00:09Les prix des carburants à la pompe ont atteint la semaine dernière leur plus haut niveau depuis le début de
00:14la guerre en Iran le 27 février.
00:17Le sans plomb 95 se vend en moyenne 2,09 euros le litre, le diesel 2,26 euros.
00:24Pour Michel-Edouard Leclerc, on n'a plus le choix, il faut plafonner les prix.
00:28Est-ce que c'est faisable ? Est-ce que c'est souhaitable ? Combien cela coûte ?
00:32Pour y répondre, trois invités, journalistes, témoins experts, c'est la preuve par trois.
00:37Nous sommes en ligne avec Patrice Joffron, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières de
00:43l'Université Paris-Dauphine.
00:44Bonsoir.
00:46Bonsoir.
00:46Est-ce qu'il a raison, Michel-Edouard Leclerc ?
00:49D'abord, est-ce que l'État a déjà envisagé de plafonner les prix ?
00:55Alors, de plafonner non, de réduire les prix, ça a été fait, notamment ça a été fait en 2022,
01:02avec une ristourne à la pompe de 30 centimes à un moment, sur une partie de l'année, 18 centimes
01:08à d'autres moments,
01:08donc ça a été fait.
01:09On en connaît le bilan, ça a coûté 8 milliards.
01:12Ces 8 milliards, à l'évidence, on les a plus à l'heure actuelle,
01:16donc les contraintes sur les finances publiques font qu'il est très difficile de reproduire une telle opération,
01:22et puis le vrai problème qui est caché derrière tout ça, c'est qu'on peut baisser tant qu'on
01:26veut les taxes,
01:26tant qu'on importera aussi massivement du pétrole, et bien on sera ramené à subir ce type de choc,
01:33et donc il y a un effet paracétamol, ça réduit le mal de tête de baisser les taxes,
01:38mais au sortir de la crise, on se retrouve exactement dans la même situation.
01:42Mais il y a d'autres pays qui plafonnent pourtant les prix en Europe ?
01:46Alors plafonner, encore une fois, il y a une baisse des taxes,
01:49l'Espagne l'a fait, l'Italie l'a fait, l'Italie a du mal à maintenir cet effort,
01:54parce qu'on est là dans un choc qui se poursuit,
01:57et puis la réalité des choses, c'est qu'aussi bien l'Italie, l'Espagne que la France,
02:01tous ces pays, et nous en faisons partie, importent quasi 100%,
02:0699% pour la France de son pétrole et de ses produits pétroliers,
02:11et donc encore une fois, et à l'abord d'une campagne présidentielle,
02:14voilà ce choc nouveau, il ne faut pas qu'on gâche une crise de plus,
02:18et il faut qu'on en retienne ce qu'il est absolument essentiel de faire,
02:22c'est de réduire nos dépendances, ça va prendre du temps évidemment,
02:25ça va être douloureux, mais la baisse des taxes en tant que telle
02:30réduit la douleur et les contraintes économiques très transitoirement,
02:34sans apporter de solution.
02:36En attendant, en France, on a fait le choix des aides ciblées,
02:39qui font baisser le prix du carburant,
02:41mais pour certains secteurs d'activité.
02:44Oui, et c'est, me semble-t-il, ce qu'il faut faire pour certains secteurs d'activité,
02:49et évidemment pour les ménages qui ont besoin de rouler le plus
02:52et qui sont les plus contraints économiquement.
02:56Sinon, on a ce qu'on appelle, nous les économistes, dans le jargon,
02:59un effet d'aubaine.
02:59L'effet d'aubaine, finalement, c'est de distribuer un avantage,
03:02y compris à la partie de la population,
03:05qui a les moyens de supporter un prix à la pompe supérieur à 2 euros.
03:09Donc, on en vient à gâcher de l'argent public,
03:12dans un contexte dans lequel il est particulièrement contraint.
03:15Et les aides ciblées de l'État, elles ont coûté combien ?
03:19Alors, pour l'instant, pas grand-chose.
03:22Voilà, en 2022, on était à 8 milliards.
03:25Aujourd'hui, on est à 1,5 milliard.
03:27En revanche, l'État et la Commission européenne, par ailleurs,
03:31ont défini des objectifs qui sont des objectifs d'électrification accélérée.
03:36On a des marges de manœuvre en France,
03:38on produit beaucoup plus d'électricité que ce qu'on en consomme.
03:41Donc, c'est un élément qui est important.
03:42Et puis, par ailleurs, si on essaie positivement de comparer la situation aujourd'hui
03:46avec celle de 2022,
03:48en 2022, il y avait une offre de véhicules électriques
03:50qui était bien plus réduite qu'à l'heure actuelle.
03:52Assez peu de véhicules électriques d'entrée de gamme.
03:54Aujourd'hui, on est susceptible d'en trouver à partir de 20 000 euros.
03:58Et donc, la solution, c'est plutôt un soutien de type leasing social
04:02qui permet d'accéder à ce type de mobilité.
04:04On va en parler. Vous allez trop vite pour moi.
04:06On va demander d'abord à quelqu'un qui est concerné
04:10par ces prix en hausse dans les stations-service,
04:13un gérant de stations-service.
04:14Nous sommes en ligne avec Jacques Vesse,
04:16président de la branche carburant de la Fédération Nationale de l'Automobile
04:19et donc propriétaire d'une station-service.
04:21Bonsoir.
04:22Bonsoir.
04:22Combien coûtent les carburants dans votre station ?
04:26Alors, le gasoil est à 2,29 euros.
04:29Le 98 est à 2,27 euros.
04:32Et le 95 est à 2,23 euros.
04:34Je précise que sur ces prix, notre marge est de 5 centimes brutes.
04:39C'est-à-dire, sur 40 litres, nous gagnons 2 euros brutes.
