:41pendant longtemps,
36:42c'était l'histoire familiale
36:44et comme beaucoup des Juifs
36:46d'Europe
36:47n'était pas...
36:48Vous êtes d'Europe de l'Est ?
36:49Oui.
36:50Donc vous êtes Juif,
36:50Ashkenaz,
36:51effectivement,
36:51donc c'est la chose
36:52à votre histoire.
36:53Voilà,
36:53exactement.
36:54Et c'était un sacré poids
36:55et la religion et tout.
36:57Et c'est vrai qu'aujourd'hui,
36:59je regarde ça différemment.
37:00Je regarde ça
37:01avec beaucoup de bienveillance.
37:03Non,
37:03parce que justement,
37:04je sais d'où je viens
37:07et ça me donne aussi une force,
37:09ça me donne aussi
37:10une certaine sérénité.
37:12Parce que,
37:13voilà,
37:14j'essaie de regarder en arrière,
37:15j'essaie de regarder dans le futur,
37:17j'essaie de regarder aussi
37:18dans le présent
37:19pour m'aiguiller dans la vie
37:20et pour transmettre aussi.
37:24Là,
37:25j'ai travaillé sur un nouveau mélange d'épices
37:26à base de réforts,
37:27justement,
37:28pour aller bien dans l'Europe de l'Est.
37:30On va nous faire de gefilte fiches bientôt.
37:32Ça peut-être pas,
37:34mais...
37:34Sans moi !
37:36C'est de la carte farcie,
37:37mes chers auditeurs.
37:38C'est vraiment pas le truc le meilleur
37:39que j'ai goûté de ma vie.
37:41J'ai une part en chauveille.
37:42Qu'est-ce que ça vous inspire,
37:43ce que dit Roy Andel ?
37:45Moi,
37:45ce qui m'inspire,
37:46dans votre question,
37:47si vous dites
37:47en quoi on est nos traditions,
37:49c'est qu'en fait...
37:49C'est l'héritage.
37:50C'est l'héritage.
37:52Le livre,
37:52ce que je veux montrer,
37:54c'est bon...
37:54Mon livre,
37:55c'est une histoire d'amour,
37:55en fait.
37:56On a beaucoup parlé de politique,
37:57mais c'est une histoire d'amour
37:57avec une fille un peu volcanique.
38:00Mais,
38:01l'autre thème du livre,
38:02c'est
38:03comment cette histoire d'amour
38:04est handicapée
38:05par des intellectuels français.
38:07Et le livre raconte,
38:08en fait,
38:08et c'est une tradition française
38:10des intellectuels
38:11de vouloir se trouver
38:12des combats à l'extérieur.
38:13Et en particulier,
38:15dans ces années-là,
38:16et même encore aujourd'hui,
38:17ils cherchent à avoir
38:18une guerre d'Espagne.
38:19C'est-à-dire,
38:19il y a eu une guerre d'Espagne
38:20qui a fait le bonheur
38:21de Aragon,
38:22de Drilla-Rochelle,
38:23de Malraux,
38:24de toute la bande.
38:25Et ils veulent la leur.
38:27Et donc là,
38:28l'Iran,
38:29le Liban,
38:29Israël,
38:30tout ça,
38:30les intellectuels français
38:31ont besoin de se mêler,
38:34d'amener...
38:35Pourquoi ?
38:37Pour être au premier point médiatique.
38:39C'est que du bœuf, quoi.
38:40Si vous faites une thèse
38:41sur Kant,
38:43vous ne serez pas lus.
38:44Ce n'est pas très facile
38:45à lire, etc.
38:46C'est le problème
38:48des intellectuels,
38:49c'est qu'ils acquièrent
38:50une compétence
38:50dans un domaine
38:51et qu'ensuite,
38:52ils s'expriment
38:52dans les autres.
38:54Et c'est tout le thème du livre
38:55et c'est ce qui provoque
38:56la fureur de Nazanin
38:58qui dit
38:58mais taisez-vous,
38:59vous n'avez pas de quoi vous parlez.
39:01Il y en a une autre
39:01qui parle comme ça aujourd'hui,
39:02c'est Mona Jafarian.
39:03Je suis obligée de la citer
39:04dans cette émission
39:05puisqu'elle se lève
39:07contre toutes les absurdités
39:08qu'on entend actuellement
39:10sur l'Iran
39:10et la République syté.
39:11Elle n'a pas fini de se lever.
39:12Et elle se fait
39:13beaucoup embêter aussi
39:14donc on lui envoie
39:15plein de courage.
39:17D'ailleurs,
39:18quand on parle de tradition,
39:20à un moment dans le livre,
39:21il va déjeuner,
39:23le personnage
39:24qui est journaliste,
39:25il va déjeuner
39:25à Neuf-le-Château.
