00:04Sérieuse Game, deuxième épisode de PlaySmart en pleine Paris Games Week.
00:07On va s'intéresser à une situation très spéciale.
00:10Focus Entertainment, le 15 septembre, a communiqué sur une action juridique
00:15pour défendre des salariés qui avaient été victimes de cyberharcèlement en ligne.
00:19On a la chance aujourd'hui d'être avec la directrice juridique de Pull-Up Entertainment,
00:24la maison mère de Focus, qui va tout nous expliquer.
00:26Servan de Forest, bonjour.
00:28Bonjour Nicolas.
00:28Je ne me suis pas trompé sur le titre, c'est bien l'intitulé exact.
00:31C'est bien l'intitulé exact.
00:33Et vous êtes en charge de tout ce qui est juridique pour tout ce qui concerne la fédération Pull-Up,
00:37puisque c'est comme ça que Geoffroy Sardin décrivait Pull-Up.
00:40C'est une fédération qui englobe notamment Focus, d'OTEMU par exemple,
00:43et d'autres structures qui font partie du...
00:45Tout à fait. On accompagne principalement les sociétés, les structures françaises.
00:50Et après, on essaye d'accompagner au maximum nos filiales à l'étranger.
00:54Mais aujourd'hui, la taille de l'équipe fait qu'on se concentre plus sur la France et notre accompagnement
00:59est un peu plus léger.
01:00Mais on a vraiment envie de poursuivre cet accompagnement de manière renforcée.
01:04Et donc là, on parle aujourd'hui de ce qui s'est passé le 15 septembre, mais plutôt votre réaction
01:09le 15 septembre,
01:10par rapport à une situation, on imagine, qui s'est installée un peu dans le temps en amont.
01:14Mais est-ce que vous pourriez, parce qu'on n'a pas forcément tout compris en détail,
01:18mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? De quoi ont été victimes vos collaborateurs salariés ?
01:23Et comment vous avez ensuite enclenché une réponse qui prenait notamment une forme juridique ?
01:27Depuis quelques temps, on voit, ça se compte en moins, des incivilités, des comportements inappropriés,
01:35jusqu'à des actes pénalement répréhensibles qui ont directement touché nos salariés.
01:40On va parler de doxing, la communication d'informations personnelles sur les réseaux,
01:45de harcèlement, de messages de menaces, de sexisme.
01:52Il y a eu effectivement. Et la réaction de la direction face à ces actes pénalement répréhensibles
02:03a été une réaction forte de protéger ses collaborateurs.
02:08Alors, il y a différentes mesures. Il y a effectivement, dans un premier temps,
02:13on va modérer, on va bannir, mais on a souhaité engager une action judiciaire
02:19à l'encontre des auteurs de ces actes.
02:24Donc, ça veut dire plainte au pénal. Sous quelle forme ?
02:26C'est surtout les salariés, j'imagine, qui, eux, doivent porter plainte en leur nom.
02:29Mais vous, vous avez aussi pu, en tant qu'entité, porter une plainte ?
02:33Alors, évidemment, c'est une des difficultés.
02:36Au pénal, il y a la victime ou le ministère public qui peut engager des actions.
02:41Il faut démontrer notre qualité de victime, ce qui était le cas pour les collaborateurs.
02:47Pour Focus, on a considéré qu'on était aussi victime directe de ces agissements
02:52puisque ça touche à nos collaborateurs, à notre réputation, à la réputation de nos communautés.
03:00Le fait qu'elles ne soient pas perçues comme des communautés toxiques
03:03puisqu'on parle du comportement d'une infime partie de nos communautés
03:09qui sont trop verbaux, qu'on entend trop et qui viennent nuire à nos...
03:15Perturber l'ensemble de la vie de la communauté.
03:17Exactement.
03:18Dans la pratique, donc, si c'est les salariés qui doivent porter plainte en leur nom,
03:22c'est un coût assez élevé.
03:23On sait qu'aller en justice, ça coûte cher.
03:25Et je crois que là, c'est là-dessus, en fait, que vous avez aussi soutenu les salariés.
03:28C'est en mettant à disposition l'assistance juridique, en fait, et notamment les avocats.
03:33C'est ça ? Ou payer une partie des frais ?
03:35Tout à fait.
03:36Ça faisait partie du process d'accompagnement.
03:39C'est mettre à disposition de nos collaborateurs un avocat
03:43et de prendre en charge les frais.
03:45On sait qu'un particulier, qu'un individu, un, il peut être confronté à la peur
03:48et puis un manque de ressources.
03:50Et nous, on voulait vraiment donner les possibilités aux collaborateurs,
03:54s'ils le souhaitaient, de déposer plainte.
03:56On a vu un échange aussi en ligne avec un utilisateur américain
04:02et avec une réponse finale parce qu'il vous faisait la leçon,
04:04enfin, il faisait la leçon à votre community manager sur la liberté d'expression
04:07telle qu'elle existe aux États-Unis.
04:09Et la réponse du groupe, ça a été « We are French ».
04:12On est français et donc on est sensible aux droits français avant tout
04:15qui limitent cette liberté d'expression.
