- il y a 2 mois
Ce mardi 1er septembre, François Minec, VP des Ventes et du Développement Commercial pour la Fabrication additive de HP Inc., s'est penché sur le passage des fabrications industrielles du prototypage aux usages de l'impression 3D, et la vision de HP concernant la fabrication additive, dans l'émission Tech&Co Business présentée par Frédéric Simottel. Tech&Co Business est à voir ou écouter le mardi sur BFM Business.
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00:00Tech & Co-Business, l'invité.
00:04Alors on démarre tout de suite avec notre premier invité, François Minec. Bonjour.
00:08Bonjour Monsieur Coutel.
00:08Merci d'être avec nous. Vous êtes vice-président en charge des ventes mondiales chez HP sur la fabrication additive.
00:13Donc la 3D, mais la 3D vraiment en dur. C'est une fabrication d'impression 3D.
00:20Première chose, vous êtes basé, vous êtes vraiment en charge de tout ce département mondial, basé à Barcelone. Pourquoi Barcelone
00:28?
00:29Barcelone, c'est un site historique où HP avait ses imprimantes industrielles 2D, donc imprimantes de grand format.
00:35Et on a pris cette technologie et on l'a adapté pour faire de l'impression 3D.
00:40L'impression 3D chez HP existe depuis 10 ans maintenant.
00:44Oui, c'est vrai. En fait, les 10 ans.
00:47Alors justement, aujourd'hui, comment on fait ? Est-ce que ça y est, on est dans cette phase ?
00:50Parce que longtemps, l'impression 3D, on la voit à titre plus domestique, une petite imprimante de la taille des
00:56imprimantes assez classiques
00:57sur laquelle on fait nos tests et tout ça.
00:59On voit qu'aujourd'hui, il y a vraiment des grands usages industriels.
01:03On peut imprimer des pièces.
01:06Mais pour vous, ça y est, la fabrication additive est vraiment passée du prototypage aux usages de production industrielle.
01:17Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, quand on pense à l'impression 3D, souvent même dans les médias, on
01:22parle de la petite imprimante chez soi
01:23qui permet de faire des jouets, ou la coque de téléphone, des choses comme ça.
01:29Et en fait, on a pensé, il y a 10-15 ans, l'idée, c'était la révolution industrielle, ça
01:34va être là, tout le monde aura son imprimante chez soi.
01:36Ça ne s'est pas du tout arrivé.
01:38C'est vrai que si on revient 10 ans en arrière, on imaginait tous qu'on aurait ça pour imprimer
01:42à la fois des petits jouets pour nos enfants,
01:44voire des pièces parce qu'il nous en manque une, parce qu'un placard est cassé.
01:49Mais en fait, ce qui s'est passé, c'était une révolution beaucoup plus silencieuse,
01:53c'est que l'impression 3D était utilisée pour faire du prototypage.
01:57Mais depuis quelques années, maintenant, tous les usines d'impression 3D,
02:00parce qu'aujourd'hui, on a des usines d'impression 3D,
02:03ces usines font de la production industrielle.
02:05Donc depuis maintenant à peu près deux ans,
02:08la majorité de la production de ces usines, c'est de la production de pièces de série.
02:11Et c'est parce qu'on a pu travailler sur toutes les matières aussi,
02:15parce qu'au tout début, c'était de la résine, du plastique et tout ça.
02:18Aujourd'hui, on voit, on peut imprimer de l'acier, des choses comme ça.
02:23Enfin, on n'a pas de limites sur les matières.
02:26Exactement. Il y a de plus en plus de matières qui ont été développées pour l'impression 3D.
02:29Donc ça, c'est un aspect.
02:30L'autre aspect important, c'est qu'au fur et à mesure, la technologie s'est améliorée.
02:33Le coût par pièce, qui est l'élément critique, a baissé les déchets.
02:37Enfin, tout ce qu'il y a des déchets autour, tout ça.
02:39Améliorer la production pour éviter les déchets, baisser les coûts des matières,
02:43améliorer la productivité des machines et leur fiabilité.
02:46Aujourd'hui, ce sont des outils industriels qui permettent de faire des pièces à des coûts très compétitifs
02:51et donc qui, dans certains cas, sont mieux que de l'injection ou du machinage.
