- il y a 2 mois
Chaque week-end, Alice Darfeuille vous accomagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:00Je voudrais qu'on accueille mon invité maintenant, c'est Alain Minc, évidemment essayiste et auteur de Somme Toutes aux
00:05éditions,
00:05Grasset, qui peut venir s'installer sur ce plateau.
00:09Bonsoir Alain Minc, bonsoir messieurs, merci et à très bientôt.
00:13Alain Minc, on va revenir évidemment, bonsoir, prenez place sur les déclarations importantes de cette journée,
00:21notamment sur BFM TV parce qu'il y a eu plusieurs entretiens importants, celui d'Edouard Philippe, évidemment, mais pas
00:27seulement.
00:27Mais d'abord, je voudrais qu'on prenne un petit peu de recul ensemble et que vous me disiez quel
00:32regard vous portez sur cette semaine qu'on vient de vivre.
00:35Il y a quand même eu une forme d'accélération dans cette campagne présidentielle avec des affrontements, des débats sur
00:41des sujets majeurs,
00:42des petites phrases, des tensions, des clarifications.
00:45Henri Guénaud, qui était tout à l'heure sur ce plateau, disait que c'est la pire campagne depuis le
00:51début de la Ve République.
00:52Est-ce que vous trouvez, vous aussi, que le niveau n'est pas à la hauteur de l'enjeu ou
00:58tout le contraire ?
01:01Écoutez, en réalité, la question que vous posez est liée à une mutation qu'on ressentait hier, pardon, c'était
01:09sur une chaîne concurrente,
01:11en regardant le débat entre François Hollande et Edouard Philippe.
01:14C'était très confortable. C'était un débat où, par exemple, moi, je me sentais totalement à l'aise.
01:21C'était entre la gauche modérée, la droite modérée et c'était la France il y a 30 ans.
01:28C'est-à-dire que ça représentait 70% de l'électorat, 75% de l'électorat.
01:35Aujourd'hui, vous preniez les deux ajoutés, c'est 30% de l'électorat.
01:39Donc, c'est l'équation politique qui a changé.
01:42Quand vous en parlez, ça ne fait pas rêver. Vous-même, vous avez l'air de dire, je ne sais
01:45pas...
01:46Je ne dis pas que ça fait rêver. C'est mon camp, ce camp des modérés. Mais je suis réaliste.
01:51Donc, à partir de ce moment-là, d'où viennent les autres 45% ? Ils viennent des extrêmes.
01:57L'arrivée des extrêmes introduit une violence, une tension, une démagogie et parfois le passage de lignes rouges dont on
02:07n'avait pas l'habitude.
02:08Bon, mais ça va être comme ça jusqu'en mai et ça va, à mon avis, être de plus en
02:13plus rude.
02:14Et quand vous verrez l'hypothèse qui est sérieuse d'un deuxième tour, Le Pen-Mélenchon éventuellement se préciser, ce
02:23climat s'aggravera encore.
02:24Donc, le maître d'école Guénaud peut donner sa note, mais le sujet n'est plus là.
02:30On parlera de cet éventuel deuxième tour, Marine Le Pen-Mélenchon, mais d'abord, question courte, réponse courte.
02:37Qui, selon vous, à ce stade, fait la plus mauvaise campagne ?
02:42Moi, je ne veux pas les comparer parce qu'ils ne font pas la même campagne.
02:45Mais vous avez un regard affûté sur ce genre de moment et vous n'avez pas votre langue dans votre
02:50poche ?
02:50Non, non, ça vous allez voir, vous savez bien que non.
02:53Mais ils ne font pas la même campagne.
02:55Marine Le Pen, elle court en tête, c'est comme une course cycliste,
02:58et au fond, elle va essayer de réduire le nombre de bêtises économiques affichées d'une certaine façon.
03:05Mélenchon veut faire sauter le système, et avec, comme toujours de sa part, une grande intelligence.
03:11Son histoire d'annuler la dette de 20%, ça ne s'est pas lié à son incompétence.
03:16Il comprend l'économie internationale aussi bien que n'importe lequel des experts économiques.
03:23Mais il sait qu'il met le doigt sur quelque chose qui fait péter l'euro, et donc qui fait
03:27péter l'Europe.
03:28Donc, il a une campagne extraordinairement adaptée à son créneau.
03:33Après, quand on regarde la campagne des modérés, on voit déjà que les sondages ne sont pas nécessairement liés aux
03:39prestations intrinsèques.
