00:02Générique
00:10Un invité avec nous tous les midis pour décrypter à chaud les tendances de la journée, les enjeux de cette
00:17journée et les enjeux de la semaine.
00:20Tout simplement, Anguéran Arthas, bonjour, vous êtes stratégiste et gérant à la financière de l'échiquier.
00:24Bonjour Pauline.
00:25Eh bien, commençons avec le pétrole, Anguéran. Le baril de Brent renoie avec les 100 dollars, on le disait en
00:31intro, c'est une première depuis le mois de juillet.
00:33On rappelle qu'en juillet, le baril de Brent avait dépassé brièvement les 100 dollars, mais était vite redescendu quand
00:39même.
00:40Le baril qui progresse de plus de 60% depuis le début de l'année. Anguéran, est-ce que le
00:46marché intègre une perturbation durable des flux ?
00:49Quelles sont les réactions des investisseurs aujourd'hui ?
00:51Alors, il est certain que dans ce prix de 100 dollars, il y a la prise en compte de tout
00:55ce qui se passe en Iran, de la perturbation des flux, effectivement, de la disruption de l'approvisionnement.
01:00Mais en réalité, je pense qu'on peut avoir un scénario assez proche de ce qu'on a eu en
01:05juillet, pour une raison simple, c'est que, en fait, quand on regarde globalement,
01:11quand on prend en compte les routes alternatives qui ont été mises en place après le conflit, quand on prend
01:18en compte ce qui arrive quand même à passer par Hormuz,
01:20vous l'évoquiez en introduction, en fait, au global, ce qui manque sur le marché, c'est à peu près
01:275% de la production mondiale.
01:28Si on rapporte ça à l'élasticité de la demande, en fait, ça nous situe le prix à peu près
01:36normal du baril entre 80 et 100 dollars.
01:40Donc, quand on est à 100 dollars, on est quand même sur le haut de ce range-là.
01:46Alors, ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas brièvement le dépasser, comme ça avait été le cas
01:49en juillet,
01:50surtout quand il y a cet entraînement de marché et ce contexte un peu plus anxiogène qui se met en
01:56place.
01:57Mais ça sous-entend quand même qu'on a plus d'asymétrie à la baisse à partir de ce moment
02:02-là qu'à la hausse.
02:03Donc, je ne suis pas très inquiet sur ce mouvement-là. Encore une fois, on peut aller un peu plus
02:10haut.
02:10Ça peut durer encore quelques jours. Mais je ne pense pas qu'on ira beaucoup plus haut à ce stade
02:15parce que, tout simplement, on est sur un prix qui est à peu près la barre haute de ce qu
02:24'on peut avoir dans cet environnement-là.
02:26Oui, donc, pas de grand risque pour l'instant sur les marchés, sauf si peut-être le pétrole s'établissait
02:34un peu plus durablement
02:35au-dessus de ce seuil de 100 dollars. Je le disais en fait en introduction, ça ravive les craintes inflationnistes
02:46et on va prendre connaissance demain de la décision monétaire de la Banque Centrale Européenne.
02:5090% de chance d'une hausse des taux, donc on peut dire que c'est quasiment acté.
02:56Qu'est-ce qu'on peut attendre du coup de cette réunion de politique monétaire, de la communication aussi de
03:00Christine Lagarde ?
03:02Effectivement, la décision de demain, elle ne fait aucun doute.
03:05D'une part, c'est anticipé quasiment à 100% par les marchés. La BCE n'irait pas contre les
03:10marchés dans un contexte comme ça.
03:11Et d'autre part, elle l'a presque déjà validée elle-même. Je crois que c'était Philippe Léne ou
03:15peut-être quelqu'un d'autre
03:15qui a dit qu'en parlant de cette probabilité, que les marchés comprenaient très bien la fonction de réaction de
03:21la BCE.
03:22On comprend ce que ça veut dire. Ça veut dire que cette hausse-là est enterrinée.
03:26Là-dessus, il n'y aura pas de surprise. Ce qui sera intéressant à regarder, ce sera évidemment, comme toujours,
03:30la communication de Christine Lagarde,
03:32les réponses qu'il y aura pendant la conférence de presse d'après réunion.
