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  • il y a 6 minutes
Le 15 septembre, le grand éditeur français Focus Entertainement a communiqué sur ses actions juridiques pour protéger ses salariés victimes de comportements toxiques en ligne. Servane Forest, directrice juridique de Pullup Entertainement, maison mère de Focus, nous raconte les coulisses de cette prise de position contre les violences en ligne.

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Transcription
00:04Sérieuse Game, deuxième épisode de PlaySmart en pleine Paris Games Week.
00:07On va s'intéresser à une situation très spéciale.
00:10Focus Entertainment, le 15 septembre, a communiqué sur une action juridique
00:15pour défendre des salariés qui avaient été victimes de cyberharcèlement en ligne.
00:19On a la chance aujourd'hui d'être avec la directrice juridique de Pull-Up Entertainment,
00:24la maison mère de Focus, qui va tout nous expliquer.
00:26Servan de Forest, bonjour.
00:28Bonjour Nicolas.
00:28Je ne me suis pas trompé sur le titre, c'est bien l'intitulé exact.
00:31C'est bien l'intitulé exact.
00:33Et vous êtes en charge de tout ce qui est juridique pour tout ce qui concerne la fédération Pull-Up,
00:37puisque c'est comme ça que Geoffroy Sardin décrivait Pull-Up.
00:40C'est une fédération qui englobe notamment Focus, d'OTEMU par exemple,
00:43et d'autres structures qui font partie du...
00:45Tout à fait. On accompagne principalement les sociétés, les structures françaises.
00:50Et après, on essaye d'accompagner au maximum nos filiales à l'étranger.
00:54Mais aujourd'hui, la taille de l'équipe fait qu'on se concentre plus sur la France et notre accompagnement
00:59est un peu plus léger.
01:00Mais on a vraiment envie de poursuivre cet accompagnement de manière renforcée.
01:04Et donc là, on parle aujourd'hui de ce qui s'est passé le 15 septembre, mais plutôt votre réaction
01:09le 15 septembre,
01:10par rapport à une situation, on imagine, qui s'est installée un peu dans le temps en amont.
01:14Mais est-ce que vous pourriez, parce qu'on n'a pas forcément tout compris en détail,
01:18mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? De quoi ont été victimes vos collaborateurs salariés ?
01:23Et comment vous avez ensuite enclenché une réponse qui prenait notamment une forme juridique ?
01:27Depuis quelques temps, on voit, ça se compte en moins, des incivilités, des comportements inappropriés,
01:35jusqu'à des actes pénalement répréhensibles qui ont directement touché nos salariés.
01:40On va parler de doxing, la communication d'informations personnelles sur les réseaux,
01:45de harcèlement, de messages de menaces, de sexisme.
01:52Il y a eu effectivement. Et la réaction de la direction face à ces actes pénalement répréhensibles
02:03a été une réaction forte de protéger ses collaborateurs.
02:08Alors, il y a différentes mesures. Il y a effectivement, dans un premier temps,
02:13on va modérer, on va bannir, mais on a souhaité engager une action judiciaire
02:19à l'encontre des auteurs de ces actes.
02:24Donc, ça veut dire plainte au pénal. Sous quelle forme ?
02:26C'est surtout les salariés, j'imagine, qui, eux, doivent porter plainte en leur nom.
02:29Mais vous, vous avez aussi pu, en tant qu'entité, porter une plainte ?
02:33Alors, évidemment, c'est une des difficultés.
02:36Au pénal, il y a la victime ou le ministère public qui peut engager des actions.
02:41Il faut démontrer notre qualité de victime, ce qui était le cas pour les collaborateurs.
02:47Pour Focus, on a considéré qu'on était aussi victime directe de ces agissements
02:52puisque ça touche à nos collaborateurs, à notre réputation, à la réputation de nos communautés.
03:00Le fait qu'elles ne soient pas perçues comme des communautés toxiques
03:03puisqu'on parle du comportement d'une infime partie de nos communautés
03:09qui sont trop verbaux, qu'on entend trop et qui viennent nuire à nos...
03:15Perturber l'ensemble de la vie de la communauté.
03:17Exactement.
03:18Dans la pratique, donc, si c'est les salariés qui doivent porter plainte en leur nom,
03:22c'est un coût assez élevé.
03:23On sait qu'aller en justice, ça coûte cher.
03:25Et je crois que là, c'est là-dessus, en fait, que vous avez aussi soutenu les salariés.
03:28C'est en mettant à disposition l'assistance juridique, en fait, et notamment les avocats.
03:33C'est ça ? Ou payer une partie des frais ?
03:35Tout à fait.
03:36Ça faisait partie du process d'accompagnement.
03:39C'est mettre à disposition de nos collaborateurs un avocat
03:43et de prendre en charge les frais.
03:45On sait qu'un particulier, qu'un individu, un, il peut être confronté à la peur
03:48et puis un manque de ressources.
03:50Et nous, on voulait vraiment donner les possibilités aux collaborateurs,
03:54s'ils le souhaitaient, de déposer plainte.
03:56On a vu un échange aussi en ligne avec un utilisateur américain
04:02et avec une réponse finale parce qu'il vous faisait la leçon,
04:04enfin, il faisait la leçon à votre community manager sur la liberté d'expression
04:07telle qu'elle existe aux États-Unis.