03:40Donc, Attal, qui est assez bon, il a même été sur-applaudi, paraît-il, au MEDEF.
03:46Le sondage que vous avez sorti ce matin lui est terriblement défavorable.
03:51Je veux dire, s'il est face à Édouard Philippe, il fait 6% contre 14%.
03:55D'ailleurs, la logique serait d'accélérer la clarification au centre.
03:59Mais donc, tout se passe comme prévu, ou il y en a un qui vous surprend, quand même, depuis le
04:03début de cette campagne ?
04:05Celui qui me surprend, malheureusement, c'est une fois de plus Mélenchon,
04:10par ce mélange d'incroyables expériences, d'incroyables brio et de dramatique cynisme.
04:17Et François Hollande, qui se tient prêt jusqu'au mois de décembre et laisse ses camarades socialistes participer à une
04:25primaire ?
04:25Non, mais François Hollande, moi, je lui donne les clés du camion sans problème, comme je les donne à Édouard
04:31Philippe.
04:31Je pense qu'en revanche, c'est une différence de nature qu'ils ne veulent pas voir.
04:35Pourquoi le modéré de gauche ne peut pas gagner, même s'il atteint le deuxième tour ?
04:40Parce que la droite, entre guillemets, est moins républicaine, je mets le mot républicaine, entre guillemets, que la gauche.
04:48Si Philippe atteint le deuxième tour, à part les Mélenchonistes durs, la gauche votera pour lui pour barrer la route
04:54à Marine Le Pen.
04:55Si Hollande était au deuxième tour, il aurait la moitié des voix de droite, une bonne partie irait dans l
05:01'abstention et quelques-unes iraient à Marine Le Pen.
05:03C'est l'état du pays. Donc je pense qu'il n'a aucune chance d'être président de la
05:07République.
05:08Donc vous dites, je donne les clés du camion à François Hollande et à Édouard Philippe, mais il y en
05:12a un qui est plus susceptible que l'autre de se prendre le mur.
05:14Parlons d'Édouard Philippe, justement. Il était sur BFM TV aujourd'hui.
05:18Alors, il s'est dit encore persuadé de pouvoir faire l'union derrière lui, alors que Gabriel Attal, dans le
05:25même temps, ne cesse de mettre en avant leurs différences.
05:27Il l'a encore redit aujourd'hui. Vous, franchement, vous y croyez à la fin, un rassemblement de la droite
05:33et du centre.
05:34Vous imaginez Gabriel Attal s'effacer, Bruno Retaille renoncer ?
05:40Écoutez, si Gabriel Attal, vu son âge, pense à son avenir, il devrait se dire une chose très simple.
05:47Si, en me maintenant, je crée une situation qui amène le duel Le Pen-Mélenchon, il peut s'exiler à
05:56Guerneset pour un bon bout de temps de la politique française.
05:59Donc je pense qu'il devrait hiérarchiser ses priorités en fonction du temps que son âge lui donne.
06:06Et je crois qu'il serait le premier à avoir intérêt, en réalité, à promouvoir cette union du centre et
06:14de la droite.
06:15Bruno Retailleau, c'est différent. Moi, je pense, je ne vois pas comment, quand les chapeaux à plumes de son
06:20parti, après les élections sénatoriales, l'auront quitté, comment il pourra rester durablement en scène ?
06:26Mais donc si Gabriel Attal nous regarde, par exemple, ce soir, vous lui diriez, Gabriel, prends ton mal en patience,
06:31ton heure n'est pas venue.
06:32Non, je le vous voirais, ce n'est pas un de mes poulains.
06:36C'est moi qui le tutoie, je ne sais pas pourquoi, vous avez raison, vous voyons-le.
06:39Et je lui dirais, quand on a cet âge-là, on gère sa politique instantanée en fonction du destin qu
06:46'on veut avoir à long terme.
06:48Il ne peut pas prendre le risque de mettre en ce moment, maintenant, contre Philippe.
06:53Alors, il dit, je vais passer devant Philippe.
06:56Je comprends qu'il a eu cette illusion quand il s'est lancé, en plus il s'est lancé avec
07:00brio.
07:01Aujourd'hui, les sondages sont là, il n'y est pas arrivé.
07:04Mais qui tire vite les conséquences de cet état de fait et qui pense à son avenir.
