00:00Manifestation de policiers ce matin entre les Champs-Elysées et l'Assemblée Nationale à Paris.
00:04Vous réclamez des hausses de salaire, Stanislas Godon, vous êtes le délégué national du syndicat Alliance Police Nationale.
00:10Je vous interroge évidemment là-dessus dans un instant, mais on en parlait dans le journal.
00:14Il y a eu cette vidéo diffusée hier qui montre à un policier national qui jette à terre un SDF.
00:19Ça se passe à Carcassonne, le soir de la fête de la musique.
00:21Une enquête pour violences volontaires a été ouverte par le parquet.
00:25Quelle est votre réaction ?
00:26Écoutez, comme c'est le cas à chaque fois, en fait, lorsqu'il y a des vidéos ou des accusations
00:31qui viennent, notamment sur le terrain,
00:34il y a des enquêtes, notamment le parquet a fait un communiqué de presse extrêmement clair sur d'abord les
00:41circonstances qui ne sont pas liées au décès de ce jeune homme.
00:45Et ensuite, une enquête qui est diligentée notamment par l'IGPN, qui, je le rappelle une bonne fois pour toutes,
00:51travaille sous l'autorité d'un magistrat.
00:53Donc, ils réagiront, il y aura enquête, mais vous imaginez bien que ça s'ajoute aux vidéos de la semaine
01:00dernière.
01:00Il s'agissait alors d'un policier municipal, je le précise, mais qui proférait des déclarations racistes, misogynes, sexistes, pendant
01:11la tournée dans sa journée.
01:13Mais est-ce que les policiers ne sont pas en train de perdre ce qu'ils devraient être, c'est
01:19-à-dire exemplaires ?
01:21Alors, je crois qu'il ne faut pas essayer d'amalgamer, en fait, l'ensemble des faits.
01:26Il faut d'abord rappeler les circonstances de cette interpellation, notamment qui s'est déroulée, qui était compliquée.
01:31Il y avait outrage, il y avait rébellion, il y avait violence à l'encontre des policiers sur le terrain.
01:35Après, vous savez, la police nationale, la police municipale, elle, évidemment, fait tout ce qu'elle peut pour être exemplaire.
01:42Mais elle est face à une ultra-violence.
01:44Tous les chiffres sont rouges dans les statistiques, notamment de la délinquance et de la criminalité.
01:48Juste pour rappeler, les tentatives d'homicide, c'est plus 98% en l'espace de 9 ans.
01:52Donc ça, ça doit un peu illustrer quand même le contexte dans lequel on travaille, notamment sur le terrain.
01:56C'est aussi en lien avec l'histoire des moyens dont on va parler dans quelques minutes.
02:00Et c'est aussi ce qui motive, effectivement, votre manifestation d'aujourd'hui, la colère que vous avez décidé d
02:07'exprimer,
02:08parce qu'il y a ce contexte que vous évoquiez, parce qu'il y a de plus en plus de
02:12grandes manifestations
02:12pour lesquelles on vous demande d'assurer le service d'ordre.
02:16Qu'est-ce que vous réclamez concrètement ? Vous menacez un mouvement des gilets bleus, c'est-à-dire ?
02:20Alors d'abord, rappelez que nous, on est de tous les rendez-vous.
02:23Les Jeux olympiques, la venue du pape, la délinquance du quotidien,
02:28plus tous les dossiers prioritaires qu'on nous a mis sur les bras,
02:30comme les violences sexuelles, comme le terrorisme, ne l'oublions pas, comme le narcotrafic.
02:35Et donc, en fait, si vous voulez, cette charge de travail,
02:38et bien maintenant, nous, on demande à ce qu'il y ait quand même une reconnaissance du travail accompli,
02:41de l'engagement des policiers sur le terrain.
02:43Et notamment au travers d'une indemnité qui s'appelle l'ISSP,
02:46l'Indemnité Suggestion Spéciale Police,
02:48qui est d'ailleurs la seule indemnité dans la police nationale qui est prise en compte pour la retraite,
02:52qui n'a pas été revalorisée depuis 2019.
02:54Et on demande à ce qu'elle passe de 28% à 35% notamment.
02:57C'est ce que vous demandez, est-ce qu'il y a des candidats à l'élection présidentielle qui vous
03:01soutiennent ?
03:01Est-ce que vous avez évoqué cette question-là dans le contexte de la campagne ?
03:05Écoutez, nous, vous savez, souvent on a d'ailleurs organisé des grands oraux,
03:09notamment des candidats à la présidentielle,
03:11parce que la sécurité, il me semble que c'est un des sujets prioritaires, notamment des citoyens.
