00:00Et ce sont des chiffres qu'RMC vous dévoile en exclusivité ce matin.
00:03Recul de l'activité de 1,5% dans un secteur qui était déjà en baisse.
00:08Plus d'une entreprise sur trois qui voit sa trésorerie se dégrader.
00:12Le secteur du bâtiment est en grande difficulté.
00:14Bonjour Jean-Christophe Repon.
00:15Bonjour.
00:16Vous présidez la Confédération de l'Artisanat et des petites entreprises du bâtiment, la CAPEB.
00:21Votre partie prise ce matin, c'est de dire que ce secteur va mal, qu'il faut en prendre conscience.
00:25C'est quand même la quatrième année consécutive en baisse ?
00:28Quasiment la quatrième année, oui.
00:29On a détruit, ce qui me paraît assez important et qu'il faut rappeler, notamment au gouvernement.
00:35On a détruit 40 000 emplois en 3 ans et demi, 4 ans.
00:38Et autant aussi 20 000 à peu près apprentis qui seraient potentiellement dans nos entreprises si on avait de l
00:44'activité.
00:44Donc l'activité étant absente, nous avons un manque de lisibilité.
00:49Et en responsabilité, les patrons ont du mal à prendre des apprentis.
00:54Et donc on a vraiment une grande difficulté à tenir les objectifs.
00:58Alors on a vu cet été que maintenant on était vraiment dans le temps d'après sur la canicule, l
01:04'incendie.
01:05Quand on disait qu'il y avait un réchauffement climatique et qu'il fallait travailler l'amélioration de l'habitat,
01:10notamment en confort d'été, tout le monde disait oui, mais enfin il n'y a pas d'urgence.
01:12Là je pense qu'on est passé dans le temps d'après et qu'il faut réagir rapidement.
01:15On devrait avoir besoin de nous et on ne fait pas appel à nous ?
01:17On ne fait pas appel à nous parce qu'on a...
01:19Alors je pense aussi qu'en toute logique aussi, les Français ont des difficultés de pouvoir d'achat
01:24et que nos prix ont augmenté puisqu'on a eu encore le détroit d'Hermoz et l'augmentation des prix
01:30qui ne cesse depuis Covid, depuis Ukraine, depuis Hermoz.
01:35Donc on a aussi une difficulté à trouver une adéquation entre nos carnets de commandes
01:39et le pouvoir d'achat des particuliers.
01:40Crise structurelle ou crise conjoncturelle Emmanuel ?
01:43C'est sans doute la pire crise du logement depuis la Deuxième Guerre mondiale.
01:48Mais elle dure désormais.
01:49C'est-à-dire qu'on a à la fois une crise du logement, ce qu'on n'avait pas
01:52toujours,
01:53et on a en plus une crise du bâtiment et de la construction.
01:57Il y a des fois où on a des crises de la construction, mais les prix sont corrects,
02:00et il y a des fois où on a les deux.
02:02C'est tout le parcours de logement des Français qui est bloqué aujourd'hui.
02:05Et le gouvernement a répondu pour partie sur le logement et notamment la construction neuve
02:08avec le projet du ministre Jean Brun et sur le bailleur privé.
02:13Mais il n'a pas répondu sur la rénovation.
02:15La rénovation qui est le plus gros défi à faire.
02:18L'amélioration de l'habitat de l'existant, c'est ce qui va nous amener sur 30 ans du boulot
02:23normalement.
02:24Les conséquences, c'est sur l'emploi, c'est sur le logement, c'est évidemment sur les prix,
02:29c'est sur la difficulté de chacun.
02:31Yannick d'ailleurs nous appelle au 32 16 depuis Perpignan.
02:33Bonjour Yannick.
02:34Bonjour.
02:35Yannick, vous êtes maçon, c'est compliqué, c'est difficile là ?
02:39Moi, je suis intérimaire, je suis intérimaire par choix.
02:43Et moi justement, j'appelle justement à contre-courant.
02:47C'est-à-dire qu'en fait, quand on fait ces chiffres, pour moi, à mon sens,
02:52quand on fait ces chiffres, on englobe déjà toute la France, déjà,
02:55et on englobe tout le bâtiment.