03:37Mais ce sera aussi la mise à jour des projections économiques qui seront publiées à cette occasion-là, comme une
03:44fois toutes les deux réunions.
03:45Et ce qui sera intéressant de regarder, c'est ce que fera la BCE, notamment sur les prévisions d'inflation.
03:53Il est à peu près acquis qu'elle va remonter les prévisions d'inflation pour 2026.
03:57Ça, ce n'est pas très important. On est à l'orée du dernier trimestre.
04:00Elle va remonter ses taux. Donc ça, c'est à peu près acquis.
04:03Ce qui va être plus intéressant, c'est ce qu'elle va faire sur les prévisions d'inflation pour 2027.
04:07Est-ce qu'elle les remonte, notamment sur la partie corps, ou est-ce qu'elle les maintient à peu
04:12près au même endroit ?
04:13Le signal que ça donnera, à mon sens, c'est que si elle remonte, en tout cas significativement,
04:19les prévisions d'inflation sous-jacentes pour 2027, ça veut dire qu'elle s'attend encore un peu plus,
04:25en tout cas qu'elle redoute encore un peu plus que l'inflation qui vient de la partie énergétique
04:31et un peu de la partie alimentaire crée des effets de second tour et que ça entraîne une vague d
04:36'inflation plus structurelle.
04:37Ce qui, en conséquence, voudrait dire qu'elle se dirigerait vers encore plus de hausses de taux,
04:43ce qui, à mon sens, serait une erreur.
04:46Déjà, ces deux premières hausses de taux sont, à mon sens, une erreur.
04:49Mais en tout cas, ça, ça sera très intéressant de regarder, et en parallèle aussi la révision des prévisions de
04:54croissance,
04:55parce que ça renforcera ou infirmera un petit peu le message.
04:58Donc ça va être presque plus que la décision qui, encore une fois, est très attendue.
05:02Ça va être notamment ces prévisions de croissance et d'inflation qui vont, quand même, pas mal, à mon avis,
05:08donner d'indications sur ce que peut faire la BCE à la fois d'ici la fin de l'année
05:12et puis, si on va dire, le premier trimestre 2027.
05:15Oui, parce que la BCE, enfin, Christine Lagarde va certainement rappeler que la BCE est data dependent.
05:20Peu de surprises là-dessus.
05:22Pourquoi, à votre sens, ce serait une erreur, du coup, ces hausses de taux ?
05:26En fait, c'est assez simple pour deux raisons.
05:29La première, c'est que, oui, on a un retour de l'inflation en zone euro, comme dans le monde
05:33entier,
05:34mais c'est une inflation qui vient essentiellement à cause d'un choc d'offres sur les matières premières.
05:40Ce n'est pas du tout quelque chose que la BCE a le pouvoir d'adresser.
05:45On peut monter les taux à 10 si on veut, ça ne fera pas repasser le pétrole par or en
05:48mousse.
05:49On a, en plus, une inflation qui, contrairement aux États-Unis, où l'inflation n'a jamais retrouvé vraiment son
05:54niveau cible au niveau européen,
05:57avant le déclenchement de la guerre en Iran, on était quasiment revenu à la cible de la BCE.
06:02Deux pourcents.
06:02Voilà, deux pourcents.
06:03Donc, en fait, le sujet inflationniste était réglé.
06:06Donc, on n'a pas, comme on peut l'avoir peut-être aux États-Unis, encore une inflation rampante qui
06:11reste.
06:12Ce n'était pas le cas en zone euro.
06:14Et donc, on n'a pas quelque chose de structurel, quelque chose qui est vraiment d'un choc d'offres.
06:18En plus, qui intervient sur un moment où la croissance européenne n'est pas très forte, où la consommation européenne
06:23n'est pas très forte.
06:24Donc, a priori, ce n'est pas quelque chose sur lequel la BCE est censée rajouter de la dureté dans
06:30les conditions financières.
06:32Et puis, l'autre problème, c'est qu'on a, ça vous apparaît à vous, vous l'avez évoqué aussi
06:35en introduction,
06:36on a les taux longs qui continuent de monter, les 10 ans allemands qui repassent au-dessus de 3,40.
