00:00Thierry Blandinière, bonjour. Vous êtes directeur général d'Invivo, vous êtes l'un des premiers groupes agricoles européens avec plus
00:06de 160 coopératives adhérentes
00:08et vous opérez sur quatre métiers, donc agriculture, négociationale, agroalimentaire et retail. Vous êtes également le numéro un mondial du
00:15Malte.
00:16Les syndicats agricoles ont rendez-vous ce matin à Matignon et on le sait, les vendanges s'annoncent historiquement basses.
00:22La ministre de l'Agriculture vient d'annoncer un plan d'un milliard d'euros après la sécheresse de cet
00:27été.
00:27Qu'est-ce que vous en pensez et est-ce que vous trouvez que c'est suffisant ?
00:31Je pense que d'abord dire que cette crise fait suite à plusieurs crises.
00:36Ça fait plus de trois années consécutives que l'agriculture française souffre.
00:41Je rappelle qu'on a eu des inondations il y a trois ans, qu'il y a eu des problèmes
00:43de prix, les tarifs de Trump,
00:45la géopolitique mondiale qui impacte effectivement les prix, notamment des céréales.
00:49Donc on se retrouve sur la quatrième année de crise consécutive et qu'aujourd'hui les agriculteurs n'en peuvent
00:54plus
00:54et les opérateurs qui travaillent avec les agriculteurs sont en souffrance.
00:58Donc le plan d'un milliard, c'est bien, mais forcément ce n'est pas suffisant.
01:04Mais c'est bien, il faut le saluer, c'est un premier pas.
01:07Ce qu'il faut savoir c'est que le coût de l'inaction, le fait de ne rien faire,
01:11de laisser filer les impacts climatiques et autres aujourd'hui, c'est très cher.
01:15C'est plus d'un milliard, c'est 3-4 milliards, on va chiffrer tous les ans.
01:18Donc en fait il serait temps de penser maintenant à un vrai plan d'investissement
01:21et d'en investir dans l'action, de pouvoir structurer les infrastructures,
01:26par exemple le stockage de l'eau qui est essentiel aujourd'hui,
01:28l'irrigation, de structurer sur le long terme et le plan d'investissement
01:32coûtera beaucoup moins cher que régler tous les ans des problèmes qu'il y a
01:38sur le fait que finalement on n'a pas mis en place les investissements nécessaires.
01:41Mais vous, vous êtes un grand groupe présent dans tous les métiers,
01:44de l'amont jusqu'à la distribution.
01:46Est-ce que vous pouvez absorber ce coût de la sécheresse de cet été ?
01:51Nous on est diversifié au niveau international, donc effectivement on est présent dans tous les grands pays agricoles du monde.
01:56On voit d'ailleurs qu'il n'y a pas que la France qui souffre, l'Allemagne souffre aussi, les
02:00Etats-Unis aussi,
02:00mais le fait d'être diversifié ça nous permet aussi d'avoir plus peut-être de résilience,
02:05et c'est comme ça qu'on a construit le modèle économique du groupe depuis maintenant une dizaine d'années,
02:09pour apporter cette résilience avec différentes géographies qui nous permettent de mieux équilibrer
02:14notre résultat économique et de pouvoir passer des crises.
02:16Donc cette année encore on passera à la crise, mais ça sera aussi difficile,
02:20mais on travaille beaucoup sur ce schéma de résilience, de modèle économique diversifié.
02:24La récolte sera sans doute plus petite, ça va se négocier peut-être plus cher,
02:28est-ce que les prix vont augmenter ?
02:29Les prix vont nécessairement augmenter, je crois que sur votre plateau au mois de mars dernier,
02:34j'avais annoncé qu'il y aurait une inflation qui était rampante et qui allait arriver suite au choc sur
02:38les engrais,
02:39et le coût du gaz, donc le coût des engrais, très cher, et donc qui n'était pas répercuté encore
02:44dans les prix,
02:45pour différentes raisons d'équilibre géopolitique entre les différents pays,
02:48notamment la Russie qui pèse beaucoup avec son stock de blé aujourd'hui,
02:51qui empêche la bourse à Chicago d'augmenter les prix,
02:54mais petit à petit on voit bien que les prix continuent, commencent à augmenter,
02:57et on aura certainement une inflation très forte l'année prochaine.
03:01Comment ça se passe dans vos magasins là, en cette rentrée ?
03:03Vous sentez qu'il y a une baisse de la consommation, que les gens font attention ?
03:07Si je parle des jardineries, parce que nous on est très concernés par les jardineries,
03:10on sent qu'il y a eu une baisse de fréquentation, notamment au mois de juin, avec la canicule.
03:13Vous avez Gammère et Jardiland.