02:57Tout le bâtiment.
02:58Sauf que le bâtiment, par exemple, de logement collectif,
03:03et moi, nous, à Perpignan, n'est pas tant en difficulté que ça.
03:08Au contraire, on a du mal.
03:10On a du mal, au contraire, à trouver des bons, ce qu'on appelle des brancheurs,
03:17des bons coffreurs brancheurs.
03:18On a du mal à en trouver.
03:20Donc, je veux bien que la crise peut-être du logement,
03:24enfin de la construction, est en difficulté.
03:26Je ne sais pas, moi, dans les grandes villes comme Montpellier, des trucs comme ça.
03:31Mais du côté de certaines villes, moi, je trouve que...
03:34Tant mieux, tant mieux.
03:35Vous, ça veut dire que vous, pour le coup, vous avez du boulot, quoi.
03:37Il n'y a pas de problème.
03:38Ah oui, oui.
03:38Nous, il y a du boulot, il y a plein de chantiers en construction.
03:43Il y a même une grande prison qui est en train de se faire.
03:46Il y a des chantiers en construction.
03:47C'est de la commande.
03:48Alors, attendez, Yannick, restez avec nous.
03:49C'est de la commande publique.
03:50Ça, ça suit ?
03:50Oui, c'est ce que je disais.
03:51Sur le construction neuve, il y a eu, il y a trois ans, des difficultés.
03:55Mais maintenant, l'activité est relancée.
03:57Alors, on fantasme entre 300 000, 500 000 logements neufs.
04:00Mais l'activité du logement neuf, elle n'est pas catastrophique.
04:04Elle n'est pas parfaite.
04:05Ce qui est vraiment dangereux, c'est la TPE.
04:06Moi, les chiffres que je donne, ce sont les prises artisantes des moins de 10.
04:11Le sujet, c'est qu'on a l'impression que la dégradation de la situation financière
04:15des petites entreprises du secteur,
04:17elle est disproportionnée par rapport au recul de l'activité.
04:20Et on se dit, mais comment vous faites, en fait, sur les petites entreprises ?
04:22Parce que vous êtes coincés vers le bas par les auto-entrepreneurs, par exemple,
04:25et vers le haut par les grosses boîtes qui, elles, veulent jouer les rouleaux compresseurs
04:29et s'accaparer tous les chantiers.
04:30On alerte vraiment le gouvernement, le ministre de Cornu et le ministre Jean Brun,
04:34sur le fait qu'on a vraiment la sensation actuellement
04:37qu'il y a une volonté de concentration du marché.
04:39C'est-à-dire que la majorité des entreprises du bâtiment,
04:41qui sont des TPE, 96% du tissu, ce sont des entisants des moins de 10.
04:46Eux, ils sont dans les tonnois, dans l'état, en tenaille,
04:50entre le gros qui fonctionne pas mal, comme vient de dire notre ami intérimaire,
04:55mais les auto-entrepreneurs qui, eux, sont assujettis à moins de fiscalité,
04:59a plus de souplesse.
05:00Et nous, entre les deux, on a beaucoup de responsabilités.
05:03L'entreprise qui a le plus de difficultés actuellement, c'est l'entreprise de trois salariés.
05:06Et c'est, pour nous, le cœur même de nos artisans et de nos adhérents à la carte.
05:11Vous parlez des grosses boîtes, effectivement, et là, c'est le cas.
05:14Yannick, il est intérimaire, donc il travaille dans des grosses boîtes.
05:17Ça, pour le coup, ça tient à un certain nombre de gros chantiers.
05:21Vous parlez des auto-entrepreneurs.
05:22Entre les deux, vous, vous payez la TVA.
05:24Est-ce que ça, c'est vraiment ce qui coince, parce que c'est ce qui vous différencie ?
05:28Quand vous avez un auto-entrepreneur qui arrive et qui vous dit
05:30« Moi, je vous fais le même job, mais vous allez le payer quand même globalement 20% moins cher
05:34que mon collègue qui a trois salariés »,
05:36évidemment, la concurrence est un peu déloyale.
