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Avec Caroline Zorn, Avocate au Barreau de Strasbourg, spécialisée en droit du numérique et en protection des données personnelles, Alexandre Zapolsky, Président et cofondateur de LINAGORA
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00:00Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:04Bonjour et bienvenue dans le numérique pour tous, l'émission dédiée au numérique et à l'innovation dans notre quotidien.
00:09Et aujourd'hui on va parler d'attaques cyber et plus précisément de l'attaque de la Direction Générale des
00:15Finances Publiques.
00:16Une attaque qui questionne la manière dont l'État doit protéger nos données.
00:20Alors que révèle cette attaque ? Cette affaire va-t-elle changer notre rapport à l'administration numérique ?
00:25Et quelles sont les solutions opérationnelles ?
00:27C'est ce que nous tenterons de comprendre avec nos invités.
00:29Le numérique pour tous spécial attaque cyber, c'est tout de suite et c'est sur Sud Radio.
00:33Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:37Et pour commencer cette émission, nous avons le plaisir d'accueillir Caroline Zorn.
00:41Caroline, bonjour, vous êtes avocate au barreau de Strasbourg, spécialisée en droit du numérique et en protection des données personnelles.
00:48Alors on va rappeler les faits pour bien cadrer le débat.
00:51En août 2026, les médias ont révélé la cyberattaque dont a été victime la Direction Générale des Finances Publiques.
00:57En juillet 2026.
00:58Et cette attaque a mené à la consultation et à l'extraction de données concernant à peu près 700 000
01:03particuliers et professionnels.
01:05Moi j'ai envie de vous demander, quant à un service pour lequel un citoyen paye est défectueux, vers qui
01:10se retourner ?
01:11Contre le responsable.
01:13Tout simplement, voilà.
01:14Lorsqu'on est victime d'un fait qui cause un dommage, on se retourne contre le responsable.
01:19Alors évidemment ici, c'est un peu particulier puisque le responsable, c'est l'État.
01:25Néanmoins, il faut quand même le dire, c'est pas parce qu'on paye des impôts qu'on achète un
01:29service, en l'occurrence un service public.
01:30Sinon, les personnes qui ne sont pas imposables n'auraient pas de droit.
01:33Donc c'est en tant que personne, en tant que personne victime d'une atteinte à ces données, qu'on
01:39a parfaitement le droit d'engager une action contre l'État.
01:42Alors d'accord Caroline, mais on voit apparaître des propositions d'action judiciaire contre l'État.
01:47Est-ce que vous pensez qu'on va réellement récupérer des dommages et intérêts par rapport à cette attaque ?
01:52Alors je suis assez circonspect sur la plupart des propositions de mes confrères, pardon de le dire.
01:57Mais effectivement, il faut rappeler la base de notre système judiciaire.
02:00C'est-à-dire qu'on entend parler de la CNIL.
02:02La CNIL est une autorité administrative indépendante.
02:05Donc elle peut sanctionner, bien évidemment, le responsable de l'absence de sécurisation efficace.
02:11Mais la CNIL ne condamnera pas à une indemnisation des victimes.
02:16D'autre part, le tribunal judiciaire, c'est du civil, il ne s'occupe pas des affaires de l'État.
02:20Donc il faut aller devant le tribunal administratif.
02:23Et là, qu'il s'agisse de tout à faire en réalité en France, il faut pouvoir prouver la faute.
02:30L'enquête est en cours, il va falloir attendre les conclusions de l'enquête.
02:34Il faut également prouver un préjudice, un préjudice qui soit réel.
02:37Alors il peut être matériel, il peut être moral.
02:40Mais il faut qu'il soit absolument démontré et chiffré.
02:43Et enfin, il faut surtout un lien de causalité entre les deux.
02:46Et c'est là qu'on va avoir quand même certaines difficultés à démontrer les préjudices qu'on espère les
02:50moins graves possibles
02:52en lien direct avec cette faute de l'État.
02:54Donc ce que vous nous dites, c'est que c'est un peu peine perdue et ça n'enviendra que
02:57les avocats qui proposent ce genre de préjudice ?
02:59Alors il est possible que ça les enrichisse.