07:09C'est-à-dire, il a 40 ans d'avenir politique devant lui.
07:12Vite, c'est-à-dire quand ?
07:13Vite, je ne sais pas, le plus vite possible.
07:16Parce que comme ça y est, les cicatrices arrivent, les maux sont lâchés, alors le camp Philippe essaye d'en
07:26lâcher moins.
07:26Jusqu'au jour où ils ne se retiendront plus.
07:29Et le camp Attal, alors là, ne se gêne pas.
07:32Et puis à ça, il faut ajouter cette chose extraordinaire, que le président de la République ne trouve rien de
07:37mieux à faire que dire du mal, paraît-il, via ses porte-paroles officieuses de l'Elysée des deux.
07:45Remarquez, la seule chose qui fait que ça n'aura pas d'importance, c'est qu'il est désormais inaudible.
07:48Mais c'est quand même ahurissant.
07:50C'est comme s'il pensait que l'histoire de France est née avec lui et que l'histoire de
07:55France s'arrêtera en avril 2027,
07:58alors qu'il devrait se préoccuper, comme François Mitterrand l'avait fait, comme Jacques Chirac l'avait fait, volins-nolins.
08:05Oui, mais on peut comprendre qu'Emmanuel Macron soit un peu agacé de les voir l'un et l'autre
08:09renier sans cesse leur héritage et leur passage aux côtés du président.
08:14Question, reniement, celui d'Emmanuel Macron à l'égard de François Hollande me paraît d'une intensité supérieure à celui
08:22de Philippe et d'Attal vis-à-vis de Macron.
08:27Ok, fair enough, comme on dit.
08:28On va faire plusieurs arrêts sur images ce soir.
08:31Le premier, le voici.
08:33On parle toujours d'Edouard Philippe, aux côtés de Gérald Darmanin, qui a donc décidé de le rallier.
08:38C'était aujourd'hui, on l'a suivi sur BFMTV.
08:42Pardonnez-moi l'expression, mais elle est devenue populaire.
08:46Jacques Chirac tâtait le cul des vaches et Edouard Philippe, lui, il fait des frites.
08:49Pas très moderne.
08:51C'est pas un peu ringard, cette manière de faire campagne ?
08:53Oui, j'ai trouvé que ça avait un côté années 60.
08:57Franchement ?
08:58Oui, je trouve.
08:59Et ça, ça ne va pas lui coller à la peau ?
09:00Oh, vous allez ressortir ça pendant un certain temps, oui, mais ce n'est pas décisif.
09:05Mais j'aurais préféré les voir tous les deux devant un écran d'ordinateur.
09:11Sur la réforme ?
09:12Pour dire, au-delà de ça, il y a quelque chose que je n'aime pas dans cette image, c
09:17'est qu'elle est méprisante socialement.
09:20Pourquoi ?
09:21C'est une manière de dire, je comprends les aspirations à travers une image un peu caricaturale, populaire.
09:28Je trouve que c'est bizarre.
09:29Il y a presque une moquerie dans ces images.
09:31C'est un peu connoté avec du mépris de classe.
09:36Et je trouve que Gérald Darmadin, qui s'enorgueillit de ne pas être issu du circuit classique des élites françaises,
09:44là participe avec Philippe de ce même genre de léger mépris de classe.
09:49J'aime pas.
09:49Il a donc parlé, évidemment, de la réforme des retraites.
09:53Alors, il dit qu'il est encore en train de travailler avec ses équipes et ses experts.
09:58Il ne donne plus d'âge concernant l'âge de départ.
10:00Et sa réforme des retraites, alors qu'il fut un temps, il parlait de 67 ans.
10:05On sent bien que ça, c'est oublié.
10:07Il ne pourra plus le dire, on est d'accord.
10:08C'est inaudible aujourd'hui.
10:09Non, mais je pense qu'il faut prendre le problème de plus loin.
10:13Tout ça risque d'être mis à bas par quelque chose dont on ne parle pas.
10:18C'est que la crise financière, dont tout le monde dit qu'elle pourrait arriver après l'élection présidentielle,
10:25si l'élection d'un des deux extrêmes, moi je crois qu'il y a un risque.
10:30Donc, non négligeable que la crise financière apparaisse avant l'élection présidentielle.
10:34Vous vous dites, elle a commencé l'élection présidentielle.
10:36Elle a commencé.
10:37Pourquoi ?
10:37Parce que, je vais vous dire, on ne sait pas ce que c'est.
