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  • il y a 27 minutes
Écoutez le débat entre Jacques Vaysse, propriétaire d'une station-service et président de la branche carburant de la Fédération nationale de l'automobile, Patrice Geoffron, professeur d'économie, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières de l'Université Paris-Dauphine, et Christophe Bourroux, spécialiste automobile à RTL.
Regardez La preuve par trois avec Anne-Sophie Lapix du 09 septembre 2026.

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Transcription
00:09Les prix des carburants à la pompe ont atteint la semaine dernière leur plus haut niveau depuis le début de
00:14la guerre en Iran le 27 février.
00:17Le sans plomb 95 se vend en moyenne 2,09 euros le litre, le diesel 2,26 euros.
00:24Pour Michel-Edouard Leclerc, on n'a plus le choix, il faut plafonner les prix.
00:28Est-ce que c'est faisable ? Est-ce que c'est souhaitable ? Combien cela coûte ?
00:32Pour y répondre, trois invités, journalistes, témoins experts, c'est la preuve par trois.
00:37Nous sommes en ligne avec Patrice Joffron, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières de
00:43l'Université Paris-Dauphine.
00:44Bonsoir.
00:46Bonsoir.
00:46Est-ce qu'il a raison, Michel-Edouard Leclerc ?
00:49D'abord, est-ce que l'État a déjà envisagé de plafonner les prix ?
00:55Alors, de plafonner non, de réduire les prix, ça a été fait, notamment ça a été fait en 2022,
01:02avec une ristourne à la pompe de 30 centimes à un moment, sur une partie de l'année, 18 centimes
01:08à d'autres moments,
01:08donc ça a été fait.
01:09On en connaît le bilan, ça a coûté 8 milliards.
01:12Ces 8 milliards, à l'évidence, on les a plus à l'heure actuelle,
01:16donc les contraintes sur les finances publiques font qu'il est très difficile de reproduire une telle opération,
01:22et puis le vrai problème qui est caché derrière tout ça, c'est qu'on peut baisser tant qu'on
01:26veut les taxes,
01:26tant qu'on importera aussi massivement du pétrole, et bien on sera ramené à subir ce type de choc,
01:33et donc il y a un effet paracétamol, ça réduit le mal de tête de baisser les taxes,
01:38mais au sortir de la crise, on se retrouve exactement dans la même situation.
01:42Mais il y a d'autres pays qui plafonnent pourtant les prix en Europe ?
01:46Alors plafonner, encore une fois, il y a une baisse des taxes,
01:49l'Espagne l'a fait, l'Italie l'a fait, l'Italie a du mal à maintenir cet effort,
01:54parce qu'on est là dans un choc qui se poursuit,
01:57et puis la réalité des choses, c'est qu'aussi bien l'Italie, l'Espagne que la France,
02:01tous ces pays, et nous en faisons partie, importent quasi 100%,
02:0699% pour la France de son pétrole et de ses produits pétroliers,
02:11et donc encore une fois, et à l'abord d'une campagne présidentielle,
02:14voilà ce choc nouveau, il ne faut pas qu'on gâche une crise de plus,
02:18et il faut qu'on en retienne ce qu'il est absolument essentiel de faire,
02:22c'est de réduire nos dépendances, ça va prendre du temps évidemment,
02:25ça va être douloureux, mais la baisse des taxes en tant que telle
02:30réduit la douleur et les contraintes économiques très transitoirement,
02:34sans apporter de solution.
02:36En attendant, en France, on a fait le choix des aides ciblées,
02:39qui font baisser le prix du carburant,
02:41mais pour certains secteurs d'activité.
02:44Oui, et c'est, me semble-t-il, ce qu'il faut faire pour certains secteurs d'activité,
02:49et évidemment pour les ménages qui ont besoin de rouler le plus
02:52et qui sont les plus contraints économiquement.
02:56Sinon, on a ce qu'on appelle, nous les économistes, dans le jargon,
02:59un effet d'aubaine.