03:01Mais j'espère qu'ils ont effectivement toute la transparence pour dire à leurs clients
03:05que l'indemnisation ne sera pas exceptionnelle sur notamment le préjudice d'anxiété
03:11puisqu'il y a déjà eu des condamnations d'un État devant la Cour de justice de l'Union Européenne
03:16c'est-à-dire après dix ans de procédure sur le préjudice d'anxiété.
03:20Moi ce que je crois aujourd'hui, c'est qu'il faut surtout se diriger vers la création d'un
03:25fonds de garantie pour les victimes
03:28parce que les risques sont grandissants.
03:30Alors justement, parlez-nous des risques en tant que citoyens que nous sommes très concrètement dans notre quotidien
03:35que risque-t-on dans les semaines ou les mois à venir si ça n'a déjà, si ce n
03:39'est...
03:40Non, ça a peut-être déjà commencé d'ailleurs.
03:42Alors oui, clairement ça commence.
03:45Le premier préjudice, j'en parlais à l'instant et je ne le minimise pas, c'est vraiment l'anxiété
03:48des personnes.
03:49Vous recevez cette notification au cœur de l'été, vous êtes angoissé et c'est normal.
03:53Mais il ne faut pas s'arrêter à ça, il faut pouvoir prévenir les dommages qui risquent d'arriver
03:57et donc ça peut être du phishing, c'est-à-dire on vous cible et on essaye de vous arnaquer.
04:02Ça peut être une usurpation d'identité, ça peut être également la constitution d'un profil complet
04:08avec d'autres sources de données qui ont été piratées pour pouvoir procéder à des manipulations
04:12puisqu'on sait également que les attaquants ont eu accès aux échanges avec la DGFIP
04:17donc il peut y avoir quand même des choses assez inquiétantes et donc il peut y avoir beaucoup de choses.
04:22Donc il faut se tenir prêt à réagir et les préjudices, surtout pour les plus gros patrimoines,
04:29risquent d'être également de nature physique, c'est-à-dire qu'on peut s'attendre à des cambriolages ciblés.
04:35En matière de cryptoraptes, on a déjà vu la manière de procéder, c'est assez effrayant
04:40et malgré tout, l'État continue à collecter de plus en plus de données sur les personnes
04:44alors qu'on n'est pas capable de protéger les bases de données.
04:47Alors j'aimerais rappeler un fait qui est peut-être anecdotique mais qui en dit long sur X cet été.
04:52Donc la ministre du numérique Anne Le Hénanf avait salué sur X la mobilisation et la réactivité des équipes,
04:58donc très bien jusque-là, et le cyberhacker qui s'appelle Zero Bytes lui a répondu de manière un petit
05:05peu désavolte
05:06« Vas-y toi, péter de rire, réactivité de quoi ? »
05:09Est-ce qu'il n'y a pas une dissonance totale entre cette désinvolture et l'attaque de ces services
05:14et la prise en compte par l'État de la gravité du sujet ?
05:18Écoutez, quand on s'exprime sur X en tant que responsable politique,
05:21il faut être capable d'avoir ce type de contradiction.
05:24Je ne vois pas d'autres commentaires.
05:25En revanche, là où je trouve que ça aurait été intéressant, c'est de dire aux personnes
05:29« Voici ce que vous devez faire maintenant ».
05:31Et donc j'ai envie de dire à ces personnes qui ont été notifiées,
05:35mais d'ailleurs à toutes les personnes qui ont pu être victimes d'attaques de leurs données personnelles,
05:39et ces personnes sont nombreuses, il faut absolument pouvoir changer son RIB.
05:44On va voir son banquier, on lui dit « Vous me déplacez mon compte bancaire ».
05:47Changez d'adresse mail.
05:49Si elle a été compromise, vous en changez.
05:50En plus, c'est l'occasion de sortir de Google, c'est parfait, on assure sa souveraineté numérique.
05:55Il y a aussi d'autres choses à faire, comme utiliser du sub-addressing,
05:58c'est-à-dire que sur votre adresse mail, vous rajoutez un « plus » juste avant le nom de
06:03domaine en fonction du destinataire.
06:05Par exemple, si Sud Radio me demande mes coordonnées, je vais faire « zorn-sudradio-proton.me »
06:14puisque c'est mon fournisseur que j'aime beaucoup.
06:16Et donc voilà, ce sont des choses assez simples qui permettent ensuite d'établir un lien de causalité,
06:21en tout cas un lien, un faisceau d'indices, avec la personne qui n'aura pas été en mesure de
06:26protéger les données qu'on nous a réclamées.