39:26Il rencontre le curé
39:27de Neuf-le-Château
39:29et à l'île-au-moine,
39:29il a vu le recteur
39:30et l'un et l'autre
39:31lui disent
39:32mais c'est très bien
39:33ce que vous faites
39:33M. Romény.
39:34Ça passait très bien
39:35aux yeux du clergé l'idée
39:36que les clergés
39:37sont solidaires dans le monde.
39:38On le voit,
39:39clergés juifs,
39:40musulmans, chrétiens
39:41sont toujours d'accord
39:42sur tout
39:42et se couvrent
39:43les uns les autres.
39:44Nous passons donc
39:46au portrait chinois.
39:47Vous êtes prêts, messieurs ?
39:48Il ne faut pas trop réfléchir.
39:49Première nouvelle, oui.
39:51Si vous étiez
39:51un personnage de roman,
39:52Gilles-Martin Chauffier ?
39:54Lucien Rubin-Pré,
39:55qui est-ce ?
39:56Les deux personnages
39:57essentiels
39:58d'Illusion perdue
40:00de Balzac
40:00et de Splendeur
40:01et Misére des Cortisanes aussi.
40:03D'accord.
40:04Roy Handel,
40:05si vous étiez
40:05une cuisine du monde ?
40:07La cuisine italienne.
40:09D'accord, oui,
40:09maman, quoi.
40:10la maman.
40:11La maman ne vous lâchera pas.
40:13Gilles-Martin Chauffier,
40:14si vous étiez
40:14un événement historique ?
40:18La prise de la Bastille.
40:20Ah oui, pourquoi ?
40:21Parce que c'est...
40:22J'aime bien
40:23les dates clés.
40:24D'accord.
40:24Et là,
40:25on change de monde.
40:26Ah oui, c'est assez clé, oui.
40:27Nous, on adore
40:28Marie-Antoinette,
40:29on adore Versailles.
40:30Moi, j'adore la culture
40:31du XVIIe et XVIIIe siècle.
40:32Je ne vis que là-dedans.
40:34Mais en même temps,
40:35pour nous trois,
40:36ça aurait été l'enfer.
40:37Ah oui, c'est certain.
40:37Il fallait être verti du même pour cent.
40:39Et donc, la prise de la Bastille,
40:40c'était quand même
40:40très, très positive pour nous.
40:42Finalement, je vous ici, oui.
40:45Si Roy,
40:46si vous étiez,
40:47Roy Hendel,
40:47si vous étiez un mélange d'épices ?
40:51J'aurais été les Zathars.
40:53Alors, expliquez ce que c'est.
40:54C'est une épice libanaise.
40:55Les Zathars, c'est un mélange d'épices
40:56qui vient du Moyen-Orient,
40:58du croissant fertile,
40:59on va dire.
41:00Et c'est de l'origan sauvage
41:02avec du sésame, du sumac,
41:04du sel et de l'huile d'olive.
41:05C'est très bon.
41:06Et pour moi,
41:07c'est la maison.
41:08Oui, bien sûr.
41:10Gilles-Martin-Chauffier,
41:11si vous étiez un lieu pour écrire ?
41:16Une maison au bord de la mer.
41:17C'est ça que vous faites ?
41:18En Bretagne ?
41:20Ma maison est dans une île,
41:21je vois la mer toute la journée,
41:22mais ma maison ne voit pas la mer.
41:24Ça me frustre.
41:28Roy Hendel,
41:28si vous étiez un parfum d'enfance ?
41:32Ça aurait été le parfum
41:33de la vieille ville de Jérusalem.
41:34D'accord.
41:34C'est quoi comme parfum ?
41:36C'est un parfum de pierres chaudes
41:38par le soleil.
41:40Minéral, quoi.
41:41Minéral, en même temps,
41:42des élans parfois,
41:44un peu d'encens,
41:46des fraîcheurs
41:47qui viennent des églises,
41:48des vieilles maisons de là-bas ?
41:50Souvent, j'ai marqué
41:51dans les villes musulmanes,
41:52il y a une odeur de café.
41:54À Fès,
41:55où j'ai beaucoup vécu
41:56quand j'étais petit garçon,
41:58quand je sors le café,
41:59je me pense à Fès.
42:01Gilles-Martin-Chauffier,
42:02si vous étiez une liberté
42:02à défendre ?
42:04La liberté de la presse.
42:05D'ailleurs,
42:06François Tourbillon avait dit
42:07« Elles sont toutes intéressantes,
42:09les libertés,
42:09mais il n'y en a qu'une seule
42:10qui garantit les autres,
42:11c'est la liberté de la presse. »
42:13Roy Handel,
42:14si vous étiez une règle
42:14à ne jamais trahir ?