02:57Alors justement, c'est quoi les objectifs aujourd'hui de la fabrication additive ?
03:02Parce que tel que vous nous le décrivez, on peut tout gérer à façon.
03:05Quand est-ce qu'un industriel, un grand ou un petit, va décider de soit passer par la 3D,
03:12soit se dire, ben non, je vais mettre en place une ligne de production beaucoup plus traditionnelle ?
03:17Il y a beaucoup de cas différents. Je vais prendre l'exemple des robots humanoïdes,
03:21par exemple, qui en ce moment sont imprimés beaucoup en 3D.
03:24Pourquoi ? Parce qu'ils sont dans des séries de développement.
03:27Donc, ils font des séries de 5 000, de 10 000.
03:30Et donc, l'impression de 3D est toujours plus avantageuse dans ces cas-là.
03:34Aujourd'hui, si vous faites des séries, dépendamment de la taille de la pièce,
03:39de moins de 10 000 ou 100 000 pièces selon la pièce, c'est plus intéressant.
03:43Et donc, quand il y a beaucoup d'itérations de design et des séries de plus en plus courtes,
03:48il est souvent plus intéressant d'aller en impression 3D.
03:52Ce qui permet aussi d'avoir la pièce, vous vous designez votre pièce, vous l'avez le lendemain.
03:57Vous avez un changement, ah, un client qui me demande ça, vous le faites le lendemain.
04:01L'injection, il faudra refaire un nouveau moule.
04:03Est-ce que pour vous, chez HP, ça a changé aussi la façon dont vous travaillez avec vos clients ?
04:07Vous ne vendez pas juste l'imprimante avec des modèles, avec une librairie de différents modèles ?
04:12Comment se servir de ces imprimantes ?
04:14Mais est-ce que vous travaillez, on parlait de robotique,
04:17donc avec des industriels qui vont vous dire, voilà, vous allez les aider à déployer ?
04:22J'imagine, un robot, on va dire, j'ai besoin des petites vis comme ça, on va les imprimer en
04:283D.
04:28Non, finalement, et si vous m'imprimez en 3D, tout le bloque, sans soudure, sans autre chose.
04:34Est-ce que ça, et là, vous intervenez aussi dans ce process ?
04:38Donc, aujourd'hui, il y a deux aspects de l'impression 3D.
04:40On a des clients qui sont des usines d'impression 3D.
04:42Comme l'exemple de 3D Prod en France, qui vient de racheter Sculpteo,
04:46qui était sous pavillon allemand, qui repassait sous pavillon français.
04:49Donc, c'est un champion français.
04:50Et donc, on les aide, ceux-là, on les aide vraiment à développer,
04:54à améliorer la technologie pour qu'ils soient plus compétitifs.
04:58Mais après, on va aussi voir les clients finaux, les OEM,
05:01pour les aider à comment faire le meilleur design pour la fabrication additive.
05:06Parce que si on prend une pièce d'injection et qu'on essaie d'imprimer, ça ne va pas marcher.
05:09Ce qu'il faut, c'est voir le concept dans son ensemble,
05:12et dire, c'est différentes pièces, on n'a pas besoin de faire d'assemblage ni rien.
05:18Grâce au design, on va pouvoir faire une pièce.
05:21Et on a des exemples où des clients avaient 20 pièces qui étaient assemblées, collées,
05:25et s'imprimées en une pièce.
05:26Donc là, vous avez des gains énormes.
05:28C'est là où vous travaillez sur ce point, sur design for additive manufacturing ?
05:31C'est ça, c'est ce qu'on appelle la quête HP ?
05:34Voilà, j'avais vu cet HP-là.
05:36Dans le jargon, c'est le DFAM, design for additive manufacturing.
05:39Donc, on essaie de former nos clients pour qu'ils sachent eux-mêmes le faire.
05:44Et sinon, on les aide aussi nous-mêmes à revoir le design dans l'ensemble.
05:48François Minec, chez HP, fabrication additive,
05:51est-ce que ça veut dire aussi que tout ce qui est les normes, la réglementation,
05:55parce que vous êtes dans des industries où parfois c'est très normé,
05:59si on parle de l'aérospatial, dans plein de domaines, c'est très normé.
06:02Est-ce que ça, c'est en train d'évoluer aussi ?
