- il y a 7 semaines
Marschall Truchot, du lundi au jeudi de 17h à 18h45 avec Olivier Truchot & Alain Marschall. Deux heures pour faire un tour complet de l’actualité en présence d’invités pour expliquer et débattre sur les grands sujets qui ont marqué la journée.
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00:00Il y a un champion français, l'un des champions préférés des Français,
00:04qui se retrouve dans une tourmente dont il se serait bien passé.
00:07C'est un tourmente des réseaux sociaux, c'est Léon Marchand dont il s'agit,
00:10le quadruple champion olympique. Pourquoi ?
00:11Parce que Léon Marchand a été interrogé dimanche soir au journal de 20h de France Télévisions
00:16sur la situation politique du moment, les prochaines élections présidentielles.
00:21Et Léon Marchand n'a pas voulu prendre position.
00:23Il l'a dit simplement, il a dit je préférais rester loin de tout ça,
00:27mais je pense qu'on va avoir un rôle déterminant en les prochaines années
00:32juste par notre influence.
00:34C'est quelque chose qu'il faut que je travaille, dit Léon Marchand.
00:37Je n'ai pas envie de dire n'importe quoi parce que je ne me sens pas légitime.
00:42C'était donc sur France Télévisions.
00:44Et alors depuis, il y a une campagne de haine, on va dire qu'une meute s'est mise en
00:48place
00:49pour accuser Léon Marchand de se défiler.
00:52Il est quasiment d'ailleurs traité de facho puisque comme il ne dénonce pas,
00:55par exemple peut-être l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, il serait complice.
00:58On le traite de sale blanc, etc.
01:00Et Léon Marchand est donc critiqué pour ne pas s'engager.
01:04En général, on critique les sportifs qui s'engagent.
01:06Et là, on le critique parce qu'ils ne s'engagent pas.
01:08C'est assez paradoxal.
01:10Cédric Callier, journaliste à Sport24 et au Figaro,
01:12j'imagine que notre champion de natation ne s'attendait pas à ça.
01:16Non, non.
01:16D'ailleurs, moi qui regardais son interview en direct, je ne m'attendais pas du tout.
01:19Je l'ai trouvé plutôt assez habile sur la question.
01:22et je ne m'attendais pas à une telle violence, vraiment, de lire des lâches, fachos, tout ça.
01:28Quand on connaît en plus bien Léon Marchand, c'est vraiment abject.
01:32Comment il peut le prendre, justement, ça, personnellement ?
01:34Ça peut l'atteindre ?
01:36Alors, je ne sais pas ce qu'il a quand même une forte distance par rapport à ça,
01:40par rapport à l'opinion publique.
01:41Il est extrêmement bien entouré.
01:43Je pense que sa prise de parole, il attendait la question,
01:46donc il avait bien préparé.
01:48Je pense que ça peut le toucher, mais ça ne les branlera pas.
01:51Et vous avez écrit sur l'insoutenable injonction à prendre position politiquement.
01:57On vous somme de vous positionner, quoi.
02:00Et ça, c'est insupportable.
02:01Depuis plusieurs années, oui.
02:02Depuis plusieurs années, maintenant, un sportif,
02:04il y a déjà ce que moi, j'appellerais un peu le one-shot,
02:06et vous avez les historiens de Twitter, de X, qui sont là aujourd'hui.
02:10Si vous prenez position une fois, il ne faut pas oublier de prendre position les autres fois.
02:15Sinon, on vous le rappellera, que vous n'avez pas tweeté à tel moment sur ce qui s'est passé.
02:19Et il faut prendre constamment position.
02:22Et quand on ne le fait pas, j'avoue que j'ai du mal à comprendre.
02:25Et prendre position dans quel sens ?
02:28Qu'est-ce qu'on aurait aimé que dise Marchand à la télé ?
02:32Ah ben là, c'est clair.
02:33Ils auraient aimé qu'ils prennent position, peut-être clairement, pour l'un des deux camps.
02:38Puisque c'est un peu...
02:39Ou contre l'un des deux camps.
02:40Surtout contre l'URN.
02:42On peut même supposer qu'ils auraient aimé aussi, peut-être, un petit message, un petit...