42:17La bienveillance.
42:18D'accord.
42:19C'est une règle chez vous.
42:20Quoi qu'il arrive.
42:21Qu'il que vous ayez
42:22en face de vous.
42:23Oui.
42:25Gilles-Martin-Chauffier,
42:26quel est votre talent caché ?
42:27Mon talent caché ?
42:29Alors, je n'en ai aucun.
42:31Non, non, je suis...
42:32Mais si, je suis sûre
42:33que vous chantez
42:34sous la douche hyper bien,
42:35par exemple.
42:36Non.
42:36Non, non, non.
42:37J'adore mes petits-fils.
42:39C'est bien ça.
42:40Voilà.
42:41Quel art d'être grand-père,
42:42comme dirait l'autre.
42:44Je les aime.
42:44Là, je ne vais pas me tromper,
42:45c'est Hugo.
42:46Oui.
42:48Roy Handel,
42:49quel est le prochain rêve
42:50de Roy Handel ?
42:53Dormir une nuit,
42:54un tiers.
42:55Ah, parce que non, là ?
42:56Comment ça se fait ?
42:58Avec l'ouverture de l'épicerie.
43:00D'accord.
43:01Voilà, mais sinon...
43:01Ça va, c'est un rêve
43:02pas trop compliqué.
43:04Pas tant que ça.
43:05C'est ce que je me dis
43:05depuis un moment.
43:07OK.
43:08Allez, Gilles-Martin-Chauffier,
43:09pour terminer,
43:10le moment de vie
43:10dont vous êtes le plus fier.
43:12Le moment de vie
43:12dont je suis le plus fier ?
43:16La naissance de mes enfants.
43:19Tous ?
43:19Les deux.
43:20Il n'y en a pas 36 non plus.
43:22C'était une manière
43:23de vous poser la question.
43:24Oui, la naissance de ma fille,
43:26le beau jour de ma vie.
43:28Et vous,
43:29Ray Handel,
43:29la leçon de vie
43:30qui vous a le plus marqué ?
43:36Ça, c'est une bonne question.
43:41C'est vraiment...
43:42ça revient toujours
43:43à la bienveillance.
43:44En fait,
43:45ce qu'on fait aux autres,
43:47finalement,
43:47ça revient à nous.
43:48Ça peut être le karma,
43:49ça peut être...
43:50On peut l'appeler
43:50de plein de façons.
43:51Vous ne seriez pas
43:52un petit peu bouddhiste,
43:53hindouiste ?
43:56Un peu tout ça ?
43:57Un peu tout ça, je ne sais pas.
43:58Humaniste,
43:59comme vous disiez tout à l'heure,
44:00peut-être.
44:01Ça vous va mieux ?
44:01Oui.
44:01Vous méditez,
44:02Ray Handel ?
44:03Je méditais pendant
44:04très longtemps.
44:04Il faut dormir,
44:05maintenant.
44:06Il faut dormir, voilà.
44:08Merci beaucoup à tous les deux.
44:09Merci.
44:10C'était un plaisir
44:10de partager avec vous.
44:11C'était excellent.
44:13Alors, Gilles Martin-Chauffier,
44:14je recommande votre livre.
44:15Il est excellent.
44:16C'est Nazanine.
44:16C'est à sortir
44:17le 16 septembre prochain
44:18chez Albert Michel.
44:18Il est déjà en précommande,
44:19je le sais,
44:20parce que j'ai une copine
44:20qui l'a précommandée.
44:24Handel, votre adresse,
44:25pour l'épicerie Chira,
44:26c'est Marché Saint-Martin.
44:28Le Marché Saint-Martin,
44:28c'est au 3133 rue du Château d'Ou.
44:31C'est dans le 10ème.
44:32Vous êtes du mardi au samedi
44:33de 9h à 20h
44:34et le dimanche de 14h à 20h,
44:35c'est ça ?
44:36De 9h à 14h.
44:37De 9h à 14h.
44:38Bon, ben voilà.
44:39Oui, écoutez,
44:40comme ça,
44:40j'aurai les bons horaires.
44:42Merci.
44:42Et vous aussi,
44:43d'ailleurs,
44:43chers auditeurs,
44:44merci à tous
44:44de votre fidélité
44:45à cet excellent
44:45votre émission
44:46sur Souda Radio.
44:46On se retrouve dimanche prochain
44:48à 19h sans oublier
44:49tous les samedis
44:50à 13h30
44:51pour Parlons Femmes.
44:52Merci à Julien
44:52qui réalise pour vous.
44:53Et moi,
44:54je vous embrasse.
44:55C'était excellent.
44:55Bye bye.
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