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00:03Allez, comme annoncé, comment va la planète quand la canicule perturbe les vendanges ?
00:08J'ai le plaisir de vous accueillir. Bonjour Mathieu D'Engin.
00:12Bonjour.
00:13Bonjour, vous êtes viticulteur et exploitant du domaine Bruno D'Engin.
00:17C'est à Mollesme ou Mollem en Côte d'Or ?
00:21Mollem. On ne dit pas l'ES.
00:23On enlève l'ES. Allez, je le barre, comme ça je ne ferai pas la faute à l'antenne.
00:27Mathieu D'Engin, c'est quelque chose que nous entendons dans beaucoup de régions.
00:33Vous avez, vous, un millésime exceptionnel.
00:36Peut-être des bouteilles qui vont peut-être se raréfier parce que les vendages sont perturbés par la canicule.
00:42Vous le confirmez ?
00:44Oui, tout à fait.
00:45Ça fait plusieurs années qu'on voit que le réchauffement climatique impacte notre travail.
00:50Les récoltes sont vraiment de plus en plus tôt.
00:53Mon père, il est des vignerons. Il a commencé en 1976.
00:55Et lui, les vendanges, c'était en octobre.
00:57Octobre ?
00:57Maintenant, c'est toujours en août.
00:59Donc, sur une génération, on a décalé de plus d'un mois la date des récoltes.
01:03Nous sommes passés de octobre en août.
01:05Mais c'est phénoménal.
01:07Et cette année, nous, on a commencé le 11 août.
01:10C'est fou.
01:11Donc, c'est quand même affolant.
01:12Vous nous dites, Mathieu D'Engin, que ce phénomène-là,
01:16c'est-à-dire qu'on commence bien plus tôt et peut-être que ça va encore s'aggraver.
01:20Est-ce qu'il y a un impact sur les volumes récoltés ?
01:23Ah oui. On a déjà eu le problème du gel de printemps chez nous,
01:27qui a déjà impacté la moitié de notre vignoble.
01:30Mais après, même sur les autres parcelles,
01:32les coups de chaux qu'on a eus, plus la sécheresse,
01:35ça a vraiment impacté.
01:36Les jeunes vignes ont eu beaucoup de mal.
01:38Les vieilles vignes qui ont un système racinaire beaucoup plus implanté
01:41n'ont pas trop mal supporté.
01:43mais ça a fait mûrir les raisins beaucoup, beaucoup plus tôt,
01:46avec, en conséquence, une concentration en alcool future beaucoup plus importante.
01:52Parce que la concentration en sucre a été démultipliée cette année.
01:56Concrètement, Mathieu D'Engin, je rappelle que vous êtes à Meulem,
01:59voilà, en Côte d'Or.
02:01Vous, qu'est-ce que ça donne à la sortie ?
02:03Vous avez toujours des bons millésies,
02:04mais vous avez des volumes de production réduits ou pas ?
02:08Oui, on fait entre 20 et 30% de ce qu'on aurait pu faire une année normale, cette année.
02:13Attendez, vous voulez dire que vous ne produisez que le tiers ?
02:17Oui.
02:18Ah, c'est un sujet.
02:20Malheureusement, oui.
02:20C'est sûr qu'économiquement, le coût de production, il explose
02:23dès qu'on fait 20-30% de ce qu'on devrait faire.
02:26Parce qu'on a fait le même travail sur toute l'année.
02:29Qu'est-ce qui va changer, ou qu'est-ce qui a déjà commencé à changer
02:32dans votre façon de produire, Mathieu D'Engin ?
02:38Qu'est-ce qui a changé ?
02:39Qu'est-ce que vous vous dites ?
02:40J'aurais dû la voilure, je me diversifie, je fais autre chose.
02:43Quelle est l'idée ?
02:44Oui, on y pense à la diversification.
02:46C'est vrai que ça fait un peu peur quand on voit les projections.
02:50Comment on a changé déjà depuis nous ?
02:52Parce que je travaille avec mon épouse.
02:54Depuis qu'on travaille, comment ça a changé ?
02:56Si on se procède dans 20, 30, 40 ans,
02:59pour les futures générations,
03:02on se demande si on arrivera toujours à faire du vin effervescent,
03:05du champagne, du crément, là où on est.
03:07Donc c'est vrai que c'est un peu compliqué.
03:09Parce que vous vous dites, dans une génération, grosso modo,
03:12est-ce que moi, Mathieu, je vais produire encore les mêmes vins dans Lyon ?
03:17Vous avez une inquiétude même sur le fait de produire,
03:19ne serait-ce que même un petit volume, une petite récolte ?
03:24Même ça, c'est menacé ?
03:25Non.
03:26Alors nous, on est en Côte d'Or.
03:29On est en Côte d'Or.
03:30Et oui, le profil des vins change.
03:32Alors après, nous, on a un terroir pour faire des vins effervescents.
03:35Et pour les vins effervescents, il y a de la fraîcheur.
03:38Mais avec ce réchauffement climatique,
03:40on a de plus en plus de mal à garder cette fraîcheur.
03:42Donc oui, on se pose la question.
03:44Est-ce qu'on réussira à continuer à faire du vin ?
03:46Puis après, il y a le côté quantité.
03:47Si on produit des si petites récoltes,
03:50le coût de production, il explose.
03:51Donc après, est-ce qu'on peut, commercialement,
03:53vendre des bouteilles pour compenser ce coût de production qui explose ?
03:57Après, ça ne vaut plus le coup.
03:59Donc on réfléchit.
04:00En tout cas, écoutez, vous avez bien expliqué les choses, Mathieu Dongeun.
04:06Je partage votre inquiétude en tant que consommateur également.
04:10Je vous souhaite du courage.
04:11Et puis, il va falloir voir qu'est-ce qu'il faut faire,
04:14même au niveau national, avec, comme vous,
04:17tous les viticulteurs et exploitants de grands millésimes
04:20pour faire face à cette situation qui va, malheureusement, s'aggraver.
04:25Merci à vous, Mathieu Dongeun.
04:26Je rappelle, viticulteur, exploitant du domaine Bruno Dongeun.
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