02:47Un marchand a dû dire, je vote Mélenchon, c'est ça ?
02:51Franchement, je pense.
02:52En tout cas, je pense que, même s'il avait pris position, il aurait quand même pris le même dégane.
02:59Après, il y a des sportifs qui prennent position, le Rennemann, qui a de bappé, par exemple.
03:03Oui, ça ne s'est pas très bien passé.
03:05Et d'ailleurs, il ne l'a pas refait.
03:07Parce que tout le monde lui est tombé dessus.
03:09C'est-à-dire, quand il ne s'exprime pas, on les traite de lâches.
03:11Et quand il s'exprime, on leur reproche d'exprimer leur opinion.
03:15Justement, on va revoir ça dans l'effet grabli.
03:17On a une espèce d'historique.
03:19Ce n'est pas ce qui manque avec Raphaël.
03:22On va voir ça.
03:22Bonsoir, Raphaël.
03:24Si Léon Marchand prend ses précautions, c'est parce qu'il y a des précédents et des précédents violents.
03:29Oui, comme on dit, il y en a qui ont essayé et ils ont eu quelques problèmes.
03:32Je reviens dix ans en arrière, en 2016, Karim Benzema, à l'époque où je rappelle le contexte, c'est
03:35important,
03:36parce qu'il est poursuivi dans l'affaire de la sex tape de Mathieu Valbuena.
03:39Une partie de son monde s'écroule, notamment quand Didier Deschamps, le sélectionneur français, ne le retient pas pour l
03:45'Euro 2016 en France.
03:46Juste avant la compétition, Karim Benzema accorde une interview au journal Marca, le quotidien madrilène, donc là où il joue.
03:53Il lui demande s'il estime que Didier Deschamps est raciste.
03:56Alors, Karim Benzema répond que non, mais que Deschamps a cédé sous la pression d'une partie raciste de la
04:01France.
04:01Je traduis le titre, puisqu'évidemment, c'est ce qu'avait mis Marca en une.
04:05Karim Benzema, il estime que cette pression vient notamment du poids du Front National à l'époque.
04:09Front National qui avait mené d'ailleurs une campagne contre lui, contre Karim Benzema.
04:13C'était en 2013, quand on lui reprochait de ne pas chanter la Marseillaise, au même titre d'ailleurs que
04:18beaucoup avant, y compris Michel Platini.
04:21Et le FN, ce que vous voyez, avait publié un communiqué de presse qui avait réclamé son exclusion de l
04:26'équipe de France.
04:26L'une des dernières prises de position les plus marquantes, les plus médiatiques, ça avait été celle de Kylian Mbappé.
04:32Exactement, c'est ce que disait Olivier.
04:34Cette fois, c'était pendant l'Euro 2024 et donc pendant les législatives de 2024, juste après la dissolution.
04:39On est en conférence de presse le 4 juillet.
04:41Kylian Mbappé est interrogé sur les résultats du premier tour, très favorable au parti de Jordan Bardella.
04:47Sa réponse, on ne peut pas mettre le pays entre les mains de ces gens-là.
04:50Chacun comprend bien qu'il vise le rassemblement national.
04:53Et comme d'ailleurs Karim Benzema, Kylian Mbappé avait déjà été attaqué par l'extrême droite en 2021.
04:58Il avait offert un maillot à un champion russe de MMA qui avait violemment critiqué les caricatures de Mahomet.
05:03Et Jordan Bardella avait estimé que ce n'était pas digne d'un joueur de l'équipe de France.
05:07Et puis, un dernier exemple, vous parliez des réseaux sociaux pour mesurer la sensibilité, l'ultra-sensibilité des sujets politiques.
05:14Avec, vous le voyez en bas de l'image, un simple like sur Instagram.
05:19Alors, le joueur, c'est Lucas Chevalier, gardien de l'équipe de France.
05:22C'est en novembre 2025 qu'il ajoute simplement une mention « j'aime » sous une vidéo de Julien
05:26Aubert, au-dessus, sur l'image, vice-président des Républicains,
05:29qui explique préférer le rassemblement national à LFI.
05:32Un like accidentel, selon le joueur, qui provoquera quand même des polémiques et notamment des insultes et des menaces de
05:39mort sur les réseaux sociaux.