10:41On dit les marchés comme s'il s'agissait de quelque chose, une espèce d'État évanescent.
10:46Je vais vous décrire ce que c'est qu'un marché.
10:47Un marché, c'est des milliers de garçons de 40 ans, 35 ans, très formés, qui vivent à Londres ou
10:57à New York,
10:57qui lisent la France à travers le Financial Times, The Economist, le Wall Street Journal,
11:04qui ont à Paris des journalistes de très grande qualité que vous et moi connaissons.
11:08Et ils disent, qu'ils leur disent, un extrême peut gagner avec une politique économique aberrante.
11:15Un autre extrême peut gagner avec une politique économique aussi aberrante.
11:19Et le modéré, qui aurait peut-être une politique économique raisonnable, risque de ne pas avoir de majorité.
11:25À ce moment-là, que fait ce jeune type ?
11:27Il se dit, si je garde ma dette française et que ça se passe mal, mon patron me le reprochera.
11:33Si je vends ma dette française, même si je me suis trompé, on ne me le reprochera jamais.
11:39Et aujourd'hui, l'espèce d'illusion en tous sens que le débat montre,
11:46qui apparaissait bien à la séance du MEDEF,
11:49fait que je crois, et que le débat budgétaire, qui va être encore un moment d'incohérence absolue,
11:55je crois qu'on risque d'avoir une vraie crise avant.
11:59Alors après, il y a une question qui est, premièrement...
12:02Mais ce jeune homme qui lit son journal, comme vous le dites,
12:06qui représente en gros les marchés financiers, du coup, il fait quoi ?
12:09Il vend la dette française.
12:10Il vend la dette française.
12:12Et donc, entre guillemets, ce qu'on appelle le spread,
12:14c'est-à-dire l'écart de taux entre l'Allemagne,
12:18bon élève, moins bon élève qu'autrefois, mais nécessairement meilleur élève que nous,
12:22et nous, ça croit.
12:23Après, ça peut prendre des proportions modérées, progressives ou dramatiques.
12:28L'Italie l'a connue.
12:29Et là, on est devant une question gravissime.
12:32C'est qu'en effet, à l'intérieur de la zone euro, il y a la ligne de secours de
12:36la BCE.
12:37Mais la ligne de secours de la BCE, il faut, en échange, donner des contreparties.
12:42Et je ne vois pas comment ce gouvernement, au pouvoir plus que limité,
12:48et ce président, en fin extrême de parcours, auront les moyens de donner ses contreparties.
12:54Ce que vous dites, c'est qu'aujourd'hui, c'est la priorité, c'est le budget.
12:57C'est la vérité, l'enjeu.
12:59Non, ce n'est pas le budget, c'est la situation globale, avec une cristallisation sur le budget.
13:04Et je pense que ça, c'est très en surplomb de tout le blabla qu'on a entendu depuis une
13:09semaine.
13:09Sauf que le blabla, ce sont aussi les moyens que les uns et les autres mettront en place,
13:15si jamais ils sont élus, pour faire ces économies, rétablir nos finances.
13:18Ce n'est pas que du blabla.
13:19Mon jeune trader...
13:23Le marché, le fameux marché.
13:24Le marché, mais incarné par des gens, le marché, ce n'est pas une abstraction.
13:28Mon jeune trader, qui aura écouté la semaine, il en ressort plutôt inquiet et il vend encore plus vite.
13:34Il vend encore plus la dette française.
13:36Sur ce point-là, vous dites que la crise financière, elle a déjà commencé.
13:39Et vous nous avez expliqué parfaitement pourquoi.
13:42À quel moment les Français vont en ressentir les effets, concrètement, selon vous ?
13:47La réalité, c'est que ces effets peuvent être dramatiques, mais ça prend un certain temps.
13:53Pourquoi ?
13:54C'est la différence, c'est la protection de l'euro.
13:57Heureusement qu'on l'a.
13:58Vous savez, on serait déjà en récession si on n'avait pas la protection de l'euro.
14:01Mais le choc est plus dilué dans le temps.
14:04Par exemple, en Angleterre, Mme Truss s'est tombée.
14:07Pourquoi ?
14:08Parce que la livre s'est affondrée, parce que les taux d'intérêt sont envelés,
14:12et parce que les emprunts immobiliers sont indexés sur les taux d'intérêt.
14:16En France, non.