03:14Donc avec Gammère et Jardiland et Deadbar, on a beaucoup souffert de fréquentation,
03:17le marché de la jardinerie doit être à moins 7 aujourd'hui,
03:20donc c'est beaucoup quand même, c'est un impact considérable, c'est une très mauvaise saison,
03:23là aussi il faut de la résilience pour passer aussi cette mauvaise saison,
03:27puisqu'effectivement les consommateurs n'ont pas été au rendez-vous suite à la canicule.
03:32Vous êtes présent, je le disais, de l'amont jusqu'à la transformation et au négoce,
03:35comment vous garantissez que la valeur créée finalement par cette intégration
03:39revienne bien aux agriculteurs ?
03:41Parce que c'est ça le problème, c'est qu'eux ils disent qu'ils gagnent mal leur vie
03:44et on le voit bien avec des revenus qui sont très ou moins inférieurs à 1 000 euros par mois.
03:48Alors d'abord, nous on exporte plus de 50% du blé français,
03:51donc on apporte une liquidité en volume,
03:53c'est-à-dire que l'agriculteur aujourd'hui est sûr de vendre son volume et sa quantité.
03:56Donc tous les stocks sont invendus, Invivo, c'est sa mission,
03:59c'est de vendre globalement les serrailles françaises dans le monde entier.
04:02Et nous le faisons, je rappelle que suite au problème géopolitique
04:06qu'on a eu sur la partie Algérie par exemple,
04:08qui a arrêté de commander, on a trouvé des solutions
04:10pour vendre le blé français dans d'autres régions du monde.
04:12Donc notre mission, c'est ça, c'est exporter le blé français
04:15dans les meilleures conditions possibles.
04:16Au prix de marché, le prix de marché c'est la bourse de Chicago,
04:19donc quelque part on fait des compléments de prix quand c'est possible,
04:21quand on renvoie à nos coopératives et qu'ils renvoient aux adhérents.
04:24Mais l'important pour nous c'est la massification
04:26et c'est la compétitivité de cette chaîne de valeur.
04:28Est-ce qu'on peut prétendre à la souveraineté, c'est ce que vous faites,
04:32alors qu'on est complètement dépendant des cours mondiaux finalement ?
04:35Alors oui, on peut, alors après, est-ce qu'il faut revenir à ce qui se passait avant 93,
04:39c'est-à-dire avoir des stockages stratégiques et sortir de la mondialisation,
04:42ce que fait par exemple l'Inde et le Pakistan ou la Russie,
04:45qui est déconnectée par ces stockages stratégiques,
04:48c'est-à-dire une récolte d'avance en stock qui permet de réguler les prix,
04:52c'est pas du tout le modèle européen aujourd'hui,
04:53on est sur un marché très ouvert et donc à partir de là,
04:56il faut être compétitif et il faut être compétitif pour être placé
04:59par rapport à nos concurrents qui sont aux Etats-Unis,
05:02qui sont au Brésil, qui sont en Australie,
05:04pour être compétitif sur le blé français par exemple.
05:06Vous avez d'ailleurs investi en Afrique du Sud, au Brésil, en Inde,
05:10vous allez continuer cette politique d'acquisition
05:12ou vous misez plus sur la rentabilité aujourd'hui de ces acquisitions passées ?
05:16Donc nous ce qu'on essaye de faire, c'est d'être présent à l'international,
05:19d'abord exporter et ensuite dans les pays qui sont nos clients,
05:21d'investir avec eux ou de co-construire des outils de transformation,
05:25première transformation, deuxième transformation,
05:27manière à stabiliser notre flux d'exportation.
05:30Donc nous allons continuer à nous diversifier dans ces pays qui sont nos clients
05:32pour renforcer en fait le lien avec l'agriculture française.
05:37Est-ce que vous allez franchiser Jardiland parce qu'on sait que c'est en difficulté ?
05:41Alors d'abord, on a franchisé tous nos gammes verts,
05:44donc on revient sur un modèle de franchise,
05:45en même temps ce que je veux dire sur la franchise,
05:47c'est que finalement les indépendants, on le sait très bien,
05:49on le voit dans le circuit alimentaire,
05:51les indépendants c'est eux qui marchent quelque part.
05:52Donc on a besoin de donner plus de contacts terrain
05:55et de rendre plus indépendants nos magasins.
05:57Donc la franchise c'est ça,
05:58c'est mettre en place des entrepreneurs en réseau
06:00pour être plus compétitifs et plus réactifs
06:02par rapport aux enjeux économiques d'aujourd'hui.
06:05Donc oui on va continuer à franchiser,
06:06on n'est pas en difficulté économique,
06:08on est plutôt en résilience,
06:09ça fonctionne plutôt pas mal malgré la difficulté du marché,
06:11donc on n'est pas plus en difficulté que nos concurrents,
06:14mais on souhaite accélérer le changement de modèle économique.
06:17Merci Thierry Blandiner d'avoir été notre invité ce matin,
06:20directeur général d'Invivo,
06:21une interview à retrouver en podcast et en replay
06:23sur notre site internet BFM Business.