05:40Nous sommes avec Jean-Michel Ribes.
05:42Bonsoir Jean-Michel, dramaturge, ancien directeur de théâtre, auteur de ce livre « Les candidats auxquels vous pouvez échapper »
05:49aux éditions Actes Sud.
05:51On va vous demander dans un instant quels sont ces candidats.
05:54Mais vous, vous n'avez jamais eu peur de vous engager.
05:58Est-ce que vous comprenez un Léon Marchand qui, plus prudent, dit « Écoutez, je ne me sens pas capable
06:04de le faire.
06:04Peut-être que je le ferai un jour, mais pas tout de suite. »
06:06Je crois qu'il faut un petit peu de recul, tout ça est du théâtre.
06:09Alors la troupe est nombreuse cette année.
06:11Il y a de plus en plus de comédiens, mais franchement, tout ça est théâtral, tout ça c'est d
06:16'un numéro.
06:17Ceux qui parlent bien, ceux qui parlent mal, ceux qui ont des idées, ceux qui n'en ont pas.
06:20C'est une espèce de, oui, c'est une espèce de rapport au langage qui doit être performatif.
06:28Celui qui sent le mieux actuellement, c'est Mélenchon, même si les paroles ne sont pas forcément toujours bonnes.
06:33Mais il y a ça qui existe.
06:35Donc je pense que par-delà ce qui est dit, évidemment, qu'on sait tous les sensibilités de chacun,
06:43mais aujourd'hui, comme je crois qu'il reste très peu de Français qui ne se présentent pas à la
06:46présidence de la République,
06:50je crois que c'est ça qu'il faut regarder.
06:52Est-ce que les sportifs doivent prendre position, ou les artistes d'une manière générale ?
06:56Non, mais les sportifs et les artistes, c'est des voix comme tout le monde, c'est des citoyens comme
06:59tout le monde.
06:59Sauf qu'elles portent plus. Ils ont la notariété.
07:02Ils portent plus à partir du moment où les médias les appellent pour leur demander des choses.
07:06Est-ce qu'elles influencent vraiment ces personnalités ?
07:08J'en sais rien. Moi, je me souviens de, chez votre cher confrère Pascal Praud,
07:12qui m'avait, il y a longtemps, invité, et il m'avait demandé,
07:16moi j'avais un peu regretté le bashing qu'il y avait sur François Hollande à la fin de son
07:20mandat,
07:21et tout d'un coup, il y a un journaliste du Figaro qui est devenu hystérique,
07:24qui m'a dit, vous n'avez pas le droit de parler, vous, vous n'avez pas le droit de
07:27parler,
07:27alors faites vos conneries, mais ne parlez pas.
07:31C'est absolument incroyable.
07:33C'est-à-dire comme si notre parole n'était pas la parole d'un citoyen.
07:37Surtout que maintenant, il y a les réseaux sociaux, ce qui n'était pas le cas avant.
07:39C'est-à-dire que maintenant, les réseaux sociaux sont impitoyables, insultent, jugent,
07:45il n'y a plus de nuances, ce qui n'était pas le cas avant,
07:48parce que ce n'est pas les artistes qui s'engagent, ce n'est pas nouveau.
07:50Il y a même des sportifs qui sont engagés, certains ont même fait de la politique.
07:53Je pense à Bernard Laporte, à David Douillet ou à d'autres, Roger Mambuc, du côté socialiste.
07:58Aujourd'hui, on prend un risque à s'engager parce que derrière, ça peut être la déferlante.
08:03C'est un risque de quoi ?
08:05Un risque de quoi ? Que les réseaux sociaux, que les influenceurs vomissent pendant trois semaines ou quatre semaines ?
08:11Mais franchement, est-ce que tout ça a de la valeur ?
08:15On ne perd pas une partie du public ?
08:17Je n'en sais rien. Moi, je ne crois pas. Je crois que l'important, c'est... Comment ?
08:21Non, mais Jean-Michel, il faut être clair. Si un sportif s'engage à gauche, tout le monde va l
08:26'applaudir.
08:27Si jamais un sportif demain prend position pour les Républicains ou Marine Le Pen, il est mort.
08:32Il est mort médiatiquement.
08:34Ben oui, mais...
