00:007h46 BFM Business et RMC Live Canal 25, le grand entretien avec Thomas Jean-Jean.
00:05Bonjour, vous êtes directeur général de l'ESCP, c'est la plus ancienne école de commerce au monde,
00:1011 000 étudiants un peu partout en Europe. Comment vous abordez cette rentrée 2026 ?
00:15Bonjour Brigitte, merci beaucoup de cette invitation. Je suis très heureux d'être ici,
00:18d'autant plus que nous faisons nos premiers pas. Nous avons commencé tous les deux lundi,
00:22vous sur cette émission, moi à l'ESCP, donc je suis vraiment très heureux d'être là.
00:26Donc c'est aussi votre rentrée ? Comment va se passer celle des élèves ?
00:29Écoutez, elle a commencé et voilà, il y a différents programmes qui rentrent.
00:32On a eu la première rentrée mercredi et puis ensuite ça rentre la semaine prochaine
00:36jusqu'à la fin du mois de septembre. Écoutez, pour l'instant, c'est une rentrée sous le signe
00:39évidemment de l'excitation de découvrir tous nos nouveaux élèves et sous le signe de la sérénité.
00:44Voilà, les rentrées se passent bien, les élèves sont là, nous sommes prêts et tout va très bien se passer.
00:50Vous êtes la quatrième Business School d'Europe, troisième parmi les écoles françaises derrière l'INSEAD et HEC.
00:55C'est votre exécutive MBA, premier en Europe, troisième mondial.
00:59Alors qu'on voit que la France décroche dans le classement PISA.
01:03Comment vous, vous faites pour maintenir ce très haut niveau ?
01:07Alors c'est un travail de tous les jours.
01:11Il n'y a pas de spontanéité dans ces excellents classements.
01:14C'est vraiment le travail des équipes.
01:16Je pense que c'est le fruit de multiples facteurs.
01:20Le premier, c'est la dimension européenne de l'ESCP.
01:25Vous nous avez mis dans le club des écoles françaises, mais on a des vrais campus en Angleterre.
01:30On est reconnu comme étant université en Angleterre, en Allemagne,
01:33où on est reconnu comme étant une école allemande, à Turin, à Madrid, à Varsovie aussi.
01:39Donc on a vraiment cette notion d'être une école, une véritable école européenne.
01:43Et ça, c'est un atout parce qu'effectivement, on ne se compare pas seulement avec nos compétiteurs français,
01:48mais on est vraiment dans la compétition internationale et on est attractif dans toutes les dimensions de l'Europe,
01:54pas seulement la France, mais aussi les autres pays européens.
01:56Ça, c'est le premier facteur.
01:58Et le deuxième facteur, c'est qu'on a développé, plus de 200 ans d'histoire, des expertises qu'on
02:03a réussi à apporter à un très haut niveau.
02:05Et enfin, une communauté d'alumni extrêmement importante, extrêmement soudée, très proche de l'école et qui contribue pleinement à
02:11son succès.
02:12Vous avez d'ailleurs lancé une école dédiée à la technologie, aux sciences et au management.
02:16Ça, c'est pour accélérer, par exemple, sur l'IA ?
02:18Oui, en fait, ça s'inscrit dans un projet stratégique plus large,
02:21qui est justement de ne pas définir l'ESCP comme étant une business school ou une école de commerce,
02:26comme on disait il y a quelques années, mais comme étant une véritable université européenne du management.
02:30Alors qu'est-ce que ça veut dire ?
02:31Ça veut dire qu'on doit être européen, ça on l'est déjà,
02:33mais aussi qu'on doit sortir un petit peu de nos champs disciplinaires traditionnels,
02:37qui sont ceux du management, et qu'on doit aller investiguer des champs connexes
02:41dès lors que c'est pertinent pour le business.
02:44D'où la création d'une school of technology dès la rentrée prochaine,
02:49et d'où aussi le lancement d'une school of governance dès la rentrée 2029.
02:53Donc effectivement, cette school of technology, ça a justement pour but de former des managers
02:57qui soient capables de parler avec des ingénieurs,
02:59donc qui maîtrisent aussi un petit peu les fondements scientifiques.
03:01Comment vous avez intégré l'IA dans vos formations, à la fois pour les élèves,
03:05et comment les profs l'utilisent aussi ?
03:07Alors l'IA, d'abord on essaie de l'intégrer à l'organisation,
03:10et ça c'est un point qui est extrêmement important,
03:12pas juste dans les cours, mais on a formé l'ensemble de notre corps enseignant à l'IA,
03:17voilà, c'est important.
