- il y a 6 semaines
Chaque soir, Maxime Switek vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:00Bonsoir à toutes et à tous, je suis ravi de vous retrouver ce soir avec cette information de la soirée.
00:04La mort à 97 ans d'Edouard Balladur, ancien Premier ministre, Premier ministre de cohabitation de François Mitterrand.
00:09C'était entre 1993 et 1995. On va revenir sur son parcours.
00:14Les premières réactions évidemment ce soir à la mort, je le disais, d'Edouard Balladur.
00:18Je vais rejoindre nos invités. On a déjà entendu un certain nombre d'hommages ce soir de ses anciens ministres
00:24comme François Bayrou, comme Alain Madelin qui parlait de ce serviteur de l'État.
00:28Voilà, je voulais avec vous, Bruno Jeudy, qu'on parle du mystère Balladur.
00:34Le mystère Balladur, pourquoi ? Parce qu'Alain Duhamel le disait tout à l'heure, Premier ministre populaire, très populaire.
00:40Très populaire.
00:41Et pourtant, ça ne fonctionne pas, ça ne marche pas la présidentielle de 1995.
00:45Pourquoi ce mystère-là ? Pourquoi est-ce qu'il n'arrive pas justement à aller tout en haut de
00:50la pyramide de la Ve République ?
00:51Vous avez raison, c'est un bon résumé. Il est à la fois ministre très populaire.
00:55On a du mal à imaginer qu'un Premier ministre a été autant populaire.
00:59Il y a eu un, Rocard a été populaire, Jospin aussi a été populaire.
01:02Mais franchement, Edouard Balladur, dans une France qui doit se relever d'une situation économique difficile,
01:07en quelques mois il devient populaire et pourtant il passe une réforme des retraites pendant l'été
01:12quand il arrive par ordonnance, il privatise, il impose des mesures libérales.
01:18C'est vraiment quelque chose.
01:20Et pourquoi il est très populaire ? Parce que d'abord, il explique vraiment ce qu'il fait.
01:25Il y a beaucoup de pédagogie dans le Balladur qu'on y unisse.
01:28Et lorsqu'il entre dans l'atmosphère pour être candidat à la présidence de la République,
01:33eh bien, Edouard Balladur, il apparaît comme ce qu'il est,
01:37c'est-à-dire quelqu'un qui, dans l'opinion, apparaît comme un peu loin des préoccupations,
01:41j'allais dire terre à terre des Français,
01:43alors que Jacques Chirac va jouer sur le côté corrézien, tater le cul des vaches et tout ça.
01:48Il faudra qu'on parle évidemment du rapport.
01:49Évidemment, Edouard Balladur ne représentait pas élu de Paris, conseiller d'État,
01:53grande expérience de l'État.
01:55Mais au fond, les Français, à ce moment-là, font plutôt le choix de Jacques Chirac.
01:59Sans doute aussi un peu d'arrogance quand il est candidat.
02:02Il croit que son entourage lui dit « vous allez gagner »,
02:05quasiment on dit qu'il va gagner au premier tour.
02:07Il y a un politologue qui a expliqué qu'Edouard Balladur serait élu au premier tour à ce moment-là.
02:11Il était très haut.
02:12Il termine troisième à 18%.
02:14Il termine troisième à 18%.
02:17Et en même temps, Edouard Balladur, c'est quelqu'un qui, à la fin de sa campagne,
02:21est déçu, mais est digne.
02:24Il appelle à soutenir Jacques Chirac, le célèbre « je vous demande de vous arrêter » à ses partisans.
02:28On verra l'archive dans une seconde.
02:29Et c'est assez extraordinaire.
02:30Et derrière, il va continuer sa carrière à l'Assemblée.
02:33Il va beaucoup apprécier l'élection de Nicolas Sarkozy.
02:38Il va le soutenir très fortement.
02:40Mais il va se retirer du pouvoir, écrire des livres.
02:44Quelqu'un qui a été très populaire et qui n'a pas pu parce qu'il n'avait pas les
02:47qualités.
02:47La Ve République, c'est vraiment, pour être candidat à la présidentielle,
02:51il faut être capable à la fois d'être en prise avec le terrain
02:54et en même temps donner que les Français aient l'impression d'avoir un homme d'État.
02:59Il lui manquait sans doute une case, cette case un peu plus proche des gens,
03:03pour pouvoir sans doute être élu.
03:05Yves, comment vous résolvez ce soir le mystère Balladur ?
03:09Le mystère Balladur, c'est que c'est un homme qui était d'une très grande compétence
03:15et d'une très grande compétence économique et à mon avis qui disait ce qu'il faisait.
03:20Et qui faisait ce qu'il disait, pardon, excusez-moi.