08:35Je crois exactement le contraire.
08:36Donc...
08:36Ah bon ?
08:37Oui, parce que je suis...
08:38Alors là, Neumann, il va falloir nous le démontrer.
08:39Est-ce que une distinction entre la droite et le RN ?
08:41Non, je crois le contraire parce qu'en fait, on a tort...
08:44Souviens-toi, ceux qui se sont engagés pour Sarkozy, ils ont eu du mal.
08:47Bernard Laporte a été ministre.
08:48Oui, Bernard Laporte, c'est une chose, mais les artistes, ceux qui chantaient...
08:51On a complètement tort de mêler, de mettre dans le même sac les artistes et les sportifs.
08:56Les artistes, ils font déjà de la politique avec leur art.
08:59Ils disent des choses.
09:00Souvenez-vous le bashing qui est tombé sur Alain Souchon, parce qu'il avait osé dire quelque chose sur le
09:06Rassemblement National.
09:07Mais ça faisait juste 45 ans qu'il faisait des chansons pour combattre les idées du RN.
09:12Donc tout ça n'est absolument pas nouveau.
09:14Il a même fait une chanson sur Arlette Laguillet.
09:16Absolument.
09:17Les sportifs, c'est autre chose.
09:19Vous avez déjà vu, vous, une Twingo ou un Yaourt Danone dire ce qu'ils votent en politique ?
09:23Les sportifs, ce sont des marques.
09:26Ce sont des produits exactement comme une voiture ou un Yaourt.
09:29Et donc, on n'attend pas qu'ils se prononcent.
09:31Et quand ils le font, ils se font taper dessus.
09:33La paix, il le fait.
09:34Mais il s'est fait taper dessus.
09:36Là, regardez ce qu'arrive à Léon Marchand.
09:38Il a dit qu'il ne voulait pas répondre.
09:40Tout de suite, c'est un bashing terrible.
09:41Or, les conséquences, ce n'est pas simplement sur leur public, sur leurs fans, sur leurs supporters.
09:47Mais leurs fans, leurs supporters, c'est de l'audience.
09:49L'audience, c'est de l'argent.
09:50L'argent, c'est les sponsors.
09:52C'est les accords avec les médias, avec les plateformes, etc.
09:56Donc, c'est impossible.
09:57Et d'ailleurs, autant les artistes le font.
10:01Oui, mais Laurent, à chaque fois que l'ERN est arrivé au port du pouvoir,
10:05on a demandé aux artistes de se mobiliser.
10:07Ils l'ont fait.
10:08Ils ont manifesté.
10:09Ils ont publié des tribunes.
10:10Et là, ça sera sans doute le cas encore.
10:11En 2022, j'ai regardé Emmanuel Macron.
10:14500 artistes qui ont signé une pétition pour faire barrage au Rassemblement National.
10:19Est-ce que c'est efficace ?
10:20Alors, je ne crois pas.
10:21Regardez ce qui s'est passé aux États-Unis.
10:23Trump a été élu malgré Beyoncé, Miley Cyrus ou Taylor Swift.
10:29Parce que vous ne pouvez pas oublier que Trump est un clown plus doué.
10:34C'est un artiste drôlatique plus doué que ceux qui l'attaquent.
10:37C'est ça, le problème.
10:38C'est qu'on ne l'attrape pas.
10:43Mais je crois surtout qu'il faut arrêter.
10:47D'abord, il faut arrêter le tribunal médiatique.
10:49Deuxièmement, il faut arrêter d'en avoir peur.
10:52Et ensuite, il faut arrêter de penser que les réseaux sociaux dirigent le monde.
10:58Je crois que là, maman, il faut remettre les choses à leur place.
11:01C'est des...
11:02Oui, mais écoutez...
11:04Il faut rassurer Léon Marchand.
11:05C'est-à-dire que la majorité des Français est derrière lui.
11:08Et ce n'est pas les réseaux sociaux.
11:10Mais ces artistes, ces personnalités, elles ont des contrats.
11:12Elles ont des marques.
11:13Comme disait Laurent.
11:13Elles sont obligées d'en tenir compte.
11:15Après, concernant Léon Marchand, je suis persuadé de la sincérité du message qui évolue.