03:18On a aussi intégré des outils comme ChatGPT,
03:22directement on a passé des accords avec OpenAI,
03:27je souligne aussi, tout à l'heure, vous avez parlé de DuggingFace,
03:29qui a été créé par 3 Français, dont un, Clément Delangue,
03:31qui est un ancien de l'ESCP,
03:33donc on a aussi un partenariat depuis l'année dernière avec HuggingFace,
03:35donc tous nos étudiants ont accès aux applications sur HuggingFace.
03:41Donc oui, belle opération,
03:43donc on a vraiment formé, on a à mettre à disposition des outils,
03:47et on a aussi sensibilisé,
03:49c'est-à-dire que nos élèves ne peuvent commencer à utiliser ces outils
03:52que lorsqu'ils ont fait une première formation,
03:53pour justement être pleinement conscients,
03:55à la fois du potentiel, mais aussi des limites de l'IA.
03:58Et ensuite, dans les cours, systématiquement, on parle toujours de l'IA.
04:01Est-ce qu'un prof est capable de détecter une copie
04:03qui est écrite par l'IA d'une autre ?
04:06Et dans ce cas, comment on différencie demain les élèves ?
04:10Alors, je pense qu'il faut être très humble sur le sujet.
04:13Les élèves, en tant que professeurs,
04:15nous apprennent plein de choses tous les jours.
04:17Et notamment sur l'utilisation des technologies,
04:19ils ont très souvent un coup d'avance.
04:22Mais pour répondre à votre question,
04:24je pense que l'enjeu, c'est justement de changer nos modes d'évaluation.
04:28C'est-à-dire le devoir à la maison,
04:30le cas à faire en dehors de la salle de classe.
04:33On sait que chez JPT, il va très bien le faire.
04:35Il ne faut pas être naïf.
04:36Donc aujourd'hui, il faut qu'on réinvente
04:38les modes d'évaluation des élèves.
04:41Donc probablement, on va aller vers plus d'oralité.
04:44On va aller vers plus de travaux pratiques,
04:47de faire des missions de conseil en entreprise.
04:50Ça veut dire que demain, les soft skills vont compter davantage
04:53pour un jeune diplômé ?
04:55Ce sera absolument fondamental.
04:58Parce que l'intelligence artificielle,
05:00il y a une opportunité extraordinaire.
05:01C'est que ça permet d'augmenter le potentiel d'une personne.
05:04Ça donne accès à des informations extraordinaires.
05:08Ça permet d'aller beaucoup plus vite.
05:10On a aussi un risque de remplacement par l'IA.
05:12Et donc effectivement, il y aura la bonne utilisation de l'IA.
05:16Il y aura la mauvaise utilisation de l'IA.
05:18Et effectivement, la capacité à maîtriser les soft skills,
05:21pour justement, une fois qu'on a eu la réponse,
05:23pouvoir être convaincant avec cette réponse.
05:26Ça va être essentiel.
05:27Et puis aussi, avoir une très forte culture personnelle
05:30sur les humanités, justement, pour être capable
05:32d'avoir un recul critique par rapport à ce que va nous sortir à l'IA.
05:35La place des maths est redevenue importante.
05:37On le voit au bas.
05:38Est-ce que pour vous, c'est essentiel ?
05:40Et est-ce que vous comptez beaucoup de filles ?
05:43Alors, la place des mathématiques, oui.
05:45Parce que quand on parle d'IA, l'IA, c'est un modèle statistique.
05:50Donc effectivement, les mathématiques, c'est quelque chose
05:52qui est extrêmement important.
05:53C'est aussi important dans certains domaines disciplinaires,
05:55comme la finance, par exemple.
05:58Maintenant, on peut tout à fait être expert dans l'utilisation de l'IA
06:01et en faire une bonne utilisation sans maîtriser absolument
06:03tous les fondements mathématiques.
06:05Donc oui, les mathématiques sont importantes.
06:07Maintenant, ce n'est pas l'alpha et l'oméga d'une formation,
06:09notamment dans une école de management.
06:11Avant, pardon, allez-y.
06:13Et oui, sur les filles, on a à peu près la moitié de filles au global
06:15sur nos effectifs.
06:17Oui, donc un bon taux.
06:18Avant, on disait aux enfants, le diplôme garantit une embauche à la sortie.
06:23On voit qu'aujourd'hui, il y a de plus en plus de chômage.
06:25Est-ce que vous diriez toujours que c'est une garantie, le diplôme,
06:28pour trouver du travail ?
06:30Ce n'est pas une garantie.
06:31C'est un atout supplémentaire.
06:33C'est un atout pour pouvoir se réaliser et trouver le job qui nous plaît.
06:37Le diplôme en tant que tel, le parchemin, il ne garantira jamais rien.