02:59L'effet d'aubaine, finalement, c'est de distribuer un avantage,
03:02y compris à la partie de la population,
03:05qui a les moyens de supporter un prix à la pompe supérieur à 2 euros.
03:09Donc, on en vient à gâcher de l'argent public,
03:12dans un contexte dans lequel il est particulièrement contraint.
03:15Et les aides ciblées de l'État, elles ont coûté combien ?
03:19Alors, pour l'instant, pas grand-chose.
03:22Voilà, en 2022, on était à 8 milliards.
03:25Aujourd'hui, on est à 1,5 milliard.
03:27En revanche, l'État et la Commission européenne, par ailleurs,
03:31ont défini des objectifs qui sont des objectifs d'électrification accélérée.
03:36On a des marges de manœuvre en France,
03:38on produit beaucoup plus d'électricité que ce qu'on en consomme.
03:41Donc, c'est un élément qui est important.
03:42Et puis, par ailleurs, si on essaie positivement de comparer la situation aujourd'hui
03:46avec celle de 2022,
03:48en 2022, il y avait une offre de véhicules électriques
03:50qui était bien plus réduite qu'à l'heure actuelle.
03:52Assez peu de véhicules électriques d'entrée de gamme.
03:54Aujourd'hui, on est susceptible d'en trouver à partir de 20 000 euros.
03:58Et donc, la solution, c'est plutôt un soutien de type leasing social
04:02qui permet d'accéder à ce type de mobilité.
04:04On va en parler. Vous allez trop vite pour moi.
04:06On va demander d'abord à quelqu'un qui est concerné
04:10par ces prix en hausse dans les stations-service,
04:13un gérant de stations-service.
04:14Nous sommes en ligne avec Jacques Vesse,
04:16président de la branche carburant de la Fédération Nationale de l'Automobile
04:19et donc propriétaire d'une station-service.
04:21Bonsoir.
04:22Bonsoir.
04:22Combien coûtent les carburants dans votre station ?
04:26Alors, le gasoil est à 2,29 euros.
04:29Le 98 est à 2,27 euros.
04:32Et le 95 est à 2,23 euros.
04:34Je précise que sur ces prix, notre marge est de 5 centimes brutes.
04:39C'est-à-dire, sur 40 litres, nous gagnons 2 euros brutes.
04:42Ça veut dire que vous ne gagnez pas plus d'argent aujourd'hui qu'il y a 6 mois ?
04:48Exactement.
04:48Sauf que ce qu'on a remarqué, c'est que le client lambda fait des pleins modérés.
04:54Il fait des petites quantités.
04:56On sent, même en campagne, là où nous sommes, on sent que les gens font attention.
05:01Ça devient, l'essence devient vitale.
05:04Vous avez un concurrent qui plafonne ses prix.
05:07C'est Total, qui a l'avantage d'être aussi son propre fournisseur.
05:11Est-ce qu'il rafle la mise, toute la clientèle ?
05:14Alors, il a raflé la mise.
05:16Et à aujourd'hui, je ne suis pas sûr.
05:19Je pense que les clients Total, les clients Leclerc, les clients Carrefour,
05:22sont pareils que chez moi.
05:24Ils font des 20, des 30 litres.
05:27Mais ils ne font pas des pleins complets.
05:30Parce que ça coûte vraiment cher.
05:32Et on le ressent.
05:34Nous, on n'a pas de métro.
05:37On n'a pas de TGV.
05:40On n'a pas toute cette mobilité que les gens ont en ville.
05:44Est-ce que vous estimez que l'État doit imposer un plafond des prix de vente comme Total,
05:50pour que vous puissiez, à Total plutôt pour vous,
05:53pour que vous puissiez, vous aussi, vendre moins cher ?
05:56Alors, je ne sais pas comment ils vont faire.
05:58Pourquoi pas ?
05:58Mais nous, il faut savoir qu'on achète notre carburant en raffinerie
06:02à un prix qu'on nous demande.
06:04Parce que nous ne sommes pas des gros faiseurs.