04:17Mais ça pointe du doigt quand même la grosse difficulté ici.
04:20C'est que 80% de votre public, dans quasiment toutes les entreprises françaises de jeux vidéo,
04:2580% du CA, c'est à l'étranger.
04:27C'est un produit international.
04:29Et donc là, comment on fait pour jongler avec toutes ces sensibilités
04:32selon les pays qui sont différentes quand on parle de liberté d'expression ?
04:36Alors, notre message ne faisait pas expressément mention des actes qui avaient été commis.
04:43Donc sur la liberté d'expression, on a pu aussi entendre certains se demander
04:47si on remettait en cause les commentaires concernant nos jeux.
04:51Nous, le feedback, c'est vraiment une forme d'amour.
04:53Donc on est preneur effectivement des retours de l'ensemble de nos communautés sur nos jeux.
04:58On veut s'améliorer, on veut leur proposer les meilleurs jeux.
05:01Donc là-dessus, il n'y a pas de doute.
05:03La liberté d'expression s'applique à plein.
05:06Oui, on peut critiquer un jeu.
05:07Exactement.
05:08Là où la ligne rouge est franchie, c'est quand ce sont des actes pénalement répréhensibles.
05:15Et là, liberté d'expression ou pas, à un moment donné, on porte atteinte à l'intimité des personnes,
05:21à la condition psychique ou physique des personnes.
05:26Leur sentiment de sécurité, tout simplement.
05:27Exactement.
05:28Donc, pour nous, il fallait agir.
05:31Et en plus, on est soumis aux droits français.
05:33Les victimes sont en France.
05:35Donc, votre responsabilité d'employeur, elle est en France aussi.
05:39Protection des salariés.
05:40Alors, il y a notre responsabilité d'employeur.
05:42C'était une des motivations.
05:45Mais il y avait une volonté aussi de protéger nos collaborateurs.
05:48et de leur garantir que travailler au sein de Focus doit leur assurer un cadre de travail serein.
05:55Et ce message aussi est un rappel à la communauté que, quelles sont les règles de communication,
06:00la courtoisie devrait normalement être la règle.
06:04On le voit, on va surgir de plus en plus d'incivilité, d'incivilité.
06:08Et je pense que c'est bon aussi de rappeler qu'on peut être dans des échanges courtois
06:14et éviter de déraper.
06:18Ce n'est pas parce qu'on a payé un jeu qu'on peut tout dire à quelqu'un qui
06:20travaille pour l'entreprise qui l'a créé.
06:22Au niveau de l'évolution dans les années à venir, parce que le jeu en ligne,
06:26les communautés qui parlent des jeux sur les réseaux sociaux, ça se développe.
06:30Ça ne va pas s'arrêter.
06:31Donc les risques d'avoir des comportements toxiques vont aussi augmenter forcément.
06:35Est-ce que vous pensez que ce que vous avez vécu va devenir presque une norme, malheureusement,
06:40pour beaucoup d'acteurs qui produisent des jeux vidéo et communiquent dessus en ligne ?
06:45Est-ce que les différents acteurs vont devoir se préparer comme vous, vous avez dû faire dans ce type de
06:50situation ?
06:51Les communautés de jeux ne sont que le reflet de la société.
06:54Ces incivilités, on les voit effectivement partout.
06:57On voit que les échanges sont de plus en plus violents,
06:59que derrière nos écrans, certains se sentent plus légitimes à avoir des propos et des comportements inappropriés
07:06ou encore une fois pénalement répréhensibles.
07:09Donc se préparer, oui, je pense qu'il faut tous qu'on se prépare.
07:12Il faut tous qu'on se prépare à protéger nos collaborateurs.
07:16Nous, on a mis en place un process qui vise dans un premier temps à pouvoir l'isoler,
07:21c'est-à-dire qu'ils puissent se déconnecter immédiatement.
07:24Qu'il puisse se mettre en retrait temporaire, qu'il informe son manager qui proudra avec la DRH
07:29prendre la suite de la coordination des actions à mener dans le cadre de ces situations.
07:36Une sollicitation aussi du juridique pour qu'on puisse commencer à monter le dossier,
07:40à prendre, à collecter les différentes preuves.
07:43Et puis, commencer à faire le travail de modération, de bannissement,
07:47une fois que toutes les preuves sont collectées.
07:48et jusqu'à une prise de parole de la société,
07:51puisqu'on n'invite pas et on n'incite pas du tout nos collaborateurs
07:54à répondre à ce type de comportement.
07:57C'est nous qui le faisons, c'est nous qui devrons porter ce message
08:00pour protéger nos collaborateurs.
08:02Servane Forêt, je le rappelle, directrice juridique Pull-Up Entertainment,
08:05donc la maison mère de Focus qui a subi cette séquence de cyberharcèlement.
08:09Merci beaucoup d'être venu faire le point sur ce sujet qui est très important.
08:13On continue nos émissions spéciales PlaySmart,
08:16on accueille une très grande dirigeante d'un très gros groupe,
08:19Muguet Bouillon, elle est à la tête de Umbresser Group.