06:27Mais malheureusement, elles sont de plus en plus nombreuses à être réclamées, ces données.
06:31Les gens sont obligés, ils sont au pied du mur.
06:33Donc il faut pouvoir se protéger avec un certain nombre d'éléments que la ministre aurait pu effectivement en profiter
06:38pour rappeler.
06:39Alors là, vous pointez un sujet sur effectivement le partage de données.
06:43Et j'aimerais qu'on évoque notamment la facture électronique, cette fameuse facture électronique,
06:47qui va être aussi une aubaine, j'imagine, pour des cybercriminels.
06:51Et on voit même certains politiques qui en ont fait un fer de lance de leur campagne.
06:55Pour vous, est-ce que la facture électronique peut être source, à nouveau, de cyberattaques ?
07:01Je pense qu'il y a une rupture de confiance.
07:03Et les politiques, les responsables politiques qui l'ont dénoncé, il y en a de droite comme de gauche.
07:08Donc je pense que là, l'arc est suffisamment important pour que le sujet soit pris au sérieux.
07:13Oui, effectivement, on est dans une période où il y a une rupture de confiance, où on a encore des
07:17zones d'ombre.
07:18La généralisation a été faite, soi-disant, au 1er septembre.
07:22Et on apprend que les responsables de la sécurité des systèmes d'information des plateformes vont être convoqués bientôt pour
07:29parler de leur dossier de sécurité.
07:31Donc on voit bien que ça a été lancé alors que tout n'est pas bouclé.
07:34C'est quand même inquiétant.
07:35Il y a un dossier qui a été fait par un analyste qui s'appelle Olivier, tout le monde le
07:41connaît comme Bluetooth,
07:42et qui est super intéressant sur cette attente technique que l'on a du point de vue des plateformes.
07:47En plus, Bercy ne nous parle que de marques, que d'immatriculation des sociétés qui proposent des services.
07:53Moi, j'ai envie de savoir ce qu'il y a sous le capot.
07:55Qu'est-ce qu'il y a dans le moteur ?
07:56Quelles sont les infrastructures ?
07:57Est-ce qu'elles sont souveraines ?
07:58Est-ce que tout se passe bien dans l'Union européenne ?
08:00C'est un vrai sujet que l'indépendance numérique.
08:02Aujourd'hui, pour moi, la réforme, elle ne permet pas à moi professionnel de prendre mes décisions
08:07du point de vue notamment de l'indépendance numérique.
08:09On va dézoomer un petit peu et prendre encore plus de hauteur.
08:13Caroline, effectivement, il y a ces problématiques au quotidien qui concernent nos citoyens.
08:18Mais si on élargit le véritable fond de ce débat, qui est un débat politique de nos institutions,
08:24pour vous, quelle est cette véritable problématique ?
08:27C'est de confier toujours encore et davantage de données à des gens en qui on n'a pas forcément
08:32confiance
08:32ou alors qui n'ont pas sécurisé ce patrimoine que l'on a ?
08:35Oui, le problème, c'est la collecte permanente de données.
08:37Vous parliez à l'instant des politiques.
08:39J'ai entendu personne dire qu'il faut qu'on arrête de collecter à tout va.
08:42C'est-à-dire que nous sommes dans une société qui imagine que plus on va prendre de données,
08:46plus on va les traiter, plus on aura une meilleure surveillance des personnes et des biens.
08:51Déjà, d'une part, ce n'est absolument pas démontré.
08:53Et d'autre part, plus on augmente la collecte de données, plus on enrichit ces attaquants informatiques.
08:59Donc, c'est un peu le principe du pot de miel, si vous voulez.
09:01Là, on a vraiment des pots de miel qui sont constitués.
09:04La réforme de la facturation électronique qui est pour lutter contre la fraude à la TVA.
09:10Moi, je veux bien qu'on lutte contre la fraude à la TVA.
09:12Mais est-ce qu'on est conscient des risques derrière qui peuvent se produire ?
09:16Et en cette matière, comme en bien d'autres, on voit qu'effectivement, les politiques sont très promptes à critiquer,
09:22à commenter, à faire du commentaire.
09:24Mais je n'entends personne défendre une véritable politique de l'intégrité numérique.