06:06Donc, on paye le prix qu'on nous demande.
06:08Et là-dessus, on paye le transport.
06:11Donc, à la fin, on met notre marge.
06:14Je ne sais pas comment on peut faire, dans notre cas, pour plafonner les prix.
06:17Je pense que surtaxer la mobilité, comme il s'est fait actuellement,
06:22c'est plomber la croissance, pour moi.
06:25Merci beaucoup à vous, Jacques Vesse.
06:27Alors, est-ce que, quoi qu'il en soit, il faut s'habituer à un carburant plus cher,
06:31plutôt que d'adapter le prix ?
06:33Ne doit-on pas apprendre à réduire la consommation ?
06:34On a commencé à en parler avec vous, Patrice Joffron.
06:37Il a donc raison, Michel-Édouard Leclerc,
06:40ça ne va plus jamais baisser les prix du carburant ?
06:44Alors, il n'en sait rien, et personne n'en sait rien,
06:48parce que c'est en train de se jouer à l'heure actuelle,
06:50dans l'étroit d'Ormuz et au Moyen-Orient, et puis par ailleurs en Russie.
06:54Donc, il y a évidemment une situation qui est particulièrement inflammable.
06:58Mais si on regarde pas très loin derrière nous,
07:01le prix était retombé assez bas, le prix du brut.
07:05Le 1er juillet, il était redescendu à 69 dollars précisément.
07:11Et donc, ça veut dire qu'en fait, il y a un yo-yo du prix
07:13en fonction de ce qu'on peut percevoir de ce conflit.
07:19Si on essaie d'être positif, moi, il me semble qu'il y a un scénario
07:22qui est tout à fait plausible, qui est que les tensions,
07:24elles se maintiennent à un niveau assez élevé jusqu'au mid-terms aux États-Unis
07:27et aux prochaines élections au mois de novembre,
07:29parce que du côté iranien, il y a une volonté de mettre la pression sur les États-Unis,
07:33parce que le prix à la pompe est très élevé chez nous,
07:36le prix du diesel notamment, mais il l'est également aux États-Unis,
07:39à un niveau historiquement élevé.
07:40Et donc, ça met l'économie américaine sous pression
07:43et ça pourrait conduire à essayer, en revanche, d'atterrir
07:46et de sortir du conflit à l'issue de ces élections.
07:49On comprend que la solution, c'est quand même de passer à l'électrique,
07:52mais ça peut prendre du temps ?
07:55Ça peut prendre combien de temps, même si on accélère ?
07:58Alors, ça va prendre du temps, c'est évident,
08:01et ça veut dire également que moi, je ne suis pas par principe opposé
08:05à ce qu'il y a du soutien, notamment en milieu rural
08:08et en particulier en milieu rural pour maintenir la présence des stations indépendantes.
08:12Ça me paraît absolument essentiel.
08:14En revanche, qu'il faut tout à fait éviter sur les mesures transversales
08:18telles qu'on les a mises en œuvre en 2022,
08:20parce que ça valait également à l'époque sur le gaz
08:23et globalement, on a dépensé de l'ordre de 70 milliards d'euros à ce moment-là.
08:27Donc, c'est de fait beaucoup d'argent et ces ressources publiques
08:31et notamment celles qui vont être dédiées à l'électrification
08:39ne seront pas extensibles.
08:41Il y a un plan sur plusieurs années,
08:42il faut espérer qu'il soit maintenu et accéléré
08:44durant la prochaine mandature,
08:46mais de fait, c'est la sortie essentielle.
08:48Alors évidemment, il y en a d'autres qui sont liés
08:50à la possibilité d'aller vers d'autres modes de transport,
08:53mais par rapport à la personne qui parlait à l'instant
08:56avec cette station en milieu rural, si j'ai bien compris,
08:59évidemment, on comprend tout à fait qu'en dehors des métropoles,
09:01il n'y a pas vraiment le choix, on est bien d'accord.
09:04Merci beaucoup, merci à vous.
09:06C'était la preuve partenaire.
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