- il y a 6 jours
Judith Beller reçoit Laurent Joffrin et Pauline Delassus, éditorialiste et grand reporter
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PersonnesTranscription
00:01Sud Radio, c'est excellent, Judith Bélaire.
00:04Bonsoir, bonsoir, c'est excellent votre rendez-vous du dimanche soir 19h avec l'Excellence Française sur Sud Radio.
00:10C'est l'histoire d'un père et d'une fille qui se réunissent pour raconter leur histoire commune.
00:15Et puis c'est pas n'importe quelle histoire puisque c'était aussi une partie de notre histoire contemporaine.
00:18Laurent Joffrin, Pauline Delassus, bienvenue.
00:21Merci.
00:22Les enfants savent, c'est votre livre à quatre mains sorti chez Grasset.
00:26Laurent, vous êtes éditorialiste, ancien patron de presse, chroniqueur sur France Info, co-fondateur du Médial au Journal.
00:31Vous publiez donc avec votre fille Pauline, ici présente et grand reporter à la tribune du dimanche, ce livre, Les
00:37enfants savent.
00:38Comme quoi vous ne partagez pas que la plume tous les deux, mais aussi une passion commune pour le journalisme,
00:42on aime ça.
00:42Et puis à vous qui nous écoutez, welcome. Merci d'avoir choisi cet excellent sur Sud Radio.
00:51Alors, Pauline et Laurent, les enfants savent, c'est le récit familial, intime, politique, romanesque d'une famille, donc la
00:58vôtre.
00:59Laurent Joffrin, Pauline Delassus, vous êtes dans l'issue d'une famille qui est traversée par les secrets, les silences,
01:04les fractures de l'histoire.
01:05Avec au centre, les femmes aussi, très important.
01:08Et puis ce Jean-Pierre Mouchard, votre père, Laurent, qui est éditeur flamboyant, séducteur, homme de réseau, proche de Jean
01:14-Marie Le Pen aussi.
01:15Un livre puissant sur ce que les familles thèsent et sur ce que malgré tout les enfants savent, puisque les
01:20enfants savent, Pauline.
01:22Oui, c'est le titre.
01:23C'est vous qui avez eu envie d'écrire ce bouquin, ce que m'a confié Laurent hors antenne.
01:27Oui, c'est vrai, c'est moi qui ai eu l'idée en discutant avec l'éditeur Christophe Bataille, avec
01:32qui j'avais déjà édité trois livres, chez Grasset.
01:35Et en parlant avec lui de plein de choses, notamment de féminicide, je lui ai raconté cette histoire qu'il
01:42y avait dans notre famille,
01:43de mon arrière-arrière-grand-mère qui a été assassinée par mon arrière-arrière-grand-père.
01:48Une histoire dont on ne savait pas grand-chose dans la famille et sur laquelle j'avais été enquêtée en
01:53Argentine quelques années auparavant.
01:55Et donc j'avais réussi à découvrir certains points de l'histoire inconnus et que j'avais rapportés en France
02:02à mon grand-père Jean-Pierre.
02:03Et en racontant ça à l'éditeur, il m'a dit mais c'est une super histoire, il faudrait en
02:07faire un livre.
02:09Au début, je n'étais pas très convaincue parce que je pensais que ça n'intéresserait personne.
02:16Et finalement, en réfléchissant, en creusant et en en parlant avec mon père, on s'est dit qu'on pourrait
02:21le faire ensemble.
02:23Donc ça prenait notre dimension.
02:24Et puis, et surtout, j'ai réalisé que les histoires de famille parlent souvent en une famille.
02:30Voilà, bien sûr.
02:31Ça peut être un bon récit et en même temps, faire écho chez les gens, chez les lecteurs, j'espère.
02:37C'était l'objectif en tout cas.
02:39Bah clairement, ça fonctionne.
02:40Et vous Laurent, quand Pauline est venue vous proposer ce projet, c'est quoi votre première action ?
02:45C'est oui tout de suite ?
02:46Oui, j'ai dit oui tout de suite.
02:47Alors je me suis demandé après pourquoi, parce que ça me touche quand même de près.
02:50C'est pas toujours, c'est un drame, enfin il y a beaucoup de drames, de contradictions, de bizarreries, etc.
02:57Et je pense que je me suis un peu dédoublé.
03:00Ouais.
03:01C'est-à-dire que, comme journaliste, je me dis que c'est un bon sujet.
03:04Ouais.
03:05Et du coup, je me suis dit, je vais me mettre dans le sujet, comme ça, j'ai pas besoin
03:08d'enquêter.
03:10A priori, vous le maîtrisez, ouais.
03:11C'est imposant.
03:12Et donc, ça m'a permis de raconter mes histoires intimes sans trop me...
03:16En prenant du recul, en fait, c'est ça ?
03:18Oui, alors c'est facile à dire.
03:19Enfin, on n'a pas pris vraiment du recul.
03:21Il y a des moments où j'étais quand même un peu secoué, un peu ému par certains passages.
03:28Particulement difficile, mais j'ai fait ça comme si je faisais un bouquin sur quelqu'un d'autre.
03:34Ouais.
03:34Parce que l'éditeur lui a reproché d'ailleurs au début, il trouvait qu'il se livrait pas assez et
03:38que c'était pas assez personnel.
03:39J'ai commencé à écrire comme un récit.
03:40Ouais.
03:41Le récit, oui, il est personnage, puis on raconte leur histoire.
03:43Alors l'éditeur m'a dit, mais...
03:44Mais c'est vrai que quand on passe son temps à écrire sur les autres...
03:47Bah on garde le pli, ouais.
03:48Bah oui, forcément.
03:49Donc c'est difficile de reprendre le narratif, ouais.
03:52Donc je me suis dit, bon, c'est vrai, il faut quand même que je me raconte un peu.
03:54Je me suis lâché.
03:55Et ce qui est intéressant, c'est que c'est un livre, c'est une sorte d'archéologie du silence,
03:59en fait, je trouve.
03:59Il y a un truc comme ça.
04:00C'est une belle expression, merci.
04:01Il y a les non-dits qui disparaissent pas, ils se transmettent autrement, ils s'inscrivent dans le corps, dans
04:05les attitudes, dans les tensions familiales, dans tout ce qui suit.
04:08Comme quoi, finalement, ce qu'on tait ne disparaît jamais, quoi.
04:11Ouais, c'était l'idée de cette phrase, les enfants savent même se conter.
04:16Et c'était une phrase que mon père a écrite dans le premier chapitre ou le deuxième, je sais plus.
04:21Et en fait, en la lisant et en la réécrivant moi aussi, je me suis dit que ce serait un
04:25bon titre.
04:26Parce que ça raconte vraiment ça, la transmission des silences, des choses taboues, des secrets.
04:32Et l'impact que ça peut avoir de ne pas raconter les choses.
04:36Parfois, c'est utile aussi, ce que mon père raconte, c'est qu'on peut aussi penser plutôt à l
04:43'avenir et éviter de se lamenter sur le passé.
04:47Et c'est vrai aussi.
04:49Mais en même temps, si on ne dit pas certaines choses cruciales, ça reste en travers de la gorge.
04:53Ah bah ça, c'est sûr.
04:54Des générations.
04:56Je disais que c'était un bon sujet.
04:58Si on met les choses pêle-mêle, c'est vrai qu'il y a beaucoup de thèmes.
05:01Il y a une famille pétainiste, un grand-père qui a été révoqué pour faire de collaboration, qui a été
05:06réintégré après.
05:06Mon frère a quand même été révoqué.
05:08Il y a la France coloniale qui était un souvenir aussi, qui est un peu caché.
05:12Et puis il y a la résistance.
05:14Et puis il y a l'autre partie de la famille qui est une famille michelée.
05:17Pour ceux qui sont plus vieux, c'est un grand résistant, ministre du général de Gaulle, qui était dans ma
05:23famille, que j'ai connue quand j'étais enfant.
05:25C'est fou ça.
05:26Qui était à Dachau.
05:27C'est dichotomique un peu quand même.
05:28Alors du coup, ça reflète ce que vous disiez.
05:31C'est l'histoire du pays, vu à travers une histoire intime.
05:34Mais c'est quand même l'histoire du pays.
05:35Puisqu'il y a une branche très très très à droite, et collabo.
05:40Et il y a une autre branche résistante, gaulliste, à droite aussi, mais c'est pas la même.
05:44Et puis il y a ce père, votre père, Jean-Pierre Mouchard, qui est un héros de roman, héros balsacien.
05:49Ça c'est ce qui est dit dans votre présentation.
05:51Mais en fait, chez Balzac, quand on travaille un peu sur les héros, derrière la réussite, il y a toujours
05:56la part d'ombre, la compromission, l'illusion, la domination, etc.
05:59Oui.
06:00C'est comme ça que vous l'avez traité ce sujet.
06:02Pour Balzac, il y a même un crime, je crois, toujours, à la base.