09:29Et c'est ça, aujourd'hui, qu'il nous faut.
09:30Dernière question.
09:31Vous, Caroline, ministre ou déléguée au numérique en 2027, quelle serait votre première mesure phare ?
09:36L'éducation populaire au numérique.
09:39Parce qu'aujourd'hui, on parle de cybersécurité.
09:41Mais la plupart des attaques qui ont eu lieu aujourd'hui, dans lesquelles l'État est responsable du défaut de
09:45sécurisation,
09:46c'est parce qu'il n'y avait pas de double authentification.
09:48Ça doit être mis en place, ça n'est pas mis en place.
09:50Un symbole intéressant sera celui de voir combien l'État met sur le service support
09:55du futur mécanisme d'authentification à multifacteurs de ses agents.
10:00La DGFIP a 93 000 agents.
10:02Combien de personnes il y aura au support ?
10:03Donc oui, je pense qu'on a un gros déficit en matière d'éducation numérique.
10:07Et ce sera la première mesure du ministère Zorn.
10:10Merci Caroline Zorn.
10:11Je rappelle que vous êtes avocate au barreau de Strasbourg.
10:13Restez avec nous dans quelques instants.
10:15Un entrepreneur engagé au service des entrepreneurs, dans le numérique notamment,
10:18il a une vision très précise de ce qu'il serait nécessaire de faire en termes de protection.
10:23Le numérique pour tous, spéciale attaque cyber, ça continue dans quelques instants.
10:25Et c'est sur Sud Radio.
10:27Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Perez.
10:31Et pour continuer cette émission spéciale cyber, j'ai le plaisir d'accueillir Alexandre Zapolsky.
10:36Bonjour Alexandre, vous êtes président et cofondateur de l'Inagora.
10:40Donc c'est une solution numérique dite open source.
10:43Et vous êtes surtout défenseur d'une troisième voie numérique.
10:46Vous aimez bien la qualifier d'éthique, cette troisième voie.
10:50Éthique, inclusive, souveraine et durable.
10:52Rien que ça.
10:53Alors comme on a parlé beaucoup de technique, j'aimerais qu'on commence par une métaphore que vous aimez bien
10:57faire.
10:58Et vous dites volontiers que la cybersécurité, c'est un peu une maison et des clés.
11:02Oui, c'est ça. En fait, je pense que c'est facile de comprendre que si je veux protéger ma
11:08maison
11:08et que je mets les mêmes serrures sur toutes les portes, je prends en fait un risque maximum
11:14parce qu'il suffit que quelqu'un falsifie une seule de mes clés
11:19et il va pouvoir en fait ouvrir l'ensemble des portes de ma maison.
11:24Et donc on a un enjeu qui est celui de la diversité numérique.
11:28Et donc dans l'exemple qui nous occupe aujourd'hui, celui de la Direction Générale des Finances Publiques,
11:34mais d'une manière générale sur beaucoup d'attaques cyber,
11:37ce qui se passe, c'est que les gens pénètrent dans ces systèmes d'information par les systèmes Microsoft
11:42parce que ce sont ceux qui sont le plus répandus, c'est les plus facilement hackables.
11:47Et donc on a un vrai problème de monoculture, si vous voulez.
11:52Tout le monde utilise le même système et donc les hackers, ils s'en donnent à cœur joie
11:55parce que c'est facile, une fois que j'ai trouvé une porte d'entrée dans un système Microsoft,
11:59je peux le reproduire dans un hôpital, à l'éducation nationale ou effectivement aux finances publiques.
12:04Alors on l'a bien compris, c'est votre combat, la diversité technologique avec quelque part ce monopole.
12:09Vous nous avez cité la marque à laquelle vous en prenez un petit peu.
12:12Mais est-ce qu'il y a un moyen quand on est un citoyen français ou quand on est dans
12:15une entreprise ?
12:16Est-ce qu'on a le choix d'avoir le choix ?
12:18Mais oui, bien évidemment, et ça fait très longtemps qu'on le voit à grande échelle.
12:23Les gendarmes, c'est souvent l'exemple qui est utilisé, mais il y en a en fait beaucoup d'autres,
12:27ça fait des années qu'ils ont en fait des systèmes Linux pour accéder à leur système d'information.