06:04Parce que là où, justement, j'avais des normes très précises
06:07pour des pièces que j'assemblais derrière,
06:09aujourd'hui, si je fais mon bloc, enfin je caricature un peu,
06:11mais si je fais mon bloc, il faut qu'il soit soumis à une certaine normalisation.
06:16C'est en train de changer ?
06:17Ça évolue vite, ça aussi ?
06:19Il y a des normes qui sont en train de sortir pour la fabrication additive,
06:22pour l'aérospatiale, pour d'autres secteurs normés.
06:25Et après, souvent, ce sont des sociétés qui adaptent leur process
06:28pour intégrer la fabrication additive.
06:30Et qui ensuite se retournent vers les centres de certification,
06:34les organismes de certification, pour voir si c'est bien pris en compte.
06:38On parlait, je reviens au début de notre conversation,
06:41on parlait de ces petites imprimantes.
06:43Là, aujourd'hui, à Barcelone, vous disiez sur la 2D,
06:46vous aviez ces grandes imprimantes,
06:47que ça vous a inspiré pour justement élaborer ces imprimantes aussi 3D de grande taille.
06:52Là, aujourd'hui, dans l'actu d'HP, c'est ça,
06:55vous allez sortir une imprimante, je ne vais pas dire domestique,
06:57mais qui va servir au labo, au bureau d'études et tout ça,
07:02à designer les pièces, c'est ça qui est nouveau ?
07:04Exactement.
07:04Donc, on sort une nouvelle imprimante qui s'appelle la 1200,
07:06qui est un peu plus petite,
07:09ce n'est pas une imprimante qui tient sur le bureau,
07:12elle est un peu plus inconséquente.
07:12Oui, oui, c'est pas une petite imprimante à Gédant.
07:15Voilà, mais l'intérêt de cette imprimante,
07:16c'est qu'elle va sortir des pièces qui sont de la même qualité exactement que la grosse,
07:20que l'imprimante industrielle,
07:22qui permettra aux bureaux d'études de différentes sociétés
07:25de développer les pièces de manière plus facile et rapide
07:29sur cette petite imprimante,
07:31et après de les envoyer dans des usines de production,
07:33parce que c'est facile, il suffit d'envoyer un fichier,
07:35et on le fait imprimer où on veut, dans le monde au final.
07:39Si je redescends aussi dans la technologie,
07:40ça veut dire qu'aujourd'hui, HP, dans ce domaine,
07:43vous êtes à la fois un mécanicien,
07:45parce qu'il y a quand même des pièces qu'il faut assembler,
07:47vous êtes dans le numérique,
07:48puisque ces modèles, évidemment, sont à ce moment-là.
07:50Il y a aussi beaucoup de chimie là-dedans,
07:52parce que justement, de la même façon que vous faites de l'encre
07:55dans nos impressions papier,
07:58il y a aussi toute cette partie,
07:59j'en parlais de tous ces matériaux.
08:00Là aussi, c'est une nouvelle voie que vous êtes en train d'explorer,
08:03j'imagine, chez HP.
08:04Alors tout à fait, moi je suis ingénieur de génie chimique.
08:07Ah oui, formation.
08:08Vous êtes dans votre élément.
08:10Bon, forcément, nos imprimantes en particulier,
08:13mais l'impression 3D en général,
08:14c'est qu'il y a beaucoup de chimie.
08:16Oui.
08:16Nos imprimantes en particulier utilisent des poudres polymères,
08:19notamment, puisqu'on est en France,
08:21on travaille avec le chimiste Arkema,
08:23qui on connaît sûrement,
08:24avec des poudres polyamides 11,
08:27qui sont des poudres biosourcées,
08:28qui marchent sur nos imprimantes.
08:30Mais effectivement, on a des équipes chez HP
08:32qui sont des chimistes et des ingénieurs polymères
08:35pour pouvoir discuter avec les Arkema
08:37ou autres fabricants de produits chimiques de ce monde
08:40pour développer la tech.
08:41Là, vous dites, ça fait 10 ans que HP fait un peu ses 10 ans
08:45dans la fabrication additive.
08:47Là, sur les 10 prochaines années, vous dites,
08:49il faut qu'on s'ouvre,
08:50vous allez vous ouvrir vers tout un tas de nouvelles industries.