14:17Puisque vous avez des taux fixes, nous le savons tous.
14:20Donc ça prendra un certain temps.
14:22Mais il n'empêche qu'il y aura un moment où un pouvoir devra dire aux Français,
14:25il va falloir faire des sacrifices.
14:26C'est comme quand on parle, on entend parler depuis une semaine,
14:30restructuration de la dette.
14:31Mais aucun d'entre vous, les leaders des médias,
14:34ne disent aux gens qui viennent dire ici,
14:36on va restructurer la dette ou autre.
14:38Mais oui, la restructuration de la dette, elle a une contrepartie très simple.
14:41Il n'y a qu'à demander aux Grecs.
14:43Moins 20% sur les salaires,
14:45moins 20% sur les retraites,
14:46moins 20% sur les avantages sociaux.
14:48Lequel des hommes politiques qu'on a entendus cette semaine
14:51a tenu ce discours de vérité ?
14:54Et je crois que d'ici le mois de mai,
14:58il y aura un moment où on ne pourra plus ruser.
15:00Mais juste sur le budget,
15:01et après on va revenir aux mesures des uns et des autres
15:04pour essayer de faire des économies.
15:05Sur le budget, Sébastien Lecornu a proposé hier,
15:09dans les collègues du Parisien,
15:09une sorte de quatrième voie.
15:11En tout cas, c'est comme ça qu'il le présente.
15:12En vue, justement, des débats budgétaires.
15:15Il dit, pas de grandes mesures,
15:17des petites mesures.
15:18qui seront moins douloureuses.
15:19Et surtout, il parle de mesures réversibles
15:22pour ceux qui seraient élus au moment de la présidentielle.
15:25Ils disent ça aux partis.
15:27En gros, c'est une manière de leur dire,
15:28voilà, ne me censurez pas.
15:31Essayons de trouver un budget de compromis
15:33d'ici la présidentielle.
15:35Faisons un deal.
15:36Est-ce que ça vous semble intelligent et réaliste ?
15:39C'est malin.
15:40C'est malin, mais Lecornu est malin.
15:43Et il est passé déjà, ça fait un an,
15:45qu'il passe à travers les gouttes,
15:47dans une situation politique impossible.
15:49Le PS a déjà dit,
15:50LFOSI, censure.
15:52Il est malin, mais condamné, Lecornu ?
15:55Il y a de bonnes chances.
15:57Je veux dire, je trouve par exemple
15:58que la réaction du PS,
16:00disons tout de suite, on va censurer,
16:02n'est pas responsable.
16:03Parce qu'en plus,
16:05quand on pense à ce qu'ils ont obtenu
16:07de Lecornu,
16:08peut-être ailleurs fallait-il ne pas leur donner.
16:12Mais même s'il obtient ça,
16:14c'est-à-dire un faux budget,
16:15en réalité,
16:17les marchés, entre guillemets,
16:19écoutent ce que les uns et les autres diront
16:21de ce qu'ils feront au mois d'avril.
16:23Et leur métier à eux,
16:25c'est d'essayer d'anticiper
16:27ce qui va se passer.
16:28Donc, la crise
16:29qu'on imagine pour mai,
16:31dans ce cas-là,
16:32elle a lieu avant.
16:33Et quand on entend,
16:34et en effet,
16:35quand même Édouard Philippe,
16:36sous la pression de Darmanin,
16:38est obligé de mettre de l'eau
16:40dans son vin sur les retraites,
16:41je me dis,
16:42c'est-à-dire que le plus raisonnable
16:44de la bande
16:45est quand même obligé
16:46de mettre la pédale sur le frein.
16:48Et pourtant,
16:49et pourtant,
16:50il devrait aller au bout
16:51de son raisonnement.
16:52Selon vous, Édouard Philippe,
16:53il ne parle plus, effectivement,
16:54de l'âge de départ à 67 ans.
16:56Il dit,
16:57on est en train de travailler
16:58avec mes équipes
16:58pour trouver le bon calibrage.
17:00On voit bien
17:01qu'il n'ira plus aussi loin.
17:02On est d'accord ?
17:03Écoutez,
17:03la vérité,
17:04c'est que l'âge de la retraite
17:06dans ce pays
17:08sera à 67 ans,
17:10un jour,
17:11je ne sais pas quand,
17:12et que,
17:13en réalité,
17:15cet âge-là
17:15augmentera
17:16en fonction de l'espérance de vie.