06:06Là, il y a un crime, mais c'était à la génération d'au-dessus.
06:09Mais il y a trois morts violentes de femmes, pour des raisons diverses, mais ça traduit quand même la condition
06:13féminine de l'époque.
06:15Bien sûr.
06:15Et puis ça traduit le fait qu'on a un peu oublié ça, je pense, aujourd'hui.
06:21La politique, dans ces périodes très dramatiques, de guerre, etc., peut briser, déchirer les familles, bouleverser les destins individuels.
06:31C'est moins le cas aujourd'hui, quand on est né après les années 50, bon, en gros, on est
06:35dans un continent où il n'y a pas de guerre.
06:37C'est en train de changer, en ce moment.
06:39Oui, c'est pour ça. D'où l'angoisse, d'ailleurs. Les gens se disent, mais ça va recommencer.
06:42Oui. Je pense que les familles se déchirent en ce moment.
06:44On n'est pas en guerre civile, peut-être qu'on le sera, mais on ne l'y est pas.
06:47Tandis qu'à l'époque, c'était une guerre civile pendant la guerre, c'était une guerre civile.
06:52Alors, on parle de ces femmes, Pauline, dont la maman de votre papa, qui s'est suicidée quand il avait
06:59trois ans,
07:00à cause d'une dépression postpartum, en fait, non traité, c'est ça ? C'est-à-dire que ça
07:03pointe aussi du doigt le rapport ?
07:05On n'appelait pas ça comme ça à l'époque. Je ne sais pas comment ils l'appelaient, d'ailleurs,
07:09vraiment,
07:09mais en tout cas, elle a fait une première tentative de suicide et puis finalement, elle s'est tuée.
07:15Alors qu'elle venait d'avoir deux enfants presque coup sur coup et elle était sans doute extrêmement isolée, désespérée.
07:23Et c'est vrai que c'était pas du tout, non seulement c'était pas traité, mais ensuite, ça a
07:28été complètement passé sous silence
07:29pour protéger les enfants sans doute aussi. Ça partait peut-être d'une bonne volonté, bien sûr.
07:34Mais on minimisait vachement les souffrances des femmes qui étaient, en plus à l'époque, souvent dépendantes de leur mari.
07:43Tout le temps, parce qu'il n'existe très peu de soins.
07:47Voilà, la gynécologie et la médecine étaient se penchées peu sur ces douleurs psychiques qui arrivaient après l'accouchement.
07:53Donc c'était très dur.
07:54Elles ont payé le prix fort, les femmes, quand même, pendant des générations.
07:56Oui, là, c'est vrai qu'il y a trois générations qui...
07:59Donc la première est assassinée par son mari, après une vie de violence conjugale, en laissant également deux petits-enfants
08:07très petits.
08:08Et celle d'après, elle meurt après avoir donné naissance à son deuxième enfant.
08:13Donc là aussi, c'est un peu...
08:15Là, c'est davantage les progrès de la médecine qui n'étaient pas encore au top.
08:19Mais quand même, c'est...
08:20C'est une médecine qui est faite par les hommes pour les hommes.
08:22Voilà, et c'est vrai qu'on minimisait.
08:26C'était comme ça, on pouvait mourir en couche.
08:28C'était un risque qu'il fallait accepter, que les femmes acceptaient.
08:31D'ailleurs, c'est aussi pour ça qu'on faisait beaucoup d'enfants.
08:33Et qu'il y avait à la fois des enfants...
08:35Parce qu'en plus, sa fille en question meurt quelques mois après sa année sans anglais.
08:39C'est un double drame.
08:41Et ensuite, ma grand-mère qui met fin à ses jours pendant une dépression de porte-partum.
08:45Donc tout ça, ça reflète trois époques.
08:50Et trois femmes, trois conditions féminines très difficiles,
08:53qui aujourd'hui ont changé.
08:54Il y a eu beaucoup de progrès.
08:56Même s'il reste beaucoup de chemin à faire.
08:59En médecine, il y a encore pas mal de travail, a priori.
09:02On meurt beaucoup moins en couche.
09:03Oui, c'est sûr.
09:04L'accouchement est beaucoup plus sûr.
09:05Oui, ça c'est certain, effectivement.
09:07Sur ces choses essentielles-là, oui.
09:08Mais après, tout sur ce qui est l'accompagnement,
09:10même des femmes dans leur vie hormonale, etc.
09:12On n'en est qu'au début, j'ai l'impression.
09:14Oui, on sent que...
09:16Je ne sais pas si c'est vraiment par sexisme encore aujourd'hui.
09:20Non, c'est juste qu'à un temps d'évolution.
09:21On est en retard, quoi.
09:22On est un peu en retard, oui.
09:24Vous, Laurent, vous apportez la mémoire, le récit, l'histoire.
09:27Et vous mettez un peu d'intime, effectivement,
09:29dans votre manière d'aborder le sujet.
09:31Mais c'est quand même le récit, quoi, au départ.
09:34Oui, enfin, je commence sur la chose la plus personnelle.
09:37C'est-à-dire que les bribes de souvenirs que j'ai pu avoir du moment du suicide.
09:44Donc c'est quand même intime, ça.
09:46Mais effectivement, cette famille, du côté de mon père, a été bouleversée par le...
09:53C'est une histoire, souvent, de chute et de rétablissement.
09:57Mon père était fils d'administrateur colonial,
10:01mais en Indochine, donc.
10:03Mais en 1945, l'Indochine est envahie par les Japonais.
10:07Les colons français sont mis dans des camps.
10:10Enfin, pas dans des camps de concentration, mais dans des endroits fermés.
10:13Ils sont parqués, quoi.
10:14Ils sont menacés par les indépendantistes vietnamins.
10:16Ils sont exfiltrés par un bateau britannique.
10:19Mais comme mon grand-père était pétainiste, il est révoqué.
10:22Donc mon père, qui était l'aîné de la famille, se retrouve chargé...
10:26Chef de famille.
10:26Chef de famille, quoi.
10:28À 16 ans, 17 ans.
10:29Il fait des études en même temps.
10:30Donc il travaille, il fait des études.
10:32Et en, disons, 7-8 ans, il devient multimillionnaire.
10:37Donc c'est l'histoire d'une ascension économique fulgurante.
10:43Et après, il a tout perdu.
10:44Donc moi, j'ai pas...
10:46Je vous rassure, j'ai pas eu d'héritage.
10:47Je vous rassure.
10:48J'étais pas inquiète, a priori.
10:51Mais j'ai eu un héritage quand même qui était cette idée que si on travaille et si on est
10:57courageux, on y arrive.
10:59Ça, c'est vrai.
11:01C'est un truc qui vous a transmis aussi, ça, Pauline.
11:03Bah, j'espère.
11:04J'espère, mais oui, oui.
11:05Et si on est éduqué correctement.
11:08Le plus important, c'est quand même dans l'héritage.
11:10C'est pour ça qu'il y a toujours des inégalités très fortes.
11:12C'est que c'est l'héritage, c'est la culture et l'éducation qui est le vrai héritage.
11:17L'argent, c'est très agréable.
11:19Ça donne beaucoup de possibilités.
11:23Mais ce qui compte, c'est d'avoir la bonne éducation.
11:26Bien sûr.
11:26Et vous, Pauline, vous questionnez, vous fissurez, vous mettez en lumière.
11:29C'est aussi votre manière de rendre hommage à votre père, j'ai l'impression.
11:33Oui, c'est vrai.
11:34Non, mais l'idée, c'était qu'il y a un dialogue entre générations et des différences de point de
11:39vue.
11:40Donc, on a essayé d'opposer quelques idées et de montrer comment les générations de mon père,
11:49nées après la guerre dans les années 50 et ensuite, moi, nées dans les années 80,
11:54comment on voit différemment l'époque de la guerre, la résistance, la collaboration,
11:59l'époque coloniale avec toutes les évolutions qu'il y a dans la société en ce moment.
12:04Comme quoi, les frontières sont poreuses, quoi, en fait.
12:07C'est ça que vous dites aussi.
12:08Oui, c'est ça.
12:09C'est pas tout blanc-noir, quoi.
12:09Non, voilà, c'est ça.
12:10Il y a beaucoup plus de nuances, évidemment.
12:14Et ce qui est intéressant dans le parcours de Jean-Pierre, de mon grand-père,
12:18c'est qu'on est resté proche de lui malgré des divergences importantes.
12:23Surtout mon père, mais même moi, c'était vraiment mon grand-père.
12:26Je continuais à le voir et on n'était pas d'accord sur plein de choses,
12:29mais on était toujours très proches et ça, c'est aussi, je pense, intéressant.
12:34Et peut-être que ça parle à pas mal de gens dans d'autres familles
12:36où même si on n'est pas d'accord, il n'y a pas forcément de rupture
12:38et on peut rester en contact et trouver d'autres moyens de communiquer.
12:42Sud Radio, c'est excellent.