08:56On imagine, voilà, le champ des possibles est incroyable.
09:00On pense évidemment aux industriels sur les pièces,
09:02mais il y a tout un tas de gens qui ne se disent peut-être pas,
09:05tiens, nous, on pourrait aussi avoir notre...
09:06J'imagine même des supermarchés qui se disent,
09:08tiens, on voudrait refaire nos têtes de gondole et tout ça.
09:11Imagine ça.
09:11On peut imaginer que des gens autres que des industriels
09:14s'intéressent vraiment à ce sujet-là ?
09:15Si c'est votre ambition ?
09:17Je pense que l'impression 3D, déjà, de nos applications,
09:20c'est dans l'industrie, je l'ai dit juste avant,
09:21de l'automobile, ça va être des pièces de machine, etc.
09:24Mais on a des clients qui font des lunettes imprimées en 3D
09:27qui permettent de vous scanner votre visage
09:28et vous pouvez avoir les lunettes qui sont parfaitement fixées.
09:31Ce n'est pas un problème pour vous, mais moi, c'est important.
09:34Moi, j'en mets de temps en temps.
09:36Donc, ça, c'est une chose, mais aussi les orthèses, les prothèses,
09:40tout ça, ce sont des applications qui existent aujourd'hui
09:43et qui ont continué à se développer.
09:45Mais effectivement, nous, on travaille, on continue à travailler
09:47pour améliorer la technologie, pour baisser le coût par pièce
09:50et ça va ouvrir un champ d'application
09:53et on est en pleine accélération.
09:55Aujourd'hui, il y a vraiment une grande accélération
09:58du marché de la 3D.
09:59En termes de concurrence, dans d'autres domaines,
10:02vous parliez des robots tout à l'heure,
10:03on voit arriver ces concurrents chinois.
10:06Vous aussi, les plus gros concurrents,
10:07ils sont plutôt côté asiatique dans la fabrication additive
10:09ou votre savoir-faire fait que,
10:12bon, même si vous êtes l'un des leaders sur secteur,
10:14voilà, vous avez une forte maîtrise de ce marché.
10:20Effectivement, les fabricants chinois sont en train de venir en force,
10:24mais notamment dans les imprimantes desktop,
10:27les petites imprimantes.
10:28Entre guillemets individuelles.
10:31Et ce qui est, on parlait de cette révolution d'avoir l'imprimante chez soi,
10:35ils vont peut-être la provoquer celle-là.
10:36Ah oui, c'est ça.
10:37Mais nous, on reste dans l'industrie, c'est notre stratégie, c'est notre cœur de métier.
10:43L'intérêt pour nous de voir ces petites imprimantes,
10:45où de plus en plus d'ingénieurs, ça démocratise.
10:48Les gens vont penser à design pour fabrication additive,
10:53ils sauront, et une fois qu'ils arriveront en industrie,
10:55ça deviendra automatique.
10:56Aujourd'hui, on est toujours dans,
10:59les gens designent pour l'injection,
11:00et après, ils disent, ah, est-ce que je peux l'imprimer ?
11:02Il faut essayer de renverser.
11:04La HP 1200, dont vous parliez tout à l'heure,
11:06donc pour des bureaux d'études,
11:08alors qu'il y a un peu plus grand dans la compagnie
11:10qu'une imprimante individuelle,
11:13mais on est dans quel ordre de prix ?
11:16Si après, il faut calculer par rapport à la matière qu'on va utiliser,
11:19tout ça, mais comme ça, l'achat en brut ?
11:21Aux alentours de 50 000 euros.
11:2350 000 euros, donc voilà, c'est quand même l'équipement complet.
11:26Écoutez, François Minec, merci beaucoup d'être venu parler de tout ça.
11:29Je rappelle, vous êtes vice-président en charge des ventes mondiales
11:31à la fabrication additive chez HP.
11:33Voilà, c'est un domaine dont on parle beaucoup moins.
11:36Alors, on sait que ça existe, mais comme vous le disiez,
11:38on était parti il y a 10 ans sur nos petites imprimantes,
11:40mais on voit que peut-être ce marché va évoluer.
11:42En tout cas, dans l'industrie, c'est vraiment un gros pas
11:44qui est pris vers les usages de production industrielle.
11:47Merci d'avoir été avec nous.