05:38On ne va pas le dire comme ça, parce que je vais me faire harceler par les auto-entrepreneurs
05:41comme quoi j'aurais quelque chose contre eux.
05:43Mais évidemment, quand on parle de pouvoir d'achat, il y a 5 points de décart.
05:47Et qu'il fait jouer la concurrence des devis et qu'il y en a un qui lui dit
05:50« Écoutez-moi, ce sera 20% moins cher mécaniquement pour le même job. »
05:5410% de moins dans la rénovation.
05:56Et bien évidemment, quand on est en difficulté de trouver des carnets de commandes,
06:01la différence, ça se joue là-dessus.
06:02On essaie de le dire au gouvernement et c'est aussi un manque de fiscalité pour les finances publiques.
06:07Il vous dit le gouvernement, vous l'avez vu hier, en l'occurrence vous avez été reçu par Sébastien Lecornu,
06:11c'est dire d'ailleurs qu'il a pris au sérieux le signal d'alarme que ces chiffres envoient.
06:16Il vous a répondu quoi ?
06:17Qu'ils sont extrêmement tenus par le PLF et que la difficulté…
06:22Le projet de loi de finances.
06:23Oui, le projet de loi de finances.
06:24La difficulté, c'est d'avoir un budget d'ici quelques temps.
06:27Et donc nous, on essaie de dire…
06:28En gros, il vous a dit « Mes poches sont vides ».
06:29Mes poches sont vides et je n'ai pas de majorité.
06:31Donc ça, on le savait.
06:32Mais ce qu'on essaie de trouver comme solution, c'est d'avoir à enveloppe constante de redistribuer les enveloppes.
06:37Par exemple, MaPrimeRénov' qui, à partir du 1er septembre, ne prend plus l'isolation, ne prend plus les fenêtres, ne
06:42prend pas l'occultation.
06:44Par exemple, les stores pour lutter contre la canicule ont dit au Premier ministre « Revoyez l'enveloppe, gardez cette
06:50enveloppe ».
06:50Nous, on ne demande pas une augmentation d'enveloppe, mais redistribuez cette enveloppe plutôt vers des monogènes.
06:54MaPrimeRénov', vous n'en attendez rien ?
06:56On espère, parce que c'est quand même pour nous, et on a fait un sondage auprès de nos artisans,
06:59que ce soit un élément de prise de décision pour le particulier.
07:02On rappelle bien que MaPrimeRénov', c'est du pouvoir d'achat pour le particulier, et pas pour l'entrée.
07:06C'est de l'activité pour nous, indirectement.
07:08Ou ça ne change rien ? C'est juste que ce ne sont pas les mêmes qui vous payent ?
07:10Ce n'est pas les mêmes qui nous payent.
07:11Mais l'intérêt, c'est qu'on dit à la majorité des Français qu'il faut maintenant rénover leur habitat.
07:16Et ils ont souffert de chaleur cet été.
07:18Il faut qu'ils améliorent le confort d'été.
07:20Et il faut donc du coup avoir ce qu'on appelle des monogestes, c'est technique, mais un geste pour
07:25pouvoir occulter, mettre un store, ventiler.
07:28Ça veut dire qu'on n'est pas obligé de rénover toute la maison, mais effectivement de pouvoir améliorer certains
07:33points.
07:33On a redit au Premier ministre qu'il valait mieux essaimer et avoir beaucoup plus de particuliers qui rentrent dans
07:37une démarche virtueuse.
07:38Nous, on a travaillé de notre côté avec des privés comme Sofinko pour construire une offre de préaffectés,
07:45pour aller venir se mettre à côté de MaPrimeRénov' et permettre aux Français de rénover, rénover par étapes.
07:51Et puis on aura aussi le défi, si je peux me permettre, des 700 000 passoires énergétiques qui ont été
07:56remis à la location,
07:57qu'il faudra bien quand même traiter un jour.
07:58Oui, puisqu'on a assoupli effectivement le fameux DPE, mais il va falloir quand même à un moment s'y
08:03attaquer.
08:04Merci beaucoup Jean-Christophe Repon, bon courage.
08:06Vous êtes président de la CAPEB qui représente donc les artisans du bâtiment.
08:09Et merci à Yannick pour son témoignage.