11:20Maintenant, il y en a certains qui font très attention à leur prise d'opposition.
11:23Parce que ça peut avoir des conséquences.
11:25D'ailleurs, ce n'est pas si étonnant que ça qu'un Mbappé,
11:27il y a une liberté de parole.
11:28Parce que lui, il a un tel pouvoir aujourd'hui qu'il est un peu au-dessus de ça.
11:31Sauf que Léon Marchand, il dit
11:33« Je ne dirai pas ce que je pense ou pour qui je vote
11:36parce que je ne me sens pas légitime. »
11:38Mais la vraie raison, ce n'est pas ça.
11:40C'est qu'il est en train juste de protéger sa tranquillité personnelle.
11:44Et il ne pensait pas une seconde qu'en disant « Je préfère m'abstenir » qu'autant de gens
11:49lui tombent dessus.
11:50Les sportifs, aujourd'hui, la plupart du temps, ils ne veulent pas répondre à ces questions.
11:53qui se censurent, qui voudraient peut-être dire « Tiens, j'aime bien Marine Le Pen » ou autre,
11:58mais qu'ils ne le font pas parce qu'ils savent que derrière, ça sera la curée.
12:03– Jean-Michel le sait mieux que moi.
12:05– Je peux vous citer un exemple ?
12:06Le gardien de but du Paris Saint-Germain, Lucas Chevalier.
12:09– Bien sûr, on en a parlé.
12:10– On peut y revenir, Lucas Chevalier, il a été accusé, il l'a fait,
12:13il avait laqué une publication de journal.
12:15– En disant que c'était un accident, après coup, il a dit que c'était un accident.
12:18– Et Franck LaPersonne, qui est le seul comédien qui a pris parti…
12:21– La polémique est lancée et il a dû dire qu'il s'était trompé.
12:25– Et Franck LaPersonne, qui est le seul comédien à ma connaissance
12:28qui a pris parti ouvertement pour le RN, à ma connaissance, il ne tourne plus, on ne le voit nulle
12:32part.
12:33Mais la vérité, c'est que, on se dit tout là,
12:37mais les artistes, ils vivent quand même dans un écosystème
12:40où l'opinion dominante est quand même clairement à gauche, voilà.
12:44Mais si aujourd'hui, un acteur, un comédien, un réalisateur
12:49a envie de prendre une position de droite,
12:51mais il a parfaitement le droit de le faire,
12:53la question c'est pourquoi ne le font-ils pas ?
12:55Et ils ne le font peut-être pas parce que l'écosystème dans lequel ils vivent…
12:58– Ils n'ont pas envie de se fâcher avec son écosystème.
12:59– Exactement, mais ce qui est nouveau…
13:01– C'est vrai ça Jean-Michel Rine ?
13:03– Est-ce que vous croyez que Coluche a perdu du public
13:06une fois qu'il a fait sa grande période politique ?
13:10Non.
13:11– Il n'était pas en grande forme à ce moment-là.
13:14– Non, non, mais je veux dire, maintenant, il est déifié.
13:18– Il a été déifié après avec les restos du cœur ?
13:20– Si vous voulez, je pense qu'il y a une phrase de Nice,
13:22parlons d'élever le débat un tout petit peu,
13:24mais il y a une phrase de Nice que j'aime beaucoup,
13:26c'est l'art nous protège des vérités qui tuent.
13:28et les vérités qui tuent, elles ne peuvent pas être dites
13:32par des gens dont ce n'est pas tout à fait le métier de terre.
13:36Nous, on est là pour enchanté le monde.
13:39Et à partir du moment où on dit un tel ou un tel,
13:41on rentre dans la boue de la politique,
13:45c'est très compliqué d'être aussi.
13:47– Vous déconseillez plutôt aux comédiens de ne pas rentrer dans tout ça ?
13:50– Pardon ?
13:50– Vous déconseillez plutôt aux comédiens, vos amis, de ne pas rentrer là ?
13:53On est dans une période électorale, on va solliciter, j'imagine,
13:56des comédiens, des comédiennes,
13:58à venir s'engager à signer des tribunes de soutien
14:01pour tel ou tel candidat.
14:02Vous déconseillez de le faire ?
14:03– Non, je ne déconseille pas, ça dépend des personnalités.