17:17C'est-à-dire que,
17:19pour des gens jeunes,
17:20on entrera dans ce système.
17:22Comment ?
17:23Je ne sais pas.
17:24Avec quelle soupçon politique ?
17:25Je ne sais pas.
17:26Mais il y a des réalités
17:27qui sont des réalités
17:28avec lesquelles
17:29on ne peut pas biaiser.
17:30Et donc,
17:31ce n'est même pas 62,
17:3363, 64.
17:34Tous nos partenaires européens
17:39sont très au-delà.
17:40Je veux dire,
17:41tous,
17:41de gauche
17:42ou de droite.
17:43Les Portugais,
17:44les Espagnols,
17:45les Italiens,
17:46les Allemands
17:47ont un projet de réforme
17:48très intelligent
17:49qui est bipartisan
17:51entre la CDU
17:53et le SPD.
17:54Et nous,
17:55on est encore
17:55en train d'agiter
17:57des fanfreluches.
17:58Mais tout ça
17:58est hors de la réalité.
18:00Parlons du Rassemblement National.
18:02Notre dernier sondage
18:03et lab
18:03pour BFM TV
18:05l'a encore illustré
18:06hier.
18:08Marine Le Pen
18:08est donnée
18:09gagnante,
18:10quelles que soient
18:10les configurations.
18:12Il est donc important
18:13de parler des mesures
18:14du Rassemblement National.
18:16Est-ce que vous considérez...
18:16On parlera bien sûr
18:17de la suppression
18:19du droit du sol
18:19de ce référendum
18:20que veut mettre
18:21en place
18:21le Rassemblement National.
18:23Mais est-ce que
18:23vous considérez-vous aussi
18:25qu'il est entendable
18:27de vouloir aller chercher
18:29des économies
18:29dans le domaine
18:30de l'immigration ?
18:31Est-ce que sur ce point,
18:32le Rassemblement National
18:33a raison ?
18:34La vérité
18:35sur l'immigration
18:36elle est très simple
18:39à formaliser
18:39et dramatique
18:41à gérer.
18:42L'économie française
18:44a besoin
18:45d'immigrés.
18:46La population française
18:48ne veut pas
18:49d'accroissement
18:50de l'immigration.
18:51C'est ça l'équation.
18:53C'est-à-dire...
18:53Et non seulement
18:54l'économie française
18:55a besoin d'immigrés
18:56mais l'économie française
18:58telle qu'elle est aujourd'hui
18:59ne fonctionnerait évidemment
19:01pas sans les immigrés légaux
19:02et ne fonctionnerait probablement pas
19:04sans les immigrés clandestins.
19:07Ça c'est une vérité.
19:08L'autre vérité
19:09c'est qu'il y a en effet
19:11un ras-le-bol de la population.
19:13Quand on prend
19:13ces deux éléments
19:15qu'est-ce qu'on dit ?
19:16On est obligé d'essayer
19:17de définir
19:18un cheminement compliqué.
19:20C'est-à-dire
19:21l'immigration de travail
19:23est une nécessité incontestable.
19:25On ne tournerait pas
19:26sans immigration de travail.
19:28L'immigration d'étudiants
19:29comme Philippe l'a souligné
19:32si la France renonce
19:34à recevoir
19:34des étudiants étrangers
19:35alors qu'elle arrête
19:37de se gargariser
19:38de sa grandeur
19:38ou de son influence
19:39dans le monde.
19:40Le regroupement familial
19:42où il y a quand même
19:43des composantes humaines
19:44en effet
19:45il faut probablement
19:46restreindre.
19:47On va devoir jouer
19:48comme ça
19:49mais la réalité
19:51c'est qu'on n'aura pas
19:52de solution nette
19:53sur ce problème
19:54et ce n'est pas vrai
19:55qu'on peut faire
19:56un moratoire.
19:57L'immigration zéro
19:58ça n'existe pas.
19:59C'est ce que veut faire
20:00votre candidat
20:01un moratoire
20:02à Mayotte
20:03en l'occurrence.
20:03Non mais Mayotte
20:04c'est une anomalie
20:05tout le monde le sait
20:07je veux dire
20:07tout le monde
20:09objectivement
20:10sait très bien
20:10qu'à Mayotte
20:11il faut faire
20:12un moratoire
20:13mais à aucun moment
20:14on peut le dire
20:14pour la France métropolitaine.