12:43Et ce soir, on se fait plaisir avec un père et sa fille qui ont écrit ensemble.
12:46Ron Joffrin, éditorialiste, ancien patron de presse,
12:48chroniqueur sur France Info, cofondateur du Média, Le Libre Journal.
12:51Et Pauline Delassu, grand reporter, à la Tribune, dimanche.
12:54Vous restez là, surtout. Nous, on reviendra tout de suite.
12:58Sud Radio, c'est excellent. Judith Bélaire.
13:00Et oui, c'est excellent sur Sud Radio.
13:02On est avec un duo père-fille ce soir.
13:04Laurent Joffrin, éditorialiste, ancien patron de presse,
13:07chroniqueur sur France Info, cofondateur du Média, Le Libre Journal.
13:11Pauline Delassu, grand reporter, à la Tribune, dimanche.
13:13Ainsi que leur livre à quatre mains,
13:14Les enfants savent, c'est sorti chez Grasset.
13:18Bon, avant qu'on continue l'échange autour de ce livre qu'on aime beaucoup,
13:21je vais être obligée de vous poser la question
13:24qui brûle les lèvres de tout le monde en ce moment.
13:25On entend beaucoup parler de ce qui s'est passé chez Grasset
13:28et du départ très surprenant, presque, d'Olivier Nora du jour au lendemain
13:35et de tous ces auteurs qui sont partis en même temps.
13:37Je crois qu'ils sont à peu près 115 à être partis.
13:40Qu'est-ce que vous, qui êtes chez Grasset, du coup, Laurent Joffrin,
13:43qu'est-ce que ça vous fait ?
13:45Comment vous le prenez ?
13:46Qu'est-ce que vous en pensez ?
13:47D'abord, en observant les gens avec qui on avait travaillé.
13:52Parce qu'on a travaillé avec Christophe Bataille,
13:54qui était notre éditeur, celui qui réalisait, etc.
13:57Il avait des gens qui travaillaient avec lui.
13:58Et il y avait une jeune femme, enfin une femme,
14:01qui s'appelle Elodie Degler, qui s'est occupée de...
14:03Qui est l'attachée de presse, oui.
14:04...de promouvoir le livre.
14:06Et là, ils étaient complètement abasourdis, déprimés, tristes, furieux, etc.
14:12Donc, il y avait un côté émotionnel, d'abord.
14:15D'abord, une émotion, c'est très clair.
14:17Parce qu'ils avaient l'habitude d'être...
14:18Parce que c'est 26 ans de maison, Olivier Nora.
14:2026 ans de maison et quelqu'un qui est très courtois,
14:23qui est très agréable, très cultivé
14:25et qui leur laissait une grande autonomie tout en travaillant avec eux.
14:29Et ils se retrouvaient tout d'un coup devant le spectre d'une mise au pas, quoi.
14:35Une mise au garde-à-vous, même.
14:37Parce que l'autre maison, qui n'est pas très loin,
14:39Fayard, que Nora avait dirigée, il la connaissait bien,
14:43a été complètement arraisonnée
14:46et placée sur une ligne de fer,
14:50de publications essentiellement de gens très, très, très à droite, quoi.
14:54Donc, ils ont pensé que c'était leur sort,
14:57que ça annonçait leur sort.
14:59Et c'était la ruine, finalement, à leurs yeux, en tout cas,
15:03de 30 ans d'effort.
15:05Donc, c'était vraiment dur.
15:06Et par ailleurs, sur le principe,
15:08moi, dans les journaux, moi, j'étais à Libération
15:11et au Nouvel Observateur,
15:13j'avais écrit des chartes d'indépendance
15:15que j'avais fait voter par les gens
15:18et qui prévoyaient, justement, que l'actionnaire
15:21s'occupait de...
15:22C'est pas son mot à dire, sur la ligne éditoriale.
15:24C'est lui qui gère le journal, normal,
15:26mais qui laisse la ligne éditoriale comme elle était avant,
15:30en gros, à peu de choses près.
15:32Et que c'est la rédaction, avec son directeur de rédaction,
15:35qui fixe l'orientation, pas l'actionnaire.
15:38Et là, évidemment, avec Bolloré, c'est le contraire.
15:40C'est l'actionnaire qui fixe la ligne.
15:43Alors, c'est une manière de voir,
15:44ça peut se défendre.
15:45Mais là où c'est difficile, c'est quand même...
15:47D'aucuns diraient que c'est la fin de la nomenclatura gauche-caviard.
15:50Qu'est-ce que vous en pensez ?
15:51Mais ça, c'est un mythe complet,
15:53parce que Grasset, c'est pas une maison de gauche, d'abord.
15:56Oui, il y a de tout.
15:58Et quant au caviar,
16:00la plupart des auteurs de chez Grasset...
16:02Ils ne mangent pas de caviar.
16:03Ils ne mangent pas de caviar,
16:04parce qu'ils gagnent très peu d'argent.
16:06Il faut vendre beaucoup pour vivre de sa plume.
16:09Il faut vendre, je crois, 50 000, 100 000.
16:11C'est donner un petit nombre d'écrivains.
16:13Les autres, ils font autre chose.
16:15Ils sont des salariés, ils travaillent ailleurs.
16:17Ils écrivent des romans le soir.
16:19Et donc, c'est un qualificatif,
16:22en l'occurrence doublement mensonger
16:25et décédé à discréditer des gens
16:28qui ne font que leur travail
16:29avec beaucoup de passion et d'indépendance.
16:32Vous, Pauline, qui avez sorti plusieurs romans
16:34chez Grasset, plusieurs livres,
16:37qu'est-ce que, pareil,
16:38quel est votre ressenti aujourd'hui
16:39par rapport à votre éditeur lui-même ?
16:41Est-ce que vous avez continué avec cette maison, par exemple ?
16:43J'étais tout de suite très triste
16:45parce que tout de suite, je me suis dit
16:46que ce ne serait pas possible
16:47de rester dans ces conditions
16:48parce que c'est vraiment...
16:50Il se fait limoger, évidemment.
16:52Et surtout, ça annonce, en effet,
16:54des choses...
16:56Un changement de ligne et d'ambiance
16:58rue des Saint-Pères chez Grasset
17:00alors que c'était une maison, certes,
17:01qui était déjà depuis trois ans
17:04propriété de Bolloré,
17:05mais où il y avait...
17:06Où ça résistait, quoi.
17:07En tout cas, il n'y avait eu aucune intervention
17:09sur aucun des textes que j'ai pu faire.
17:11Je pense que tous les auteurs de Grasset
17:12peuvent le dire de la même manière.
17:15Olivier et Nora nous protégeaient
17:16s'il y avait, en tout cas,
17:18des foudres de Bolloré.
17:20Et donc, ça...
17:21Voilà, c'était vraiment un endroit,
17:23certes, dans le groupe Bolloré,
17:25mais qui continuait comme avant.
17:26Donc, le fait qu'ils se fassent
17:28renvoyer de la sorte,
17:30ça n'augure rien de bon.
17:31Et j'étais très triste
17:33pour les gens qui bossent là-bas,
17:34pour les salariés de la boîte,
17:36pour qui c'est beaucoup plus embêtant
17:37que les auteurs,
17:38qui pourront toujours,
17:40espérons, retrouver un éditeur ailleurs.
17:42Pour les gens qui sont salariés,
17:43qui sont éditeurs,
17:44attachés de presse,
17:45fabricants, correcteurs, etc.
17:47Parce qu'on n'imagine pas
17:48toutes les petites mains.
17:49C'est plus difficile pour eux.
17:51Il faut retrouver un boulot, quoi.
17:53S'ils veulent partir.
17:53Ou alors, il faut rester dans ces conditions.
17:55C'est vachement dur.
17:56Et sur la question de rester,
17:58non, je ne pense pas
17:59que dans ces conditions,
18:01je referai un livre
18:01chez Grasset de cette manière.
18:03Mais là, le livre est sorti...
18:05Votre éditeur, par exemple,
18:06il y a encore, Christophe Bataille ?
18:07Christophe Bataille,
18:08il y a encore aujourd'hui,
18:09là, à l'heure où on parle.
18:10Mais je ne sais pas encore
18:12ce qu'il va faire.
18:13Je ne sais pas.
18:14Ça, ça lui appartient.
18:16Et alors, quel effet ça fait
18:17justement quand on a autant
18:18travaillé sur un livre ?
18:19Je rappelle votre livre,
18:20Les enfants savent.
18:20Vous avez écrit ensemble,
18:21tous les deux.
18:22Il y a un chapitre sur deux,
18:23grosso modo.
18:25Une plume de la fille,
18:26c'est quand même
18:26un travail intime
18:28et qui vous lit
18:29encore plus fortement.
18:31Donc, quand vous avez
18:32amené un projet aussi loin
18:33et que tout d'un coup,
18:34au moment où ça sort,
18:35parce que ça vient de sortir,
18:36en fait,
18:38il y a une nouvelle
18:38comme ça qui tombe.