14:05Mon cher ami Pierre Arditi parle admirablement
14:08et c'est toujours être très clair sur ce qu'il parle
14:10et sur ce qu'il dit, ça ne me semble pas être un handicap
14:14pour lui et pour son public.
14:16Ça dépend, c'est toujours des histoires de personnes.
14:18Vous savez, quand Chaband Elmas,
14:20qui était un type plutôt intelligent,
14:23a lancé sa campagne,
14:25il parlait tellement faux
14:26qu'on n'a pas pu arriver à voter pour lui.
14:28C'est la même chose.
14:30Si un comédien est convaincant et sincère,
14:33il peut dire ce qu'il veut.
14:35Ça n'empêchera pas les gens de l'aimer ou de le détester.
14:38– Si jamais le Rassemblement National
14:40est effectivement au port du pouvoir au second tour,
14:42il y aura une pression, une injonction à dire
14:45il faut dire non aux fascistes,
14:47il faut dire non au bruit des mots.
14:47– Non, ce n'est pas aux fascistes.
14:48Sur le plan de la culture, excusez-moi,
14:50mais le programme du Front National
14:53sur le plan de la culture,
14:55on n'existe plus.
14:56– C'est possible.
14:57– Donc ça serait plutôt non.
14:58– Mais il y aura la pression sur les artistes.
15:00Il y en a qui a toujours résisté à cette pression,
15:02c'est Zinedine Zina,
15:02il a toujours réussi à être très très heureux.
15:04– Il y en a toujours, vous voyez,
15:05alors qu'il y en a d'autres qui s'engagent beaucoup plus.
15:06Teddy Riner, d'ailleurs,
15:08on lui a souvent prêté des intentions politiques,
15:10lui-même en plaisante, en disant
15:12non mais je ne veux pas être ministre des sports,
15:13moi je veux être président de la République.
15:15Donc il y en a qui n'ont pas peur.
15:17Après, je ne sais pas si c'est une peur,
15:18je pense que déjà,
15:19ils sont beaucoup briefés,
15:21les sportifs maintenant aujourd'hui,
15:22ils sont beaucoup plus jeunes.
15:23On parle d'acteurs qui ont 50, 60 ans,
15:25qui ont une vraie expérience.
15:26L'on marchant, ça fait trois ans qu'il est aux Etats-Unis,
15:29il est un peu déconnecté,
15:30je pense qu'il est…
15:33Clairement, ils leur disent,
15:33il n'y a que des coups à prendre.
15:35– Mais cela dit,
15:35les sportifs ne s'engagent pas en politique,
15:37ou très peu,
15:38ils disent assez peu de choses
15:39pour ne pas se faire engueuler,
15:41et gêner ceux qui les financent,
15:43c'est-à-dire les clubs, les sponsors,
15:44mais en revanche, ils s'engagent pour d'autres causes.
15:47Tous les sportifs s'engagent pour des causes
15:50soumenuels,
15:51beaucoup moins polimiques.
15:52– C'est vrai que les réseaux sociaux
15:53ont changé beaucoup de choses,
15:54mais souvenez-vous,
15:55Guy Drue, champion olympique du 110 mètre,
15:57en Montréal, 76.
15:58– Il était aux côtés de Jacques Chirac.
15:59– Il s'est obligé,
16:00il était aux côtés de Jacques Chirac.
16:01– Ça ne lui a pas nuit ?
16:02– Non, bien sûr,
16:03mais est-ce qu'aujourd'hui,
16:04est-ce qu'il reprendrait le même risque
16:06avec les réseaux sociaux
16:07juste après sa médaille ?
16:08David Duyé est devenu ministre aussi.
16:10Alain Calma s'était engagé à gauche,
16:12c'est dans sa sportive,
16:13Roger Bambuc.
16:14– Bien sûr.
16:14– Ils se sont engagés à la fin de leur carrière.
16:16– À la fin de leur carrière.
16:17– Mais ça dépend de qui représente la droite
16:20ou qui représente la gauche.
16:22Ça dépend de ça.
16:23Il y a des gens,
16:24ce n'est pas les mêmes,
16:25quand Guy Drue votait pour Chirac,
16:27on n'était pas dans le même rapport
16:28à la société que maintenant.