20:17Oui mais sauf que
20:18certains disent
20:19c'est un jeu dangereux
20:20ce que fait
20:21Edouard Philippe
20:22en commençant
20:23à parler de la situation
20:25de Mayotte
20:25pour annoncer
20:27des mesures
20:27en matière d'immigration
20:28Dominique de Villepin
20:29par exemple
20:30écoutez ce qu'il dit
20:32Il fait le jeu
20:33du Rassemblement National
20:34qui préférera
20:35la copie
20:36c'est-à-dire
20:37M. Philippe
20:37à Mme Le Pen
20:38il fait le jeu
20:40à travers la surenchère
20:41de Mme Le Pen
20:42et c'est exactement
20:44le piège
20:44dans lequel tombe
20:45non seulement
20:46le parti Les Républicains
20:47mais aussi
20:48le bloc central
20:50mais aussi
20:51une partie de la gauche
20:52et c'est pour ça
20:52que je le redis
20:53la clé
20:54c'est la règle commune
20:57respectons
20:57la règle commune
20:59Il fait référence
21:00aux mesures
21:01d'Edouard Philippe
21:02annoncées
21:02en ce qui concerne
21:03Mayotte
21:03et dit
21:03l'exception
21:04devient la règle
21:06Dominique de Villepin
21:07est d'autant plus
21:09trop nitruant
21:09que le vote sondage
21:11de ce matin
21:11lui donne
21:122,5%
21:13alors on va l'entendre
21:14beaucoup
21:15parce que c'est un bon produit
21:16pour vous tous
21:17c'est un merveilleux produit
21:18médiatique
21:19mais ça n'a aucun intérêt
21:20Ah c'est comme ça
21:21que vous le qualifiez
21:23un bon produit médiatique
21:24Ben oui
21:25et je vous comprends
21:27je serai à votre place
21:28je le ferai venir souvent
21:29c'est un excellent produit médiatique
21:31Je serai à sa place
21:31et je serai en train
21:32de les écouter
21:33je ne serai pas compté
21:34mais il est à 2,5%
21:37il est au niveau
21:41de Mme Tondelier
21:42enfin bon
21:43tout ça c'est pas très sérieux
21:44et ce qu'il dit
21:45n'est pas vrai
21:45enfin si
21:47Villepin a été
21:48un assez bon
21:48Premier ministre
21:50donc
21:50s'il se souvient
21:52de ce qu'est
21:52l'exercice des responsabilités
21:54il ne dirait pas
21:55ce qu'il a dit là
21:55mais il va nous en réserver
21:57d'autres
21:58s'il reste
21:59sur le théâtre
22:00de l'élection
22:01il nous en réservera d'autres
22:02Sur le rassemblement national
22:04et ce référendum
22:06qu'il veut mettre en place
22:08en cas d'élection
22:08de Marine Le Pen
22:10un référendum
22:12avec
22:12un référendum
22:13organisé
22:14pardonnez-moi
22:15pour soumettre
22:15un projet de loi
22:16qui comprendrait
22:16donc plusieurs mesures
22:17la suppression
22:18du droit du sol
22:20mais aussi
22:20la préférence nationale
22:21pour l'attribution
22:23des aides sociales
22:24ça fait partie des mesures
22:26on renvoie aussi
22:27tous les criminels étrangers
22:29est-ce que vous dites
22:30que c'est infaisable
22:32en premier lieu
22:33vous dites surtout
22:34c'est inacceptable
22:35non c'est pire
22:37ça veut dire
22:38que c'est un référendum
22:39qui atteint
22:40nos valeurs constitutionnelles
22:42donc la question
22:43est laquelle
22:44est-ce que
22:45le rassemblement national
22:46dit
22:47je vais vouloir faire
22:48une réforme de la constitution
22:49par la voie constitutionnelle
22:51c'est-à-dire
22:52l'article 89
22:54qu'il n'a aucune chance
22:55d'obtenir
22:56ne serait-ce qu'à cause
22:57de la stabilité du Sénat
22:59donc ce qu'il envisage
23:01c'est un référendum
23:02au titre de ce qu'on appelle
23:04l'article 11
23:05et qui est un référendum
23:07qui dans le cadre
23:08des mesures
23:09qu'il propose
23:09serait inconstitutionnel
23:11donc c'est exactement
23:13la première ligne rouge
23:15qui touche