18:40On continue à pousser
18:41le bouquin, évidemment.
18:42Mais est-ce qu'on le fait
18:43avec...
18:44Oui, ça intéresse tout le monde,
18:45me semble-t-il.
18:46Oui.
18:46Même de l'actionnaire.
18:48Oui, on a envie
18:49que le livre s'habille quand même.
18:50C'est ça.
18:51Et puis, je pense que
18:52les lecteurs,
18:52peut-être aussi,
18:54ils veulent,
18:55surtout lire des livres,
18:56des bons livres.
18:57Et donc,
18:58ils ne font pas forcément
18:58attention.
18:59Bien sûr.
19:00Et on ne peut pas
19:00leur emballoir
19:01à ce qui se passe
19:01dans les bureaux
19:02de la maison d'édition.
19:04Bon, il faut continuer
19:04à acheter des livres grassés
19:06parce que tous les auteurs...
19:08Au moins pendant un an, quoi.
19:10Oui, voilà.
19:10Et puis,
19:12après, on fait ce qu'on veut.
19:13Mais en tout cas,
19:13là, les auteurs
19:14qui vont sortir des livres
19:15dans les prochains mois,
19:15il faut les soutenir.
19:16Bien sûr.
19:17Alors, on va revenir
19:18justement à ce livre
19:20que vous avez écrit
19:21ensemble tous les deux.
19:23J'ai une question
19:23pour vous, Laurent.
19:24Comment est-ce qu'on peut
19:25se construire ?
19:26Vous êtes un homme de gauche,
19:27Laurent Geoffrin.
19:28Comment on se construit
19:29quand l'héritage familial
19:30et le père
19:31portent en lui
19:32des idées que l'on combat
19:33comme vous les avez combattues ?
19:34On se construit contre.
19:35C'est ça.
19:36C'est une manière
19:37de se construire.
19:38Moi, depuis l'âge
19:39de 12 ans, 13 ans,
19:40je suis en désaccord
19:42avec mon père.
19:43Enfin, j'étais en désaccord
19:44parce que mon père a disparu.
19:48À la fois sur les méthodes
19:49d'éducation.
19:50Là, vous avez une chose
19:51qu'on a oubliée.
19:52Les méthodes d'éducation,
19:53il faut voir ce que c'était.
19:54En moyenne,
19:54ça dépend des familles,
19:55mais quand même,
19:56c'était très froid.
19:58Les enfants avaient surtout
19:59des devoirs,
19:59pas de droits.
20:01Moi, je n'ai jamais été
20:02maltraité.
20:03C'est pas la question.
20:03Mais,
20:05la norme était quand même
20:08une forme d'autorité
20:09un peu froide,
20:12un peu triste même.
20:14Alors, ça tenait aussi
20:15à ma famille
20:15puisque ma mère avait disparu.
20:17Je vois une belle-mère
20:18qui n'était pas méchante,
20:19mais avec qui on n'avait
20:20pas vraiment
20:21de rapport maternel.
20:23Enfin, je n'avais pas
20:23de rapport à elle
20:24ou au contraire.
20:25Ce n'était pas
20:25une ambiance maternelle.
20:26Et donc,
20:29la méthode d'éducation,
20:30déjà, j'étais rebelle.
20:32Mais ça tient aussi
20:33à la génération.
20:34Oui, mai 68.
20:35La génération,
20:36c'est les années 60.
20:37Donc, c'est le mode de vie
20:39qui était porté
20:39par le rock,
20:41en fait.
20:41C'était venu par la musique,
20:42tout ça.
20:43C'était quoi,
20:43votre groupe préféré ?
20:44Ah, c'est le Beatles.
20:45Ça, j'avais changé.
20:4780% des boomers.
20:50Moi aussi,
20:51j'aime bien les Beatles,
20:52je peux être boomersant.
20:53C'est devenu un classique.
20:54C'est comme si
20:55Bach-Mozart,
20:56tout le monde
20:56a une Bach-Mozart.
21:01Ce mouvement de l'adolescence
21:04et du rock
21:04portait un mode de vie
21:06qui n'était pas du tout
21:06celui qu'on...
21:07Qu'il était interdit
21:08d'interdire, quoi.
21:09Oui, ça, c'était
21:10aller un peu trop loin.
21:12Et puis, là-dessus,
21:13quand j'avais 15 ans,
21:14j'étais au quartier latin,
21:15donc un endroit inadéquat.
21:17C'est la révolte de la jeunesse.
21:19C'est mai 68.
21:20Et ces idées,
21:21ces valeurs,
21:22cette ironie,
21:23cet côté goguenard
21:25de l'existence
21:25et puis cette idée,
21:28les buts
21:29qu'on nous assigne
21:30ne sont pas toujours
21:31forcément les bons, quoi.
21:33Enfin, je n'ai rien
21:34contre l'argent,
21:34au contraire,
21:35mais la société était...
21:37C'est normal, d'ailleurs.
21:38La génération d'avant
21:39sortait de la guerre,
21:41donc du rationnement,
21:42de la difficulté,
21:44de la pénurie
21:45et donc elle avait envie
21:46de choses matérielles.
21:48Mais cet idéal matériel,
21:49à nous,
21:50c'était un privilège aussi.
21:52On s'occupait moins
21:53de choses matérielles
21:55et on avait
21:55une part de rêve
21:56qui était plus importante,
21:57me semble-t-il.
21:58Et donc,
21:58ça m'a orienté.
22:00En plus,
22:00il y a un phénomène,
22:01et je n'ai pas mis ça
22:02dans le bouquin,
22:02j'aurais dû le mettre.
22:03On m'a mis à Stanislas,
22:04au collège Stanislas.
22:06On en a entendu
22:06beaucoup parler,
22:07de Stanislas.
22:08Donc,
22:09j'étais au lycée
22:09Lavoisier,
22:11dans le cinquième,
22:12et comme c'était
22:13la chienlit,
22:13comme disait
22:14le général de Gaulle,
22:15mon père m'a mis
22:16dans un autre établissement
22:17qui était le collège Stanislas,
22:18collège dirigé
22:20par des frères Maristes.
22:22Et alors là,
22:23il y avait
22:25des enfants,
22:25souvent des enfants
22:26de la bourgeoisie,
22:27il faut bien le dire,
22:27qui étaient très,
22:28très, très à droite.
22:30Et largement antisémites,
22:31etc.
22:32Et avec deux,
22:33trois copains
22:33qui n'étaient pas du tout
22:34de ce milieu,
22:35on les trouvait idiots,
22:37stupides,
22:38cons.
22:38Ça vous a donné envie
22:39de les contredire, quoi.
22:40Voilà.
22:40On ne va pas se mélanger
22:41avec ces gens-là.
22:42La droite,
22:42c'est plutôt l'extrême droite
22:44que la droite.
22:44Mais enfin,
22:45bon,
22:48par réaction,
22:49on s'est dit,
22:49mais ils sont trop bêtes.
22:50Tout le monde
22:50dans le même bateau, quoi.
22:51Voilà.
22:52Et donc,
22:54ça nous a conduit
22:55petit à petit à...
22:57Alors,
22:57je n'ai pas épousé
22:58les causes,
22:59contrairement à ce que
22:59beaucoup de gens disent,
23:00je n'ai pas épousé
23:00les causes révolutionnaires.
23:01Je n'ai jamais été
23:02d'extrême gauche.
23:03Je n'ai jamais été
23:03maoïste,
23:04trotskiste,
23:04etc.
23:05Je considérais que c'était...
23:06Non,
23:06vous étiez dans la jeunesse
23:07socialiste,
23:08pardon.
23:08Je n'ai pas changé
23:08socialiste.
23:09Après,
23:10à l'âge de 20 ans,
23:11je suis rentré
23:11au Parti Socialiste.
23:13Et je n'ai pas changé
23:14d'idée depuis.
23:14Je n'ai pas changé
23:15au Parti.
23:16Je vais confier aux auditeurs
23:18que je vous connais bien,
23:18effectivement.
23:19Vous n'avez pas changé
23:20depuis.
23:21Et vous,
23:22Pauline,
23:22ce qui est intéressant,
23:23c'est que ce qu'on entend,
23:24ce qu'on voit sur ce débat
23:27transgénérationnel,
23:27qu'il y a aujourd'hui
23:29dans votre famille,
23:30enfin,
23:30qu'il y a dans votre famille,
23:31c'est finalement un truc
23:32qu'on retrouve partout aujourd'hui.
23:34On en parlait tout à l'heure,
23:34ces familles qui sont divisées
23:35politiquement dans une société
23:37française qui est quand même
23:37très fracturée.
23:39On va dire que d'un côté,
23:40il y a les woke,
23:40et de l'autre côté,
23:41on ne sait plus trop ce qu'il y a.
23:42C'est quand même un peu compliqué
23:44en ce moment.