06:41Par contre, le processus, ce qui se passe dans l'école,
06:44qui permet d'obtenir le diplôme, c'est ça qui est véritablement important.
06:47Et c'est ce que j'ai dit à nos élèves sur la rentrée de mercredi.
06:50À un moment, il faut que vous soyez entrepreneur de votre formation,
06:53que vous vous saisissiez de toutes les opportunités qu'on vous offre,
06:56de manière à bâtir un portefeuille de compétences
06:59qui vont vous permettre de trouver un job.
07:00On dit aussi que les jeunes, et on le voit,
07:03ne veulent plus travailler comme leurs parents,
07:04qu'ils veulent un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
07:09Est-ce que ça, vous le ressentez, vous, dans le travail,
07:11dans l'ambition des élèves ?
07:14Oui.
07:15Et en même temps,
07:17je trouve que les élèves, ils sont toujours ambitieux.
07:21Et peut-être à la différence des générations précédentes,
07:23de la mienne en tout cas,
07:24c'est qu'ils sont ambitieux pour eux-mêmes
07:26et ils sont aussi très ambitieux pour leur organisation et pour la société.
07:30Et c'est vrai que du coup,
07:32pour moi, ils ne font pas un arbitrage entre
07:33est-ce que je travaille et est-ce que je ne travaille pas ?
07:35Ils font un arbitrage entre
07:36est-ce que je suis ambitieux pour moi,
07:37est-ce que je suis ambitieux pour mon organisation
07:39ou est-ce que je suis ambitieux pour la société ?
07:41Donc pour moi, nos élèves, ils sont toujours très ambitieux,
07:43ils ont toujours beaucoup envie de s'investir,
07:45mais ils ont probablement une vision un petit peu plus large
07:49du retour sur investissement.
07:51Pas que pour eux-mêmes, mais aussi pour la société.
07:52Et ça, ils en sont très conscients.
07:53Si on parle du coût, les formations,
07:55c'est assez important quand même,
07:56autour de 70 000 euros sur trois ans
07:58pour le SCP, sans coter le logement, la vie quotidienne.
08:01Est-ce que ce n'est pas excluant
08:02pour une partie de la population
08:04et comment vous faites pour réduire
08:05ces inégalités d'accès ?
08:08Tout à fait.
08:08Avant de répondre précisément à votre question,
08:10un premier point,
08:11pourquoi ça coûte 70 000 euros sur trois ans ?
08:14Je voudrais dire trois choses très rapidement.
08:17La première chose, c'est que le SCP
08:18ne reçoit aucune subvention de l'État.
08:21Il n'a aucune dotation globale de fonctionnement,
08:23ce qui fait que le coût de 70 000 euros
08:25que vous annoncez, ça correspond au coût
08:27du service éducatif que l'on rend.
08:30C'est le reflet de la grande qualité de ce que l'on fait,
08:32puisque nos étudiants doivent aller
08:35sur nos différents campus,
08:36on leur offre des opportunités extraordinaires,
08:38des programmes d'échange,
08:39des programmes d'accompagnement.
08:41Ça coûte, et c'est pour ça que ça coûte 70 000 euros.
08:43Effectivement, 70 000 euros pour beaucoup de familles,
08:46ça peut semblent être un investissement absolument
08:50inenvisageable.
08:51Et nous, notre conviction à l'ESCP,
08:53c'est que ce qui compte, c'est le talent,
08:55c'est la motivation.
08:57Et si on est capable de rejoindre l'ESCP,
08:59si on est capable de réussir les concours,
09:00alors l'argent ne doit pas être un problème.
09:02Donc on a mis en place,
09:03notamment avec le soutien des anciens
09:04et de la fondation ESCP,
09:06un ensemble de dispositifs.
09:08Je rappelle qu'à l'ESCP,
09:10si on est boursier,
09:11catégorie 2, catégorie 7,
09:13les frais de scolarité sont intégralement
09:15pris en charge par l'école et la fondation ESCP.
09:18Donc on a mis en place des dispositifs
09:20pour alléger les frais de scolarité
09:21pour les étudiants boursiers,
09:22ça peut être en totalité.
09:24Et on a mis aussi en place des dispositifs
09:26grâce à la fondation ESCP
09:27pour aider justement à la mobilité intercampus
09:30pour le logement.
09:31Pour la première fois cette année,
09:33on réussit à offrir,
09:34en priorité pour nos étudiants boursiers,
09:37des logements,
09:37à un tarif extrêmement avantageux
09:39puisque c'est 250 euros par mois
09:40pour un logement sur Paris.
09:41C'est intéressant.
09:42Merci à vous Thomas Jean-Jean d'avoir été
09:44notre invité dans le Grand Entretien
09:45ce matin sur BFM Business et RMC Live.