23:16à l'état de droit
23:17et la question
23:19fondamentale
23:19moi je pense
23:20que le rassemblement
23:21infaisable
23:22non j'ai pas dit
23:23infaisable
23:24j'ai dit contraire
23:25à l'état de droit
23:26en effet
23:27je ne sais pas
23:28ce qui se passe
23:28si madame le pen
23:29est élue
23:30si elle a une majorité
23:31et si elle va
23:33annoncer
23:33qu'elle fait
23:33ce référendum
23:34je ne suis pas sûr
23:36que la révolte
23:38du pays
23:38l'empêchera
23:39mais c'est
23:40grosso modo
23:41ce que la pologne
23:43des conservateurs
23:44avait
23:44c'est ce que
23:45la hongrie
23:46d'Orban
23:46a fait
23:47c'est-à-dire
23:48alors ça
23:48je n'arrive pas
23:49à imaginer
23:50que ça puisse
23:50arriver en France
23:51et je pense
23:52que la question
23:53que les uns
23:53et les autres
23:54vous devriez leur poser
23:55quand ils font
23:56ce sujet-là
23:57c'est
23:58êtes-vous décidé
23:59à faire un référendum
24:02inconstitutionnel
24:03il y a quand même
24:04un mot
24:05que vous avez dit
24:06récemment
24:06sur un éventuel
24:07second tour
24:08entre Marine Le Pen
24:09et Jean-Luc Manchon
24:10qui m'a interpellé
24:11vous avez dit
24:12un deuxième tour
24:13avec ce scénario
24:15déshonorer la France
24:17mais qu'est-ce que
24:17vous dites
24:18à ces
24:2024 millions
24:21de potentiels électeurs
24:23qui pourraient voter
24:24pour la France insoumise
24:25ou le Rassemblement national
24:26si on considère
24:27qu'il y a
24:2850 millions de personnes
24:29susceptibles d'aller voter
24:30pardon
24:30je pense que
24:32je leur
24:32je dis
24:33que
24:35si
24:35ils ont
24:36une certaine fidélité
24:38à ce qu'est l'histoire
24:38de ce pays
24:41les programmes
24:42que l'un et l'autre
24:43défendent
24:44pour des raisons différentes
24:45et sur des champs
24:46différents
24:47sont contraires
24:48à la tradition française
24:49le Rassemblement national
24:50on vient d'en parler
24:51par des atteintes
24:52à l'état de droit
24:53et
24:54Jean-Luc Mélenchon
24:55à partir du moment
24:56où il a décidé
24:57de faire d'une forme
24:58d'antisémitisme
24:59un instrument politique
25:00pour avoir le vote
25:01des quartiers
25:02c'est
25:03sorti du cercle
25:04républicain
25:05que le Jérésien
25:06qu'il fut
25:07respectait
25:08c'est ça la vérité
25:09et donc
25:10c'est une forme
25:11par rapport à notre histoire
25:12de déshonneur
25:13et je pense
25:14que le déshonneur
25:15c'est pas le déshonneur
25:16des électeurs
25:17c'est le déshonneur
25:17des leaders
25:18qui les amènent
25:21à cette situation
25:22Mais ces électeurs
25:23qui y voient un moyen
25:24de marquer
25:25une rupture
25:26de déclencher
25:27un changement
25:28vous leur dites quoi ?
25:29Je leur dis
25:30qu'ils n'auront que leurs yeux
25:31pour pleurer
25:32trois ans après
25:32c'est-à-dire que si
25:34avec Mélenchon
25:35c'est un destin
25:38vénézuélien
25:39le modèle vénézuélien
25:42ils n'ont qu'à ouvrir
25:43les journaux
25:43ce qu'est le modèle vénézuélien
25:44et avec le Rassemblement
25:46National
25:46c'est le modèle
25:48de la Hongrie
25:49de M. Orban
25:50et ils peuvent aussi
25:51relire ce que c'était
25:53et dans les deux cas
25:55ce qui n'était pas
25:55le cas d'ailleurs
25:56de la Hongrie
25:57nécessairement
25:58s'ajoute une politique
25:59économique absurde
26:00ils le payeront
26:01dans leur liberté publique
26:03et ils le payeront
26:03dans leur niveau de vie
26:05Merci Alain Minc
26:06merci d'avoir été
26:07avec nous
26:08c'était évidemment
26:09passionnant de vous entendre
26:10sur cette campagne
26:12présidentielle