04:09Et la réponse du groupe, ça a été « We are French ».
04:12On est français et donc on est sensible aux droits français avant tout
04:15qui limitent cette liberté d'expression.
04:17Mais ça pointe du doigt quand même la grosse difficulté ici.
04:20C'est que 80% de votre public, dans quasiment toutes les entreprises françaises de jeux vidéo,
04:2580% du CA, c'est à l'étranger.
04:27C'est un produit international.
04:29Et donc là, comment on fait pour jongler avec toutes ces sensibilités
04:32selon les pays qui sont différentes quand on parle de liberté d'expression ?
04:36Alors, notre message ne faisait pas expressément mention des actes qui avaient été commis.
04:43Donc sur la liberté d'expression, on a pu aussi entendre certains se demander
04:47si on remettait en cause les commentaires concernant nos jeux.
04:51Nous, le feedback, c'est vraiment une forme d'amour.
04:53Donc on est preneur effectivement des retours de l'ensemble de nos communautés sur nos jeux.
04:58On veut s'améliorer, on veut leur proposer les meilleurs jeux.
05:01Donc là-dessus, il n'y a pas de doute.
05:03La liberté d'expression s'applique à plein.
05:06Oui, on peut critiquer un jeu.
05:07Exactement.
05:08Là où la ligne rouge est franchie, c'est quand ce sont des actes pénalement répréhensibles.
05:15Et là, liberté d'expression ou pas, à un moment donné, on porte atteinte à l'intimité des personnes,
05:21à la condition psychique ou physique des personnes.
05:26Leur sentiment de sécurité, tout simplement.
05:27Exactement.
05:28Donc, pour nous, il fallait agir.
05:31Et en plus, on est soumis aux droits français.
05:33Les victimes sont en France.
05:35Donc, votre responsabilité d'employeur, elle est en France aussi.
05:39Protection des salariés.
05:40Alors, il y a notre responsabilité d'employeur.
05:42C'était une des motivations.
05:45Mais il y avait une volonté aussi de protéger nos collaborateurs.
05:48et de leur garantir que travailler au sein de Focus doit leur assurer un cadre de travail serein.
05:55Et ce message aussi est un rappel à la communauté que, quelles sont les règles de communication,
06:00la courtoisie devrait normalement être la règle.
06:04On le voit, on va surgir de plus en plus d'incivilité, d'incivilité.
06:08Et je pense que c'est bon aussi de rappeler qu'on peut être dans des échanges courtois
06:14et éviter de déraper.
06:18Ce n'est pas parce qu'on a payé un jeu qu'on peut tout dire à quelqu'un qui
06:20travaille pour l'entreprise qui l'a créé.
06:22Au niveau de l'évolution dans les années à venir, parce que le jeu en ligne,
06:26les communautés qui parlent des jeux sur les réseaux sociaux, ça se développe.
06:30Ça ne va pas s'arrêter.
06:31Donc les risques d'avoir des comportements toxiques vont aussi augmenter forcément.
06:35Est-ce que vous pensez que ce que vous avez vécu va devenir presque une norme, malheureusement,
06:40pour beaucoup d'acteurs qui produisent des jeux vidéo et communiquent dessus en ligne ?
06:45Est-ce que les différents acteurs vont devoir se préparer comme vous, vous avez dû faire dans ce type de
06:50situation ?
06:51Les communautés de jeux ne sont que le reflet de la société.
06:54Ces incivilités, on les voit effectivement partout.
06:57On voit que les échanges sont de plus en plus violents,
06:59que derrière nos écrans, certains se sentent plus légitimes à avoir des propos et des comportements inappropriés
07:06ou encore une fois pénalement répréhensibles.
07:09Donc se préparer, oui, je pense qu'il faut tous qu'on se prépare.
07:12Il faut tous qu'on se prépare à protéger nos collaborateurs.
07:16Nous, on a mis en place un process qui vise dans un premier temps à pouvoir l'isoler,
07:21c'est-à-dire qu'ils puissent se déconnecter immédiatement.
07:24Qu'il puisse se mettre en retrait temporaire, qu'il informe son manager qui proudra avec la DRH
07:29prendre la suite de la coordination des actions à mener dans le cadre de ces situations.
07:36Une sollicitation aussi du juridique pour qu'on puisse commencer à monter le dossier,
07:40à prendre, à collecter les différentes preuves.
07:43Et puis, commencer à faire le travail de modération, de bannissement,
07:47une fois que toutes les preuves sont collectées.
07:48et jusqu'à une prise de parole de la société,
07:51puisqu'on n'invite pas et on n'incite pas du tout nos collaborateurs
07:54à répondre à ce type de comportement.
07:57C'est nous qui le faisons, c'est nous qui devrons porter ce message
08:00pour protéger nos collaborateurs.
08:02Servane Forêt, je le rappelle, directrice juridique Pull-Up Entertainment,
08:05donc la maison mère de Focus qui a subi cette séquence de cyberharcèlement.
08:09Merci beaucoup d'être venu faire le point sur ce sujet qui est très important.
08:13On continue nos émissions spéciales PlaySmart,
08:16on accueille une très grande dirigeante d'un très gros groupe,
08:19Muguet Bouillon, elle est à la tête de Umbresser Group.

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