12:32Et honnêtement, dans le milieu professionnel, mais il n'y a aucune raison que les fonctionnaires
12:38ou que les salariés des organisations utilisent en fait un système autre que Linux
12:42pour se connecter en fait au système d'information de leur organisation.
12:46En multipliant, si vous voulez, les couches différentes de systèmes pour accéder au système d'information,
12:53on complexifie la tâche des hackers.
12:54Ce n'est pas la réponse à tout Linux.
12:57Linux, c'est le système d'exploitation logiciel libre, open source,
13:01alternatif aux grands systèmes propriétaires comme ceux de Microsoft.
13:04Mais c'est déjà en fait une première parade.
13:06On a besoin de cette diversité.
13:09En fait, les gens sont très bien capables de comprendre que quand dans un champ,
13:12j'ai une seule culture, que je suis en monoculture,
13:15si jamais j'ai un bug, une difficulté dans ce champ-là, je perds tout mon champ.
13:19Ce qu'il faut, c'est en fait faire de la multiculture
13:22et il faut mélanger en fait les technologies,
13:25pas mettre nos oeufs dans le même panier.
13:26Tout à fait, cette métaphore est très claire,
13:28mais quand on est un indépendant ou un auto-entrepreneur seul chez soi,
13:32on peut encore avoir le choix.
13:33Quand on est dans une entreprise, là c'est effectivement au patron et au responsable
13:37et au directeur des systèmes d'information
13:38d'avoir effectivement cet esprit peut-être critique
13:41et de ne pas être contraint d'utiliser une seule et même solution américaine.
13:45Oui, alors on a de la chance, c'est qu'on a recruté à l'échelle mondiale
13:50un formidable commercial qui s'appelle Donald Trump
13:53et sous l'impulsion de ce cher commercial de Donald,
13:57tout le monde est en train d'être convaincu que la bonne solution,
14:00ce n'est pas forcément les solutions américaines.
14:02Et donc ça ouvre l'esprit en fait à tout le monde
14:05et on voit qu'il y a un grand mouvement en faveur de la résilience numérique,
14:10en faveur d'une plus grande indépendance technologique
14:12et donc d'une plus grande diversité numérique.
14:15Et dans ces choix-là, naturellement, il y a ces choix de solutions en fait open source
14:20qui commencent de plus en plus à s'imposer.
14:22Et donc même des DSI qui regardaient ce sujet-là un peu de loin,
14:26bon allez, citons par exemple celui de LVMH,
14:28ils ont annoncé en fait tout un programme souveraineté numérique
14:31parce qu'en fait ils sont multi-souverains LVMH.
14:33Il faut qu'ils fassent la souveraineté numérique aux Etats-Unis,
14:36donc ils achètent américains aux Etats-Unis,
14:37mais il faut qu'ils fassent la souveraineté numérique en France
14:40et qu'ils achètent en fait français et européens
14:41quand il s'agit en fait de la France.
14:43Donc ce mouvement se déploie parce qu'aussi il y a des organisations derrière
14:47qui font un boulot formidable, je tiens à le dire,
14:49notamment le CIGREF, le club informatique des grandes entreprises françaises
14:52qui a fait une étude formidable avec Asteres.
14:56Tout ça, ça se trouve sur Google, je donne quelques mots-clés,
14:58CIGREF, Asteres, et vous allez trouver en fait beaucoup de contenu
15:00pour ceux que ça intéresse, qui permettent de vous convaincre
15:03que ce que je suis en train de vous dire, ça fait vraiment du sens.
15:05Alors Alexandre, imaginons, parce qu'il y a beaucoup de patrons
15:08de petites et moyennes entreprises ou de collectivités qui nous écoutent,
15:12quels seraient les trois gestes clés que vous souhaiteriez leur partager
15:16pour justement protéger leur entreprise ou leur organisation ?
15:19La première des choses, c'est que sur le poste de travail
15:21que vos employés ou que les fonctionnaires utilisent
15:24ou que vous utilisez même à la maison,
15:27là où vous avez la plupart du temps le système d'exploitation
15:30Microsoft Windows, il faut que vous sachiez qu'il y a des alternatives
15:33en logiciel libre, en logiciel open source.
15:36Le leader d'entre eux, c'est ce qui s'appelle Linux.
15:40Et donc ça, c'est des systèmes libres et gratuits.
15:42Donc tout le monde peut le télécharger librement et gratuitement
15:44depuis Internet.