03:23Parce que ce qu'on oublie de dire, c'est que non seulement il y a eu l'épisode libéral
03:27qui dans un pays comme le nôtre n'est pas très populaire,
03:31mais quand il est arrivé, je reviens avec ça,
03:33quand il arrive au pouvoir, enfin à Matignon en 1993,
03:37qu'est-ce qu'il fait ? Il augmente les impôts.
03:40Oui, il augmente la CSG.
03:42Et qu'est-ce qu'il fait d'autre ?
03:43Il privatise.
03:44Il désindexe les retraites, il désindexe tous les revenus sociaux et tout ça.
03:52Gèle des retraites, gèle des salaires des fonctionnaires, gèle des revenus sociaux, des allocations.
03:55Vous imaginez ? Aujourd'hui, c'est exactement le...
03:59Il avait une majorité avec lui.
04:00Oui, il avait une majorité, certes avec lui,
04:02mais c'est quand même ce qui se passe aujourd'hui aussi.
04:05Vous voyez ce que ça donne aujourd'hui.
04:07Donc à l'époque, c'était aussi un sujet important.
04:09Mais surtout ce qu'il faut dire, Yves, c'est que dans son programme par rapport à Jacques Chirac,
04:14il a refusé de faire des promesses inconsidérées, des promesses non financées,
04:18il était obsédé par les comptes.
04:19Lorsque Jacques Chirac, lui, pour pouvoir remonter les points qu'il avait de retard,
04:24tout a été permis, il est allé à fond et à l'arrivée, il a déçu les Français.
04:27Et il avait théorisé ça.
04:28Parce qu'il avait écrit un dictionnaire de la réforme en 1992 ou 13, je crois.
04:33Il a écrit un dictionnaire de la réforme, donc une méthodologie pour réformer la France.
04:38Et d'ailleurs, je dois dire qu'à chaque fois qu'il confiait à un journal,
04:43et notamment au Figaro, une tribune, c'était déjà généralement des tribunes qui étaient très très longues,
04:49c'était des tribunes de méthodologie pour dire à ceux qui gouvernaient la France,
04:54y compris d'ailleurs à Nicolas Sarkozy quand il était au pouvoir,
04:57et qui était quand même son poulain un peu,
04:58eh bien, comment il fallait faire ?
05:01Et il était là-dessus intarissable.
05:03On est en ligne avec Brice Ortefeu.
05:05Bonsoir Brice Ortefeu, merci d'être avec nous ce soir sur BFM TV.
05:08Que retenez-vous, vous d'abord, d'Edouard Balladur ce soir ?
05:13Moi, je l'ai découvert en 1995, au moment de la campagne présidentielle.
05:18Moi, je ne le connaissais pas ou je le connaissais très peu.
05:21Et donc, je l'ai effectivement découvert.
05:24Et j'ai découvert un homme qui était à la fois courageux,
05:29qui avait une vision, qui avait aussi beaucoup d'humour,
05:33et qui avait du recul et une forme de détachement.
05:37Et c'est peut-être d'ailleurs ce recul et ce détachement
05:40qui ont fait qu'il n'a pas été élu chef de l'État,
05:45comme les enquêtes l'indiquaient au début de cette campagne,
05:48et qui avait évolué tout au long de cette période.
05:53Mais je retiens un homme,
05:54j'entendais qu'on le décrivait comme un serviteur de l'État.
05:58Et c'était, oui, un serviteur de l'État,
06:00mais c'était d'abord et surtout un homme d'État,
06:03parce qu'il avait une vision pour notre pays.
06:05Mais pas beaucoup de démagogie, pas beaucoup d'emphase,
06:09pas beaucoup d'inflammation oratoire.
06:10C'était quelqu'un qui n'a pas de fausse proximité,
06:13et pas de fausse jovialité.
06:15Et donc, c'était un personnage qui était atypique.
06:19Et comme tous ceux qui sont sur le plateau,
06:23on connaît bien le milieu politique.
06:25Je pense qu'il avait une place, un caractère,
06:27une originalité dans les vies politiques françaises.
06:31Une seconde à Yves Tréard.
06:33Simplement, vous, en 1995, quand vous le découvrez,
06:35vous êtes certain de sa victoire aussi ?
06:38– Et quand je suis, quand j'étais amené à travailler à ses côtés,
06:44sous son autorité, les sondages étaient effectivement déjà très élevés.
06:49Et il était un premier ministre en exercice,
06:53qui était un premier ministre populaire.
06:55Il était populaire par, effectivement, des mesures qu'il avait prises,
07:00par aussi des positions sur les questions internationales.
07:04Notamment, certains se souviennent sans doute du discours qu'il avait fait sur le GATT.
07:08Et donc, effectivement, ça s'annonçait sous les meilleurs auspices.