16:30Ça dépend.
16:30Il peut y avoir tout d'un coup quelqu'un…
16:32– Il n'est pas mûr quand même.
16:32– Là, on parle de gens
16:33qui étaient en fin de carrière.
16:34– L'exemple du plus mauvais comédien du monde,
16:38d'hommes politiques,
16:39le plus mauvais comédien
16:40qui est devenu un génie de la communication,
16:42c'est quand même De Gaulle
16:43qui était quand même seul contre tous
16:45et qui a parlé.
16:46Eh bien, ça, c'est quand même
16:48un exemple formidable.
16:49Je ne sais pas si vous vous souvenez
16:50de ces conférences de presse,
16:51c'était irrésistible.
16:53C'était formidablement…
16:54– Il y avait des comédiens aussi.
16:55– Mais oui, mais oui.
16:57Il faudrait que les politiques
17:00fassent plus de théâtre.
17:02– Alors, attendez,
17:02parce que les candidats
17:03auxquels vous pouvez échapper,
17:05quels sont ces candidats-là ?
17:06– Ah non, il n'y a pas de candidats nommés,
17:07c'est des prototypes.
17:08Par exemple, il y a un type qui dit
17:09« C'est une honte de me recevoir
17:11à la télévision pour ma campagne électorale,
17:13moi qui volais ceci,
17:14qui violais machin, etc.
17:15Si je suis élu,
17:16je vous jure que plus personne ne me verra. »
17:19Bon, voilà,
17:19c'est des espèces d'absurdité.
17:22Il y a 41 portraits comme ça
17:23que je vais d'ailleurs lire au Théâtre Camille
17:26en janvier.
17:27– Un dernier mot, Raphaël Gravelin ?
17:28– Non, mais effectivement,
17:29la différence,
17:29vous parliez des réseaux sociaux,
17:30c'est que c'est le volume
17:31et la matérialité des critiques.
17:33Aujourd'hui, quand vous prenez position,
17:35vous voyez immédiatement
17:37et que vous viviez en France
17:38ou à Madrid,
17:39comme Kylian Mbappé,
17:40ou aux États-Unis,
17:42comme Léon Marchand,
17:44vous voyez la matérialité
17:45de toutes ces réponses.
17:47Et donc, vous disiez finalement,
17:48si on est sûr de soi et serein
17:50par rapport à ces positions,
17:51il faut les donner.
17:51Mais dans ce cas-là,
17:52il faut accompagner ça
17:52d'un autre conseil,
17:53c'est de ne pas regarder
17:54les réseaux sociaux
17:55et de s'en couper aussi volontairement.
17:57– Il faut avoir des convictions.
17:59– Oui, mais parce qu'aujourd'hui,
18:00vous pouvez dire,
18:01il fait beau,
18:02il y aura toujours statistiquement
18:04quelqu'un qui vous insultera
18:05sur un réseau social
18:06pour avoir dit qu'il faisait beau.
18:07– Souvenez-vous ce qui est arrivé
18:08à Kylian Mbappé
18:10au moment où Naël est mort
18:11sous les balles d'un policier
18:13à Nanterre.
18:14Il avait osé dire
18:15j'ai mal à ma France.
18:16Qu'est-ce qui lui est pas tombé dessus ?
18:19Mais qui lui a tombé dessus ?
18:20– Qui lui a tombé dessus ?
18:21– Tous les aficionados
18:23du Rassemblement National,
18:24les syndicats de police,
18:26tout le monde.
18:26– C'est pas ça.
18:28Les gens qui sont solides
18:30en eux-mêmes
18:31et convaincus,
18:31ils peuvent dire ce qu'ils veulent.
18:32– C'est pour ça que
18:33Léon Marchand, 24 ans,
18:34n'a peut-être pas aujourd'hui
18:36une opinion politique.
18:37– C'est ce qu'il a dit d'ailleurs.
18:38C'est ce qu'il a dit,
18:38il ne savait pas encore.
18:39– Si tous ceux
18:40qui ne sont pas légitimes
18:41à parler de politique
18:41cessaient de parler de politique,
18:43il n'y aurait plus grand monde.
18:44– C'est ce qu'il a dit-il,