15:45Et vous pouvez remplacer votre système Microsoft Windows
15:49par un système Linux.
15:51Et ça, c'est plus sécurisé.
15:53Ça permet en fait de réduire l'impact potentiel des attaques
15:57au sein de votre organisation.
15:59Donc ça, c'est la première mesure.
16:00La deuxième mesure, elle est toute simple.
16:03Elle est issue notamment de ce qu'a mis en place la Gendarmerie nationale.
16:06C'est qu'à une base de données donnée,
16:09on ne peut pas en fait enlever plus de X centaines de données
16:14à l'intérieur de cette base.
16:15C'est-à-dire qu'en fait, on contrôle le flux.
16:17Et donc, si un hacker se connecte à votre base de données d'entreprise,
16:21il ne faut pas qu'il puisse télécharger l'entièreté de la base de données.
16:25Donc ça, c'est une mesure très simple.
16:27C'est des règles de gestion au niveau de la base de données.
16:30Et le troisième facteur, c'est qu'il faut absolument mettre partout
16:34ce qu'on appelle les deux facteurs d'authentification.
16:37C'est-à-dire que je m'authentifie avec un mot de passe.
16:40La plupart des gens ont ça au sein de leur organisation.
16:43Mais quand je m'authentifie, il faut que j'aie sur mon téléphone portable
16:46une demande pour savoir si c'est bien moi qui m'authentifie.
16:49Et je rajoute, en fait, le petit code lié à ce deuxième facteur d'authentification.
16:53C'est le système qu'utilisent les banques par exemple.
16:55Les banques le font très très bien.
16:57On sent derrière votre combat de souveraineté un autre combat
17:01qui est effectivement l'emploi.
17:02Et vous aimez bien dire, nos clics sont nos emplois.
17:04Une phrase qui est très parlante.
17:07Concrètement, expliquez-nous en cascade,
17:08effectivement, pourquoi nos clics sont nos emplois.
17:10C'est en fait ce que disait tout à l'heure Caroline.
17:13C'est que par ailleurs, en faisant le choix de solutions plus résilientes,
17:16on fait le choix de solutions en fait open source.
17:19Et ça, ça bénéficie davantage à notre économie locale.
17:23Il faut savoir que collectivement,
17:25tous vos auditeurs et tous ceux qui ne sont pas encore auditeurs de Sud Radio,
17:28mais tous les Françaises et les Français,
17:30ensemble, on dépense annuellement plus de 50 milliards d'euros
17:34pour acheter des logiciels et services cloud américains.
17:38Alors, ce n'est pas la dépense personnelle,
17:40c'est souvent via nos organisations, les grandes entreprises, les petites entreprises.
17:43Mais tous, collectivement, chaque année,
17:45on prend 56 milliards de notre poche de Français
17:48et on donne ces 56 milliards à des éditeurs de logiciels américains.
17:53C'est une catastrophe économique.
17:55C'est le deuxième déficit commercial de la France
17:58après le déficit énergétique.
18:00On est tous en train de parler du budget.
18:02On en parle beaucoup chez Sud Radio
18:04et de ce qu'on pourrait trouver pour équilibrer le budget de la France.
18:07Il est évident que si on réduisait de moitié cette dépendance aux logiciels américains,
18:12on remettrait dans le circuit 25 milliards d'euros,
18:15même un peu plus que 25 milliards d'euros.
18:17C'est juste colossal.
18:19Et donc, naturellement, comment moi je peux agir à mon niveau
18:23quand je suis en fait monsieur et madame tout le monde ?
18:25Ce que je peux faire, c'est que plutôt que d'utiliser les services de Google
18:29pour gérer mon adresse mail Gmail,
18:31qui en plus a peut-être été piratée,
18:32je peux aller créer, par exemple, sur un service comme Proton
18:36ou comme le nôtre.
18:37Nous, on fabrique un service qui s'appelle TWEK, T-W-A-K-E.
18:40Les gens peuvent aller librement, gratuitement,
18:43créer leur adresse mail.
18:45Et quand on utilise du TWEK,
18:47on fait du bien à l'économie française
18:48et on attaque l'économie américaine.
18:52Et au contraire, si j'utilise du Google,
18:54je fais du bien à l'économie américaine
18:56et j'attaque l'économie française.
18:58Donc, à la fin des fins, nos clics sont nos emplois.