23:44Et ça reflète,
23:45quand je lis ce bouquin,
23:46j'ai l'impression de me retrouver,
23:47je peux me retrouver
23:47dans un dîner familial
23:49actuellement.
23:51Ça reflète vraiment notre époque.
23:52Merci.
23:53L'idée,
23:54c'était de raconter
23:56comment ça se passe
23:57quand on a de tels personnages
23:59dans la famille
23:59avec des idées très tranchées,
24:01quand on arrive
24:02en troisième génération,
24:04en gros,
24:05et qu'on doit se construire
24:06par rapport à ça.
24:08Est-ce qu'on bascule
24:08d'un côté ou de l'autre ?
24:10Est-ce qu'on est d'accord ?
24:11Pas d'accord ?
24:11Est-ce qu'on le dit ?
24:13Voilà,
24:14ces questions-là.
24:16Et montrer aussi
24:17que ce n'est pas
24:18parce qu'on est jeune
24:19qu'on est forcément
24:19en opposition avec ses parents.
24:21Ce n'est pas parce qu'on est
24:24on a de l'affection
24:25pour son grand-père
24:26qu'on est aussi
24:26complètement d'accord
24:27avec lui
24:28et que les jeunes,
24:31je ne suis plus vraiment
24:32maintenant,
24:32mais par rapport
24:34à mon père,
24:34oui,
24:36il y a plein de nuances.
24:37Ça, c'est sûr.
24:38Il y a plein de nuances
24:39et on n'est pas...
24:41Il faut voir le gris
24:42dans tout ça.
24:43C'est ça qui est intéressant.
24:45Allez,
24:45c'est excellent,
24:46vous l'aurez compris.
24:46C'est à 19h le dimanche
24:47sur Sud Radio.
24:48Vous avez rendez-vous avec nous.
24:50C'est l'émission
24:50qui crée le lien,
24:51même s'il existe déjà
24:52entre mes deux invités,
24:53Laurent Joffrin
24:54et Pauline Delassus.
24:55Vous restez avec nous
24:56pour la...
24:56Ça continue dans un instant.
24:59Sud Radio,
25:00c'est excellent,
25:01Judith Bélair.
25:02Vous êtes sur Sud Radio
25:03et c'est excellent
25:04comme mes invités ce soir.
25:06Laurent Joffrin,
25:07éditorialiste,
25:07ancien patron de presse,
25:09chroniqueur sur France Info,
25:10cofondateur du Média,
25:12le Libre Journal
25:12et puis sa fille,
25:13Pauline Delassus,
25:14grand reporter
25:15à la tribune dimanche.
25:16Ensemble,
25:17il publie
25:17Les enfants savent
25:18sur Grasset.
25:19Alors Pauline,
25:21on parlait justement
25:21du fait que vous,
25:23vous révélez aussi
25:25et ce qui est intéressant
25:26c'est que
25:27comme vous vous saisissez
25:28de votre propre vie,
25:30le livre prend une dimension
25:31très actuelle
25:32parce que vous avez construit
25:33votre propre famille
25:33totalement autrement
25:34et ça vous en parlez.
25:36Vous êtes mariée
25:36avec une femme,
25:37vous avez eu deux petites filles
25:38en PMA
25:39et donc c'est totalement
25:40une nouvelle manière
25:41d'envisager sa vie,
25:43l'avenir,
25:43la manière dont vous vous positionnez
25:44en tant que femme aussi
25:45puisque du coup,
25:46dans l'horizon,
25:47il y a moins d'hommes.
25:48Donc je voulais avoir
25:49un petit éclaircissement là-dessus.
25:50Est-ce que c'est conscient
25:51chez vous
25:51ou est-ce que c'est vraiment
25:52juste
25:53de ne pas forcément
25:56avoir d'hommes
25:56dans le paysage
25:57puisque ces hommes
25:58ont été si lourds
25:59sur les femmes
26:00de votre famille ?
26:01Alors non,
26:01c'est absolument pas
26:02calculé dans ce sens-là
26:03mais pas du tout.
26:04J'étais obligée
26:05de vous poser la question.
26:06Surtout qu'on n'a pas choisi
26:07le genre de nos filles.
26:09Il se trouve qu'on a eu deux filles
26:11mais on aurait pu avoir deux fils
26:12et ça aurait été très bien aussi.
26:14Et non, non,
26:15c'est pas du tout.
26:16C'est comme ça,
26:17c'est les rencontres de la vie
26:18et voilà,
26:18ça s'est fait comme ça.
26:19Parce que vous passez
26:20d'une famille un peu subie
26:21à une famille choisie
26:22j'ai envie de dire en fait.
26:24Ouais, c'est vrai.
26:24Après on choisit
26:25toujours quand même
26:26avec qui on fait sa vie.
26:27Oui.
26:28Donc même mes aïeuls
26:31l'ont choisi
26:31même si c'était...
26:32Les femmes,
26:33peut-être un peu moins quand même.
26:34Les femmes,
26:34il y avait moins de choix,
26:36il y avait moins de liberté.
26:36Oui, parce que ce grand-père
26:37il était quand même
26:38je veux dire
26:39inscrit dans une époque
26:40très patriarcale.
26:41Oui, oui, bien sûr.
26:42Mais sa deuxième femme
26:44lui a été présentée
26:45par des religieuses.
26:46Oui, voilà.
26:48Pour pallier au fait
26:49que la présente
26:50était morte.
26:51Il fallait repartir
26:52avec une femme.
26:52Voilà, il fallait une femme.
26:53Il n'a pas pris la première
26:54parce que c'était des religieuses
26:56qui cherchaient à caser
26:58des femmes à marier.
27:00Il présentait d'abord
27:01une aveugle.
27:02Il a dit
27:03c'est compliqué
27:03dans l'Indochine
27:05des aveugles.
27:05et donc il a pris
27:07la deuxième.
27:07Voilà,
27:08qui était ce qu'on appelait
27:09à l'époque vieille fille
27:10qui est une expression
27:11atroce.
27:11Une quatrinette.
27:13Une quatrinette.
27:14On disait quatrinette.
27:15Une quatrinette aussi,
27:16mais bon,
27:17tout ça...
27:17Quel bonheur !
27:18On est content
27:18d'être sorti de ça
27:19ou pas,
27:19Pauline de l'assure ?
27:20On est content
27:20de pouvoir choisir
27:22de faire lève sa famille
27:23comme on veut,
27:23ça c'est vrai.
27:25Parce que c'est aussi
27:25l'idée d'une génération,
27:27de notre génération,
27:27elle choisit sa vie,
27:28elle choisit sa famille,
27:29elle choisit son genre,
27:30elle choisit...
27:31En France en tout cas,
27:32dans les milieux privilégiés.
27:35Ah bah non,
27:35c'est un peu partout
27:36maintenant en France.
27:38Faire une PMA,
27:39c'est pas simple.
27:39Il faut avoir
27:41un peu de moyens.
27:42Mise à part la PMA elle-même,
27:43le fait d'être en choix.
27:45Aujourd'hui,
27:46je choisis,
27:47c'est quand même
27:49le leitmotiv d'une génération,
27:50de plusieurs générations.
27:51C'est beaucoup plus répandu
27:52qu'avant.
27:53Je suis bien d'accord,
27:53en effet.
27:54Mais après,
27:55mon grand-père
27:56n'a pas du tout,
27:57n'a jamais exprimé
28:02désapprouvé
28:02mes choix sur ça.
28:04D'ailleurs,
28:04je raconte
28:04qu'il m'a dit
28:05avant de mourir
28:06qu'il trouve ça très bien.
28:08Et lui-même,
28:09peut-être venant
28:09d'une famille particulière
28:10où il y a eu
28:11plusieurs mères
28:12et des drames
28:13et puis voilà,
28:14plein d'originalité,
28:15on va dire.
28:15C'est une forme de résilience
28:16chez lui en fait.
28:17Oui, voilà.
28:17En tout cas,
28:18il a une intelligence
28:19de comprendre
28:20que les familles
28:21peuvent se construire différemment.
28:22Ça, il a voulu me le dire
28:23et pour un homme
28:25d'extrême droite,
28:26c'est pas rien.
28:27Nos trois générations d'hommes
28:28n'ont pas eu de mère.
28:30Donc, mon père
28:31a dû trouver bien
28:33que ses petits-enfants
28:34aient deux mères.
28:35Ça compense.
28:37Et alors,
28:38et ce père justement
28:40qui a,
28:42en fait,
28:42ce que vous nous racontez,
28:43c'est un miroir de la France.
28:45On l'a dit déjà
28:46depuis tout à l'heure,
28:46le roi de frein,
28:47la colonisation,
28:48Indochine,
28:48la résistance,
28:49l'équilibre de Montmichelet,
28:49le pétainisme,
28:50l'extrême droite,
28:51mai 68,
28:51les élites parisiennes,
28:52etc.
28:54Aujourd'hui,
28:55avec le recul
28:56sur toute cette histoire,
28:58vous,
28:58est-ce que vous dites
28:59que finalement,
29:00on s'en sort pas mal,
29:01quoi ?