07:12Et puis, j'ai vu aussi, j'ai pu mesurer combien il découvrait
07:17la campagne présidentielle, la chaleur des mitis,
07:20les ovations, les acclamations, les encouragements.
07:24Et j'ai ce souvenir très précis de sa première grande réunion publique
07:28de campagne présidentielle qui s'était tenue à Nogent,
07:32en présence d'ailleurs de Philippe Bouvard.
07:34Et il était rentré dans la salle, et j'étais à ses côtés,
07:39et j'ai senti sa grande surprise de voir l'enthousiasme de tous les participants.
07:44Je pense que c'était pour lui une découverte,
07:46et que ça lui faisait plaisir.
07:48– Oui, Yves.
07:49– Ce que je voulais ajouter, c'est que, d'abord, moi, il me faisait penser,
07:54vous me demandiez, mon approche, il me faisait beaucoup penser à Raymond Barre,
07:59que l'on est bien connu aussi.
08:00Et il y avait ce côté, je vous dis la vérité, je fais ce que je dis.
08:04Et puis, il y a une chose, Bruno, d'ailleurs, on aurait pu l'ajouter tout à l'heure,
08:09quand il a déclaré sa candidature à la présidentielle en 1995,
08:13c'était catastrophique, parce qu'il a fait ça depuis son bureau de Matignon.
08:17Et alors là, il y a eu une incompréhension générale dans le pays.
08:20– Ça serait interdit aujourd'hui, d'ailleurs, je pense.
08:21– Ah non ?
08:22– En termes de moyens de débat, ça serait interdit aujourd'hui.
08:23– C'est le même prix en modèle de ce qu'il faut faire.
08:25– Ce qu'il ne faut pas faire en termes de communication politique.
08:28– Ça donnait l'image d'une personne, d'abord, ça ne se fait pas du tout,
08:31évidemment, il mélangeait les gens,
08:32et deuxièmement, l'image d'une personne qui était tellement sûre d'elle-même
08:36que les Français ont découvert ce monsieur avec un ton
08:41qui était quand même toujours un ton assez lointain, on va dire.
08:45– C'est pas passé du tout, ça a été tragique,
08:50parce que de cette déclaration, c'est là où il a commencé à dégringoler dans le sondage.
08:54– C'est devenu un sujet de moquerie,
08:56et Jacques Chirac était dans les choux à ce moment-là,
08:58il a fini par remonter petit à petit,
09:00mais il a quand même fallu, il a dû mettre trois mois
09:03avant de recoller à Édouard Balladur,
09:05de le passer et finalement de l'emporter de justesse,
09:07parce qu'à l'arrivée, il est troisième et c'est serré quand même.
09:09– On va voir dans une seconde, la fameuse séquence,
09:12je vous demande de vous arrêter, d'abord je salue Julien Audoul,
09:15bonsoir et merci d'être là.
09:17Vous, que retenez-vous ?
09:18J'allais dire, vous n'êtes pas du tout de cette génération-là ?
09:21– Alors oui et non, puisque j'avais huit ans
09:24au moment où Édouard Balladur entre à Matignon,
09:28et c'est vrai que ça fait partie des premiers personnages politiques
09:31que j'ai suivis étant enfant,
09:33que je regardais dans certaines émissions,
09:357 sur 7 et autres,
09:37et ce qui me marquait à l'époque,
09:39pour avoir suivi déjà la campagne présentée de 1995,
09:43c'est effectivement cette déconnexion
09:45de ce notable, très distant,
09:48quelquefois un peu lugubre,
09:50au ton très dramatique,
09:52très éteint finalement,
09:54et puis le contraste avec un Chirac extrêmement populaire,
09:57extrêmement proche du peuple,
09:59et effectivement je trouve que c'est intéressant aujourd'hui
10:01pour qui a envie de se lancer en politique,
10:04d'avoir ces deux modèles,
10:05et effectivement comme vous le disiez,
10:06très bien, on a beau être le meilleur technicien possible,
10:10on a beau avoir tous les chiffres,
10:12toutes les connaissances, tout le savoir,
10:14si on n'a pas la proximité avec le peuple français,
10:17cet amour du peuple,
10:19ce côté gaulois,
10:22effectivement il y a une cassure qui s'est opérée,
10:25qui s'est vue rapidement.
10:26– L'archive, donc vous vous en souvenez,
10:28je veux dire à l'époque de vos 8 ans effectivement,
10:30je vous demande de vous arrêter,
10:32on est le 23 avril 1995,
10:33c'est le résultat du premier tour de l'élection présidentielle,
10:37Édouard Balladur n'est pas qualifié pour le second tour,
10:40il se retrouve face à ses supporters,
10:41il évoque notamment Jacques Chirac,
10:44et là la foule se met à siffler,
10:46et voici la réaction d'Édouard Balladur.
10:48– C'est M. Jospin et M. Chirac
10:51qui seront présents au...
10:56Je vous demande de vous arrêter,
10:59je vous demande de vous arrêter.
11:01– Il y a à la fois tout Balladur
11:04et toute une époque aussi dont on s'est peut-être un peu éloigné.
11:07– C'est une autre façon de faire de la politique.
11:09– Puis c'est une question aussi de respect,
11:12c'est rien à voir effectivement avec ce qui peut se passer aujourd'hui,
11:15ce qui a pu se passer par le passé,
11:17parce que, attention,
11:18il y a eu aussi beaucoup de violence dans le passé,
11:20mais c'était un homme qui avait une certaine tenue
11:23et qui avait une certaine éducation.
11:25– Il faut rappeler d'un mot quand même, Yves,
11:27que la campagne entre Édouard Balladur et Jacques Chirac
11:29a été très violente,
11:32des coups incroyables,
11:33on va pas revenir à tout ce qui s'est passé,
11:34y compris se mettre en cause.
11:36– Les amis de 30 ans à l'époque.
11:37– Les amis de 30 ans,
11:37ils s'en sont mis plein la figure, pardonnez-moi.
11:40Et c'est vrai que ce soir-là,
11:41ce qu'il fait, Édouard Balladur,
11:42donc il calme,
11:43moi je suis dans la salle,
11:44je suis jeune journaliste,
11:44je couvre la campagne d'Édouard Balladur à la fin de la campagne.
11:48Et ensuite, c'est aussi un soir de défaite,
11:50c'est être digne dans la défaite.
11:51On ne l'a pas toujours retrouvé depuis chez certains.
11:54D'ailleurs, je pense que Nicolas Sarkozy,
11:56quand il fait son discours de défaite à la mutualité en 2012,
11:58il y a un côté…
11:59– Il a Balladur en tête.
12:00– Il a Balladur en tête.
12:01– On est en ligne avec Philippe Doust-Blasi.
12:03Bonsoir Philippe Doust-Blasi,
12:04et merci d'être là avec nous pour réagir.
12:06Vous avez été son ministre,
12:09Edouard Balladur.
12:10Que retenez-vous de son parcours ?
12:12Et que dites-vous ce soir à l'annonce de sa mort ?
12:1597 ans, Edouard Balladur.
12:16– D'abord, je suis très triste
12:19parce que j'étais très attaché au Premier ministre Edouard Balladur,
12:24qui pour moi était indiscutablement un homme d'État.
12:28et j'ai eu la chance de servir à ses côtés,
12:31sous son gouvernement,
12:32grâce à Simone Weil,
12:33qui m'avait demandé de venir avec elle
12:36au ministère des Affaires Sociales et de la Santé.
12:40Je viens d'entendre peut-être au téléphone
12:42quelques bribes de votre discussion.
12:44Je crois qu'il y a deux choses différentes.
12:46Il y a l'homme politique, l'homme d'État,
12:49celui qui avait un gouvernement entre 1993 et 1995,
12:54qui a fait des choses,
12:55et puis il y avait le candidat.
12:56Mais c'est toute la question de la démocratie,
12:59et de la démocratie directe et des campagnes présidentielles.
13:03Comme Raymond Barr, à l'époque,
13:04il n'était pas le meilleur des candidats.
13:06Après, j'estime, moi,
13:09que c'est un des rares, d'abord,
13:11de la famille Gaullis,
13:12d'avoir été un profond européen.
13:14Il avait même une vision de l'Europe à plusieurs cercles,
13:17avec un cercle premier,
13:19qui était un cercle où, si aujourd'hui,
13:21on l'avait écouté,
13:22on aurait une armée européenne,
13:24on aurait un budget européen de l'intelligence artificielle, etc.
13:28Donc, voilà, je pense qu'il y a deux facettes.
13:32Et c'est vrai que,
13:34durant l'élection présidentielle,
13:35et nous nous étions à l'UDF,
13:37totalement avec lui,
13:38c'était pénible, en effet,
13:40parce qu'il n'était pas un candidat,
13:41je dirais, qui se prêtait face à Chirac,
13:44et à cette sorte de dynamisme incroyable,
13:47électoraliste, aussi,
13:48de Jacques Chirac,
13:49c'était difficile.
13:51– Merci beaucoup, Philippe Dousta-Blasi,
13:52d'avoir réagi ce soir
13:53à l'annonce de la disparition
13:56de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur.
13:57On le disait à l'âge de 97 ans,
13:58c'est sa famille qui l'annonce ce soir.
14:01On y reviendra, bien évidemment,
14:02un peu plus tard dans cette émission.
14:04– Sous-titrage Société Radio-Canada