03:15Et puis rappelez quand même une chose,
03:17parce que souvent on nous parle du déficit public,
03:19de la trajectoire des finances publiques.
03:20Je rappelle que la police nationale, c'est 2%, 2,4% de l'ensemble du budget de l'État
03:27et 0,9% de la dépense publique.
03:30Donc sur 100 euros dépensés de la dépense publique,
03:32il y a moins d'un euro pour la police nationale.
03:34C'est ça en fait la réalité des chiffres.
03:36Donc quand on demande à ce qu'il y ait une rallonge budgétaire
03:38de à peu près de l'ordre de 500 millions d'euros,
03:40parce qu'aujourd'hui on nous a mis sur la table 600 millions d'euros,
03:43mais c'est pour police, gendarmerie, sécurité routière et sécurité civile,
03:48avec notamment nos collègues des pompiers.
03:49– Stanislas Godon, j'entends vos revendications,
03:52et c'est amusant parce qu'elles résonnent avec celles des Gilets jaunes.
03:55Et moi je me demande quelque chose,
03:57c'est-à-dire que depuis les Gilets jaunes, de l'eau a coulé sous les ponts,
04:00en fait vos revendications elles sont très proches.
04:03Et je me demande si vous retourneriez aujourd'hui réprimer
04:06les manifestations des Gilets jaunes, comme vous l'avez fait,
04:08sous ordre, sous ordre évidemment bien sûr,
04:11mais est-ce que la police nationale serait prête à refaire la même chose ?
04:14Est-ce que vous n'avez pas un peu les mêmes problèmes avec les Gilets jaunes ?
04:16– Pardon de corriger, mais ce n'est pas une histoire de réprimer des manifestations,
04:20ce n'est pas notre rôle.
04:21Nous on est là pour assurer…
04:22– Est-ce que vous ne vous sentez pas en solidarité avec eux ?
04:24– L'ordre public soit respecté,
04:25et que notamment il n'y ait pas 3000 policiers blessés.
04:27– Mais bien sûr, mais est-ce que vous ne vous sentez pas en solidarité avec les Gilets jaunes ?
04:30– Eh bien en fait nous on va créer justement les Gilets bleus.
04:33– Donc un peu oui.
04:33– C'est-à-dire qu'on peut faire du visuel, notamment sur des événements,
04:36parce que je rappelle quand même que la police nationale,
04:38par rapport à son statut, elle ne peut pas faire grève,
04:40donc nous on a des moyens d'action qui sont quand même nettement plus limités.
04:44– Donc comment on reconnaîtra, comment on distinguera un policier en grève d'un autre ?
04:48C'est par ce Gilet bleu que vous allez remettre ?
04:50– Il n'est pas question pour nous de faire des actions avec notamment la tenue d'uniforme.
04:54D'abord ce ne serait pas autorisé par le règlement,
04:56donc en fait on va évidemment trouver de la symbolique, vous vous doutez bien.
04:59Après je ne vais pas tout dévoiler maintenant,
05:02et on va garder quand même quelques effets surprises,
05:04parce que vous savez il y a d'abord une grande manifestation aujourd'hui,
05:07et c'est important, on verra si on sera reçu par le ministre de l'Intérieur
05:12ou notamment le Premier ministre,
05:14parce que je rappelle aujourd'hui que tout est piloté par le Premier ministre,
05:17en espérant qu'il y ait autre chose que
05:19« oui oui, vous êtes formidables, on va faire un effort ».
05:22Non, non, nous ce qu'on veut c'est du sonnant et trébuchant,
05:24et qu'effectivement des paroles on passe aux actes.
05:27– Vous ne demandez pas tant que ça en plus ?
05:29– Comment ?
05:29– Je suis toujours frappé par la modestie des revendications.
05:33– Mais oui, nous sommes des gens raisonnables, voilà.
05:35On va dire ça comme ça,
05:36parce qu'en fait nous on subit à la fois la perte de pouvoir d'achat,
05:39on a subi aussi toutes les réformes,
05:41parce que souvent on parle notamment d'un sujet extrêmement sensible
05:43qui est les retraites,
05:44mais nous on les a toutes prises,
05:46notamment malgré notre catégorie spéciale des catégories superactives.
05:50– Merci Stanislas Godon d'être venu ce matin sur RMC,
05:52délégué national du syndicat Alliance Police Nationale,
05:55et quand on se dit que parallèlement les pompiers
05:57ont à peu près les mêmes revendications que vous,
05:59effectivement on se dit qu'il va falloir quand même
06:01que ce soit entendu ces deux piliers de l'État.
06:03Il est 8h18.
06:04– Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires