00:09Un invité avec nous tous les midis pour décrypter les enjeux à la mi-séance et puis les tendances de
00:15cette semaine et puis avec nous aujourd'hui
00:17Valérie Gastaldi, stratégiste chez Day by Day. Bonjour Valérie. Bonjour Pauline.
00:21Commençons avec ce pétrole Valérie. Peut-être un mot des discussions, de l'absence de discussion justement entre les Etats
00:29-Unis et l'Iran.
00:30Je rappelais en introduction, Donald Trump a refusé le plan iranien pour rouvrir le détroit d'Hormuz en 7 jours.
00:36Quelles conséquences tout cela a sur les marchés, sachant que le baril de Brent reste au-dessus de ce seuil
00:43de 100 dollars depuis maintenant quelques temps ?
00:46Oui, on ne sait pas très bien à quoi il faut s'en tenir parce qu'effectivement d'un jour
00:49sur l'autre, on a une nouvelle
00:51et son contraire et puis parfois on a les Etats-Unis qui disent quelque chose et l'Iran qui dit
00:55autre chose.
00:57Si on se pose la question des intérêts des participants, bien entendu l'intérêt de Donald Trump c'est d
01:05'arriver à une solution le plus vite possible
01:07pour avoir une chance de regagner quelques points avant les mid-terms.
01:13Mais il a dit qu'il pensait que le conflit se résoudrait après les mid-terms.
01:18Oui, ça il peut le dire et justement dire regardez j'ai été super fort, j'ai réussi à le
01:23résoudre plus tôt finalement.
01:26Donc ça c'est une première chose.
01:30Parce qu'il y a toujours deux aspects, quand un pays est en guerre, on a tendance à se rallier
01:36derrière le chef des armées qui est le président américain.
01:43Mais là, ce que les Américains voient, comme la guerre n'est pas sur leur sol, comme c'est une
01:47guerre qui n'a pas vraiment voulu dire qu'elle était une guerre,
01:50c'est que la conséquence pour eux c'est la hausse des prix du pétrole.
01:53Et donc, ça n'est pas tellement favorable à Donald Trump et s'il passe ces mid-terms en étant
02:01en guerre,
02:02ce n'est pas sûr que ça lui soit favorable.
02:04Donc lui, il a plutôt intérêt à ce que ça se passe le plus vite possible.
02:08Les Iraniens, ils n'ont pas de calendrier immédiat.
02:13Le fait que la population souffre, ça n'a jamais été un motif important pour eux.
02:18Je pense qu'ils ont quand même intérêt à ce que ça aille vite aussi.
02:21Parce qu'une fois passés les mid-terms, leur levier, il va perdre, à mon avis, beaucoup d'importance.
02:32Parce que finalement, Trump, une fois passés les mid-terms, il aura peut-être moins de pouvoir.
02:40Mais il aura aussi du temps avant les prochaines échéances.
02:43Donc il aura moins le couteau sous la gorge que ce qu'il a aujourd'hui.
02:47Donc, en théorie, on devrait plutôt avoir une solution très rapide.
02:54Je dis bien en théorie, parce qu'en fait, on n'est pas forcément...
02:58D'abord, peut-être que j'analyse mal les enjeux.
03:01Je ne suis pas une géopoliticienne.
03:05Et puis en plus, ils ne sont pas toujours super rationnels.
03:09D'un côté comme de l'autre, la rationalité qu'ils utilisent n'est pas forcément celle que je peux
03:14avoir en investisseur assez prudente que je suis.
03:19Voilà.
03:19Donc, si je regarde ce qui se passe actuellement sur les prix du pétrole, comme sur les prix des métaux,
03:29on est dans des tendances haussières depuis 2020-2021, qui se sont construites peu à peu,
03:35qui sont extrêmement bien structurées à la hausse.
03:38Donc, en fait, c'est plutôt une question de temps, de savoir quand est-ce qu'on va s'installer
03:43à 110 ou 115 ou 120 dollars pour le pétrole.
03:50Est-ce qu'on a un répit qui peut durer quelques mois autour, justement, des mid-terms ?
03:56Ou est-ce que, finalement, le prix du pétrole continue sa progression et potentiellement même accélère si le ton se
04:08durcit ?
04:09Donc, c'est plutôt... Je pense que c'est un événement, et on a un petit peu une situation symétrique
04:14sur d'autres marchés.
04:16Mais on est face à des événements où l'option raisonnable, c'est qu'on ait une pause.
04:26Mais on a des scénarios un peu de tension supplémentaire et avec, du coup, une accélération sur les marchés qui
04:35sont de l'ordre de 8-10% de chance.
04:37Oui, c'est sûr.
04:38Et puis, il y a une asymétrie réelle actuellement sur ce qui peut se passer.
04:42Oui, et puis on va parler, évidemment, de ces marchés obligataires dans un instant.
04:45Et puis, il y a aussi les prix du gaz.
04:48On le rappelle quasiment tous les jours dans cette émission.
04:50Mais voilà, le gaz en Europe, c'est un vrai problème à l'entrée de l'hiver.
04:55Et ces tensions sur les prix du pétrole qui se reflètent en pression inflationniste aussi et qui jouent aussi sur
05:03ces marchés obligataires avec un rendement américain à 10 ans sur le seuil maintenant de 5,25% depuis deux
05:11jours au moins.
05:12Le seuil de 5% avait été dépassé.
05:14Et là, on voit que ça ne cesse de progresser.
05:17Est-ce que c'est un risque pour les marchés, Valérie ?