29:01Même vous,
29:02d'ailleurs,
29:02dans l'histoire,
29:03avec une telle transgénérationnalité,
29:06finalement,
29:06la société d'aujourd'hui,
29:08avec tous ces gens
29:08qui ont tant de fractures.
29:10Ça fait justice quand même
29:11d'un cliché
29:11qu'on entend très souvent,
29:13même à celui de la radio.
29:14Ah bon ?
29:16C'était mieux avant.
29:17Ouais.
29:18Mais c'était pas mieux du tout.
29:19Non.
29:19C'était pas mieux du tout.
29:20C'était beaucoup plus dur.
29:23Surtout pour les femmes,
29:24d'ailleurs.
29:25Mais même pour les hommes.
29:27D'abord,
29:27les hommes,
29:28ils allaient à la guerre.
29:30Et les femmes,
29:30elles,
29:32parfois,
29:33elles ne pouvaient pas choisir
29:33leur mari.
29:34Elles étaient obligés
29:34d'embrasser une vie
29:36qu'elles n'avaient pas du tout choisie.
29:37Elles avaient souvent
29:38pas de métier,
29:39parce qu'on les...
29:40gardaient à la maison.
29:41Donc,
29:41c'était pas libre.
29:42Elles ne pouvaient pas partir.
29:43Elles n'avaient plus d'argent.
29:45Et puis,
29:47dès qu'elles fréquentaient,
29:48comme on disait à l'époque,
29:50il fallait se marier.
29:50Parce qu'autrement,
29:51on risquait d'avoir
29:52un enfant hors mariage.
29:53Alors là,
29:54c'était la ligne de lignée totale.
29:55Et là, c'était la honte.
29:56Et donc,
29:58ça existe encore un peu maintenant,
30:00mais quand même,
30:01on s'en est sortis.
30:02Et puis,
30:03toutes ces épreuves,
30:05moi,
30:05j'ai eu que
30:07l'écho indirect
30:08de ces épreuves.
30:11une des idées du livre,
30:12quand même,
30:12ça se trouve,
30:13c'est notre histoire à nous,
30:14c'est pas pour donner des leçons,
30:16c'est qu'on peut s'en sortir,
30:17quand même.
30:17Ben oui, c'est ça.
30:18Condition de se dire,
30:19bon,
30:20ne nous voyons pas toujours
30:21comme des victimes.
30:22C'est exactement ça.
30:23même si on l'a été.
30:25Mais il ne faut pas,
30:25ce n'est pas une identité victime.
30:27Non.
30:28Ce n'est pas une manière d'être.
30:30Non, il ne faut pas y rester collé.
30:32C'est un passage,
30:33ça peut être un passage.
30:33C'est normal,
30:33on a des épreuves,
30:34c'est traumatisant,
30:35on peut avoir des séquelles psychologiques,
30:38tout ça.
30:38Mais il ne faut pas rester là-dedans.
30:39Il ne faut pas que le passé gâche l'avenir.
30:42Alors,
30:42comment ça s'est passé entre vous
30:44pour écrire ?
30:44Est-ce qu'il y a eu des moments d'opposition
30:47sur ce qu'il fallait révéler ou taire ?
30:48Est-ce que vous l'avez emmené
30:49à dire des choses
30:53Il n'y a pas vraiment eu d'opposition.
30:54On s'est partagé les chapitres,
30:56à peu près un sur deux.
30:57Et vous lisiez chacun votre tour ?
30:59On se relisait bien sûr.
31:00Parfois,
31:00on intervenait,
31:01mais pas beaucoup,
31:02sur le texte de l'un ou de l'autre.
31:04Et on était plutôt d'accord
31:06sur tout ce qu'on voulait dire.
31:07Franchement, là-dessus,
31:08je pense que c'est arrivé à un moment
31:09où on était chacun mûrs
31:11pour dire ce qu'on avait à dire.
31:13Et donc,
31:13ça s'est fait sans conflit.
31:17Ça doit être galvanaisant
31:18d'écrire un livre avec sa fille.
31:19C'est formidable, oui.
31:21C'est quand même génial
31:22de partager ça tous les jours.
31:24Est-ce que vous vous rendez compte
31:25qu'il y a cette transmission
31:27finalement de la part
31:28de votre père, Pauline,
31:29forcément dans l'écriture,
31:30dans le journalisme, etc.
31:31Est-ce que c'est une transmission
31:32très concrète et logique
31:34chez vous ?
31:35Ou c'est juste un truc
31:35que vous n'êtes pas posé la question
31:36que vous vous êtes retrouvée là
31:37à un moment donné ?
31:39C'est les deux.
31:39C'est-à-dire que j'ai eu la chance
31:41de vouloir faire le métier
31:42que mon père faisait.
31:43Donc,
31:44c'est vraiment une chance
31:45parce que ça permet
31:47d'avoir un bon professeur
31:48à la maison,
31:48d'avoir l'habitude
31:50d'entendre parler
31:51de ce métier,
31:52donc d'arriver dans le métier
31:54en ayant déjà
31:54beaucoup d'acquis
31:55et c'est vrai
31:58que c'est un avantage.
32:00Et pour écrire un livre,
32:01c'est un peu pareil.
32:02Ma mère est éditrice
32:03et mon père avait écrit
32:04d'autres livres
32:04donc c'est vrai que
32:06quand on baigne dedans,
32:07c'est plus facile.
32:07Mais si on le fait
32:09vraiment sincèrement
32:09et en aimant ça,
32:10il ne faut pas se forcer.
32:11Mais sinon,
32:12ça ne marche pas
32:12au bout d'un moment.
32:14Ça ne suffit pas
32:15d'être fille d'eux.
32:16Il faut travailler
32:17et il faut aimer ce qu'on fait
32:18sinon ça ne marche pas.
32:20Mais bien sûr
32:20que c'est un avantage.
32:22Je ne peux évidemment
32:23pas dire le contraire.
32:24Mais ça a provoqué
32:26l'envie chez vous ?
32:27Oui, ça m'a donné envie.
32:29Mon grand-père Jean-Pierre,
32:31le héros du livre,
32:31était lui-même éditeur.
32:32Il y avait beaucoup
32:33de livres à la maison.
32:34Ma tante Christelle
32:35elle écrit des livres aussi.
32:36Mon oncle François
32:37il est lui-même
32:37et bossait avec mon grand-père
32:39dans la maison d'édition.
32:40Avec ce family affair.
32:41C'est sûr que c'est une lignée
32:44où les livres sont très présents.
32:46Donc ça donne envie ou pas
32:47mais moi ça m'a donné envie.
32:49Les livres et les médias
32:50du coup
32:50parce que Laurent
32:51votre parcours
32:52il est marqué
32:53par un paradoxe intéressant.
32:54Vous commencez donc
32:55comme militant
32:55en jeunesse communiste.
32:56Vous devenez journaliste.
32:57Socialiste.
32:58Pourquoi je dis communiste
32:59depuis tout à l'heure ?
32:59J'avais très envie de le dire
33:00je l'ai dit.
33:01Puis vous devenez journaliste
33:03à l'AFP
33:03puis après vous prenez
33:04la tête de journaux majeurs.
33:05Vous avez parlé de l'Ebay
33:06il y a eu le nouvel Ops.
33:07Du coup vous passez
33:08de l'engagement politique direct
33:10à une espèce de médiateur
33:11du débat public
33:11à un moment donné.
33:13En dirigeant aussi
33:14des grands médias.
33:15C'est une incarnation du pouvoir aussi.
33:17Tout ça est un peu paradoxal.
33:19Alors je ne suis pas d'accord
33:20avec le pouvoir
33:20mais ça c'est une marotte
33:22à moi-même.
33:23Oui mais on a de l'influence.
33:25Parce que l'influence
33:25et le pouvoir
33:26ce n'est pas pareil.
33:26D'accord.
33:28Oui parce que
33:28le pouvoir c'est
33:30vous êtes un patron
33:31vous êtes un général
33:32vous êtes un ministre
33:33Oui j'entends la nuance.
33:34Vous dites à quelqu'un
33:34viens et il vient.
33:36Oui.
33:36Quand vous êtes journaliste
33:38écrivain
33:39orateur
33:39vous essayez de convaincre.
33:41Mais c'est pas la même chose.
33:42Oui.
33:43D'accord mais les gens
33:44vous écoutent beaucoup quand même.
33:45Ah bien sûr
33:46l'influence c'est important
33:46mais c'est important
33:48ce que je dis
33:49parce que
33:49autrement on met
33:50sur le même plan
33:51c'est comme dans l'affaire Grasset.
33:53Je ne sais pas si vous avez vu
33:54parce que
33:54Bolloré a répondu en disant
33:56nous sommes en face
33:57d'une caste
33:58qui se croit au-dessus des lois
33:59un truc comme ça.