04:42Ça veut dire que vous ne gagnez pas plus d'argent aujourd'hui qu'il y a 6 mois ?
04:48Exactement.
04:48Sauf que ce qu'on a remarqué, c'est que le client lambda fait des pleins modérés.
04:54Il fait des petites quantités.
04:56On sent, même en campagne, là où nous sommes, on sent que les gens font attention.
05:01Ça devient, l'essence devient vitale.
05:04Vous avez un concurrent qui plafonne ses prix.
05:07C'est Total, qui a l'avantage d'être aussi son propre fournisseur.
05:11Est-ce qu'il rafle la mise, toute la clientèle ?
05:14Alors, il a raflé la mise.
05:16Et à aujourd'hui, je ne suis pas sûr.
05:19Je pense que les clients Total, les clients Leclerc, les clients Carrefour,
05:22sont pareils que chez moi.
05:24Ils font des 20, des 30 litres.
05:27Mais ils ne font pas des pleins complets.
05:30Parce que ça coûte vraiment cher.
05:32Et on le ressent.
05:34Nous, on n'a pas de métro.
05:37On n'a pas de TGV.
05:40On n'a pas toute cette mobilité que les gens ont en ville.
05:44Est-ce que vous estimez que l'État doit imposer un plafond des prix de vente comme Total,
05:50pour que vous puissiez, à Total plutôt pour vous,
05:53pour que vous puissiez, vous aussi, vendre moins cher ?
05:56Alors, je ne sais pas comment ils vont faire.
05:58Pourquoi pas ?
05:58Mais nous, il faut savoir qu'on achète notre carburant en raffinerie
06:02à un prix qu'on nous demande.
06:04Parce que nous ne sommes pas des gros faiseurs.
06:06Donc, on paye le prix qu'on nous demande.
06:08Et là-dessus, on paye le transport.
06:11Donc, à la fin, on met notre marge.
06:14Je ne sais pas comment on peut faire, dans notre cas, pour plafonner les prix.
06:17Je pense que surtaxer la mobilité, comme il s'est fait actuellement,
06:22c'est plomber la croissance, pour moi.
06:25Merci beaucoup à vous, Jacques Vesse.
06:27Alors, est-ce que, quoi qu'il en soit, il faut s'habituer à un carburant plus cher,
06:31plutôt que d'adapter le prix ?
06:33Ne doit-on pas apprendre à réduire la consommation ?
06:34On a commencé à en parler avec vous, Patrice Joffron.
06:37Il a donc raison, Michel-Édouard Leclerc,
06:40ça ne va plus jamais baisser les prix du carburant ?
06:44Alors, il n'en sait rien, et personne n'en sait rien,
06:48parce que c'est en train de se jouer à l'heure actuelle,
06:50dans l'étroit d'Ormuz et au Moyen-Orient, et puis par ailleurs en Russie.
06:54Donc, il y a évidemment une situation qui est particulièrement inflammable.
06:58Mais si on regarde pas très loin derrière nous,
07:01le prix était retombé assez bas, le prix du brut.
07:05Le 1er juillet, il était redescendu à 69 dollars précisément.
07:11Et donc, ça veut dire qu'en fait, il y a un yo-yo du prix
07:13en fonction de ce qu'on peut percevoir de ce conflit.
07:19Si on essaie d'être positif, moi, il me semble qu'il y a un scénario
07:22qui est tout à fait plausible, qui est que les tensions,
07:24elles se maintiennent à un niveau assez élevé jusqu'au mid-terms aux États-Unis
07:27et aux prochaines élections au mois de novembre,
07:29parce que du côté iranien, il y a une volonté de mettre la pression sur les États-Unis,
07:33parce que le prix à la pompe est très élevé chez nous,
07:36le prix du diesel notamment, mais il l'est également aux États-Unis,
07:39à un niveau historiquement élevé.
07:40Et donc, ça met l'économie américaine sous pression
07:43et ça pourrait conduire à essayer, en revanche, d'atterrir
07:46et de sortir du conflit à l'issue de ces élections.
07:49On comprend que la solution, c'est quand même de passer à l'électrique,
07:52mais ça peut prendre du temps ?
07:55Ça peut prendre combien de temps, même si on accélère ?
07:58Alors, ça va prendre du temps, c'est évident,
08:01et ça veut dire également que moi, je ne suis pas par principe opposé
08:05à ce qu'il y a du soutien, notamment en milieu rural
08:08et en particulier en milieu rural pour maintenir la présence des stations indépendantes.
08:12Ça me paraît absolument essentiel.
08:14En revanche, qu'il faut tout à fait éviter sur les mesures transversales
08:18telles qu'on les a mises en œuvre en 2022,
08:20parce que ça valait également à l'époque sur le gaz
08:23et globalement, on a dépensé de l'ordre de 70 milliards d'euros à ce moment-là.
08:27Donc, c'est de fait beaucoup d'argent et ces ressources publiques
08:31et notamment celles qui vont être dédiées à l'électrification
08:39ne seront pas extensibles.
08:41Il y a un plan sur plusieurs années,
08:42il faut espérer qu'il soit maintenu et accéléré
08:44durant la prochaine mandature,
08:46mais de fait, c'est la sortie essentielle.
08:48Alors évidemment, il y en a d'autres qui sont liés
08:50à la possibilité d'aller vers d'autres modes de transport,
08:53mais par rapport à la personne qui parlait à l'instant
08:56avec cette station en milieu rural, si j'ai bien compris,
08:59évidemment, on comprend tout à fait qu'en dehors des métropoles,
09:01il n'y a pas vraiment le choix, on est bien d'accord.
09:04Merci beaucoup, merci à vous.
09:06C'était la preuve partenaire.
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