06:40Et au sein de ces taux longs, on a la partie taux réelle, donc la partie qui n'est pas
06:45liée à l'inflation,
06:46on va dire la partie structurelle du taux qui continue, elle aussi, d'augmenter.
06:50Le taux réel, aujourd'hui, en zone euro, il est autour d'1,2.
06:56Le problème, c'est que la croissance potentielle de la zone euro, c'est 0,8, 0,9.
07:00C'est à peu près ce qu'on va avoir d'ailleurs cette année et probablement l'année prochaine quand
07:04on lisse un petit peu.
07:05Donc, on commence à avoir des taux réels qui sont au-dessus de la croissance potentielle,
07:09qui sont au-dessus ou au même niveau que la croissance qu'on peut attendre cette année et dans les
07:14années à venir.
07:15Donc, c'est une situation qui est très compliquée pour avoir une expansion économique,
07:20pour pouvoir régler les problèmes de dette.
07:23Et on a là-dessus la BCE qui rajoute de l'huile sur le feu, alors même que, comme j
07:26'expliquais au début,
07:27c'est à mon sens pas un sujet d'inflation structurelle,
07:30parce que le marché du travail n'est pas très tendu, il n'y a pas d'inflation salariale.
07:33Donc, on a toujours quand même ce dogmatisme un peu de la BCE qui a peur de l'inflation,
07:39qui a peur que toute croissance un peu trop élevée régénère de l'inflation
07:42et qui préfère remonter les taux face à ça plutôt que de prendre en compte l'ensemble du périmètre
07:49qui, très clairement, à mon sens, n'est pas du tout propice à des hausses de taux aujourd'hui.
07:52Bon, on verra du coup la décision monétaire de la Banque centrale européenne demain.
07:57C'est la rentrée des banques centrales.
07:59On attend aussi la décision de la Réserve fédérale américaine la semaine prochaine.
08:04En attendant, on prendra connaissance des PPI, du CPI en fin de cette semaine.
08:08Il y aura aussi la Banque d'Angleterre, la Banque nationale suisse, la Banque du Japon,
08:11pour qui, d'ailleurs, une hausse des taux est largement pricée aussi par le marché,
08:15ce qui a soutenu le Yen.
08:17Un mot rapide, il nous reste une minute en guérant.
08:20Parlons des valeurs.
08:21Oracle va publier jeudi soir ses résultats du premier trimestre fiscal de l'année 2027.
08:29Quelle trajectoire ces résultats pourront donner au marché
08:32et quel bilan très rapide on peut tirer de cette saison de publication ?
08:37Le bilan de la saison des publications est très positif.
08:39Il n'y a pas de problème.
08:40La saison des résultats a été très bonne aux États-Unis,
08:42mais notamment en Europe où elle a surpris à la hausse.
08:44Donc, pas trop de sujets là-dessus.
08:45Ce qui va être intéressant sur les résultats d'Oracle, c'est que c'est un peu l'enfant malade
08:50du secteur technologique.
08:52C'est l'entreprise qui est de loin la plus endettée, qui est de loin la plus fragile
08:55et qui donc peut être la plus facilement confrontée au mismatch entre l'endettement,
09:01le financement du développement de l'IA et la demande réelle, les résultats réels en face.
09:08Et donc, ça va être intéressant de voir comment évolue le bilan d'Oracle
09:11et surtout comment la publication est prise par le marché.
09:14Ça donnera une indication de est-ce que ce sujet de la dette et de l'endettement autour de l
09:20'IA
09:20reste un sujet de stress pour le marché à ce stade
09:23ou est-ce que c'est quelque chose qui est pour l'instant mis de côté ?
09:25Réponse jeudi soir, donc après la clôture des marchés américains.
09:30Merci beaucoup Anguéran Arthas, vous êtes stratégiste et gérant à la financière de l'échiquier.
09:34Merci beaucoup et puis merci à vous de nous avoir suivis.
09:38On se retrouve ce soir en direct à 17h30.
09:42D'ici là, bonne après-midi.
09:44Sous-titrage Société Radio-Canada
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