34:01Mais il ne sait pas
34:01de quoi il parle
34:02c'est lui
34:03qui a du pouvoir.
34:04Olivier Norin
34:05il a un pouvoir
34:06sur les salariés
34:07de Grasset.
34:07Il a de l'influence
34:08c'est ça que vous voulez dire ?
34:08Il a une influence
34:09et pas direct
34:10à travers ses auteurs
34:12qui sont très divers.
34:13Donc en fait
34:13il a une influence
34:14assez faible
34:15quand on regarde bien.
34:16Vous êtes d'accord
34:16avec ça Péline Delassieux ?
34:17Oui je suis d'accord.
34:18Je suis d'accord
34:19parce que
34:19en plus je l'ai vu
34:20en étant
34:22dans des journaux
34:23où parfois
34:23les actionnaires
34:24ont pu intervenir
34:25et donc on voit bien
34:27la différence
34:27entre les journalistes
34:28qui font leur boulot
34:29et qui apportent
34:31de l'information
34:31ou font des éditos
34:32pour essayer
34:33d'influencer l'opinion
34:35ou en tout cas
34:35de donner leurs idées
34:36et un patron
34:38qui a le droit
34:39d'intervenir
34:39sur certains points
34:40de gestion
34:41mais qui quand il intervient
34:42sur la ligne éditoriale
34:44là il a vraiment du pouvoir
34:45parce que c'est le patron
34:47donc c'est compliqué
34:47de résister
34:48il y en a qui disent
34:48mais ça veut dire
34:49qu'on perd son job
34:49donc là c'est vraiment
34:51l'exercice du pouvoir
34:53et donc oui
34:54je suis d'accord.
34:55C'est difficile
34:55de ne pas faire
34:56du journalisme d'opinion
34:56aujourd'hui quand même
34:58dans le paysage médiatique actuel ?
35:01Non je ne suis pas d'accord
35:02je ne pense pas
35:03faire du journalisme d'opinion
35:04à la tribune dimanche
35:05je suis quand reporter
35:06à la tribune dimanche
35:07et je n'ai pas l'impression
35:08de faire du journalisme d'opinion
35:09après ce n'est pas vrai
35:10qu'on est complètement neutre
35:11on n'est jamais
35:12complètement neutre
35:13quand on écrit
35:13mais quand on rapporte
35:14de l'information vérifiée
35:15et qu'on croise ses sources
35:16qu'on enquête
35:17qu'on donne la parole
35:18à des gens
35:19qu'on fait des interviews
35:20on ne sait pas de l'opinion
35:22c'est de l'information
35:24il y a encore plein de journalistes
35:25qui font de l'information
35:26c'est vrai
35:27la plupart
35:27ça existe encore
35:28heureusement
35:30allez on est dans l'affiliation
35:31ce soir
35:31et c'est excellent
35:32sur Sud Radio
35:33avec l'éditorialiste
35:35chroniqueur
35:36grand patron de presse
35:37Laurent Geoffrin
35:38et puis la grande reporter
35:39à la tribune dimanche
35:40Pauline Delassug
35:41restez avec nous
35:43Sud Radio
35:44c'est excellent
35:45Judith Belair
35:46vous êtes bien sur Sud Radio
35:47et nous
35:48on est bien avec vous
35:49c'est excellent
35:50avec un père et sa fille
35:50ce soir
35:51Laurent Geoffrin
35:52qui est éditorialiste
35:53ancien patron de presse
35:54chroniqueur sur France Info
35:55cofondateur du Média
35:57le Libre Journal
35:57et Pauline Delassug
35:58grand reporter
35:59à la tribune
35:59dimanche
36:00ils publient ensemble
36:01les enfants savent
36:02et c'est chez Grasset
36:05alors
36:06Pauline
36:07vous vous connaissiez
36:08votre père évidemment
36:08comme papa
36:09et puis comme journaliste
36:11comme figure publique
36:12etc
36:12est-ce que vous
36:13en écrivant avec lui
36:14vous avez découvert
36:14des zones d'ombre
36:16que vous ne connaissiez pas
36:16ou une nouvelle partie
36:17de lui
36:18que vous aviez
36:20complètement laissé passer
36:21ou des petites infos
36:22comme ça
36:23c'est une bonne question
36:26je peux sortir si vous voulez
36:27non non
36:28j'ai découvert
36:30forcément
36:31parce que comme
36:31c'est pas un père
36:32qui parle beaucoup
36:33ou un homme
36:34qui parle beaucoup
36:34même je pense
36:35ses amis
36:36diraient pareil
36:37ses collaborateurs
36:38donc forcément
36:39quand il raconte
36:41son enfance
36:42et en plus
36:43des choses
36:44que peut-être
36:44qui lui sont revenus
36:46pendant l'écriture
36:47là j'ai appris
36:48des choses
36:48sur son enfance
36:49sur comment il était
36:50comment il a vécu
36:52cette enfance difficile
36:55comment la politique
36:56est venue
36:57je le savais déjà un peu
36:58mais voilà
36:58il y avait plein de petits détails
36:59plein de petites choses
37:01que j'avais pas vraiment
37:02en tête
37:03et que j'ai appris
37:05en écrivant avec lui
37:07et en le lisant
37:08en fait
37:08et vous Laurent
37:10le fait qu'elle découvre
37:11tous ces petits détails
37:12c'est aussi une volonté
37:12de votre part
37:13de transmission
37:13d'ouverture
37:14de peut-être
37:15vous raconter
37:16d'une manière
37:16que vous n'aviez
37:17pas abordée
37:18jusque là
37:20auprès de votre fils
37:20oui je voulais m'expliquer
37:24sur un certain nombre de choses
37:24c'est vrai
37:27sur mon côté un peu
37:29réservé comme ça
37:30comme on a dit
37:32pourquoi
37:32d'où ça vient
37:34et puis
37:36sur la politique aussi
37:37parce que
37:37il y a beaucoup de gens
37:38qui disent
37:41les gens de droite
37:42mais pas seulement
37:43qui disent
37:44c'est pas normal
37:45quelqu'un qui est né
37:46d'un père très riche
37:49de droite
37:51comment se fait-il
37:52qu'il soit de gauche
37:52c'est incroyable
37:53c'est pas normal
37:54on pourrait dire
37:54que c'est logique
37:55comment ?
37:56on pourrait aussi dire
37:56que c'est logique
37:57alors ça peut être logique
37:59les gens disent pas
38:00c'est logique
38:00ils disent c'est pas normal
38:01c'est pas normal
38:02parce que vous étiez déjà
38:03dans le monde des privilégiés
38:05et vous crachez dans la soupe
38:06finalement
38:06je crache pas dans la soupe
38:07vu que j'ai pas tellement
38:08eu de soupe en fait
38:09et que j'en ai eu
38:10je me suis fait moi-même
38:12et d'abord
38:13et deuxièmement
38:16si c'était vrai
38:17tout ça
38:19si les riches
38:19étaient forcément de droite
38:20et les pauvres
38:21forcément de gauche
38:22mais la gauche
38:23serait au pouvoir
38:23depuis 1850
38:25se sont discontinués
38:26puisqu'il n'y a que
38:27des pauvres
38:28les pauvres sont largement
38:29majorités en France
38:30c'est pas le cas
38:31donc ça doit être
38:32plus compliqué
38:32que ce qu'on dit
38:33ça c'est l'argument
38:34qu'a repris
38:35Jean-Marie Le Pen
38:36quand j'ai été le voir
38:36pour le livre
38:39pour qu'il me parle
38:39de son amitié
38:40avec mon grand-père
38:42dont il était proche
38:43ils étaient très amis
38:44et je l'ai été le voir
38:45dans sa maison
38:46il y a tout un passage
38:48de Rueil
38:49Malmaison
38:50et donc
38:50il me raconte
38:51leur amitié
38:52et il me dit
38:53notamment
38:53qu'il ne comprend pas
38:55qu'il n'a jamais compris
38:56que d'ailleurs
38:56avec Jean-Pierre
38:57ça les agaçait
39:00ça les interrogait
39:00de savoir que
39:01Laurent
39:02fils de Jean-Pierre
39:03soit devenu
39:04un militant socialiste
39:05alors que
39:06dixit Jean-Marie Le Pen
39:07il avait tout
39:09pour ne pas ça
39:10et que c'était
39:10un ingrat
39:11il considérait
39:12que c'était
39:13en effet
39:13vraiment pas sympa
39:15pour son père
39:15de devenir
39:16un militant de gauche
39:17et un journaliste de gauche
39:18alors qu'il avait grandi
39:20dans les beaux quartiers
39:21avec un père
39:22qui avait fait fortune
39:23qui a fini par tout perdre
39:24mais peu importe
39:25il avait eu une enfance
39:26matérielle aisée
39:27enfin pas au début
39:28pas au début
39:29c'est vrai
39:30mais en tout cas
39:30pour Le Pen
39:31dans sa tête
39:32c'était ça
39:32et il considérait
39:33que c'était vraiment
39:35un sale gosse
39:36un enfant gâté
39:37c'était un peu l'idée
39:38non ?