05:21Moi, je vais vous dire que oui, en théorie, c'est un risque pour les marchés.
05:25Quand même, c'est la base de la théorie financière.
05:28Et justement, ce que je trouve très intéressant, c'est qu'actuellement, on entend des gens dire « mais pas
05:35cette fois ».
05:36Et en fait, à chaque fois que j'entends, parce que ça fait quand même 40 ans à peu près
05:40que je suis des marchés financiers, je l'ai entendu plusieurs fois « cette fois c'est différent ».
05:44Il y a des économistes qui ont fait un livre en disant « cette fois c'est différent ». C
05:47'était leur gros titre sur la dette, justement.
05:52Et en fait, à chaque fois qu'on entend cette phrase, ça veut dire qu'on est dans une phase
05:57d'irrationalité des investisseurs.
05:59Les gens pensent que finalement, la croissance qui va être créée par l'intelligence artificielle va amener des gains de
06:05productivité tels qu'il n'y aura pas tant d'inflation que ça.
06:09Et qu'il ne faut pas se faire de soucis pour les actions et notamment les valeurs de croissance qui
06:14ne vont pas subir la concurrence de la hausse des taux.
06:20Bon...
06:21Moi, je ne peux pas raisonner comme ça, parce que je vous dis, avec l'expérience que j'ai, ça
06:27n'est jamais ce que j'ai vu se produire.
06:30Et je sais que...
06:31C'est pas une norme des taux aussi élevés, selon vous.
06:32Alors, si on regarde l'histoire longue des États-Unis, des taux à 5,5%, c'est tout à fait
06:38normal.
06:39De toute façon, ils ont souvent un PIB moyen qui croit 5%.
06:43Et potentiellement, c'est ce que l'on aurait comme prochain PIB trimestriel, c'est un taux annualisé de 5%.
06:50Donc, il n'y a rien d'incroyable.
06:51Si on regarde les taux réels aux États-Unis, ils sont en fait à peine positifs.
06:55Donc, là aussi, l'économie américaine est tout à fait capable de digérer tout cela.
07:02C'est juste qu'il y a un moment où il y a un rattrapage de tout ça.
07:09Et il y a un moment où les investisseurs, ils vont regarder le rendement du S&P 500,
07:13ils vont regarder le rendement obligataire.
07:15Et naturellement, ils vont commencer à faire des arbitrages.
07:21Le jour où ce type d'arbitrage a lieu, si on imagine qu'il y a toujours une réserve d
07:28'acheteurs d'actions qui est très importante,
07:31alors tous les nouveaux vendeurs marginaux sur les taux seront absorbés par les acheteurs marginaux sur les actions et tout
07:38va bien.
07:38Mais si, en revanche, tous les investisseurs ont déjà investi énormément, sont en levier sur la partie actions,
07:51il y a un moment où ils arrêtent de rajouter et d'apporter des capitaux sur les actions.
07:55Il se trouve que ce qu'on a vu avec l'introduction de SpaceX,
07:59c'est justement qu'il y avait déjà un certain rééquilibrage dans les portefeuilles pour aller acheter du SpaceX.
08:04Ce n'est pas forcément énormément d'argent neuf qui est arrivé sur les marchés financiers.
08:09Je mets entre guillemets parce que c'est toujours avec un certain délai qu'on a des statistiques fiables sur
08:15les flux monétaires.
08:18Mais on sait que les flux monétaires cumulés qui sont arrivés sur les marchés américains en 2026
08:26sont le double de ce qu'on a eu en 2021.
08:28C'est-à-dire qu'on a déjà eu des quantités absolument considérables d'argent qui se sont investies en
08:35actions américaines.
08:37Il y a forcément un moment où ça va s'arrêter.
08:39Alors, ça peut durer encore 15 jours, comme ça peut durer encore 3 mois, 4 mois.
08:46On ne sait pas.
08:47Tant qu'on n'a pas un changement dans la confiance, il faut attendre.
08:54Mais c'est sûr qu'on entre dans la phase...
08:57Enfin, on est entré déjà dans la phase de...
09:01Il y a plein de choses qui disent qu'on est entré dans cette phase de dangerosité parce que les
09:05taux sont montés.
09:07Et après, ça va dépendre de la vitesse à laquelle les taux montent.
09:09Parce que si on s'arrête autour de 5,5, ça va.
09:16Oui, mais là, ils sont montés quand même très vite.
09:18Là, ils sont montés très vite.
09:19Donc, on a l'impression qu'ils vont aller beaucoup au-dessus.
09:22C'est sûr.
09:23Mais là encore, fin octobre, est-ce que Kevin Warch va enclencher une deuxième hausse de taux juste avant les
09:30mid-terms ?
09:31C'est pricé en tout cas à 70% par le marché.
09:34Oui, mais le marché, il se trompe tout le temps dans ses anticipations de taux.
09:39Ce n'est pas du tout un indicateur de ce qui va se passer réellement.
09:44On verra, c'est sûr.
09:45On n'a pas de boule de cristal sur ça.
09:48Et puis, on suivra évidemment tous ces marchés obligataires.
09:52Et puis, c'est remonté vite et fort de taux, notamment aux États-Unis,
09:56mais aussi un peu partout dans le monde, au Japon, en Europe.
10:00Merci beaucoup, Valérie Gastaldi.
10:02Vous êtes stratégiste chez Day by Day.
10:04Merci d'avoir été avec nous ce midi.
10:06Et merci à vous de nous avoir suivis.
10:08On se retrouve ce soir en direct à 17h30 sur Bsmart.