19:00Il faut qu'absolument on le comprenne.
19:02Alexandre, si on porte un regard un petit peu sur notre société,
19:05cette attaque, elle dit quoi de notre société, en fait ?
19:07Elle dit déjà qu'on n'a pas pris,
19:10en fait, malgré tous les moyens qui sont mis,
19:13on n'a pas pris la hauteur, en fait, des risques.
19:15Alors, c'est facile de critiquer et de tirer sur l'ambulance.
19:21Moi, j'aimerais quand même souligner le rôle exemplaire des informaticiens,
19:24d'une manière générale, des administrations,
19:26en particulier ceux de la DGFib.
19:27Parce que, bien sûr, il y a eu une attaque,
19:28c'est une attaque de trop,
19:30mais ils en ont protégé 5600 l'année passée, quand même.
19:33C'est ça qu'il faut dire.
19:34Mais, quand on est la DGFib,
19:35on n'a pas le droit de se faire attaquer, ne serait-ce qu'une fois.
19:37On n'a pas le droit, en fait, à la faute.
19:39Donc, ce que ça dit, c'est qu'il faut qu'on mette plus de moyens
19:44au service du numérique public.
19:46En fait, on n'investit pas assez au service.
19:49Et pourquoi on collecte autant de données ?
19:51Parce qu'on a besoin d'offrir de meilleurs services numériques aux citoyens.
19:54On n'en fait pas assez avec le numérique.
19:56Le numérique, c'est la clé pour tout changer, pour rendre la France plus productive,
20:00pour améliorer la relation entre l'État et les citoyens.
20:03La réalité, c'est qu'il faut qu'on accepte d'investir plus collectivement
20:07au service de notre numérique public.
20:09Alors, Alexandre, pour conclure, même question que Caroline.
20:11Vous, président ou secrétaire d'État au numérique,
20:13quelle serait votre première mesure phare ?
20:15Et peut-être qu'il y en aura deux ou trois, mais votre première mesure.
20:17– Je rigole parce qu'en fait, on a toujours prédit
20:21que je serais un jour secrétaire d'État au numérique,
20:23ce que je ne veux absolument pas faire.
20:24Mais si j'étais sur une responsabilité comme celle-là, c'est simple.
20:29Moi, je pense qu'il faut faire de la souveraineté numérique
20:31une grande cause nationale.
20:33Vous savez, le président de la République, quand il est élu,
20:35chaque année, il définit en fait une grande cause nationale.
20:38Le coût que représente notre dépendance au numérique est tellement fort
20:41qu'il faut faire de la souveraineté numérique la grande cause nationale.
20:45Voilà, aussi simple que ça.
20:46Et donc, on achète français, on investit davantage dans le numérique français,
20:51on mobilise l'argent de la Caisse des dépôts,
20:54comme veut le faire d'ailleurs le formidable président de la Caisse des dépôts,
20:57Olivier Sichel.
20:58Heureusement, aujourd'hui, il y a les bonnes personnes au bon poste.
21:00On a un bon Premier ministre, il y a un nouveau directeur de la DINUM,
21:03la direction du numérique, qui vient juste d'être nommé,
21:06un monsieur Walter Arnault.
21:07Il a été 18 fois sur des théâtres d'opération, un vrai militaire.
21:10Et donc, on le met à la tête de la direction du numérique.
21:13Tout ça, pour les enjeux liés au numérique public,
21:15je pense que ça va dans le bon sens.
21:17On a Olivier Sichel à la Caisse des dépôts.
21:18Il faut être optimiste et il faut croire qu'on fera mieux demain.
21:21Le numérique, grande cause nationale.
21:23Ça me va tout à fait, Alexandre.
21:25Alexandre Sapolsky, merci beaucoup.
21:26Merci Caroline Zand d'avoir été avec nous aujourd'hui en plateau.
21:30Le numérique pour tous, c'est fini.
21:31Pour aujourd'hui, un grand merci pour tous nos échanges
21:33et vos suggestions d'émissions pour les semaines à venir.
21:36On va essayer de les traiter pour vraiment honorer
21:38et vous apporter encore plus de débats, de contradictions
21:40et de prismes de vision sur le numérique.
21:42Il est temps pour moi de vous souhaiter une excellente fin de week-end
21:45et de vous dire à la semaine prochaine.
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