39:39comment ?
39:39c'était un peu l'idée
39:40d'être un sale gosse ?
39:41non je n'étais pas un sale gosse
39:42je n'étais pas d'accord
39:44je disais que je n'étais pas d'accord
39:45mais c'est pas
39:47insupportable
39:49on ne vous voit pas tellement
39:50en pleine crise d'adolescence
39:51Laurent Jouffin
39:52effectivement
39:53ah quand même si
39:54ah oui vous avez fait
39:55une petite crise ?
39:56si vous prenez
39:57les photos de l'époque
39:57vous le voyez tout de suite
39:59parce que j'ai les cheveux
40:00sur l'épaule
40:00j'ai une chemise indienne
40:01et une guitare sur les épaules
40:03et vous jouiez les Beatles
40:04du coup ?
40:05bah oui déjà
40:05forcément
40:05toujours aussi
40:06et je joue toujours aussi mal
40:09bon il nous reste
40:10quelques minutes ensemble
40:11on va passer au portrait chinois
40:12c'est la première fois
40:13que je fais ça
40:13avec une fille et son père
40:14donc on va voir
40:16ce que ça donne
40:16vous êtes prêts ?
40:17il ne faut pas trop réfléchir
40:18aux réponses
40:19Laurent Jouffrin
40:20si vous étiez
40:21ce que vous définiriez
40:22comme l'homme d'état
40:22par excellence
40:24qui seriez-vous ?
40:25Winston Churchill
40:25ouais c'est vrai
40:27en trois mots pourquoi ?
40:29non
40:29je ne voudrais pas
40:29me pousser du col quand même
40:30je n'ai pas la même dimension
40:32non on parle de Winston
40:33donc l'homme d'état
40:34par excellence
40:34pourquoi ?
40:35pourquoi ?
40:36c'est le plus humain
40:37et c'est le plus énergique
40:38et c'est le plus attachant
40:39le plus intelligent aussi non ?
40:41oh ils sont tous intelligents
40:42d'une manière d'une autre
40:45mais Churchill
40:45il a le côté flamboyant
40:48et avec ses faiblesses
40:50ses failles
40:50ses mystères
40:51c'est passionnant
40:52il a un côté
40:52Hitchcockien
40:53on peut le dire
40:53oui c'est vrai
40:54intrinsiquement
40:56Pauline Delassus
40:57si vous étiez
40:57la femme qui vous inspire
40:58plus que toutes les autres
41:02c'est très difficile
41:04c'est pas trop quand même
41:06la femme qui m'inspire
41:08qui m'inspire aujourd'hui
41:09quoi
41:09qui m'inspire aujourd'hui
41:10l'amour
41:12j'allais dire ma mère
41:13oui que j'admire beaucoup
41:14donc je vais dire ça
41:15mais c'est Sylvie
41:16on l'embrasse
41:16mais c'est super banal
41:17comme réponse
41:18c'est pas grave
41:19vous avez le droit d'être banal
41:22Laurent Geoffrin
41:22si vous étiez
41:23un moment de bascule
41:27le moment de bascule
41:28j'en parle dans le bouquin
41:28qui est celui
41:29qui est important
41:30pour la France
41:31c'est le 17-18 juin 40
41:35où la France
41:36s'est coupée en deux
41:36et ça n'était toujours pas remise
41:38vous pensez qu'on s'en est pas remis ?
41:41d'abord
41:42il y a une blessure nationale
41:43puisque l'armée française
41:44s'est fait écraser
41:46pendant 4 semaines
41:485 semaines
41:48et ensuite
41:50elle a perdu
41:51une partie de son âme
41:52dans cette affaire
41:53c'est vrai
41:55Pauline Delassus
41:56si vous étiez une libération ?
41:59si je continue
42:00dans le thème
42:02que mon père vient de
42:03vous n'êtes pas obligé
42:03c'est vrai
42:04la libération de la femme
42:07c'est plutôt ça
42:08que j'attendais de votre part
42:09en même temps
42:09j'ai retrouvé
42:11je me suis raccrochée aux branches
42:13oui la libération de la femme
42:14qui est arrivée
42:16à plusieurs moments
42:17et la dernière en date
42:19est en MeToo
42:19et voilà exactement
42:21la parole
42:21la libération de la parole
42:22la 2017
42:23MeToo
42:24un mouvement
42:25qui continue d'avoir
42:26des répercussions
42:27et qui est assez fascinant
42:30et intéressant
42:31à observer
42:32et à commenter
42:32dans la presse
42:34Laurent Geoffrin
42:35si vous deviez donner
42:35un titre à votre vie
42:37et c'est pas
42:38les enfants savent
42:39journal
42:40ouais
42:40ouais c'est bien
42:42c'est bien
42:43vous avez un truc
42:43à rajouter là-dessus
42:44Pauline
42:44je trouve ça super
42:48Pauline
42:48si vous étiez
42:49une prise de risque
42:52la prise de risque
42:53que j'estime
42:55avoir pris
42:57en faisant des enfants
42:58en PMA
42:58avec une femme
42:59c'est une prise de risque
42:59parce que c'est quand même
43:01on sait pas trop
43:02où ça va aller
43:03c'est déjà toujours risqué
43:04de faire des enfants
43:04et c'est un pari
43:06je sais pas comment
43:07le dire autrement
43:08mais alors en plus
43:08quand on le fait différemment
43:09des autres
43:10en inventant
43:11un modèle
43:12même si plein
43:13plein l'ont fait avant moi
43:14bien sûr
43:15mais je veux dire
43:15c'est quand même
43:16voilà
43:16c'est rare encore aujourd'hui
43:19donc on invente quelque chose
43:20et ça fonctionne
43:21on peut le dire
43:21et ça fonctionne
43:22très bien
43:23c'est important de le dire
43:24Laurent
43:25si Pauline était une qualité
43:31réfléchissez pas trop
43:32quand même
43:33non mais c'est qu'il y en a plusieurs
43:34c'est difficile
43:36la finesse
43:37je dirais la finesse
43:39et vous si Laurent
43:40c'était une qualité
43:46vous réfléchissez beaucoup aussi là
43:49non mais c'est pareil
43:50c'est difficile
43:50dans l'isole
43:51il y en a trop
43:52mais oui
43:53je dirais
43:55la persévérance
43:56ah oui ça vous va bien
43:58tiens
43:58ou le courage
43:59ça se croise
44:00si Pauline était un défaut
44:02Laurent
44:06ça c'est vraiment difficile
44:07elle n'en a aucun
44:08j'en vois pas tellement
44:11non non
44:11c'est pas vrai
44:12j'en ai
44:13allez un seul
44:14comme ça un petit
44:14ça peut être un petit défaut
44:16parfois de mauvaise humeur
44:17le caractère
44:18ah bon
44:19du tout
44:21et si votre papa
44:22il avait un défaut
44:25ça serait lequel
44:28parfois il est un peu trop
44:30égocentré
44:32bon ben voilà
44:33les choses sont dites
44:33j'espère que vous serez
44:34encore amus en sortant
44:35je peux pas y raconter là
44:36est-ce que vous avez une question
44:37que vous avez envie de lui poser
44:38que vous lui avez jamais posé
44:39Laurent à votre fille
44:40la torture
44:41ah ouais jusqu'au bout
44:43non j'ai pas de question
44:44que j'ai posée
44:45je la connais bien
44:46ouais
44:46et vous vous avez une question
44:47après où vous êtes allé au bout
44:49dans le bouquin
44:49j'allais dire
44:50peut-être avant le bouquin
44:51j'en aurais eu
44:51mais là
44:51non
44:52enfin
44:53rien de son seul
44:54en tout cas c'est beau
44:54cette relation père-fille
44:56qui se symbolise avec un bouquin
44:59moi je le dis
44:59c'est excellent
45:00merci à tous les deux
45:01d'être venus partager avec nous
45:03c'était excellent
45:04merci merci
45:05Laurent Geoffrin
45:06Pauline Delassieux
45:07je recommande
45:07merci à vous pour vos questions
45:08avec un grand plaisir
45:09merci beaucoup
45:10c'était excellent
45:10merci
45:12je recommande donc votre livre
45:13Les enfants savent
45:14c'est leur livre à quatre mains
45:16je vous le conseille
45:17à tous et à toutes
45:18c'est sorti chez Grasset
45:19merci à vous
45:20d'être avec nous
45:21comme chaque dimanche
45:22à 19h
45:23pour cet excellent
45:23sur Sud Radio
45:24revenez la semaine prochaine
45:25parce que les belles histoires
45:26continuent vous le savez
45:27puis il y a toujours
45:27le parlant femmes
45:28de 13h30 le samedi
45:30les femmes puissantes
45:31merci à Julien
45:32pour la réalisation
45:32et je vous embrasse
45:33bye
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